| n° 20535 | Fiche technique | 17605 caractères | 17605Temps de lecture estimé : 10 mn | 12/10/21 |
| Résumé: Notre groupe, égaré sur les toits de Milan, en danger sous le feu d’un sniper de la mafia ne devra son salut qu’à une corneille mantelée écossaise loufoque et polyglotte. | ||||
| Critères: fh ff délire humour fantastiqu -humour -fantastiq | ||||
| Auteur : Iovan Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Looking for Manara Chapitre 06 / 07 | Épisode suivant |
Résumé de l’épisode précédent :
Ma très belle Carla, ses compagnons, Faust, Claudia et son mari, Honey et Béatrice, sont toujours à la recherche de leur « père » Maurilio Manara. Compagnon invisible, je les seconde du mieux que je peux, dans leur quête.
Nous ne devions nous rendre à la gare routière de Milan, qui se trouve près de la gare centrale, que tard dans la matinée. Aussi, après un petit déjeuner tardif, ma belle Carla et moi nous mîmes en route, prenant un tram qui nous amenait directement à la gare. Là, nous retrouvâmes nos cinq compagnons.
Alors que nous empruntions un ascenseur pour nous rendre au sous-sol, où se trouvait le passage souterrain menant à la gare routière, j’eus la nette sensation que l’ascenseur montait au lieu de descendre. Ce que confirmèrent mes compagnons. Après un très long moment, l’ascenseur montant toujours, nous commençâmes à échanger des regards inquiets. J’appuyai sur la commande d’arrêt d’urgence. L’ascenseur s’arrêta immédiatement. Je commandai l’ouverture des portes.
Elles s’ouvrirent sur un cadre blanc, ressemblant à une vignette de bande dessinée. La vignette voisine représentait un océan de toits et de cheminées sur lesquelles se hérissaient des forêts d’antennes télé.
Je n’y comprenais rien, une fois de plus !
Une fois de plus, c’est Carla qui éclaircit les choses et me fit comprendre ce qui se passait : nous étions coincés dans une boucle d’espace-temps et il était nécessaire, pour retrouver le continuum, de sauter d’un plan à un autre.
Une fois encore, c’est elle qui m’ouvrait les yeux. Il était plus que temps ! À mes pieds s’ouvrait un abîme vertigineux… Je fis un bond en arrière, reculai précipitamment, le cœur à deux cents à l’heure ! Je m’adossai, les jambes flageolantes, à un pan de mur. Puis m’approchai à nouveau prudemment de l’abîme. Treize vignettes plus bas, le numéro 27. Bordel ! Le cauchemar recommençait !
Carla le savait : la seule sortie, c’était devant !
Chacun se regardait, baissait les yeux, regardait ailleurs… Il fallait pourtant se décider. Il fallait y aller… J’avais une trouille ! Et je n’étais pas le seul ! Faust nous signifiait clairement qu’il ne fallait pas compter sur lui.
Cristiani se leva, et défroissant du plat de la main son onéreux costume, se plaça en face de Faust, le toisant de toute sa hauteur :
Faust, assis par terre, le visage levé vers son interlocuteur, un œil fermé à cause du soleil, se marrait… Effectivement, pensai-je, si Cristiani passe, tout le monde passera. Le saut n’était pas énorme… mais, ce vide était impressionnant !
Le gros homme recula, prenant trois pas d’élan, et s’élança. Au milieu de son saut, nous le vîmes se disloquer et s’effondrer, avalé par le bas, dans un cri. Un quart de seconde plus tard, un claquement sec retentit.
Un sniper ! Un tireur embusqué nous avait pris pour cible ! Et Cristiani en avait fait les frais…
Il avait disparu, dans la profondeur. Me penchant prudemment, je remarquai un peu de sang sur le coin de la dernière vignette, en bas à droite.
Immédiatement, je pensai aux deux mafieux ou à leurs complices. Ils nous avaient retrouvés ! J’en étais sûr. Je m’approchai de ma belle Carla, et lui murmurai :
Elle hocha la tête, se tourna vers moi, comme si elle me cherchait du regard, avec une expression inquiète…
Je tâchai de me pencher, au-delà du cadre, pour tenter de voir où ils se situaient, une balle vint ricocher à deux centimètres de ma tête, faisant sauter un éclat du mur. D’un bond, je me mis à l’abri.
Tout le monde s’était mis à couvert, en bordure de cadre. La belle Claudia était pâle, Faust se penchait sur elle, une main sur son épaule, et Honey lui tenait la main. Béa avait pris Carla dans ses bras et toutes deux, le visage à se toucher, se regardaient, graves, alors que les yeux de la belle aristocrate s’embuaient de larmes.
Les tirs étaient d’une précision redoutable, impossible de se découvrir pour savoir où ils étaient, pourtant, il fallait impérativement que je le sache, et avec précision. Je n’avais qu’un moyen…
C’était quoi déjà… ? Cabanac… ? Non, mais ça ressemblait.. Euh… ! Woah, le gros black ? Non… Wouah, le corbaque ? En tout cas, ça commençait par wouah… Sûr !
Walbaknak ! Oui ! C’était ça, Walbaknak ! Super, Ouais… !
Je me plaçai un peu à l’écart du groupe, et me mis à crier très fort le mot-code. Tous se retournèrent pour me regarder puis s’entre-regardèrent, l’air de se dire que je n’étais plus tout à fait étanche…
Je criai, mes mains en porte-voix devant ma bouche, à plusieurs reprises, provoquant à chaque fois des regards incrédules, limite amusés. J’eus même l’impression que ma belle Carla se foutait de ma gueule…
Une flèche grise et noire fila entre les bâtiments, une corneille mantelée, et j’entendis nettement, même si c’était un peu déformé, par l’effet Doppler : « Appel à toutes les unités… Appel à toutes… ».
Voilà ! Maintenant, il fallait s’armer de patience…
Les autres m’entouraient et me pressaient de questions. Carla semblait inquiète pour ma santé mentale.
Nous attendions depuis plus de deux heures dans une ambiance de plus en plus tendue, où je sentais bien qu’on me « regardait » de traviole… Carla se taisait et affichait un air soucieux, quant à Honey et Béatrice, se prouvant une fois de plus l’affection que mutuellement elles se portaient, elles se regardaient en chiens de faïence.
Claudia et Faust s’étaient éloignés et mis à l’écart du groupe… je les cherchai. Au détour d’une corniche, cachés par un pan de mur, je les aperçus dans une posture sans équivoque ; Claudia dévoilait sa magnifique croupe, sa robe légère retroussée sur ses reins, pendant que Faust, le pantalon sur les chevilles, haussé sur la pointe des pieds, besognait d’importance la belle fraîchement veuve, lui prodiguant de solides coups de reins consolateurs qui lui arrachaient râles et gémissements, dont la sincérité ne faisait aucun doute… Je me retirai discrètement et rejoignis ma belle Carla, que je trouvai assise sur un rebord de cheminée, une expression chagrine et boudeuse sur son beau visage. Je caressai ses cheveux.
Elle appuya sa tête contre ma cuisse, avec un long soupir.
Elle eut son joli sourire… un rien forcé.
Je m’approchai du cadre. Une balle miaula, suivie d’un claquement. Ils n’avaient pas bougé ! Ils nous guettaient, là ! Carla me regarda, haussant les sourcils avec une petite moue découragée… charmante.
Avisant Béatrice et Honey, je marquai une surprise, et m’approchant de ma Carla, lui chuchotai, amusé :
Et ma belle Carla de me raconter comment Honey était parvenue, usant de son charme et de sa finesse, à faire tomber dans ses rets la belle aristocrate.
Béatrice, montrant des côtés bien plus fragiles qu’on aurait pu le supposer et que cette situation incongrue passablement anxiogène révélait, avait eu un gros coup de blues et s’était mise à pleurer chaudement, après avoir brusquement éclaté en sanglots. Honey qui au début la considérait, amusée et quelque peu ironique, vit très vite le parti qu’elle pouvait tirer de cet aveu de fragilité. S’étant approchée de Béa, elle lui avait parlé avec douceur, et lui prodiguant paroles et encouragements rassurants, lui prit la main qu’elle caressa avec douceur. Béatrice se calma, et regardant Honey à travers ses larmes, lui balbutia des remerciements qui semblaient sincères.
La jolie Honey, rouée, s’approchant, alors, de la belle aristocrate éplorée, embrassa doucement son front, ses yeux, séchant ses larmes de ses baisers, laissant Béa le souffle coupé. Elle posa ensuite un long baiser sur sa bouche qui laissa la belle interdite. Honey se redressa, fixant longuement sa proie dont le regard vacillait. Alors, comme d’un fruit mûr, elle s’empara de la bouche offerte, Béa appelant le doux baiser, vaincue.
Carla me conta que Béatrice s’était remise à pleurer, assurant à son amante qu’il s’agissait, cette fois, de larmes de bonheur.
Elles étaient maintenant aux bras l’une de l’autre, se prodiguant baisers et caresses, et le spectacle de ces deux sublimes beautés enlacées embrasait mon imaginaire, me laissant la tête pleine d’images torrides et bouleversantes.
C’est à ce moment de ma rêverie, que sur un pot de cheminée se posa Angus.
C’est ainsi qu’avait été baptisée ma corneille préférée, née en Écosse, sa famille ne plaisantant ni avec la religion ni avec les traditions.
D’un coup d’ailes elle vint se percher sur mon épaule, me montrant, par-là, son affection. Les autres étaient sciés !
Carla me regardait, ébahie, les autres n’étaient pas en reste… Qu’est-ce que je foutais à échanger des onomatopées et des cris débiles, avec un oiseau, perché sur mon épaule ?
Angus vit mon regard.
Au point où j’en étais, plus rien ne m’étonnait.
Les autres étaient baba.
À partir de là, Angus changea complètement d’attitude. Ça ne rigolait plus. Il avait sauté de mon épaule et s’était posé sur un rebord de cheminée qu’il arpentait de long en large. Il me prévint qu’à partir de ce moment il ne s’exprimerait plus qu’en anglais, parce qu’il trouvait que ça faisait plus martial. D’après lui, l’idéal aurait été l’allemand, mais il avait du mal avec les déclinaisons. Il avait un fort accent écossais, et pour moi, qui ai fait mes études dans le Sud, ce n’était pas évident.
Angus eut l’air de se concentrer. En fait, il préparait sa check-list.
Et il décolla, prenant rapidement de l’altitude au-dessus des constructions. Le suivant des yeux, je préparai mon matériel. Je le demandai à ma très belle Carla, qui me passa mon Ass-phone, et l’allumai, puis sélectionnai l’option « E-Bazooka ». Une protubérance apparut sur le haut de l’appareil, qui se transforma en quelques secondes en un mini missile d’aspect redoutable. J’étais paré.
Je vis Angus faire un passage sur le dos et se lancer dans un piqué vertigineux. Il sortit les aérofreins au-dessus de la quinzième vignette et redressa, fit une ressource qui l’amena en palier au-dessus de celle-ci, et se mit à décrire des cercles.
J’eus très rapidement les informations et entrai les coordonnées transmises qui s’affichèrent sur l’écran du Laïna. Je validai et enclenchai le système de mise à feu, éloignant l’Ass-phone de mon visage. Le missile partit dans un miaulement suraigu, décrivant une large courbe ascendante et, après un triple salto enchaîné sur un double Axel, dégringola à la verticale, dans un hurlement strident, sur sa cible. On entendit une explosion sèche, et un panache de fumée s’éleva sur le toit de l’immeuble de la quinzième vignette.
Angus revenait, fier du devoir accompli.
Tout le monde dans notre petite bande était soulagé et souriait libéré. Carla me cherchait du regard et me souriait amoureusement, reconnaissante. Je bichai…
Je jouai le jeu. Je lui devais bien ça.
Il se posa sur la cheminée en face de nous.
Mes compagnons se regardaient tous, abasourdis. Cette corneille parlait, comme ton père, ta mère, tes frères et tes sœurs… Oh ! Oh !
Les filles sourirent, flattées de ce compliment, rare et inattendu.
La classe britannique… Il partit à tire d’ailes vers le Nord. Nous le regardâmes s’éloigner, et l’entendîmes brailler, encore une fois, dans le lointain :
Ça, par contre, c’était sa culture ritale.
Chacun y alla de son saut, c’était facile aussi ! … Et nous franchîmes tous sans encombre le gap entre les deux vignettes, retrouvant ainsi le continuum. Il nous fallut descendre tout le strip de la 27 et passant la quinzième vignette où tout s’était joué, nous constatâmes la terrible efficacité de la hi-tec bulgare, en passant près de la cheminée, où étaient embusqués les deux tireurs : derrière celle-ci s’ouvrait un cratère d’une cinquantaine de mètres de diamètre et d’une quinzaine de profondeur, du yaourt partout ! Ça faisait froid dans le dos !