Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 20342Fiche technique51456 caractères51456
Temps de lecture estimé : 28 mn
30/06/21
Résumé:  Il semblerait que l’affaire approche de sa solution. Au grand soulagement de Colette, Charles serait lavé de tout soupçon. Sur une idée de Martineau, Colette et Anna vont tenter de piéger l’ex de Sanmarco.
Critères:  fh ff policier -policier
Auteur : Domi Dupon            Envoi mini-message

Série : Fatale Fellation

Chapitre 07 / 09
(La vérité) Mise à nue

Résumé de l’épisode précédent  :

Si la relation entre Colette et Anna a fait un grand pas en avant, la résolution de l’affaire n’a guère progressé.






CHAPITRE 18



(vendredi matin)


Anna ouvrit les yeux. La nuit avait dû être chaude, la couette était repoussée au pied du lit. Elle se réveillait dans la position où elle s’était endormie : couchée en chien de fusil, le corps de Colette pesant contre le sien. Une main étreignait son sein gauche. À la respiration calme et régulière dans son oreille, elle devina que sa petite camarade n’avait pas encore émergé.


Quand elles s’étaient glissées dans les toiles, elles étaient trop crevées pour remettre le couvert. Elle s’était couchée naturellement sur le côté en s’excusant de ne savoir dormir autrement. En l’embrassant dans le cou, sa cheffe s’était lovée contre elle.


Elle se dégagea précautionneusement. La contemplation de son amie endormie et du plafond l’absorba un bon moment jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle restait béate, un sourire niais aux lèvres. « OK ! C’était génial, mais comme l’a si bien dit la cheffe hier soir : on va pas y passer la nuit, se dit-elle. Surtout que c’est déjà le matin ! ». Les premiers rayons de soleil filtraient à travers les persiennes. Elle prit le temps de regarder autour d’elle. La veille, elles n’avaient pas pris la peine d’allumer.


La chambre de Colette lui ressemblait. Le grand lit – confortable d’ailleurs –, une armoire à linge et un fauteuil décrépi qui servait de penderie à en juger au nombre de fringues qui s’y entassaient. Enfin, une bibliothèque-échelle où s’empilaient des revues scientifiques, quelques ouvrages de psychologie criminelle et plus étonnant des bouquins de SF avec notamment une dizaine de bouquins d’Isaac Asimov. Sans oublier un grand nombre de cartons qui attendaient d’être déballés. Pas de miroir, pas de décorations superflues, aucune fanfreluche, mais des godasses en vrac sur le parquet. À côté, sa propre chambre était un modèle d’ordre et dégageait plus de féminité.


Une oscillation du matelas la tira de sa rêverie. Colette s’était retournée. Elle lui offrait la vision charmante d’un cul idéalement éclairé par la lumière diffuse de l’aube. Elle le détailla sans vergogne… Musclé, charnu sans être rebondi, nulle trace de cellulite. Une fracture verticale nette, ouverte. Anna dut tancer sa main qui insensiblement s’y dirigeait. Prenant appui sur un coude, elle laissa dériver son regard vers ce qui l’impressionnait dans le corps de son amie : sa poitrine. Des seins dont pouvait rêver toute femme normalement constituée. Des seins robustes qui malgré l’approche de la cinquantaine ne tombaient pas. Anna gardait un souvenir amusé de laitières néerlandaises aux loloches avachies lorsqu’elles faisaient du bronzing. Colette aurait pu leur en remontrer. Et ces tétons… Tétons qui gonflaient lors des changements dans la respiration. Non seulement elle se réveillait, mais elle avait compris que sa jeune maîtresse la matait et ça l’excitait.


La madrée attendait. Anna d’une main légère effleura le creux des reins de la pseudo-dormeuse qui ne put réprimer un tressaillement. Mais sans plus. Elle entama une descente en direction des deux lunes qu’elle modela entre ses doigts puis remonta papillonnant, jusqu’aux épaules. Aucune réaction visible supplémentaire.


Un sourire malicieux naquit sur ses lèvres. « Elle voulait jouer les belles endormies… Qu’à cela ne tienne ! ». Trempant son index dans sa bouche, elle l’utilisa ensuite comme une plume pour écrire des mots doux, voire cochons, sur le dos de son amante. Elle allait la faire languir.


Soudain, à bout de patience Colette se retourna, l’enlaça, l’embrassa. Trop chauffée par les préliminaires frustrants qui lui avaient été imposés, elle osa une avancée frontale, genre Blitzkrieg. Anna s’ouvrit afin de faciliter l’assaut de doigts fouisseurs. Une douce moiteur annonciatrice d’un proche plaisir partagé les accueillit. Tandis qu’un pouce, par d’insidieuses rotations, agaçait son bourgeon, un auriculaire coquin toquait à la porte de l’entrée de service.


Poursuivant cette offensive éclair, la bouche de sa cheffe malmenait ses œufs sur le plat mordillant ses tétins. Déjà, elle saluait brièvement son ombilic avant de piquer une tête entre ses cuisses. Lorsqu’une langue humide vint seconder le doigt sur son bouton, un immense frisson fit vibrer sa moelle épinière. Hors de question qu’elle orgasme seule ! Dans un rapide mouvement tournant, Anna mena une contre-attaque qui rencontra peu de résistance. Elles se trouvèrent alors dans un 69 parfait qui leur permit d’atteindre les nuages. Elles jouirent en une sublime simultanéité.


Quand elles eurent repris leur souffle, une nouvelle rotation leur permit de se retrouver joue à joue. Elles restèrent un long moment ainsi baignant dans leur transpiration et leur béatitude. La cheffe, retrouvant ses esprits, s’écarta et la poussa hors du lit.



Abandonnant le champ de bataille dévasté, elles s’étaient ruées sous la douche qu’elles avaient prise en commun. Lieu propice aux câlins, mais le temps leur manquait. Un quart d’heure leur suffit. Anna, n’ayant pas anticipé, dut piquer dans l’armoire de Colette, une culotte et un t-shirt dans lesquels elle flottait. Elles s’habillèrent rapidos tout en buvant un café sans lait, ni croissants, ni même la moindre céréale. Les placards ne contenaient que des conserves et elles avaient vidé le frigo la veille.


Elles décidèrent de prendre chacun leur voiture. Le téléphone arabe fonctionnerait suffisamment vite. Inutile d’en rajouter. Quand le moteur de la Subaru rugit, elle sourit à Colette qui, sans se presser, rejoignait sa Mégane.



#***************#



La journée avait commencé sous de meilleurs auspices (pas ceux de Beaune) que celles de la veille. Ce réveil en fanfare m’avait emportée dans un tourbillon érotique dont j’avais du mal à m’extraire. Qu’est-ce qui m’avait fait jouir : la langue experte léchant, suçotant mon bourgeon, son souffle s’affolant contre ma vulve ou tout simplement sa présence. Peu importe… J’avais connu un orgasme d’anthologie.


Bonus, Anna, quand elle avait allumé son smartphone, avait trouvé un message de Dani Durant. Il avait pu retrouver l’endroit où Charlotte habitait à St É. Il lui donnait l’adresse exacte : 12 impasse des Tilleuls. En buvant son café, elle fit une recherche sur google maps. Un quartier pavillonnaire derrière Geoffroy Guichard. Du diable, si l’on ne trouvait pas qui y habitait dans les années 2000.


J’avais définitivement adopté le point de vue que j’avais défendu la veille : en sept ans, il s’en passe des choses. J’étais bien placée pour savoir que le temps détruit les couples. On allait pouvoir avancer.


Jonage. Malgré l’heure matinale, ça commençait à bouchonner. La Subaru bleu pétrole m’avait semé depuis longtemps. Pas de risque qu’on arrive ensemble.


Profitant d’un gros ralentissement, j’appelai la SRPJ. Je tombai sur Sarah qui, avant que je n’aie le temps de placer un mot, me demanda des nouvelles de Martineau. Je résumai brièvement et lui dit de me passer Ampépeur, s’il était arrivé.


Il était arrivé, mais avait rejoint Mc Roth. Je m’énervai. Je leur avais signifié que le prêt se terminait jeudi soir. J’exigeai qu’il soit là quand j’arrive. Elle eut beau tenter de m’expliquer que c’était en rapport avec notre affaire, pour piéger « qui vous savez », je n’en démordis pas. Quelque part, ça me foutait les boules cette histoire aux relents politiques nauséabonds. Quand j’eus gain de cause, je lui demandai de charger les duettistes Laurdy et Harel de me faire un curriculum vitae de Charles Beaumont. Je voulais la totale. Je chargeai Sarah sur… Il fallait contacter immédiatement la SRPJ de Saint-Étienne afin qu’ils envoient quelqu’un sans délai à l’adresse fournie par l’auteur érotique. Peu de chance qu’il y vive encore puisqu’il aurait emménagé avec son boyfriend, mais les voisins pourraient peut-être avoir quelques éléments intéressants à communiquer aux collègues. Pendant ce temps, elle utiliserait la technologie et aussi, l’administration, dès l’ouverture des bureaux, pour tenter de l’identifier et de refiler le bébé à Serge dès son retour au bercail.


Je venais de lâcher la A42 pour le périf. Ça ne roulait pas mieux. La soirée d’hier occupa à nouveau mes pensées. Je ne voulais pas qu’Anna pâtisse de notre aventure et subisse les avanies que j’avais dû endurer les premières années. Si cela devait durer, il faudrait nous montrer d’une discrétion absolue. Bryce savait, mais j’avais confiance en lui. Il fermerait sa gueule, du moins en public. En privé, il fallait s’attendre à supporter ses vannes d’étudiant attardé.


Charles/Charlotte. Je l’avais oublié(e). « Qui sait ! Si c’est un bon coup ! ». Cette réplique d’Anna avait surgi soudainement alors que je quittai le périf. Une petite soirée à trois, sans présumer sur la possibilité d’une partie fine, pouvait se révéler intéressante. L’état d’esprit de Charles quand nous nous étions séparés n’ouvrait vraiment pas la porte à une proche rencontre.



#***************#



J’avais mis plus d’une heure pour faire un trajet qui, en milieu de matinée, me prenait moins de quarante minutes. Je n’essayai même pas l’ascenseur et gravis les escaliers quatre à quatre. Notre nuit de folie, finalement, ne m’avait pas coupé les jambes.


Mc Roth, comme je m’en doutais un peu, l’avait mauvaise. Mes adjoints avaient essuyé les plâtres et reçu les premières salves. Apostrophe musclée en mode furibard tandis que mon adjointe préférée copiait sa gestuelle dans son dos.



On se regarda avec Anna. Elle ne savait toujours pas ! On éclata de rire. Suivis par Sarah puis par Sergio qui entre deux hoquets parvint à dire :



Il en fallait plus pour la « confuser ».



Et de développer :



Il lui fit un signe. Sarah enchaîna.



Il avait fait le boulot que j’allais lui demander de faire. Faisant contre mauvaise fortune, bon cœur :



Ampépeur s’apprêtait à partir, je l’interpellai.



Discrètement, lorsqu’ils quittèrent l’espace tout vert, Mary-Lou me fit un doigt. N’empêche que s’il avait été partant, elle se serait bien envoyé notre geek préféré.


Le Vinatier : connaissant leur amour du secret médical, il nous faudrait une commission rogatoire et même avec ça, on n’était sûr de rien. Déjà, que Serge avait dû utiliser des moyens peu orthodoxes pour connaître les dates d’hospitalisation. Nous n’en saurions pas plus.


Je voulus envoyer les duettistes, Laurdy et Harel, à la pêche. Sarah me rappela que je les avais chargés d’enquêter sur Beaumont. Ce qui me valut un regard approbateur d’Anna. Elle leur avait refilé l’adresse de son hôtel et ils étaient partis l’interroger. Quelle conne ! J’aurais dû penser que ces deux blaireaux iraient au plus simple. Ça n’allait pas arranger notre relation, la rencontre à trois était repoussée à une date très indéterminée.


Anna allait s’occuper des comptes bancaires. On pourrait peut-être le loger s’il avait utilisé sa carte récemment. Sarah approfondirait la recherche sur les réseaux sociaux : il avait forcément laissé des traces. Voir s’il avait une voiture immatriculée à son nom ou celle de son mari. Surtout de me dégotter un portrait, il avait forcément une CNI, un permis de conduire voire un passeport. Autant de moyens de trouver une photo. Je voulais le comparer avec les images vidéo que nous avions.


La mort de son mari suivie d’une dépression derrière. Deux faits prometteurs, deux éléments déclencheurs potentiels. Il sort d’HP en août, 9 mois plus tard, Paolo Sanmarco trépasse. Mon moral remontait en flèche. Le glaive de la justice s’éloignait de « ma » Charlotte. Un crime minutieusement organisé. Soudain, une évidence m’explosa le cerveau. Qu’on n’y ait pas pensé immédiatement, c’était excusable : le milieu que fréquentait le mort, la distance qu’il avait depuis longtemps avec sa famille, leurs alibis. Rien qui nous conduisait à leur implication immédiate dans le crime. Ça restait néanmoins une bourde, mais je l’ai laissée passer quand on a eu compris que c’était un crime personnel sinon passionnel…


À chier ! J’avais été à chier sur cette enquête depuis le premier jour. Perturbée par ma rupture puis par les avances d’Anna, la rencontre avec un homme. Ma vie sentimentalo-sexuel m’avait laminé le cerveau. J’avais envie de casser quelque chose. La commandante Colette Dupin, une pointure pour qui le boulot passait avant tout. Ouais, une conne qui s’était laissé bouffer par ses problèmes d’hormones.


Maigre consolation, je n’étais pas la seule. Je n’avais rien à reprocher à Sarah Toustra ni à Serge Ampépeur. L’une, toute neuve dans l’équipe, avait fait du bon boulot. L’autre, accaparé par Mc Roth, avait découvert plus que ce qu’on lui avait demandé. Anna et Bryce, eux, n’avaient pas vraiment fait preuve de clairvoyance. Elle, je supposais, troublée par ses sentiments à mon égard. Lui, le séducteur patenté, tombé en amour pour la belle Lay Houay. On faisait une fine équipe de bras cassés pour courrier du cœur. Il fallait que je me reprenne.


J’avais besoin de mon geek, à la seconde. Lui seul pouvait nous sauver le week-end. En passant par les voies officielles, j’aurais, avec beaucoup de chance, le feu vert en milieu de semaine prochaine. Je m’étais déjà pris la tête avec Mary-Lou. J’allais devoir faire preuve de diplomatie. Je me rendis dans son QG, m’enquis de ce qu’ils préparaient. Elle m’entraîna dans son bureau où Serge pianotait sur un clavier, ferma la porte puis m’expliqua sur un ton jubilatoire :



Mary-Lou ne lui laissa pas le loisir de répondre.



Merde, système Androïd. Je n’avais pas pensé à messenger, What’s up and co. Fais chier la technique moderne. Fallait quand même tenter le coup. Je demandai fort civilement à Mary-Lou, l’autorisation de m’entretenir avec mon geek quelques minutes. Je lui expliquai ce que j’attendais de lui. Il me répondit que ça ne lui poserait pas de problème insurmontable, mais que ça n’aurait aucune valeur légale.





#***************#



Après une longue entrevue avec Bourrel, je revins dans l’open space. Anna m’interpella.



Nous étions seules.



Tout ça parce que j’avais merdé, trop absorbée par les dialogues avec mon vagin. J’avais envie de me baffer. Anna tenta de me réconforter :



Je ne pus retenir ma main pour une rapide caresse sur son visage. J’avais déjà peu d’autorité sur elle alors si je me laissais aller à des gestes comme celui-ci, j’étais mal-barrée.



Et de me rendre ma caresse avec les intérêts, un sourire malicieux aux lèvres.



Born in USA ! Ampépéur ! Je décroche. La seule chose qu’il avait trouvée : Rosette Delion s’était connectée à Internet aux alentours de 17 h 30, mais impossible de savoir quelle opération, elle avait effectuée. Sinon aucun appel suspect. Même de la part de la belle-fille. Je rapportai ses propos à mon adjointe et amante d’un soir. Ça ne l’éliminait pas, bien au contraire, mais ça ne nous apportait rien de concret.


Nouveau coup de fil, nouvelle déception ! Saint-Étienne avait fait chou blanc à Saint-Chamond. L’oiseau n’était pas au nid et au vu du courrier qui remplissait sa boîte, il ne s’était pas envolé la veille. Une rapide enquête de voisinage leur avait appris que personne ne l’avait vu depuis au moins 15 jours.


On tenait sans doute notre meurtrier. L’activité sur la toile de Rosette Delion en faisait une complice potentielle. Restait à déterminer son degré d’implication. Trop cool sauf que nous n’avions pas l’ombre de la queue d’un semblant de preuve, seulement une présomption. Quant à Michel Dorset, il avait disparu. Anna émit l’hypothèse que, tel le Phénix, il allait renaître de ses cendres, sous une nouvelle identité.


Sarah n’avait rien trouvé sur les réseaux sociaux sinon une photo de Dorset. Il avait fait une demande de passeport en 2013. La comparaison avec l’image de la cam Part-Dieu n’était pas probante. Ce pouvait être lui… ou Charles. D’autre part, Dorset avait sans doute une voiture à sa disposition : une Citroën dont la carte grise et l’assurance en cours de validité étaient au nom de Justin Manhof. Je la félicitai pour son travail et lui conseillai de prendre une pause. Durant l’après-midi, il faudrait qu’elle trace le téléphone de Rose Delion sur les trois dernières semaines… pour commencer.


Anna attendit son départ pour me suggérer d’aller casser une dalle puis de rendre visite à Martineau. Je voulais attendre le retour de Laurdy et Harel.



Elle avait raison. À défaut d’être de grands enquêteurs, ils avaient une connaissance approfondie des bouchons lyonnais.



#***************#



CHAPITRE 19

(vendredi aprèm)


Nous avions décidé de passer à l’hosto avant de manger. Durant le trajet, la conversation roula sur l’affaire évitant ainsi toute allusion à notre situation personnelle. Arrivée devant la porte de la chambre, j’allais frapper pour nous annoncer. Anna me retint le bras mettant un doigt sur ses lèvres pour m’imposer le silence. Elle n’en ratait pas une. J’avais la certitude que ma diatribe sur notre incompétence l’avait touchée, mais – et je l’admirais pour cela – elle ne se laissait jamais démonter. Elle possédait une capacité incroyable à rebondir. Sa joie de vivre, son espièglerie resurgissaient immanquablement. Alors que j’étais encore à broyer du noir, elle pensait à surprendre Martineau si possible dans une position scabreuse.


Elle entrouvrit doucement la porte qui bien huilée et bonne fille ne grinça pas. Nous glissâmes nos têtes dans l’entrebâillement. Le contact étroit de nos corps déclencha une décharge d’adrénaline commune. Nos doigts s’entrelacèrent. Le spectacle qui s’offrit à nos yeux n’aurait pas eu de quoi rafraîchir nos ardeurs s’il n’avait pas failli générer un fou rire. Échange de regards amusés et d’un baiser rapide. Baiser plus innocent que celui que la jeune et très belle Coréenne imposait à notre pauvre ami blessé. Son épaule emmaillotée n’avait pas l’air de le faire souffrir énormément si l’on en jugeait par l’ardeur de sa collaboration et aux soubresauts de son bassin sous les agissements de la main glissée sous le drap de son lit. Il aurait été indécent, voire traumatisant pour le patient, d’interrompre les soins prodigués par la jeune interne, aussi sans nous concerter et en nous câlinant sans nous soucier de la circulation dans le couloir, nous attendîmes.


Heureusement, la conclusion était proche. En grande professionnelle… de santé, Lay Houay sortit de sa blouse, un mouchoir en papier avec lequel elle effectua une ultime manipulation. Bryce se détendit, son corps se relâcha. Anna, délaissant ma cuisse, applaudit la performance. La jeune femme se releva précipitamment et nous regarda d’un air horrifié. Quant à Bryce, il se redressa sur son coude valide et nous incendia :



Puis réalisant : — Vous êtes là depuis combien de temps ?



Je pris une petite voix affligée, me retenant d’éclater de rire :



Reprenant ma voix normale :



La jeune asiatique nous regardait, effarée, et soudain, elle rit aux éclats.



Après son départ « Bri » nous expliqua, avec des trémolos dans la voix, qu’elle était restée toute la nuit à son chevet. Ce qui bien entendu provoqua des commentaires ironiques de mon adjointe. Quand elle lui reprocha de nous avoir caché ses amours coréens, il se mit en rogne.



Pour la centième fois, j’interrompis leur duo et abordai le sujet qui m’importait. Je résumai ce qui s’était passé depuis l’arrestation rocambolesque de Snoo Py en commençant par ses aveux et le plan foireux de McRoth. Bryce m’écouta attentivement, ne m’interrompant que pour avoir quelques précisions.



À nos regards navrés, il conclut :



Je remis les pendules à l’heure.



Il nous livra son idée. Première réaction, ricanements : on n’était pas dans une série américaine. Il insista, précisa, ratura, modifia. Nous le suivîmes sur ce terrain pour, in fine, parvenir à un plan un peu bancal, mais réalisable. Nous ne sortirions pas de la légalité. Si nous avions raison sur sa complicité, ça devrait marcher. Sinon, nous nous ferions taper sur les doigts. Je me ferai taper sur les doigts. Nous quittâmes Martineau après avoir finalisé notre scénario pour confondre Delion. Nous sortîmes de l’hosto, tout à fait rassurées sur son intégrité mentale et physique et un peu rassérénées quant au devenir de l’enquête.


Un point me tarabustait. Devant l’air entendu d’Anna quand il avait prononcé ce nom, j’avais fermé ma grande bouche par peur d’être ridicule. Une fois dans la voiture alors que nous rentrions pour casser une dalle à la cafèt’, je l’interrogeai.



Pendant le déjeuner, j’appelai Laurdy et lui demandai où ils en étaient avec Beaumont. Pas très content l’ami Stan (de son prénom complet Stanislas) que je le dérange pendant sa pause. Il récrimina d’autant plus que je les avais envoyés ennuyer un honnête citoyen. D’après lui (son coéquipier partageait son avis) : « plus clean que Beaumont, tu meurs ». Rire intérieur. Cette fripouille de Charles les avait embobinés. Néanmoins, sérieux et professionnels, ils avaient établi et vérifié la véracité du curriculum qu’il m’avait fourni. Marie-Hélène existait bel et bien. Malgré tout comme me le fit remarquer Anna, en prenant soin d’atténuer la portée de ses propos par un sourire enjôleur, cela ne changeait en rien la faiblesse de son alibi.


Au café, j’enclenchais la phase 1 du plan de Bryce. J’appelai Sarah, lui commandai de réquisitionner deux uniformes, de les accompagner à Rose Day, l’échoppe de l’ex-madame Sanmarco et de l’inviter, sans possibilité de refus, à les suivre et à l’amener directement en salle d’interrogatoire. Cela ne devait pas être une arrestation, mais devait suffisamment y ressembler pour lui mettre la pression.



#***************#



La madame n’était pas contente. À notre entrée, elle faisait les cent pas, claquant ses talons sur le carrelage. Elle s’en prit directement à moi.



Derrière son apparente fureur, son langage corporel racontait une autre histoire : une sourde inquiétude l’habitait.



Je laissai ma phrase en suspend quelques secondes, le temps qu’elle s’inquiète, avant de reprendre :



Tandis que je m’asseyais, Anna lui avançait une chaise. Rose Delion, renfrognée, prit place en face de moi. Mon adjointe ferma la porte de la salle et s’y adossa.



Elle souligna ses paroles en désignant ses escarpins. Les duettistes l’avaient surprise au travail. Elle en portait l’uniforme : Robe à col rond aussi légère que le permettait la saison, bas couleur chair. Disparition des mèches colorées, elle avait adopté une coiffure plus soft, plus sérieuse. Sans doute en vue des funérailles, pensai-je cyniquement.



Nous avions décidé de la faire frire et durant les dix minutes qui suivirent, nous tournâmes autour du pot posant des questions insignifiantes. Nous sautions du coq à l’âne : revenant sur le passé de son mari, sur leur divorce, ses affaires, ses bizarreries sexuelles, évoquant Charline au passage. Anna et moi alternions dans le questionnement. Le but était de la faire tourner en bourrique, de la rassurer tout en l’inquiétant. De la déstabiliser suffisamment, de l’énerver pour qu’elle se plante. Ce qui arriva assez rapidement. Elle commit une première erreur en ne la jouant pas « je ne connais pas cette personne » quand, pour parler du travesti, Anna utilisa le prénom de Charlotte. Elle en prit conscience à retardement et cela l’énerva.



La belle Rose perdait son sang-froid. Il était temps de passer aux choses sérieuses. Mon adjointe qui avait joué la gentille lors de nos précédents entretiens vint s’asseoir à mes côtés. Elle entreprit de calmer le jeu avant d’engager le combat.



Feignant l’impatience, je l’interrompis.



Deuxième banderille qui faisait mouche ! Quand elle avait compris que nous avions identifié Charline, elle ne put dissimuler sa gêne. Ce n’était pas une pro, Bryce avait raison.



Elle avançait en terrain miné.



Je lui présentai le portrait de Dorset remontant à quelques années, dégotté par Sarah.



Je lui remontrai la photo.



Je me levai, repoussai brutalement ma chaise, posai mes mains bien à plat sur la table. J’approchai mon visage à quelques centimètres du sien. Je forçai sa zone de confort, j’entrai dans son intimité. Cela faisait très série américaine, mais c’était le but. Le spectateur moyen, race à laquelle devait appartenir la gonzesse en face de moi, savait que le moment où le flic se mettait en colère signifiait qu’il allait asséner le coup fatal. Je simulai la fureur, je haussai la voix.



La pauvre ne faisait pas le poids. Elle tremblait. Ses yeux se mouillaient. Je me demandais sadiquement dans quel état se trouvait sa culotte. Jusque là, tout se passait comme nous l’avions prévu.



Elle se tut se rendant compte de ce qu’elle allait dire. Anna, toujours en mode gentille flique, compléta.



Elle éclata en sanglots. Anna enchaîna :



Je n’osai pas dire un mot. Qu’est-ce qui lui prenait ? Elle sortait du scénario. Et cette histoire de relation sentimentale… Ça avait l’air de marcher. Rosette acquiesçait.



Sa voix se raffermissait. On s’éloignait de la scène de crime, cela la rassurait.



Maintenant qu’elle était partie, on ne l’arrêtait plus. Elle se noyait dans le style roman à l’eau de rose.



Le moment de porter l’estocade était arrivé. Je décidai de me conformer au plan proposé par Martineau. J’y allais sans filet.



Rosette Delion se recroquevilla sur son siège. Soudain, elle faisait son âge.



Inspiration soudaine.



Cette dernière affirmation la fit réagir avec véhémence, la fit exploser en vol.



Et voilà, nous avions notre confirmation. Alléluia ! Nous tenions notre coupable et Charles n’avait rien à voir avec ce putain de crime. Il ne nous restait qu’à lui faire avouer sa complicité active, presque secondaire, et, prioritairement, lui faire dire où on pourrait cueillir Dorset. J’allais lui rentrer dans le lard, mais d’une main ferme, posée sur ma cuisse, Anna m’imposa le silence.



Elle éclata en sanglots. Prenant sa tête en ses mains, elle lâcha prise :



Elle fonça. Dorset s’était réfugié dans un hôtel à St Genis en bordure de l’A450. Elle ne se rappelait pas le numéro de la chambre. Comme il avait dû payer en cash, inutile de chercher sous quel nom il était inscrit. Dans ce genre de bastringue, nul besoin de fournir une identité.


Dès que nous eûmes les coordonnées de Dorset, je l’inculpai pour complicité dans le meurtre de son ex. Elle voulut encore protester de son innocence. Anna, laissant tomber le masque, l’assomma en lui révélant que nous n’avions pas encore arrêté son amant, mais que grâce à elle, ce n’était plus qu’une question d’heures. Alors qu’elle nous traitait de salauds de flics, mon adjointe lui cloua le bec en lui affirmant que nous avions la preuve qu’elle avait prévenu son chéri que Sanmarco serait seul à son domicile. Que pour cela, elle risquait d’être accusée de complicité de meurtre !


Comme nous l’avions prévu, elle n’avait rien d’une criminelle aguerrie : elle avoua tout en essayant de minimiser son rôle. Tout était de la faute de Paolo. Elle ne voulait pas, mais quand il avait quitté la fête d’anniversaire, il l’avait humilié une fois encore. En lui montrant une photo des fesses de sa dernière conquête, il lui avait expliqué pourquoi le soir de Noël, il s’était enfui de chez elle la laissant nue et appuyée à la cloison du couloir, cul cambré, offert.


Elle n’avait jamais recouché avec lui depuis leur séparation, mais l’an passé, ils avaient fêté le réveillon en famille chez leur fils. Pour une fois, la soirée s’était bien passée. Trop alcoolisés pour conduire, ils étaient rentrés en taxi. La magie de Noël agissant, il lui avait proposé de partager le sien. Lors du trajet, elle s’était attaquée sans vergogne à sa braguette, en avait extrait Pôpaul, et sans se soucier du regard courroucé du chauffeur, avait entamé une pipe. Elle n’avait pas oublié qu’il adorait ça et qu’il lui disait souvent qu’elle était une pompeuse de première. Aussi, quand arrivée à son domicile, elle lui avait proposé un dernier verre, il était dans un tel état qu’il n’avait pu refuser. La porte à peine refermée, elle avait ôté robe et culotte en moins de temps qu’il faut à Usain Bolt pour gagner un 100 m. Elle connaissait bien ses goûts : elle lui avait offert son cul. Elle avait attendu puis elle avait entendu la porte d’entrée claquer.


Le soir de l’anniversaire de leur petite fille, il lui avait donné la raison de ce départ précipité. À la vision de son gros cul flasque, il avait instantanément débandé. Alors après son départ, elle avait envoyé LE message à Michel. Mais il ne pouvait pas l’avoir tué. Il voulait juste lui parler, le forcer à reconnaître sa faute. Elle ne comprenait pas ce qui avait pu se passer. Elle refusait de croire qu’il l’avait fait. Ce ne pouvait être un assassin.


La messe était dite. J’appelai Sarah pour qu’elle prenne sa déposition. Il fallait qu’on s’occupe de Michel Dorset.


Anna profita du bref trajet jusqu’à mon bureau pour me glisser à l’oreille : — On va pouvoir s’envoyer en l’air tout le week-end sans arrière-pensées ! » Nous tenions notre coupable et ce n’était pas notre « Charlotte ».



À suivre