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Temps de lecture estimé : 31 mn
03/11/20
Résumé:  PY sait tout... ou presque. Le passé le rattrape, mais que lui réserve l'avenir ?
Critères:  fh cérébral fmast fellation cunnilingu -rencontre
Auteur : Enzoric      Envoi mini-message

Série : PY

Chapitre 06 / 07
... attendre...

PY sait tout … ou presque. Le passé le rattrape, mais que lui réserve l’avenir ?





Chlo


Il sait tout … J’en r’viens pas !

D’hab j’prends pas des pincettes. Ça passe ou ça casse. Rien à battre. Moi j’sais pas mettre les formes. Ça me gonfle les formes. Les courbettes et tout et tout. Pas mon truc. Alors j’l’ai fait cool. Dur. Pris sur moi. Bien enveloppé. Bien à point. Pas saignant.


C’est passé comme une lettre à la poste. Reçue en temps et en heure. Ni trop tôt ni trop tard. Pile-poil quoi ! Putain qu’c’est bon…

Tout est top avec lui. Simple. Pas de prise de tête. On s’comprend trop bien. Même pas besoin d’parler. Bizarre presque !


Ça fait trois jours que j’plane. Oh putain ! Pas que d’le faire en plus ! Et partout en plus !

Il assure grave le Paille. Trop fort sous ses airs de non-merci-pas-pour-moi. Cache bien son jeu l’cochon ! J’pensais qu’j’allais devoir le débrider mais pour le coup c’est moi qui suis claquée. Mais en bien. Quand c’est pas lui c’est moi qu’ai envie. On fait qu’ça. Bouffe dodo baise. Et dans l’désordre ! Trop bon. J’sais bien que c’est l’début mais j’ai comme l’impression que c’est que l’début. Qu’après ça va être pire encore. Pas peur mais j’sais pas si j’vais t’nir le coup du coup !


Là il est sur mon lit. Il m’attend. Trois jours. Quasi quatre que c’est lui qui m’lave. Pas qu’j’aime pas qu’il me lèche mais quand même. J’me suis douchée rapidos. Ça fait du bien d’les enlever ces bas. Mais il les kiffe lui les bas. Alors j’ai décidé qu’les collants c’est fini. J’y ai pris goût moi aussi. Bizarre. Avant j’étais collant. Taille XXL. J’l’ai prends toujours trop grands et j’les r’monte jusqu’aux seins. J’aime bien. Ça tient chaud. Pis ça cache mes jambes. Pas que j’les aime pas mais j’les trouve pas belles. Pis blanches. Mais rien à foutre j’bronze pas. Soleil ou UV que dalle. Cachet d’aspirine. Blanche comme neige. Peau d’rousse quoi.


Les bas c’est comme les collants. Ça cache. Surtout mes g’noux. J’complexe pas mais sont pas beaux. J’les aime moyen mes g’noux. J’mets toujours des jupes ou des robes sous le g’nou. Comme mes doigts de pieds. Pour ça que j’mets jamais des chaussures ouvertes. Pourtant c’est beau des ongles vernis qui dépassent. Mais pas les miens. Des Knackis. J’fais du quarante et un malgré ma taille. Au début j’aimais pas. Sauf pendant les soldes. C’est cool d’avoir des pieds d’yeti. Y’a toujours ma taille au début. Mais lui, il les kiffe mes knakis. Alors moi aussi. Un peu plus.


Lui il est super bien formé. De partout. Tout bien proportionné. Tout à la bonne taille. Harmonieux. Beau à r’garder quoi. Habillé il est canon. Alors nu vache ! Pas super musclé. Pas l’genre à faire de la gonflette mais c’qui faut où il faut quoi. Et doux. De partout il est doux. Pas un poil. Rasé nickel de la tête aux pieds.


Suis pudique normalement. Mais pas avec lui. Avec lui j’ai peur de rien. J’cache rien. J’suis nature quoi. Comme lui. C’est cool d’être soi-même. Sans complexe. Sans gêne. J’ai l’impression d’l’aimer un peu plus mon corps quand j’le vois me r’garder. J’me suis jamais sentie belle mais dans ses yeux j’me trouve désirable. Alors j’les oublie mes complexes qui m’ont pourri la vie. Même là. Seule dans la salle de bain. Avant j’me regardais pas. Sauf pour me coiffer ou m’maquiller. J’faisais vite. J’me regardais pas complète. Les cheveux en m’coiffant. Les yeux ou la bouche en me maquillant. Mais jamais tout. Un à un ça passait mais visage ou corps complet non. Ça doit faire cinq minutes que je chuchote à mon dictaphone en matant mon reflet et c’est cool. Ça m’plaît. J’en avais besoin. Pas autant qu’lui mais pas loin.


D’hab j’suis une pile. Faut qu’ça bouge. Mais avec lui non. Bizarre. Pas moi ça. Lui il est pareil. Pas changé. Alors c’est moi qui change. Pas en mal. En mieux même. Il me rend zen. Pas comme lui. Pas possible. Personne peut. Il est unique le Paille. Toujours cool. Rien l’énerve. Il prend son temps quoi. Normalement j’ai l’impression d’avoir le temps de rien. J’prévois toujours des trucs en sachant qu’c’est pas possible de tout faire. J’avais besoin de ça. Me sentir débordée. P’tête pour pas cogiter plus. J’sais pas. J’sais plus rien maint’nant. D’puis lui c’est bizarre. Mais en bien. En super génial méga top quoi.

J’m’reconnais plus mais c’est cool. On dirait que j’suis une autre. Moi mais pas pareil. Même Sab ma meilleure topine à qui j’dis tout elle a compris. Avant moi même ! Elle m’a dit Chlo dis-moi tout. T’es amoureuse c’est ça ? Non. Pire que j’lui ai dit. J’l’ai dans la peau. Partout. Un truc de dingue tel’ment il me rend cinglée.


Sab c’est mon ex-patronne. La seule qu’a eu confiance en moi. C’est la meilleure. En tout. En topine et patron. Elle m’a tout appris. Elle m’a jugée pour c’que suis pas sous mes airs de conne. Elle m’a révélée pour c’que j’étais même. J’l’adore. On s’appelait tous les jours avant lui. Mais elle sait. Elle sait que j’l’oublie pas. Elle me comprend mieux que personne. Comme la frangine que j’ai jamais eue. J’ai deux frangins mais pas de sœur moi. C’est moi l’aînée. J’les ai élevés comme une mère. Nourris torchés et tout et tout quoi ! Quand ils ont besoin d’un conseil ou qu’ils sont paumés c’est moi qu’ils appellent.


J’pensais pas qu’c’était possible d’aimer comme ça. C’est trop beau pour être vrai. Pas possible. J’oublie tout. Même moi ! J’sais même plus c’que j’aimais avant lui ! P’tiote c’était mon Prince charmant mais mait’nant que j’suis avec c’est mon roi. Ma raison de vivre. Putain que c’est bon !


Même le boulot j’y pense plus. Pourtant l’taf c’était ma bouée. Mon attache à la vie quoi ! Bah… pu ! Maint’nant c’est lui. On fait rien des journées et pourtant j’suis bien. J’me suis jamais fait chier comme ça. Y’a qu’avec lui que j’ai envie de rien foutre. Bizarre mais bon. Super bon.


J’me suis pris une semaine de vacances. La première depuis que j’suis à mon compte. Jamais eu envie avant. Mais j’crois qu’une c’est pas assez. Rien n’est assez avec lui. J’ai même pas regardé les chiffres. Pour dire ! Et l’portable. J’sais même pas où il est mon téléphone. Bizarre. Mon tél c’est ma vie. Mais plus rien à battre. C’est plus qu’un truc qui me raccrochait à m’sentir vivante. Importante. Connerie !

J’comprends maint’nant que c’est pas ça l’important. L’important c’est pas faire plein de trucs. L’important c’est d’être important pour quelqu’un. J’sais pas vraiment si j’le suis autant qu’il l’est pour moi mais j’le crois. On s’dit rien mais pas besoin. Comme si y’avait pas besoin. On s’comprend trop bien. On sait rien de l’autre sauf qu’on est bien ensemble. Ça suffit.


Bizarre la vie. P’tiote tu flashes sur un type bizarre. Pis tu grandis. Pis tu retombes dessus. J’crois pas au destin. Au hasard si. J’y crois. Y’avait quoi ? Une chance sur combien pour que j’habite à côté ?

Ou alors c’est l’destin ! J’sais pas. J’sais plus grand-chose en fait. À part que j’suis bien. Pire que quand j’étais gosse. C’est cool quand t’es môme. Tout est cool. Pas urgent. Tu peux remettre à demain c’que t’as pas envie d’faire. Personne te fait chier. Bah là c’est pareil. Comme quand t’es gosse. On profite et c’est tout. Mais j’sais bien que ça va pas durer des plombes. J’vais devoir retourner au taf. J’l’aime bien mon taf. J’l’ai pas choisi mais j’y ai pris goût. P’tête que l’couillon d’mes deux qu’à fait de grandes études il avait deviné lui. Après tout c’était son job ! Normal quoi.


Lui j’sais pas c’qu’il fait comme taf. J’sais qu’il a fait de grandes études. Mais c’est tout. J’sais pas en quoi et j’m’en tape. Pas important. C’est pas les études qui font les gens. Sinon j’serais rien pour lui. Et lui rien pour moi. P’tête qu’il était comme moi. Qu’il se cherchait. P’tête qu’il se cherche encore ! Qu’il a pas eu l’orientateur pincé du cul pour lui dire ça ça va te plaire… Ou alors il savait déjà. Ouais. C’est ça. Sûre qu’il savait déjà le Paille !


Moi j’savais pas grand-chose p’tiote. Mais lui il savait tout. Un truc de malade. Pas pour rien qu’on l’appelait le dico à deux pattes. On s’foutait d’sa gueule mais en fait on aurait aimé être comme lui. Il écoutait rien en classe mais toujours l’premier. Comme s’il savait déjà tout. Une tête quoi ! Mais moi rien à foutre ça rentrait pas. J’bossais pourtant. Plein. Mais que dalle. Rentre par une oreille et sort par l’autre. J’ai tout essayé. Les écrire plein d’fois. Même les chanter les cours. Mais rentrait pas. Y’a que des mains que j’suis douée. Manuelle mais pas intello. Tout l’contraire de lui quoi ! Suffit de m’montrer une fois et hop ! c’est compris. J’mémorise les gestes. Pas les paroles ou les écrits. Ça me gonfle ça. Théorie sans pratique c’est que dalle. Paraît qu’j’ai des doigts de fée. C’est cool les fées. Z’ont des pouvoirs surnaturels. Moi j’en ai pas. Enfin je crois pas. Mais on l’dit alors !


J’aime bien toucher. Depuis toute p’tite. J’touchais déjà à tout. En marchant j’avais toujours une main qui longeait un mur. C’est pas un toc c’est un besoin. J’ressens pas les choses par la pensée mais par le toucher. C’est comme ça. J’y peux rien moi merde ! Lui c’est… pire ! J’l’ai dans la peau. J’adore le toucher. J’en ai pas besoin c’est nécessaire. Plus qu’n’importe quoi. Truc de dingue. Et quand c’est lui qui me touche vache ! Encore meilleur. Il peut faire c’qui veut de moi. N’importe quoi. Et il s’en prive pas l’cochon ! Mais jamais en mal. Comme s’il avait compris. Sans abuser. Comme pour mon plaisir à moi. Pas à lui. Enfin si un peu. Mais j’sais pas comment dire. Quand il me caresse c’est comme s’il le fait pour moi et pas pour lui. Bizarre. Mais bon. Même quand on dort faut qu’on s’touche. Moi surtout. Ça m’rassure. Me calme. Normalement faut une plombe avant que j’m’endorme. Mais plus maint’nant. Suffit que j’me colle à lui et paf ! plus personne. Il me vide la tête. Même réveillée j’pense plus à rien. Qu’à lui. Tout tourne autour de lui. Et lui pareil. Il a même pas bu une bière. Que d’la pétillante. Comme les cigares. Pas un qu’il a allumé. Trop balaise le Paille !


Moi j’peux pas. J’fume moins mais j’peux pas arrêter comme ça. Surtout les deux après manger. Entre j’y arrive mais celles-là pas. C’est mon dessert après l’sucré. Faut toujours que je finisse sur une note sucrée. Sinon c’est comme si j’avais pas l’impression d’avoir assez mangé. Depuis toujours.


Hier soir on a encore mangé piz. Moi ma préf c’est quatre fromages. J’adore. Lui il est plus à la crème avec plein de trucs dessus. Patate lard oignons poivron. Raclette ou tartiflette quoi ! Truc bien lourd. À cause du taf j’mange toujours vite. Mais pas lui. Il mâche lui. Longtemps avant d’avaler. Alors j’ai toujours fini avant lui. Après il me regarde fumer. C’est bizarre comment il me regarde. Ma bouche surtout. Au début ça m’mettait mal à l’aise mais plus maint’nant. J’ai compris. J’en joue et ça m’excite moi aussi. P’tête même plus qu’lui. Alors j’en fais des tonnes rien qu’pour voir l’effet qu’ça lui fait. J’pensais pas qu’fumer ça pouvait être aussi érotique. J’la tète pas ma clope j’la suce. Comme si c’était sa queue qu’j’avais en bouche. Avec la langue et tout et tout. Trop bon de voir sa tête ! Même moi j’ai l’impression qu’c’est sa queue que j’pompe. Avant j’aimais pas trop. Depuis que l’autre connard m’avait t’nu la tête pour que j’l’avale. Il le savait pourtant qu’j’aime pas ça. Une seule fois j’l’ai eu en bouche son sperme mais sûre qu’il s’en rappellera toute sa vie c’connard vu comment j’lui ai tout recraché à la gueule. J’suis sûre qu’il doit demander la permission à ses pouffes maint’nant.


Avec lui c’est plus pareil. J’aime bien la sucer sa queue. J’crois qu’j’ai même envie d’y goûter. Comme lui il adore me boire. Bizarre. Pas que j’aime pas le sperme. J’adore me branler avec. C’est top. Surtout avec sa queue encore bien dure en moi. Pis ça doit pas être si dégueu que ça. Paille il l’aime lui. Alors des fois j’lui jouis en bouche. Top comment il me dévore ! Il aspire tell’ment qu’j’ai l’impression d’être dedans lui. Comme quand il mange il me grignote tout doux. Pas pressé. Du bout des dents en passant la langue dessus. Et dans des bruits ! Le pied ! Tout s’arrête en moi. Comme morte. J’respire plus. J’plane. Jamais ça m’avait fait ça. J’croyais pas qu’c’était possible de s’abandonner comme ça. Avant c’était bon mais pas plus. Avec lui c’est… cosmique. Dans les étoiles qu’il m’emporte le Paille !


L’problème c’est qu’après j’atterris. J’reprends vie. Il m’a tell’ment envoyé loin que j’contrôle plus rien. Toute molle. Et j’tousse. J’le sens que j’pisse. Pas beaucoup mais j’le sens. Mais j’peux rien y faire. Ça sort tout seul. La première fois j’ai voulu l’repousser. Mais pas assez forte. Ça m’a surpris. Tout est surprenant avec lui. J’sais pas quel goût ça a une chatte pleine de sperme qui pisse. Pas envie d’savoir. Mais lui il aime. J’sais pas c’qu’il aime pas d’ailleurs !


Quand l’livreur a sonné on v’nait juste de l’faire. Partout j’en avais. Jusqu’à mi-cuisse que j’étais trempée. J’sais pas c’qui m’a pris. Doit être de l’voir me regarder fumer comme ça. Quand j’ai allumé ma deuxième clope j’ai reculé la chaise. Pis j’ai ouvert en grand les cuisses. J’avais même pas besoin de m’toucher pour ressentir les papillons. Comme si le voir sourire à m’dévorer la chatte des yeux suffisait. Il a fini sa dernière part de piz. Tranquille. Pis il est venu. Mains dans son dos il m’a sentie. Des pieds jusqu’au sexe. Sans m’toucher. J’en pouvais plus de sentir son souffle. Que son souffle. Après il les a léchés. Les deux. Du pied jusqu’à la dentelle. Quand il a mis la bouche dessus j’ai cru que j’allais jouir. Pourtant il m’avait pas encore vraiment touchée. Mais j’étais déjà prête. Il m’excite trop. J’ai essayé d’faire durer. Mais pas possible. Plus possible. Alors j’lui ai tout donné. D’un coup. Sans me r’tenir. Dingue qu’il était ! Il grognait. Pas fort mais en continu. Comme moi je pissais. Il a tout bu. Même qu’après avoir tout eu il m’appuyait sur le ventre. Comme pour en avoir encore. Pis il aspirait. Pour rien. Comme quand tu tètes le goulot pour avoir la dernière goutte qu’est au fond d’la bouteille. Normalement j’déteste ça. Quand j’ai joui faut plus toucher. Trop sensible. Bah avec lui non. Pire ! J’ai r’joui. Pas fort mais quand même. Un truc de dingue quoi ! Tout est dingue avec lui. Pour ça qu’aujourd’hui j’vais finir c’qui est commencé. Pour l’avoir plus encore dans le peau mon Paille à moi.




PY


Trois jours.

Trois jours que nous ne nourrissions que de pâtes, pizzas, nems ou sushis que nous nous faisions livrer, parfois chez elle, parfois chez moi. ; trois jours que nous étions, pour moi vêtu d’un simple boxer, pour elle toujours vêtue de ces bas noirs et des chaussures assorties que j’avais eu tout loisir de détailler, bien plus que la première fois que je les avais, furtivement, aperçues, et d’un long t-shirt ; trois jours uniquement dévolus à faire l’amour, partout… je l’ai même léchée longuement sur le palier, notre palier, lors d’un de ces nombreux changements de domicile, ce sexe tout encore plein et odorant de nos jouissances récentes ; trois jours et deux nuits à dormir, enfin, plus pour elle que moi dont le corps nécessite, pour se ressourcer, bien moins de sommeil que beaucoup.


Deux nuits.

Deux nuits à la sentir près de moi, à l’entendre respirer, ronfler même parfois dans mon lit ; deux réveils merveilleux à l’admirer encore endormie, calme, sereine, et attendre, après m’être douché, rasé, qu’elle ouvre les yeux, sur moi ; deux à l’éveiller pleinement, d’une langue devenue experte, avide, à nettoyer nos folles journées, et nos soirées sans fin ; deux petits-déjeuners à l’admirer engloutir deux croissants congelés que j’ai cuit en avalant café après café, brillant d’une épaisse couche de beurre, trempés dans un bol de lait tiède dans lequel elle dilue six sucrettes, puis qu’elle observe longuement avant de l’avaler presque froid, ce lait demi-écrémé sur lequel flotte la graisse d’un beurre fondu, dans lequel elle se perd du regard, comme dans un rêve, mais consciente.


Deux… Que j’aime ce mot dorénavant. Moi, ce jadis un, qui ne vivait que pour moi.


Ce ne fut pas de la voir rentrer chez elle qui me perturba. Elle l’avait fait, la veille, avant que je ne la rejoigne. Aussi je débarrassai la table, puis pris le temps de fumer un cigare, le premier depuis… samedi, je crois, tranquillement assis dans ce fauteuil qui m’avait tant de fois transporté ailleurs, loin de ce corps, et qui, ce matin déjà bien avancé, me projeta en un lieu qui m’était cher dorénavant : mon cœur. Je le fumais, pour dire vrai, si lentement, ce cigare que je dus le rallumer deux fois. Mais quel voyage je fis jusqu’à sentir cette chaleur, non de mon cœur, bouillant d’amour, mais de la braise qui me brûla les doigts. C’est donc l’esprit heureux et serein que je la rejoignis, chez elle, à une porte de la mienne, laissée ouverte. Étant les seuls habitants de l’étage, sans se consulter, elle comme moi nous ne fermions plus nos portes d’entrées à clef. C’était devenu inutile.


Aucun signe d’elle au salon ni à la cuisine, alors j’allai dans sa chambre. Vide, elle aussi.

Inquiet, je tendis l’oreille plutôt que céder à la panique et l’appeler. Elle se douchait ! Rassuré de l’avoir située, à défaut de l’avoir vue, je m’allongeai sur son lit.

Qu’elle fut longue cette douche ! Mais ce ne fut rien comparé au temps qu’elle passa à se sécher les cheveux, et faire je ne sais quoi d’autre avant d’enfin sortir de la salle d’eau.


Putain ! qu’elle était belle ainsi coiffée, maquillée, et vêtue de cette robe lui arrivant mi-cuisse. Mais, putain ! qu’il fut assassin ce moment, quand je vis la blancheur de ses jambes, réalisant qu’elle avait retiré les bas qu’elle n’avait pas quittés depuis trois jours, deux nuits.



Mon sang se figea. Pour preuve, j’en perdis même, quasi instantanément, l’arrogante érection que je lui vouais en quasi-permanence.



Je ne suis pas sportif, et je n’ai aucun pouvoir surnaturel, mais, bondissant, j’étais collé à elle devant la porte contenant une quantité hallucinante de paires de chaussures.



Elle en passa une paire, la seule qui me parut la plus appropriée à sa tenue, puis ajouta, pour me rassurer :



Ayant peur, pour dire vrai, de rester seul.



Sans attendre, elle sortit. Avant de refermer la porte, elle me dit :



Je la regardai se fermer, cette porte, sa porte, autant que je l’entendis, bien qu’elle ne la claqua pas, malheureux qu’elle m’abandonne comme un chien sans laisse qui geint en silence de voir sa maîtresse partir, tout en sachant pourtant qu’elle reviendra. Quand ? Qu’importait ! L’important n’était plus le quand. Je n’avais plus besoin d’une heure maintenant.


Alors j’attendis, comme demandé, douché et rasé, non dans mon fauteuil, chez moi, mais dans un lit, le sien, sans autre besoin. Même son radio-réveil qui affichait l’heure, onze heures cinq, ne m’effrayait plus. Mieux, il me tenait compagnie.


Comment peut-on se passer d’habitudes, ancrées d’années de dépendances, sans aucun sevrage ?

L’amour. Rien n’est plus fort, plus addictif. Non pas que je ne l’avais pas lu, mais ce n’étaient plus des mots couchés, pour qui les lit, mais un sentiment personnel. Je l’aimais, plus que toute drogue, elle, ce petit bout de femme qui devait mettre près de dix centimètres de talons pour égaler mon mètre soixante-quatorze. Elle, que je n’avais pas remarquée ni même aperçue avant qu’elle ne provoque une rencontre. Si ce n’était pas par amour qu’elle avait déployé tant d’efforts, alors…


Onze heures trente-deux. J’étais bien, si bien dans son lit. J’attendais, ne sachant pas à quelle heure elle rentrerait, et pourtant, contrairement à samedi dernier, je n’avais aucune envie de la chercher. Je n’avais d’ailleurs aucune idée du cadeau qu’elle me réservait. Mais j’en profitais d’un qu’elle m’avait laissé pour compagnon. Son odeur que j’inspirais, couché à sa place, dans son lit, séparé du mien d’une simple cloison.


Cadeau… qu’avais-je moi à lui offrir ? Rien ! J’avais pensé aux cigarettes, pour l’avoir tant contemplée mettre en bouche cette marque, mais j’étais complètement passé à côté de ce qu’elle buvait par litre à longueur de journée. Ne dit-on pas que l’amour rend aveugle ?

Donc, pas de doute, j’étais soit amoureux, soit le roi des cons. Pour me connaître, du moins avant de la connaître, elle, je n’étais pas con. Donc…


Cadeau. Elle était sortie. Parce qu’elle avait rendez-vous… mais… nous avions passé trois jours, deux nuits, en totale autarcie… donc… Putain ! Ce rendez-vous datait d’avant ! D’avant ces trois jours, deux nuits. Impossible qu’il en soit autrement. Soit elle dormait, soit j’étais avec elle.


Plus que quoi, c’était à nouveau le quand qui me tracassait. Depuis quand l’avait-elle pris ce rendez-vous ? Rien d’autre n’obnubilait mon esprit. Qu’importait le cadeau, je savais qu’il serait à la hauteur de sa persévérance, de sa malice et de sa détermination. C’était le quand qui me travaillait l’esprit, à nouveau. Plus le pourquoi ni le où. Le pourquoi, je l’imaginais. Pour l’amour. Par amour. Le où, je m’en foutais. Mais le quand ?


Onze heures cinquante-huit et toujours pas de réponse. Aurais-je besoin de renouer avec ce vieux et pourtant pas si lointain démon qu’est l’alcool ? Non ! Elle valait bien plus que dix, cent, mille verres de bière !


Midi seize et j’étais toujours aussi paumé. Perdu sans elle.

Midi vingt. Toujours allongé dans son lit, vide d’elle, froid de mon corps sans vie, sans envie, sans elle. Depuis elle.

Midi vingt-deux. Je tremble. Pas de froid. De peur.

Midi vingt-trois. J’angoisse d’être seul, moi. Pas normal. Pas… moi.

Midi vingt-cinq. Un son. Inconnu, mais que je reconnais.



N’ayant passé que mon pantalon avant d’ouvrir la porte, torse nu, je regardai le type comme un extra-terrestre. Puis, enfin, mon esprit revint à la réalité. Je le vis enfin, je compris, et souris. Non à lui, il m’était tout aussi inconnu qu’inexistant, mais à elle, absente de corps et si présente pourtant.



Je ne le voyais pas, mais j’étais certain que c’était lui maintenant qui me regardait comme un alien. Moi qui le laissai planté devant cette porte avant de passer la mienne. Billet de vingt euros en main, il me regarda, ne comprenant plus rien à rien.



Porte de l’ascenseur refermée, je restai quelques instants, boîte de pizza et sachet en mains, me demandant quelle destination prendre. Le choix n’était pas cornélien : soit la sienne, soit la mienne. Mais j’étais incapable de choisir.


Attends, ça te rappellera avant. Ces dernières paroles me revinrent alors en mémoire. En me faisant livrer le déjeuner, sachant que je serais encore chez elle, à l’attendre, sans argent, elle me disait, attends-moi ici si tu veux ici, ou va chez toi.

Opter, c’est choisir. Chez elle ou chez moi ? Quelle porte allait-elle ouvrir en premier ? Et si je ne n’étais pas derrière celle-ci, à l’attendre ! Serait-elle déçue ou ravie ? Qu’espérait-elle ? Et moi, qu’attendais-je d’elle ? De moi ?


Merde ! Le choix c’est opter. Et qui dit choisir dit soit contenter soit décevoir !

Fais chier le choix. Toute ma vie j’ai pris des choix. La plupart furent judicieux, avant, mais, ce jour-là, simplement savoir où manger était l’interrogation qui me demandait la plus importante décision de ma vie. Alors je pris la plus évidente : sur le palier je mangerai, et boirai cette bière, sans plus faim que soif, mais simplement parce qu’elle me les avait fait porter, avant de l’attendre, comme j’avais pris goût à faire. Un goût bien plus important que cette vieille amie bulleuse. Un besoin plus addictif. Parce que oui, absente, elle me rappelait à son souvenir, à ce manque, en me faisant livrer un repas, et, mieux même, en ayant programmé de me faire un cadeau, à moi, devenu en manque permanent, dépendant d’elle dorénavant.


Le palier étant borgne, et n’ayant pas de montre, je n’avais pas, plus, de repère de temps. J’étais dans le noir. Seuls les deux boutons d’appels de l’ascenseur m’en donnaient un, de repère. Non. Deux pour être exact.


Que j’aime dorénavant ce mot, jadis illusoire ! Il illumine ma vie bien plus que la faible lueur que ces deux flèches me laissaient pantois. Je les fixais, assis en tailleur, devant cette porte, à attendre qu’elle s’ouvre enfin cette mécanique troisième porte qui me faisait tant languir de ne point. Combien de fois s’était-elle ouverte sur elle, cette porte sans que cela ne me fasse ni chaud ni froid ? Alors, qu’attendait-elle cette salope pour s’ouvrir ! Que je sois à bout ?


J’y étais ! Tellement que j’en avais presque peur que l’ascenseur soit en panne. Ou bloqué… avec elle dedans !


Il m’aurait suffi de presser une de ces deux flèches qui me narguaient, et vérifier, être rassuré. Elles étaient à portée de bras. Si proches. Si lumineuses. Si tentantes. Ma main tremblait. Mon cœur tapait vite. Trop vite. J’avais le corps au repos, et il tambourinait dans sa poitrine. Ma poitrine. Tout était hors contrôle. Sous contrôle. Non le mien, mais le sien. Elle contrôlait, encore, loin de moi, cette marionnette jadis autonome et devenue attachée à cette femme que je ressentais comme un prolongement de moi-même. Le savait-elle ? En avait-elle conscience ?


Je n’étais qu’un avant, mais je faisais avec. Vivais avec. Je m’étais même accordé avec ce rien. Alors pourquoi, passé de rien à deux, je me sentais si seul ? Deux se peut-il être inférieur à un ? Scientifiquement non ! Et pourtant mon cœur me prouvait le contraire. Elle ne m’avait pas abandonné, bien du contraire, elle était sortie pour me faire un cadeau. Alors non ! je ne devais pas me mettre dans un tel état. Ce n’était pas digne d’elle. Cette autre qui faisait que je n’étais plus un, mais deux. C’est mathématique. Un plus un égal deux. C’est prouvé. On me l’a appris. Mais plus que de l’avoir toujours su, je le ressentais réellement maintenant. Je ne le savais plus d’éducation, mais de cœur. Pas de connaissance, mais d’amour. Pas d’une présence, mais de cette absence. Me revint alors une phrase : si j’annule, je vais devoir attendre plus de quinze jours… Quinze jours…


Ainsi avait-elle plus que prévu de me faire un cadeau depuis quinze jours !

Perdu. Encore plus. J’étais aussi paumé qu’un exilé arrive dans un pays inconnu. Je vivais depuis trois jours, deux nuits, dans son monde, mais je n’avais pas encore la connaissance, la maîtrise suffisante pour décrypter ce que sa bouche, délicieuse en toute circonstance, me révélait. Que pouvait bien être ce cadeau ? Et moi qui n’avais rien à lui offrir en retour. Bouger. Et vite. Et avant son retour surtout.

Sans la moindre idée en tête, je m’habillai, en hâte, et la pressai enfin cette flèche que j’avais fixée si longuement. Mais l’heure n’était plus à attendre. Je n’avais plus de temps à perdre, chaque seconde comptait plus que tout, aussi je dévalai les escaliers. Pour aller où ? Je l’ignorais, mais tout mon être éprouvait un besoin de bouger. Vite. Si vite. Comme jamais.


Je marchais comme rarement, d’un pas rapide tout en détaillant les vitrines de ma rue, que jamais je n’avais regardées, me demandant ce que je pourrais bien lui offrir en si peu de temps. Mais, plus j’avançais, m’éloignais, plus je m’énervais. Je n’en avais pas la moindre idée, pas le moindre début d’un soupçon d’idée de ce quelque chose digne de lui prouver mon amour. Je l’aimais à la folie, et je ne savais même pas ce qu’elle aimait, elle. On avait passé ces trois jours, deux nuits, sans éprouver le besoin de parler, de découvrir l’autre autrement que de caresses, baisers et jouissances. Je la connaissais, certes, de corps, mais absolument pas d’esprit.


Que fit que je stoppe net ? Pas mon cerveau, il était trop concentré pour agir, réagir. Ce ne pouvait qu’être le cœur. C’était le bon endroit ; alors j’entrai, je choisis, je payai, et je pris le chemin du retour, d’un pas encore plus pressé qu’à l’aller jusqu’à la franchir cette porte qui m’avait laissé pantois il y avait trois jours. Tapant le code, mon code, je réalisai enfin que tous les résidents de l’immeuble disposaient d’un code à six chiffres, unique. Comment, pourquoi n’avais-je pas réalisé qu’elle ne pouvait pas connaître mien, puisque je ne l’avais dévoilé à personne ? Je perdis, instantanément, le large sourire qui était né de cette constatation lorsque je le vis, ce chiffre trois inscrit en vert. L’ascenseur stationnait au troisième. Son étage. Notre étage. Elle était rentrée. Avant moi ! Frappant plus qu’appuyer sur cette flèche, tapant du pied la porte demeurant close, je ruminais ma colère, ma déception. J’allais presser sur trois lorsque je réalisai. C’était moi, en sortant, qui l’avais appelé cet ascenseur trop lent, moi qui avait pris les escaliers, trop impatient, alors, peut-être que… J’appuyai sur deux, mon chiffre porte-bonheur depuis peu, puis pris les escaliers. J’étais en sueur, non d’avoir gravi deux à deux les marches, mais d’avoir paniqué. Mais je devais savoir, être certain de son absence, cette absence qui m’avait tant pesée et que je me surprenais à espérer. Il me fallait du temps. Un peu de temps après avoir pensé en manquer.



Pas de réponse. Aucune porte ne s’ouvrit. Rassuré, mais encore inquiet de ne pas en avoir assez, de temps, je m’activai. D’abord sur le palier, premier lieu qui accueillerait ce retour que je voulais tardif. Puis je me douchai ; je puai, et me rasai, pas sexe ou bourses, ni barbe, l’ayant fait tous les matins depuis qu’elle était entrée dans ma vie, mais le reste d’un corps commençant à gratter. Nu, parfumé, je plaçai mon fauteuil non plus dos à la porte, mais de face. Je voulais la voir, lorsqu’elle rentrerait enfin, elle et ce cadeau amorcé il y avait quinze jours, enfin prêt à le recevoir dignement ce cadeau qui me valut cette absence.


Elle tardait, aussi allumai-je un cigare. Écrasé depuis longtemps je regardai ce mégot, las de fixer la porte. Les yeux me piquaient, autant que mes oreilles bourdonnaient à épier le moindre signe de son arrivée. Le fabriquait-elle même ce cadeau ou quoi ? Depuis elle je ne portais plus ma montre, moi qui la fixais compulsivement. Où l’avais-je laissée d’ailleurs cette vieille compagne ? Chez elle peut-être. Encore une habitude effacée du jour au lendemain !

Et si je ne l’avais pas entendue rentrer ! Merde. Même porte entrouverte peut-être était-elle chez elle, et moi chez moi, à attendre connement ! Mais si je bouge, et qu’elle arrive !

Attendre. Oui. L’attendre. C’était le mieux à faire.


Deuxième cigare à fixer, et toujours pas le moindre signe de vie sur le palier. Putain ! Soit c’est pas normal, soit elle… Un bruit. Faible, mais audible. L’ascenseur. Enfin.

Des pas. Ça claque. Ça chante. Ça danse. Ça se balance. C’est elle. Je les reconnaîtrais entre mille ces pas. Pas de doute. Elle approche. Me rejoint, suivant le chemin de pétales de roses rouges, comme seul sentier à suivre.

Silence total. Elle est dans l’entrée. Elle la voit, la sent, cette rose couleur de ses cheveux qui l’attend sur la console.


Je n’avais aucune notion en fleur, mais la fleuriste, pas marchande ou poussant à la consommation, m’a convaincu. Une rose rouge, c’est une déclaration de coup de foudre, m’a-t-elle appris. Vendue. Merci. Mais elle, savait-elle toute la symbolique de ce geste ?

Qu’importe. Les femmes aiment les fleurs, donc.

Le silence dure. Perdure. Que fait-elle ?

Quelques pas résonnent sur le parquet. Elle arrive. Enfin. Mais je sais qu’elle va encore faire une halte. C’est prévu.

Silence. Normal. Mon cœur déjà à cent passe à cent vingt battements minute. L’écho produit se diffuse dans tout le corps. Mon sexe bat la chamade. J’ai chaud. Je halète. Je tremble. J’angoisse. Aurais-je fauté ?


Un bruit de fermeture éclair, puis un second. Non ! Tout se déroule comme prévu. Comme je l’ai imaginé. Espéré.

Ça claque. Ça résonne dans l’entrée. Elle approche. Le bruit s’intensifie. Elle n’est plus très loin. Elle n’a pas allumé, mais je perçois une lumière. Elle se dirige de son portable. Vive la technologie et la fonction lampe torche des smartphones.


Clac… Clac… Clac…

Elle prend son temps. Trop de temps. Que fait-elle ? Douterait-elle ?

Non, elle l’admire mon cadeau. Elle se l’approprie.


Clac… Clac… Elle va apparaître…

Clac… puis plus rien.

Hésiterait-elle ?


Clac. Non. Ce n’était qu’une simple pose. Qu’une autre admiration de ce que je lui ai offert.

Clac. Elle n’est plus loin. J’ai compté le nombre de pas, et je connais l’envergure d’une de ses enjambées, pour l’avoir admirée marcher, et avoir calculé, rentrant, cadeau en main, combien elle en ferait. Alors je sais qu’elle n’est plus qu’à deux pas de la porte. C’est mathématique. Sauf si elle a réduit ses enjambées. Alors je reprends mon calcul… Trois, quatre tout au plus.

Clac. Clac. Elle apparaît. Gagné !


Elle les porte. Elles lui vont comme un gant. Elles sont faites pour elle. J’ai bien choisi. Tout est parfait. La longueur, finissant aux trois quarts de ses cuisses, la taille, épousant ses pieds comme une seconde peau. Mais je n’ai aucun mérite, j’ai eu plus que le temps nécessaire pour le mesurer, en long et en large, ce corps que j’ai tenu dans des poses incroyables. La cherchant dans le noir, dans cette chambre 101 de l’hôtel de la gare, j’avais mesuré, de ma longueur de bras, de son pied contre mon épaule, la longueur de ses jambes. Pour la pointure, que je lus et relus en la maintenant par les mollets avant de plonger en elle, je remercie les fabricants de juger de bon aloi de la graver sur la semelle. Alors oui j’étais certain qu’elles lui iraient ces cuissardes noires, seules paires que je remarquai manquantes dans l’impressionnante collection qu’elle me révéla avant de partir, et que je mesurai d’une manière tout aussi rocambolesque avant de prendre la poudre d’escampette devant une vendeuse, d’abord effrayée, puis amusée. Je doute qu’elle ne reverra de sitôt un homme ainsi choisir une paire de chaussures.


J’étais fier. Non, heureux qu’elle les porte. Bouche ouverte, bavant presque en la voyant le franchir, ce pas de porte. Je le fus plus encore lorsque, quittant les talons, remontant le long de ces cuisses, cachées derrière ces tubes de cuir, j’atteignis du regard leurs lisières, avant de constater qu’elle avait revêtu des bas, noirs de fines résilles, que je parcourus jusqu’à leurs accroches. Regard toujours ascendant, je m’attardai quelques secondes sur ce piercing, que je ne reconnaissais pas. Il était rouge, certes, mais différent ; elle en avait changé, avant de partir sans doute. Je l’aurais bien détaillé plus longuement, mais je n’avais pas finis de l’admirer ce corps enfin revenu à moi, comme il était avant de me quitter, aussi nu et haut perché, non plus de simples hauts talons, mais de ceux de mon cadeau. À moi. Celui que j’avais choisi, et qu’elle portait à merveille.


Il me restait les seins, et, surtout, cette bouche à parcourir des yeux. D’abord le gauche. Pourquoi ? Derrière lui se cache le cœur. Ce cœur qui a conquis le mien et qu’elle emballait dorénavant, présente ou absente. Rond à souhait. Opulent et ferme, au tétin érigé, mais sans plus, au centre d’une aréole à la pigmentation d’un brunâtre presque identique aux taches de rousseur qui lui picorent la peau partout ailleurs. Puis le droit, son jumeau, quoique légèrement différent. Non de volume, ils se valent, mais le mamelon droit est légèrement plus bas. Peut-être est-ce l’autre qui est plus haut. Qui sait ? Pas moi. Et je m’en fous royalement. L’un ou l’autre, l’un comme l’autre, ils me sont tout aussi charmants, attirants, captivants. Ensuite vient le cou. Fier, mais pas hautain. Doux et réceptif ; je le sais pour avoir, souvent durant ces trois jours, deux nuits, déposé mes lèvres dessus. Puis la bouche. Fermée et si sensuelle. Il faisait sombre, mais je la devinais joliment mise en valeur d’une pointe de rouge. Légère, mais présente. La juste dose qui fait ressortir tout le pulpe et la douceur de ce qui cache cette voix grave qui résonne en moi même lorsqu’elle se tait. Suis le nez, qu’elle porte légèrement épaté. Il est mignon ce nez, mais je lui préfère, dans l’ordre, les lèvres, suivies de peu des yeux. Perçants. Intrigants. Malicieux. Enfin, à ce sommet, je découvris que l’océan rouge dans lequel j’aimais me noyer, tant en odeur que de doigts qui se plaisent à nager dans cette frisure, avait mué en deux couettes. Deux tornades s’enroulant sur elles-mêmes.


Je ne savais plus où porter mon regard. J’étais perdu. Sans plus de repères, encore. C’était bien elle, celle que j’attendais, qui était devant moi, et pourtant je la découvris comme une autre. Même, mais autre. Alors je passai du haut aux pieds, du bas au piercing, des yeux qui me fixaient à ces deux monts qui la grandissait presque d’autant que mon cadeau l’élevait de près de dix centimètres, puis, ayant le tournis, tant de cœur que d’yeux, j’arrêtai enfin mon regard sur ce lieu dont j’étais épris : sa bouche. Elle me laissa le temps de l’admirer, sans bouger, puis, claquement de talon après claquement de talon, elle s’approcha, lentement, bruyamment.



Encore une phrase en points de suspension, mais ce ne fut pas pour me déplaire, car, plus que respecter une ponctuation, elle m’offrit une bouche tout odorante de ce qu’elle venait de téter et d’écraser devant la porte de notre immeuble, et dont je n’étais plus jaloux, mais gourmand. Elle m’embrassa, plus profondément que tous les baisers qu’elle m’avait offerts. Ce n’était pas sexuel, mais tendre. Les langues ne se cherchaient pas, ne jouaient pas. Elles se caressaient, se parlaient, sans mots, mais de gestes, finissant enfin une phrase laissée en suspens.



Lèvres collées aux siennes, j’ouvris les yeux, ne comprenant pas ce quoi. Yeux mi-clos, elle me regardait, de ces iris clairs qui percent tout mon être rendu si fragile, si transparent, pour elle seule.



Elle se redressa, me regarda en faire de même, ne me quitta pas des yeux jusqu’à ce que je disparaisse. Assiettes et couverts en main, lorsque je revins pour dresser la table, je la découvris confortablement assise dans le canapé, jambes croisées, à la lumière de l’entrée qu’elle avait allumée.



À mon retour elle avait dressé la table. Nous dînerions donc face à face. Verre donné, je remis le fauteuil à sa place.



D’une pichenette, elle désigna le ça. Il était si tendu, ce ça. Arrogant même, face à elle, ce ça.



Perdu et fixant mon sexe qui se balançait encore de cette chiquenaude, je le quittai du regard, ce ça qui se dodelinait seul.



Je ne la vis pas le prendre en bouche. Tout ce qui je vis fut ses deux couettes avancer. Au trois quarts, elle resserra les lèvres, puis, lentement, elle rebroussa chemin.



Bien que j’aimais me plonger dans ce regard que je savais chercher le mien, j’avais les yeux braqué sur ce qu’elle venait d’humidifier. Il brillait de salive, aussi, oui, je n’avais pas rêvé. Elle venait bel et bien de le mettre en bouche, au trois quarts ce ça ! Je l’avais bien sentie cette bouche glisser dessus, mais je fus trop surpris pour l’apprécier pleinement, cette rapide fellation.



Deux fois, langue à plat, elle en fit le tour de ce quart encore sec, partant de dessous, puis elle me fixa après s’être réinstallée au fond du canapé, et m’acheva d’un :



Bon ? Divin, oui ! Mais je répondis :



Elle était assise, jambes écartées, coudes en appui sur les cuisses. Ce n’est qu’en se réinstallant au fond du canapé que je compris toute la signification de ses mots. Surtout de ce merde qu’elle dit en faisant la moue.



Je le sentis, évidemment, puis le mis en bouche, comme fait mille fois, mais je ne l’allumai pas. Jamais je ne l’allumerais ce cigare. Je le conserverais, précieusement, le humerais à foison, ce cigare humide d’elle, fleurant bon un lieu dont j’étais dorénavant bien plus dépendant que la nicotine qu’il contenait. Il luisait ce cigare, tout autant que mon sexe brillait encore. L’avait-elle englouti, lui aussi, au trois quarts, ou simplement frotté contre des lèvres aussi baveuses que l’était sa langue gorgée de salive ?



À contrecœur je retournai à la cuisine, cigare aux lèvres, respirant bruyamment.


Elle est folle… et moi tout autant ! Est-il une femme sur terre qui lui arrive à la cheville, me questionnai-je en coupant le gaz ?

J’ignore tout des femmes. Des hommes tout autant ! Hormis mes parents, et quelques relations professionnelles, je n’avais jamais côtoyé que moi-même. Je percevais donc le monde à mon image. Tel je me l’imaginais, je le recevais. Bien réglé, conditionné, prévisible. Jusqu’à elle. Elle si… déroutante… surprenante… inespérée !


Plus que préparer un repas pour deux, cigare coincé entre lèvre et nez à inspirer plus que nécessaire, plus que lorgner mon sexe horizontalement gorgé d’un sang que je percevais chaud et rapide, je ressentais, état nouveau, mon cœur vivant. Il n’était plus dormant ; plus anonyme ; plus une pompe. Il irriguait un corps jadis autonome, mais j’avais le sentiment qu’il ne l’animait non plus par besoin de survie, mais d’une envie d’exister. Enfin !


Je la savais m’attendre, je la sentais fumer, je la devinais affamée, impatiente, et pourtant je n’étais pas pressé. Tout mon être l’était, et pourtant je pris mon temps. Comme pour retarder l’instant, reprendre le contrôle d’un corps qui ne m’appartenait plus. Lentement je les égouttai ces pâtes trop cuites, hésitant à en plonger d’autres et en surveiller la cuisson tout en humant cette feuille de tabac transpirant encore d’un relent chatouillant mes narines comme jamais. Délicatement je les agrémentai de généreuses noisettes de beurre et d’une bonne pincée de sel, la sachant apprécier frites bien grasses et salées, avant de me décider enfin à lui porter, parce qu’elle avait la dalle, et pas moi. J’avais simplement faim… d’elle. D’elle qui attisait un appétit autre. Avide, curieux, insatiable, savoureux et sans satiété. Généreusement servie, je m’installai face à elle, à ma place, là où elle voulait que je sois.


Tout est simple pour elle ! À chaque chose son temps ! Quand elle a la dalle, elle mange. Vite. Sans mâcher plus qu’il ne faut. Sans chichi. Pas du bout des lèvres. Sans se soucier des bonnes manières. Fourchette frottant contre dents. Tête baissée…. et bouche luisante.


J’avoue, j’avais exagéré la quantité de beurre. Car plus que les vouloir appétentes ces pâtes, je la voulais brillante cette bouche. Et ce trop fut à la hauteur de mon plaisir. De peu j’aurais miré mon reflet tant elles réfléchissaient ces deux lèvres, ainsi je fus souvent et longuement en arrêt devant le miroir de la chambre 101 de l’hôtel de la gare. Il pulsait mon sexe, droit comme ce i qu’elle m’avait laissé pour seule compagnie. Elle ne faisait que manger et pourtant je l’entendais me parler cette bouche à la voix grave. Que me disait-elle ? Aucune idée ! Mais j’étais si suspendu à ses mouvements que j’y lisais des mots. Des mots tus et si doux, charmants, charmeurs, profonds, sincères.



Une grosse poignée de spaghettis enroulés étouffa cette fin de phrase, me laissant, regard accroché à ses lèvres fermées, imaginer ce que d’ouïe je n’avais pas perçu.



À contrecœur je me servis, contraint de la quitter des yeux cette bouche, nue d’apparat, qui m’excitait tout aussi naturelle qu’elle me subjuguait délicatement pigmentée de rouge carmin. Sans réelle envie, je mangeai donc. Pas comme elle, qui dévorait plus que se nourrissait, aspirant à chaque bouchée un spaghetti se balançant dans le vide et qui, tel un pendule, me captivait. Mécaniquement je partageai un repas déconnecté de la réalité. Mon esprit divaguait, voyageait, se perdait en lui-même. Des bribes de souvenirs remontaient à la surface. Tout était flou, sauf cette molle pâte dandinant devant moi avant de disparaître. Puis tout m’apparut enfin.


J’avais neuf ans. J’étais à la cantine de l’école. Je mangeais, dans un murmure ambiant, incompréhensible, pour moi du moins, tête baissée, concentré à enrouler quelques spaghettis, lorsqu’un rire, puissant, me perça les tympans ; puis cette phrase ; et ce ton, surtout. Faut manger ! Mange. Je savais les avoir déjà entendus ces trois mots ! Enfin je les remettais en situation. C’était elle. Elle qui les avait prononcés, de cette voix déjà grave pour un si jeune corps. Non à moi. Mais qu’importait alors ! Ils m’avaient interpellé ces trois petits mots. J’avais levé la tête. J’avais suivis des yeux ce tube valser. Tout me revenait en mémoire. C’était elle que je n’avais pas vue alors. Pas plus que je ne l’avais regardée avant qu’elle ne me harponne. J’en étais certain maintenant. Quel con je suis, parfois !


Je l’avais face à moi, et pourtant je la vis pas. Quelle énergie avait-elle dû déployer pour que je la remarque enfin. Tard. Si tard !

Je m’en voulus. Énormément. Toutes ces années passées seul, à attendre, l’attendre, elle, alors que je l’avais eue devant moi, si jeune, si… aveugle !