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30/07/20
corrigé 05/06/21
Résumé:  Un cadavre a été découvert dans le petit hameau de Mérissard. Tout se complique : Corine-Marie Henneau est en réalité Louise-Marie Nobert...
Critères:  fh ff collègues nympho parking amour intermast cunnilingu -policier -lesbos
Auteur : Domi Dupon  (Une antiquité du site)      Envoi mini-message

Série : Au village aussi, on a de beaux assassinats

Chapitre 04 / 06
Plus on en apprend, moins on en sait

(Roman d’arrêts de bus en 6 épisodes)



Résumé des épisodes précédents

Un cadavre dont le visage affreusement mutilé a été découvert dans le petit hameau de Mérissard. Tout se complique : Corine-Marie Henneau est en réalité Louise-Marie Nobert. Elle couchait avec une des lesbiennes, l’autre est jalouse. Et que devient le marquis ?






Extraits du journal de Louise-Marie Nobert.



1er juin 2004


J’ai peur, je suis morte de trouille. Le tour de passe-passe financier auquel s’est livré mon divin marquis et auquel je n’ai strictement rien compris a très bien marché, trop bien marché. Il a réussi à soutirer presque trois millions d’euros au Rhodésien. Un peu moins qu’il n’espérait, mais c’est quand même pas mal. Problème, le « nègre » se doute qu’il y a un loup. Il veut savoir ce qu’Andréa a fait de son blé et il veut le récupérer bien plus rapidement qu’il n’était prévu. Mon chéri lui a expliqué que c’était risqué, que c’était beaucoup trop tôt, mais l’autre ne veut rien savoir. Pour être tout à fait précise, il lui a posé un ultimatum pour samedi soir. Andréa avait encore besoin d’une quinzaine de jours pour boucler notre arnaque, pour que nous puissions disparaître avec le fric, mais nous ne sommes pas prêts. Je sens qu’il ne me dit pas tout. À ses silences, ses sous-entendus, j’ai compris qu’il avait sous-estimé Chimwengde. En bon raciste qu’il est, il a cru qu’il « allait baiser le bougnoule » sauf que l’homme semble posséder de solides relations dans la pègre lyonnaise et pas seulement. Et ce ne sont pas des plaisantins.


Je suis terrorisée, car il panique. Pour la première fois depuis que nous nous connaissons, il a été incapable de bander. J’ai eu beau sortir le grand jeu, le caresser, le sucer, lui lécher la rosette en mettant un doigt. Habituellement c’est imparable, je sens ses sphincters se contracter autour de mon doigt tandis que sa bite enfle. Là, rien. Il m’a fessée assez brutalement d’ailleurs, plus pour apaiser sa colère que par plaisir. Il a torturé mes seins sadiquement, la douleur m’amenant au bord de l’explosion. Mais sans résultat : sa queue restait triste et pendante. Qu’un queutard comme lui garde son étendard en berne, ça veut dire, gros soucis. À la fin, il s’est écroulé pas loin des larmes et j’ai dû le materner toute la soirée, avant qu’il ne s’endorme dans mes bras.


Au réveil, le sexe raide qui se frottait entre mes fesses me rassura provisoirement. Après une troussée à la hussarde qui m’a désagréablement rappelé mon ex et laissée sur ma faim, il m’a dit qu’il avait un plan qui nous permettrait de nous en sortir en gardant le fric même s’il faudrait attendre pour le dépenser. Mais ce serait pour nos vieux jours. Il allait peaufiner et il m’expliquerait tout ce soir.




Entrée du 2 juin 2004.


J’ai eu droit au grand show ce soir : souper aux chandelles, séance de baise imaginative et jouissive. Mon divin marquis m’a offert une robe super sexy qu’il m’a demandé de passer à même le corps sans autre artifice. Fendue très haut sur les côtés, elle dévoilait mes hanches. La frêle étoffe comprimant mes grosses doudounes excitait mes tétons qui pointaient. Quand je me suis regardée dans mon miroir, je me suis demandé où était passée la petite nunuche coincée et frigide qui avait épousé un petit employé de banque. Aujourd’hui, j’avais devant mes yeux, une hétaïre, une courtisane qui exsudait la sensualité par tous les pores de la peau : une pure incitation au viol. De me regarder dans le miroir, j’en avais des frissons.


Pour le souper, Andréa avait tout organisé. Il nous avait installés dans le petit salon réservé habituellement à nos joutes amoureuses en couple ou en quatuor. Cette table ronde autour de laquelle étaient disposés des sièges qui avaient la particularité de pivoter sur leur socle permettant toutes sortes de jeux coquins. Lumières tamisées, bougies parfumées, musique d’ambiance, il a créé une ambiance propre à favoriser ses desseins. Au début, il s’est montré galant, attentionné. Il me prenait la main, la couvrait de baisers, ses lèvres montaient jusqu’au creux de mon coude. S’il se levait pour servir, j’avais droit à un câlin, un french-kiss avec la langue.


Mais quand je lui demandais de m’expliquer son plan, la réponse était toujours la même :


  • — Plus tard, ma petite pute aimée. Profitons de l’instant. Les choses sérieuses peuvent attendre. Et j’avais droit à une nouvelle séance de baisouillage. Je ne me faisais aucune illusion, je savais que mon divin marquis me manipulait, mais même si j’avais voulu résister mon corps m’avait déjà trahie : je frissonnais et une chaleur révélatrice avait envahi mon bas-ventre. Si j’étais un homme, je pourrais écrire qu’il me tenait par les couilles.

Il a maintenu cette tension sexuelle tout au long du repas. Je ne savais plus trop où j’étais. Je n’avais qu’un seul désir : qu’il me baise, qu’il me fasse crier comme il savait si bien le faire.


Après nous avoir servi une énième coupe de champagne, il est allé chercher le dessert. Je me suis étonnée qu’il n’en ramène qu’un, une sorte de café liégeois sophistiqué. Il m’a répondu que mon dessert, c’était lui. Il a roulé le pan de robe sur mon ventre pour dégager mon minou. Il a écarté mes jambes, s’est reculé pour jeter un regard appréciateur à mon sexe baveux. J’ai compris ce qu’il voulait dire quand il a pris une cuillerée dans la coupe et l’a répandue sur mon clitounet. La glace au contact de ma peau brûlante a coulé entre mes lèvres.



Sa langue est venue lécher. Un délice ! Dès le premier attouchement, je m’envolai. À la deuxième cuillerée, il aurait pu me demander n’importe quoi. Ce qu’il a fait. Je ne l’avais pas vu venir. Je ne pouvais lui dire non. Les deux seuls mots que je pouvais prononcer étaient « encore » et « n’arrête pas ». Pourtant…


Il m’a exposé son plan entre léchages et succions. Plan très simple qui reposait entièrement sur moi. À ce moment, j’ai cru que j’allais encore devoir payer de ma personne. Il allait inviter dans un grand restaurant l’intermédiaire qui devait toucher l’argent. Il l’amènerait ensuite à nos bureaux pour lui remettre le liquide. Mais là, ils trouveraient le coffre grand ouvert et une grande mare de sang. Le mien, puisque j’étais censée monter la garde. Un banal cambriolage qui tourne mal. Les enquêteurs penseraient que les cambrioleurs m’avaient tuée, mais pour une raison quelconque, ils n’avaient pas voulu laisser le corps sur place. Il fallait que ce soit vraiment mon sang et en quantité suffisante. Comme ça, il ne pourrait pas faire moins que porter plainte. L’affaire étant publique, la police dans le coup, le « nègre » et ses copains maffieux n’oseraient pas s’en prendre à lui. Il avait prévu aussi de faire comprendre à Chimwengde qu’il tomberait s’il lui arrivait quelque chose.


Détachée de tout, uniquement dans mon plaisir, j’ai acquiescé à tout sans voir les implications pour mon futur. Je n’ai même pas rechigné quand il m’a expliqué que je devrais disparaître pendant quelques années. Sa queue, qui avait remplacé sa langue dans mon temple était trop bonne. Juste quelques années, ce serait vite passé.


Je viens de réaliser l’étendue de ma connerie, mais j’ai donné mon accord et je n’ai pas la volonté, l’envie de m’opposer à mon chéri. Malgré tout, si Andréa avait décidé, sans me le dire évidemment, qu’il n’était pas utile d’enlever le cadavre… Je ferai une très belle morte. Je suis stupide, il m’aime. Je suis certaine qu’il m’aime, mais je crois que je vais prendre quelques précautions au cas où une idée pas cool lui aurait traversé la tête.




**********




JOUR 3 (mercredi 10 avril)



Quand Élodie arriva, l’open space était en effervescence. Son retard n’excédait pas cinq minutes, mais les autres avaient déjà entamé une réunion dans le bureau de Castagnette. Ce dernier l’apostropha :



Elle se retint pour ne pas regarder Électre. La nuit, en effet, avait été courte pour les deux jeunes femmes. Quand elles s’étaient retrouvées dans le capharnaüm qui servait d’appart à Élodie, une longue étreinte silencieuse les avait unies. Au temps de la découverte du soir précédent, avait succédé un temps où l’urgence et la fébrilité n’avaient plus leur place. Pas besoin de punch ou d’autre euphorisant libératoire. Sans quitter la position verticale, les deux jeunes femmes s’étaient mutuellement déshabillées. Opération qui ne leur prit guère de temps. Partageant les mêmes désirs, elles avaient réduit leur habillement au strict nécessaire : un jogging et un haut de survêt pour Électre qui avait un couloir à traverser et un simple peignoir de bain pour Élodie.


Nues, elles s’étaient caressées longuement. À jouer à je te bise/tu me bises, je te tète/tu me tètes, je te lèche/tu me lèches, elles avaient fini à genoux. Avant qu’elles n’utilisent le carrelage glacial de l’entrée comme couche, la jeune lieutenant avait pris sa camarade par la main et l’avait entraînée sur le convertible qui lui servait de lit. Électre, la privant de toute initiative, lui avait fait l’amour. Élodie avait été scotchée. Jamais, on ne l’avait aimée ainsi avec une telle tendresse, une telle prescience de ses désirs, une telle chaleur. Et c’était une hétéro dévoyée qui lui avait donné cela.


Cette séance les avait amenées tard dans la soirée. Trop fatiguées pour cuisiner quoi que ce soit, même un surgelé passé au micro-ondes, elles avaient grignoté, en buvant une bière, les cochonneries qu’Élodie avait achetées pour l’apéritif. Ensuite au mépris de toute prudence, elles avaient décidé de passer la nuit ensemble. Elles n’avaient pas refait l’amour, mais elles s’étaient endormies dans un délice de câlins. Dans un dernier sursaut de lucidité, Élodie avait mis son radio-réveil à 5 heures afin qu’Électre puisse regagner ses pénates.


Alors qu’elle avait le sentiment d’avoir une gueule de déterrée et que son treillis de travail sortait de sa panière de linge sale, sa camarade d’extase avait l’air toute pimpante dans le sien. L’œil frais et un teint de rose, un comble pour une Ultramarine donnait l’impression qu’elle avait dormi comme un bébé.


Sortant de sa brève rêverie, elle se garda de répliquer au capitaine que les jours précédents, c’était lui qui manquait à l’appel. Mais le chef a tous les droits. À son air réjoui, elle devina qu’il y avait du nouveau.



Devant l’air interrogatif de l’arrivante, il s’adressa à Desbois.



Ce dernier lui tendit la tablette.


« Un homme d’une soixantaine d’année a rendu visite à Mme Henneau le vendredi soir. Il conduisais une BMW gris métallisé immatriculé en Suisse et il s’est garé derrière la chapelle. Je ne sais pas à quelle heure, il est arrivé mais il est parti vers 23 h 30.

Un honnète citoyen »



Électre, manifestement, n’en ratait jamais une et semblait particulièrement en forme ce matin malgré les valises qu’elle avait sous les yeux. Castagnette lui jeta un regard courroucé et, d’un geste impérieux, leur imposa le silence.



Le capitaine, frustré, d’être relégué au second plan, intervint :



Le bellâtre galonné comme à son habitude l’ignora. Ces deux-là passeront pas leurs vacances ensemble, pensa Élodie. Mais moi je les passerais bien avec Électre. Elle se gourmanda. Elle était incurable : elle avait quitté la Nouvelle-Calédonie pour briser la relation qu’elle avait avec la substitut du procureur de Nouméa, épouse d’un dignitaire de Grand-Terre. Et à peine arrivée à Bourg, elle recommençait et en mieux. Heureusement, Électre, elle, était célibataire. Toute à ses fantasmes amoureux, elle avait perdu le fil. Elle fut rappelée à la réalité par une remarque de son supérieur.



Électre, trop heureuse d’emmerder son supérieur, s’immisça dans la conversation :



L’intonation particulière employée n’échappa pas à Élodie dont le cœur battit plus fort. Elle lui valut un regard inquisiteur de Robin. Castagnette, quant à lui, semblait imperméable aux effets de voix de sa subordonnée.



La facilité, il ne manquait pas d’air, songea Élodie.



Élodie frissonna. Se doutait-il de quelque chose ? Non, plus ordinairement se débarrasser des deux bonnes femmes râleuses et rester avec Desbois qui ne la ramenait pas.



Les deux femmes regardèrent Robin, médusées.



Élodie n’avait pas, depuis son arrivée, entendu une réplique aussi longue de la part de Robin Desbois.



Et sans attendre une quelconque réponse, il sortit à son tour.






**********




Il leur fallut presque deux heures avec le fourgon-labo de la PTS pour arriver à Larouma. Deux heures, mêlées de gestes câlins/tendresse où elles se chamaillèrent à propos du manque de retenue d’Électre. Celle-ci prétendit que ce n’était pas son interprétation du « mon » qui avait alerté Robin. Il avait compris tout bêtement parce que leur bonheur irradiait. Elle balança cette remarque sous forme de plaisanterie, mais en était-ce vraiment une. Élodie n’avait jamais ressenti une telle plénitude et ce n’était pas dû aux seules performances sexuelles de l’Antillaise. Elles vivaient une situation qui les dépassait, qu’elles ne contrôlaient pas. Que cela se voie « à l’insu de leur plein gré » ne paraissait pas impossible. Elles allaient devoir prendre sur elles quand elles bossaient.


Un serrurier dépêché par la gendarmerie de Saint-Claude les attendait et leur ouvrit la porte. Elles ne trouvèrent rien d’exceptionnel dans les pièces à vivre. Comme à Mérissard, tout était impeccable, pas le moindre brin de poussière, pas le plus petit chaton sous le lit. Un réfrigérateur et des placards garnis démontraient l’occupation régulière du lieu et aussi le retour prévu de la locataire.


Une surprise de taille les attendait à leur entrée dans la dernière pièce. Pièce, le mot était mal venu, atelier eut mieux convenu, atelier d’un peintre pour être plus précis. Une grande verrière offrait une lumière particulière. De nombreuses toiles reposaient contre les murs. Élodie, pourtant parfaitement ignare, trouva cette peinture à mi-chemin entre le figuratif et l’abstrait, lumineuse. Électre, quant à elle, s’extasia et ne retint plus son enthousiasme lorsqu’elle reconnut la signature. Elle cita un nom, Emel, totalement inconnu d’Élodie qui était d’une ignorance crasse sur tout ce qui concernait l’art. D’après Électre, elles se trouvaient dans l’atelier d’une étoile montante de l’art contemporain qui avait déjà vendu plusieurs tableaux pour des sommes à cinq chiffres. Si Corine/Louise était l’auteur de ces toiles, elle comprenait pourquoi il, elle en l’occurrence, refusait de se montrer en public. D’après Électre, elle avait surgi dont ne sait où dans les années 2015 et ses œuvres avaient été rapidement plébiscitées.


Problème : quid de l’argent généré par la vente des tableaux ? Les œuvres d’art dès qu’elles dépassent un certain prix ne peuvent être payées en cash. Ces sommes auraient dû apparaître sur les comptes de Corine/Louise. Cela expliquait une partie des dépôts en liquide effectué sur son compte, mais ça impliquait que cet argent ait transité par un autre compte et ça n’expliquait pas de quoi et comment, elle avait vécu ces dernières années. D’où venaient les sommes qui avaient payé sa chirurgie esthétique ? Se faire reconstruire le visage comme elle l’avait fait, ça avait dû coûter « bonbon ». Plus, ils avançaient, plus le mystère autour de la morte s’épaississait et plus sa complicité dans le prétendu cambriolage paraissait probable.


La jeune femme délaissa ses pensées pour revenir à l’instant présent, à la perquise. Dans un angle se trouvait un secrétaire fermé à clé, la copie conforme de celui de Mérissard. Elles y trouvèrent toute la paperasse inhérente à la ferme : assurances, contrat de location et même avis d’imposition. Tous ses papiers, et ce ne fut pas réellement une surprise, étaient établis à un nom différent : Marie Laurencin. Électre éclata de rire.



Elles s’enlacèrent, leurs corps s’imbriquaient parfaitement comme deux pièces d’un puzzle. Leurs lèvres se soudèrent pour un nouveau baiser. Électre, encore elle, recouvra la première son sang-froid. Elle repoussa son amante.



Avant qu’une Élodie estomaquée par ce qu’elle venait d’entendre ne réagisse, l’Antillaise enchaînait :



Elles reprirent leur fouille. Elles découvrirent dans un sac à main, permis de conduire, carte d’identité, passeport ainsi qu’un carnet de chèques et une carte bleue du CMJ (Crédit Mutuel du Jura). Tous ces papiers étaient établis au nom de Marie Laurencin. Électre appela Robin et lui demanda de chercher tout ce qu’il pouvait glaner sous ce nom. Perfidement, Élodie intervint pour lui dire de s’intéresser uniquement à une éventuelle Marie Laurencin vivant au XXIe siècle et pas une artiste du siècle précédent. Joueuse, elle avait profité du rapprochement effectué afin que Robin entende sa voix pour se coller à Électre. Elle lui caressait les seins tout en la bécotant dans le cou. Stoïque, celle-ci termina sa conversation sans se démonter. Dès qu’elle eut raccroché, elle se retourna et elles se lancèrent dans une nouvelle séance de câlineries.


Heureusement, leurs tenues n’étaient pas prévues pour des ébats licencieux sinon… Une fois encore, ce fut l’adjudant de la PTS qui se reprit.




Comme dans la maison, aucune photo personnelle, aucune lettre privée, pas d’ordi ni de tablettes. Rien de rien. Cette gonzesse avait fait le vide autour d’elle. Dans l’unique armoire, elles découvrirent des vêtements nettement plus branchés que ceux insignifiants trouvés à Mérissard et plusieurs perruques brunes. La fouille terminée, Élodie aida Électre à faire les relevés. Uniquement deux séries d’empreintes qui, sans surprise et après vérification, se révélèrent être celles d’Henneau/Nobert/Laurencin et celles de l’inconnu. Des fluides corporels étaient visibles sur les draps, mais aussi dans l’atelier à des endroits qui firent ricaner Électre.



Il était près de deux heures de l’après-midi quand elles en finirent. Elles décidèrent d’aller manger au restaurant où Corine/Louise/Marie avait été identifiée. Entre temps, Robin avait reçu les empreintes du Marquis qui matchaient avec celles de l’inconnu. Il leur avait envoyé aussi une photo de celui-ci. Le patron du resto le reconnut formellement comme étant l’homme qu’il avait vu de nombreuses fois en compagnie de la victime. Sans être des clients réguliers, ils mangeaient plusieurs fois par an dans son établissement, cela depuis au moins une dizaine d’années. Il se souvenait très bien qu’il l’accompagnait lors de sa première visite. Il put même situer la date entre 2007 et 2008. Il avait redécoré sa salle dans cette période. Et ce n’était pas tous les jours qu’il voyait un homme d’une telle classe au comportement de gentleman, retirant la chaise pour que sa compagne s’installe. Cela mettait à mal l’hypothèse du capitaine qui pensait que Nobert avait fui et qu’il l’avait retrouvée et trucidée. Sans éliminer de Barbier-Lacourt de la liste des suspects, il fallait trouver un autre mobile.


Durant le repas, les deux fliquettes passèrent et repassèrent tous les éléments qu’elles avaient en leur possession. Elles savaient l’importance des premiers jours. Chaque fois qu’ils pensaient tenir une piste sérieuse, les faits les contredisaient. Et cette victime aux multiples identités. Quand vint l’heure du dessert, Élodie ne parvenait plus à rester concentrée. Depuis plusieurs minutes, Électre avait glissé une jambe entre les siennes et la faisait coulisser. Les frottements des étoffes rugueuses des treillis entre eux et les frottements contre sa chair provoquaient des frissons qui, remontant le long de sa colonne vertébrale, généraient des ondes de plaisir dans tout son corps. Cette fille était une diablesse. Elle savait intuitivement quoi faire pour la déstabiliser, l’enflammer. Ce simple contact indirect l’électrisait. Il fallait remonter à loin pour qu’une femme la trouble autant et pas seulement physiquement. Elle sentait confusément que leur entente allait bien au-delà de la partie de jambes en l’air. Et l’autre qui lui déclarait tout de go qu’elle était amoureuse. Sous forme de plaisanterie certes, mais…


Plongée dans ses pensées, elle avait laissé le silence s’installer. Électre feignait d’être passionnée par ce qu’elle mangeait alors que sa seconde jambe rejoignait la première pour étreindre la cuisse de sa petite camarade. Élodie se secoua, retirant ses jambes, elle tenta de revenir à l’enquête.



Le regard qu’elle lui lançait n’avait pas l’air goguenard auquel elle s’attendait. Sa brillance envoyait un autre message. Le « tout » n’englobait pas que l’enquête. Elle fit comme si.



Sur ces paroles définitives, elles quittèrent le restaurant et prirent le chemin du retour.




**********





Ces paroles de la techno brisèrent un silence lourd de Cupidons dénudés qui planaient dans l’habitacle depuis leur départ du resto. Élodie joua les idiotes.



Elles arrivaient à la hauteur d’une aire de repos. Sans hésiter, Électre mit le clignotant et gara la camionnette. Elle coupa le moteur.



Élodie savait ce qui allait se passer. Elle savait la stupidité de cet élan, mais elle ôta sa ceinture et suivit son amante. Elles passèrent à l’arrière du camion d’un air, qu’elles voulaient dégagé. La porte refermée, elles s’enlacèrent fébrilement. Ce baiser lent, profond, délicat, cette langue qui fouillait sa bouche, ces mains qui parcouraient son dos. Élodie fondait sous ces attaques. Elle voulait plus. Égoïstement, elle avait dégrafé son pantalon et se tortillait pour se libérer. Électre s’empressa de l’aider. Pantalon et culotte descendus jusqu’aux genoux, elle appuya sur la tête de sa complice. Aucune explication ne fut nécessaire. Électre abandonna sa bouche, tomba à genoux et posa ses lèvres contre le sexe offert.


Elle désirait au-delà de tout sa langue contre, sur, autour et dans sa vulve. Elle caressait tendrement les cheveux bouclés de son amante tandis que celle-ci, après avoir lapé la cyprine qui, éruptant de son cratère en ébullition, s’était déposée sur son duvet. La langue ne négligeait pas son clitounet qu’elle mignardait en alternance. Le plaisir montait en elle par vagues successives. Elle eut son premier orgasme quand une langue la poignarda au cœur de son intimité. Elle en perdit l’équilibre. Électre, sans cesser sa pénétration, la retint et, l’empoignant rudement par les fesses, la ramena contre elle. Dommage collatéral de ce sauvetage, des dents frappèrent violemment ses grandes lèvres alors que la langue s’enfonçait au tréfonds de sa vulve. L’alliance douleur /plaisir lui procura un second orgasme plus fort encore.


Électre, complètement partie, continuait de la pilonner avec cet artefact de sexe. Dans l’instant de lucidité qui succéda à cette seconde jouissance, elle repoussa son amie, la releva et voulut lui rendre son plaisir. Ça ne correspondait pas au désir de celle-ci. Elle la retint, saisit son menton de la main droite et l’embrassa. La main gauche avait saisi sa dextre et la porta à l’entrecuisse dénudé. Électre avait trouvé le moyen, tout en la réjouissant de baisser son pantalon.


Tandis qu’elle baisait la bouche imprégnée de sa cyprine, ses doigts visitaient une zone très, très humide. Son pouce s’étant frayé un passage dans une luxuriante toison lutinait un gros clito turgescent. Tandis que son petit doigt titillait un anus frémissant, l’index et le majeur s’enfonçaient à tour de rôle ou ensemble dans un temple du plaisir qui ressemblait de plus en plus à l’annexe d’une piscine à vagues. Électre enchaîna plusieurs orgasmes avant de s’apaiser, trouvant, au passage et du bout de doigts, le moyen de lui en infliger un ultime.


Elles restèrent un moment pantelantes, l’une soutenant l’autre. Apaisées, elles n’en prolongeaient pas moins ce moment intense par des petits baisers sur le visage, des caresses légères sans penser à rien… ou presque. Élodie avait peur de ce qui se passait en elle. Elle ne se souvenait pas d’avoir ressenti d’aussi fortes sensations et cela l’effrayait. Elle connaissait Électre depuis trois jours et elle avait déjà pris une importance considérable dans sa vie. Elle, qui comme un mec, après l’amour, n’avait qu’une hâte : se tirer, aurait voulu que « le temps suspende son vol », partager encore et encore ces instants de tendre et sensuelle complicité.


Elles durent se résoudre à rompre le charme et se remirent en route. Elles ne parlèrent pas plus qu’avant leur petite pause, mais le silence n’avait pas le même goût. À la brigade, leurs collègues brillaient par leur absence. Après s’être fixé rendez-vous chez Électre dont l’appartement n’était pas qu’un empilement de cartons et où le lit un King size était nettement plus confortable que le convertible branlant d’Élodie, la techno rejoignit le labo pour classer et enregistrer ce qu’elle avait ramené de Larouma. Élodie, après avoir essayé vainement de contacter Castagnette, mit un peu d’ordre dans ses notes puis, voyant l’heure, décida de faire de même dans son studio.




**********




Semaines 2 – 3 (11 avril-22 avril)


Les deux semaines qui suivirent permirent aux deux jeunes femmes d’affermir leur relation. Chaque jour confortait Élodie dans la certitude que, pour l’une, comme pour l’autre, on avait dépassé la simple histoire de fesses. Plusieurs fois depuis l’aveu-plaisanterie d’Électre, Élodie avait failli prononcer des mots idiots. L’expérience désastreuse qu’elle avait vécue en Nouvelle-Calédonie l’avait freinée jusque-là, mais, dans son for intérieur, elle savait qu’il lui serait impossible de lâcher Électre comme elle avait fui Léa, la substitut du procureur. Ce qu’elle ressentait était trop fort, d’autant qu’elle avait la certitude que c’était réciproque. Leur aventure tournait à la passion dévorante. Hors de leur service, elles ne se quittaient plus. Elle prenait garde à leur comportement en public et pour l’instant, il n’apparaissait anormal à personne que deux jeunes femmes célibataires dans ce monde si masculin se lient d’amitié. En tout cas, elles n’avaient subi aucune insinuation ou plaisanterie douteuse et personne ne leur avait jeté de regards suspicieux.


Quant à l’enquête, la seule chose que leur avaient apprise les recherches de Robin était que Nobert occupait la maison de Mérissard à titre gracieux. Elle appartenait en fait à une holding luxembourgeoise depuis la fin des années 90. Il ne trouva aucun justificatif aux rentrées d’argent sur le compte de Henneau. Quant aux relevés concernant Marie Laurencin, à part quelques dépenses insignifiantes, n’y figuraient que les sommes correspondant aux ventes de tableaux. Ce compte n’existait que par l’obligation de payer les toiles par chèques ou virement. Manifestement, elle ne voulait pas que l’on puisse faire le joint entre son identité d’artiste et l’ « infirmière » de Mérissard.


Jusqu’à 2013 et l’apparition des dépôts inférieurs ou égaux à 100 €, les sommes, versées sur le compte « officiel » de Corine/Louise/Marie, correspondaient peu ou prou aux factures qu’elle devait régler par chèque ou carte. Sommes trop peu importantes pour susciter intérêt ou méfiance. Par acquit de conscience, il avait contacté la responsable de l’agence de Saint-Pons où était domicilié le compte BAA de la victime. En minaudant, elle lui avait confié qu’elle pensait que sa cliente était une travailleuse du sexe occasionnelle. Pour elle, ça expliquait ces rentrées d’argent en liquide. Pour le directeur de l’agence du CMJ de Saint-Claude, ce fut encore plus improductif : il n’avait jamais rencontré cette cliente, elle n’était qu’un numéro de compte parmi d’autres.


Élodie avait trouvé l’hypothèse de la prostitution occasionnelle séduisante. Cela lui avait valu une belle passe d’armes avec Castagnette. Celui-ci, sans rejeter l’hypothèse, en niait l’intérêt pour l’enquête. Elle se prostituait, la belle affaire. Elle cloisonnait trop sa vie pour recevoir des michetons à son domicile. Si elle l’avait fait, radio Mérissard l’aurait su. Elle eut beau argumenter, avancer qu’elle ait arnaqué un client, que celui-ci s’était vengé. Elle avait, soudain, pris conscience qu’elle n’y croyait pas réellement, qu’elle agissait ainsi parce que son supérieur la gonflait.


Pendant cet échange musclé, les deux technos avaient regardé leurs pieds. Pourtant c’est Robin, alors que le ton montait dangereusement entre les deux protagonistes, qui avait sifflé la fin des hostilités. Les sommes qui transitaient sur le compte BAA indiquaient une pute de bas étage. Bien qu’elle ne fût plus de première jeunesse, son physique, son élégance plaçait Nobert dans une catégorie supérieure.


Castagnette, de son court séjour en Helvétie, avait ramené une foule de renseignements sur le marquis. Avocat en droit international, Andréa de Barbier-Lacourt nageait en eaux troubles. Âgé aujourd’hui de soixante-cinq ans, il avait eu un parcours sulfureux. Repéré une première fois par le SRS (Service de Renseignement Stratégique) à la fin des années 70 comme sympathisant de la RAF (Rote Armee Fraktion) de Baader alors qu’il effectuait ses études de droit en Allemagne, il semblait s’être ensuite assagi. Il réapparaissait dans le collimateur de la brigade financière helvète au début des années 2000. Pour les Suisses, le marquis était un petit poisson magouilleur, pas un premier de cordée. Il fricotait beaucoup avec l’Afrique tout en restant assez prudent pour ne pas trop se compromettre.


Son nom avait surgi à la lisière de plusieurs affaires de blanchiment concernant ces pays, mais sans jamais rien de concret. De par sa naissance, il avait des relations dans les hautes sphères, ce qui lui avait permis de passer entre les gouttes. Très peu d’éléments sur sa vie privée. Il n’avait jamais fondé de famille et était connu pour fréquenter assidûment les clubs libertins. In fine, un drôle d’oiseau.


Quand les pandores helvètes s’étaient rendus à son domicile pour l’interroger, ils avaient trouvé le nid vide. Le marquis n’était pas réapparu à son domicile genevois depuis le dimanche suivant l’assassinat et une caméra de surveillance routière avait capturé sa BMW à proximité de la frontière italienne, trois jours plus tard. Depuis plus rien. Il apparaissait clairement que l’homme était en cavale.


Les quatre gendarmes tombèrent d’accord pour affirmer avec une quasi-certitude que le cambriolage avait été simulé pour cacher quelque chose de plus important. Les quelques babioles déclarées servaient de leurre et la complicité du marquis et de sa secrétaire ne faisait aucun doute. Le grand chef était persuadé que le marquis avait tué sa maîtresse dans un accès de jalousie. Le fait qu’il ait fui le confortait dans son idée. Un mandat international avait été lancé à l’encontre de Barbier-Lacourt, pour lui le dossier était clos. Il allait rendre son rapport au proc. La suite ne dépendait plus d’eux, mais de la justice. Les deux de la PTS, pour une fois, partageaient son avis. Nouvelle, minoritaire, et dans les transes de sa passion amoureuse, Élodie garda ses réticences pour elle. Le fait que Barbier-Lacourt soit passé en Italie après que la presse a divulgué la mort de sa maîtresse lui faisait penser qu’il fuyait peut-être l’assassin de celle-ci. Elle avait l’impression qu’il avait pris la fuite dans l’urgence comme s’il avait le diable à ses trousses. Il n’avait même pas pris la peine de vider ses comptes avant de disparaître des radars. Elle était consciente que tout ce qu’elle argumentait pouvait lui être retourné, mais elle demeurait persuadée que le meurtrier habitait le village. Malheureusement, elle n’avait que son intime conviction, aucun élément tangible, concret pour étayer son ressenti.




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à suivre

Épisode 5 : Ça se précise