| n° 19727 | Fiche technique | 52554 caractères | 52554Temps de lecture estimé : 28 mn | 26/07/20 corrigé 05/06/21 |
| Résumé: Un cadavre a été découvert dans le petit hameau de Mérissard. La gendarmerie enquête. Élodie et Électre s'enflamment. Qui est Corine-Marie Henneau ? | ||||
| Critères: fh ff couleurs collègues uniforme nympho jalousie pénétratio fsodo | ||||
| Auteur : Domi Dupon (une antiquité du site) Envoi mini-message | ||||
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Résumé des épisodes précédents
Un cadavre dont le visage affreusement mutilé et le corps à la Marylin très bien conservé a été découvert dans le petit hameau de Mérissard. La gendarmerie enquête. Élodie et Électre s’enflamment. Robert Tignac rend visite à sa voisine. Qui est Corine-Marie Henneau ?
JOUR 2 (mardi 9 avril)
En ouvrant les yeux, Élodie mit plusieurs secondes avant de réaliser qu’elle était couchée en chien de fusil sur son canapé, à peine couverte par un vieux plaid. Électre ! Elles avaient fait l’amour jusqu’à plus soif. Comment était-elle rentrée dans son studio ? Elle avait comme un blanc. Entre le punch et les orgasmes à répétition… Elle avait dû se rhabiller puisqu’elle portait jogging et t-shirt. Partiellement. La culotte n’avait pas suivi. Un mal de tête carabiné lui tenait compagnie. Elle le soigna par une douche froide, un cross d’une heure suivi d’une seconde douche tout aussi froide que la première.
Lorsqu’à 8 heures, elle débarqua, tirée à quatre épingles, jean de marque, sweat ras du cou, le teint frais, nul n’aurait pu se douter de la folle nuit qu’elle avait passée. Castagnette brillait par son absence, Électre était en grande discussion avec Desbois. Et ça n’avait pas l’air de se passer comme elle le voulait. Élodie s’approcha. Tous les deux la saluèrent. Elle fut frappée de la feinte indifférence de l’Antillaise. Celle-ci la mêla à la conversation :
Arrivée du capitaine :
Pour lui non plus cela n’avait pas dû bien se passer, car il lui répliqua sèchement de la boucler. Il leur annonça que la mort, comme ils s’en doutaient, avait été provoquée par les coups de bouilloire, que le décès était survenu probablement avant minuit, le vendredi et que globalement, cela corroborait l’acte d’un cambrioleur. À la manière dont il prononça le mot « globalement », les autres virent qu’il lui restait en travers de la gorge. Dès l’entrée de Castagnette, Robin avait revêtu sa cape d’invisibilité, Électre venait de se faire jeter alors Élodie sentit que c’était à elle d’intervenir.
Et de leur expliquer qu’elle avait signalé dans son rapport que la force, le nombre (12) des coups indiquait une grande colère. Les trois derniers ayant été certainement assénés alors que la victime avait déjà expiré. Pour la légiste, l’assassin avait perdu son sang-froid. Un cambrioleur surpris ne se serait pas acharné sur sa victime : il l’aurait mise hors d’état de nuire et se serait enfui. Demaville avait la certitude qu’il existait une connotation personnelle dans cette agression, que l’assassin connaissait la victime. Bien que cela l’ennuyât profondément, Castagnette ne mettait pas en doute le jugement de la légiste et ils allaient être obligés d’en tenir compte.
Ils le mirent au courant de leurs dernières avancées. Il dut admettre qu’il allait falloir enquêter sur la vie de Henneau et sur ses proches, dont les voisins. Si elle connaissait son assassin, celui-ci habitait peut-être le hameau ou y était probablement déjà venu. Donc, retour à Mérissard ! Les interrogatoires de routine de la veille allaient devoir être repris et approfondis. Castagnette décida que Moitoux et lui s’en occuperaient tandis que les deux technos essaieraient de faire parler les éléments récupérés sur la scène de crime.
Ils s’apprêtaient à sortir de l’open space quand l’intro de « Do I Wanna Know » des Artic résonna. Le téléphone de Desbois. Il décrocha et soudain cria :
À la tête qu’il faisait, ils comprirent que c’était du lourd. En effet, les employeurs de Henneau venaient de contacter l’IPA pour l’avertir que leur employée s’était normalement présentée à son travail et avait été très surprise d’apprendre sa mort. L’IPA avait pu lui parler. Si elle était bien née à Cassis à la date indiquée, elle n’avait jamais vécu à Mérissard, ni même dans l’Ain. À cette annonce, Cité exulta. Le mystère prenait encore de l’ampleur et les questions s’accumulaient.
Henneau n’était pas Henneau ! Alors qui était-elle ?
Il était plus qu’évident qu’elle se cachait. Mais pourquoi et de qui ?
Le mobile du simple cambriolage devenait quasiment invraisemblable. Mobile de l’assassin ? Exécution, vengeance ou quelque chose de plus tordu ?
Élodie et les deux technos, bien qu’ils ne l’auraient pas avoué, étaient ravis de cette situation : une vraie enquête. Castagnette, nettement moins. Impossible de laisser aller dans l’attente aléatoire qu’un petit voyou se fasse arrêter et avoue le meurtre.
Cela ne changeait rien aux projets des deux enquêteurs : ils partirent pour Saint-Pons après que le capitaine eut demandé à Desbois de lancer une recherche sur les empreintes de la morte. Si elle se planquait, peut-être avait-elle eu affaire à la justice.
**********
Castagnette avait insisté pour prendre sa voiture perso, prétendant que ce serait plus discret. Pour la discrétion, un coupé Toyota GT86 , on pouvait difficilement faire mieux surtout dans un hameau de montagne plus habitué aux tracteurs. Du côté positif, cela ne leur prit qu’une demi-heure pour relier Bourg à Mérissard, le conducteur ignorant royalement les limitations en vigueur, pour impressionner sa passagère.
Le jour précédent, Élodie, troublée par la proximité d’Électre avait accordé peu d’attention à la géographie du lieu. Pour atteindre le hameau de Mérissard, ils avaient quitté la dép’ puis emprunté une route étroite qui serpentait pendant quelques centaines de mètres entre les vignes. Le hameau se composait en tout et pour tout d’une dizaine de maisons situées de part et d’autre de la rue baptisée pompeusement Grande. Sa particularité : la mitoyenneté des maisons. Un seul espace libre, en face de la maison de la victime, une cour où s’entassaient des véhicules pour certains hors d’âge. Ce vide correspondait sans doute à une bâtisse démolie. Derrière l’habitation de « Henneau », à l’orée d’un bois, sur un léger promontoire, se dressait une petite chapelle que l’on rejoignait par un chemin à peine goudronné qui contournait le hameau par la droite.
Le hameau comptait onze maisons, dont sept étaient occupées à l’année. Les quatre autres appartenaient à des doryphores (la Berthe dixit) qui les occupaient uniquement durant la belle saison. En chemin, les deux enquêteurs s’étaient réparti le travail. Le beau capitaine s’était octroyé l’interrogatoire de Robert Tignac et, par le plus grand des hasards, celui de la charmante madame Bayolle. S’il avait le temps, il essaierait de rencontrer le maire à Saint-Pons. Il proposa à Élodie de se rendre, ensemble, en fin de matinée, chez le viticulteur, Richard Dasso et sa compagne Elvira Goth, l’excitée qui, la veille, n’avait pas voulu répondre à leurs questions.
Restait à la jeune femme, les occupants du côté droit de la rue. Elle décida d’attaquer par Berthe Tignac. Son grand âge donnait à penser qu’elle pouvait être une source de renseignements des plus intéressantes.
Elle apprit d’entrée de jeu qu’on appelait « doryphores », les Lyonnais qui envahissaient la commune dès le retour du printemps et que la coupable était forcément Elvira, car elle était folle. Imaginez ma pauvre madame qu’elle allait tailler la vigne en maillot de bain deux-pièces. Quand Élodie fit remarquer à la vieille dame que ce n’était pas une preuve de folie, celle-ci lui rétorqua :
La Berthe était la gazette du hameau et rien de ce qui s’y passait ne lui échappait. Elle apprit ainsi que l’institutrice, pardon la professeure des écoles, Adèle Lechat, n’était demoiselle que de nom. Un coquin venait régulièrement passer le week-end avec elle ou c’est elle qui allait chez lui. D’ailleurs ce week-end, elle n’était même pas rentrée chez elle le vendredi après la classe et n’était revenue que le lundi soir. La Berthe, avec un air à en avoir deux, insinuait qu’après une semaine d’abstinence, ça devait la démanger.
Quant aux deux petites lesbiennes, voisines de Corine-Marie (lesbiennes, mais gentilles, précisa-t-elle), elles manquaient de discrétions dans leurs ébats et que même, parfois, elle les avait vues nues sur leur balcon se faire des mamours. Elle devait certainement les veiller, se dit la fliquette. Est-ce qu’une femme de cet âge pouvait prendre son pied en jouant les mateuses ou était-ce simplement de la curiosité ?
Jean-Louis Bayolle, le VRP qui habitait à l’autre bout du hameau, elle ne pouvait rien en dire, mais sa femme, la Cendrillon, c’était une autre paire de manches. Elle s’appelait Sandrine, mais on l’avait surnommée Cendrillon, car elle était toujours en train de faire le ménage. Mais à la Berthe, on la lui faisait pas, c’est pas son parquet qu’elle astiquait, mais plutôt la zézette du Robert. Celui-là, c’était un sacré chaud lapin. Même avec elle, il avait essayé. Enfin, c’était y’ a longtemps. En tout cas, elle était sûre de sûre que tous les deux, y’ fricotaient. Elle les avait vus derrière la chapelle et y’ parlaient pas de la pluie et du beau temps ou alors avec les mains. Fallait aussi le comprendre, son Esther, c’était une vraie tue-l’amour. Elle était toujours habillée comme si elle venait ou allait à un enterrement … et le sourire qui allait avec. En plus de ça, elle travaillait à la perception !
Marko Linka, c’était un saint. Il s’occupait de sa femme qui souffrait d’une récidive de cancer du sein. Quand on avait un problème, on faisait appel à lui. Attention pas un problème dans sa tête, mais un problème de machine à laver, de fuites d’eau ou encore d’arbres qui menaçaient. Le voisin parfait.
Sur Corine, la mamie n’avait rien à dire. Élodie vit qu’elle aurait bien aimé. Elle pensait bien que le Robert forcément, il avait dû tenter sa chance… mais autant avec la dénommée Sandrine elle avait vu, autant là, elle supposait, mais colporter des ragots, c’était pas son genre. En fait, la Corine, elle l’aimait bien. Elle pouvait pas dire qu’elle la connaissait, car c’était une personne qui gardait ses distances, restait sur son quant-à-soi. Et, elle était de service : parfois, elle l’emmenait en course à Saint-Pons ou lui prenait son pain ou ses ordonnances. Elle avait bu le café plusieurs fois chez elle. On voyait bien que c’était une dame de la ville. Tout brillait, chaque objet à sa place, pas un brin de poussières, on aurait pu manger par terre ; pas comme chez la folle (traduire Elvira Goth) où tu ne savais pas où poser les pieds.
À la question de savoir si elle fréquentait quelqu’un plus particulièrement dans le hameau ou si elle avait remarqué quoi que ce soit de particulier, la Berthe ne put répondre. Henneau se montrait aimable avec tout le monde et si elle causait pas d’elle, sa porte était ouverte, pas comme certains de ces doryphores qui vous accueillaient sur le pas de la porte. Elle s’était même proposée pour participer à l’entretien de la vieille chapelle et du cimetière désaffecté qui la jouxtait.
Élodie quitta la vieille dame avec une foule de renseignements sur la vie du village, mais rien de neuf concernant leur affaire. Elle rencontra brièvement Marco Linka, fonctionnaire territorial à la retraite et sa femme Anna. Malgré ses airs bourrus et son parler télégraphique, il se révéla désireux d’aider les enquêteurs, mais contrairement à sa voisine, il n’avait aucun ragot à colporter ; quant à sa femme, très effacée, elle ne prit la parole que pour souligner le fait que personne ne la connaissait vraiment. La jeune lieutenant ressentit une certaine gêne dans les propos de madame Linka, mais elle ne sut comment les analyser. Peut-être seulement une timidité maladive. En la raccompagnant, Linka s’excusa pour le mutisme de son épouse. Elle était atteinte d’un cancer et elle souffrait beaucoup.
Elle se rendit ensuite à l’autre bout de la rue, au domicile des deux lesbiennes, mais « gentilles », Amandine de Hort, militaire comme elle, puisque sous-officier dans l’armée de l’air, affectée à la base aérienne d’Ambérieu et sa compagne Gaëlle Zéneur, infirmière à l’EHPAD de Saint-Pons. Elle savait, par un coup de téléphone passé de la voiture, qu’elle ne rencontrerait que la première, la seconde étant de service à la maison de retraite. Lesbienne et militaire, Amandine bénéficiait d’un préjugé favorable aux yeux de la jeune fliquette. Mais la femme en treillis qui l’accueillit avait la raideur d’un soldat de l’ancienne génération et le physique d’une goudou de BD. Elle la reçut sur le pas de la porte sans intention de la laisser pénétrer dans son logis.
Sa « colocataire » (sic) et elle entretenaient d’excellentes relations avec Madame Henneau, une personne respectable, c’est-à-dire fréquentable. Elle n’avait rien à dire de plus, ni elle n’écoutait, ni ne colportait les ragots. Non, elle n’avait rien pu voir le soir du meurtre étant d’astreinte à la base tout le week-end. Non, elle ne savait pas si madame Henneau avait un fiancé et ça ne les regardait pas. Son visage s’anima, très légèrement quand Élodie lui demanda si la victime possédait un ordinateur. Oui, un Apfel 3945 dernier cri avec reconnaissance digitale et commande vocale intégrée. Elle possédait aussi un Apod 1418 et un Aphone 5462. Elle conclut en affirmant qu’il était inutile de parler à sa « colocataire », car elle ne savait rien de plus qu’elle. Limite si à la fin de sa diatribe, elle ne lui claqua pas la porte au nez. Un « je-ne-sais-quoi » dans son intonation alerta Élodie: elle n’avait vraiment pas envie qu’on interroge sa copine.
En rejoignant le beau capitaine qui l’attendait devant la cave du viticulteur, elle l’excusa mentalement de les avoir traitées de « goudous ». De Hort en avait le physique caricatural : la carrure d’un pilier de rugby, des traits disgracieux avec un nez camus et un système pileux qu’elle avait du mal à maîtriser et pour finir fringuée comme l’as de pique. Sa « colocataire » ne devait pas rire tous les jours. Élodie avait hâte de rencontrer Gaëlle Zéneur, mais certainement pas en présence de son adjudant. Saint-Pons se trouvait sur leur chemin de retour. Elle demanderait à Castagnette de passer par l’EHPAD.
Celui-ci n’avait pas eu plus de succès qu’elle. L’instit bossait, le VRP chassait le client du côté de Dijon et la percepteuse perceptait. Il ne rencontra que la femme de l’un et l’époux de l’autre. Comme elle s’y attendait un peu, il fut dithyrambique à propos de Sandrine Bayolle qui, malgré l’heure avancée de la matinée, l’avait reçu en déshabillé. Les yeux du chasseur brillaient en parlant d’elle. Il évoqua sa vive intelligence, mais il voyait un bout de sein à la peau laiteuse découvert fort opportunément par un décrochage astucieux du décolleté. Il avait apprécié la clarté de ses réponses, mais surtout cette toison foncée qu’il avait brièvement, mais à plusieurs reprises, aperçu à l’occasion de croisements de jambes genre Basic Instinct.
Lorsque son lieutenant, rapportant les propos de la Berthe suggérant que la victime entretenait une relation avec Robert Tignac, il s’esclaffa. Comment une personne de sa classe pouvait-elle s’intéresser à un être falot comme ce retraité de la poste. Moitoux faillit lui répliquer qu’elle se demandait comment une personne de la classe de la légiste pouvait trouver un quelconque agrément à un m’as-tu-vu dans son genre. Le postier à la retraite ne lui avait rien appris d’intéressant. Comme la femme du commercial, il s’était réfugié derrière le « je ne passe pas mon temps à espionner mes voisins ». Il avait aussi confirmé l’impression générale que Henneau restait très discrète sur sa vie.
Castagnette reconnut qu’il avait trouvé le comportement de Tignac suspect : il évitait son regard. Sur certaines questions, ses réponses restaient évasives. Il le voyait mal en amant de la morte ou de n’importe quelle femme digne d’intérêt, mais elles ont des goûts tellement bizarres. Il faisait un bon suspect. Ils allaient devoir approfondir. Un prélèvement d’ADN s’imposait, mais pour l’instant aucun élément tangible ne le reliait réellement à la victime. L’examen des empreintes relevées, hier au soir, par la brigade de Pont-d’Ain sur tous les résidents du hameau, leur dirait si le retraité rendait visite à sa voisine.
Castagnette n’avait pas pu contacter le maire. Les interrogatoires lui avaient pris beaucoup de temps et Sandrine Bayolle avait insisté pour lui payer le café. Il raconta cet épisode avec tant de sous-entendus dans les intonations que Moitoux se retint pour ne pas éclater de rire. Électre avait raison : il parlait beaucoup plus qu’il n’agissait.
De la cave dont la porte était grande ouverte s’échappaient des bruits de verre qui s’entrechoquaient. Les deux flics trouvèrent la folle et son compagnon occupés à ranger des bouteilles dans des cartons. Si Dasso était vêtu normalement, jean et pull, Goth, confirmant les propos de la Berthe, ne portait qu’une combinaison des plus transparentes. Heureusement pour le cœur du capitaine qui avait déjà été mis à rude épreuve ce matin, elle avait ceint un tablier de cuir qui dissimulait son intimité et la plus grande partie de sa plus que généreuse poitrine.
Si le viticulteur avait un physique quelconque, celui de sa moitié impressionna Élodie : grande, plus de 1,80 m, sculpturale, des fesses bombées, une poitrine majestueuse mise en valeur par le cuir de son tablier, un visage de madone qu’encadrait une chevelure noir de jais. Elle eût été d’une effrayante beauté s’il n’y avait pas eu ses yeux. D’une couleur incertaine oscillant entre le bleu et le vert, roulant sans cesse dans leurs orbites, ils exprimaient un déséquilibre, une peur/terreur difficilement identifiable. Pour le moins, ils mettaient mal à l’aise. Qu’avaient-ils vu ? Est-ce que ça avait un rapport avec leur affaire ou était-ce son état « normal » ?
Richard Dasso se montra aimable, prêt à aider, mais malgré son statut de viticulteur, les enquêteurs comprirent très vite qu’il ne leur apprendrait pas grand-chose. Il n’appartenait pas à la communauté et ne connaissait pas vraiment Corine-Marie Henneau. Elvira Goth ne leur répondit que par monosyllabe, sur la défensive, son regard à la recherche d’éventuels assaillants.
Pour Élodie, cette visite avait permis de les rayer de la liste potentielle des suspects, ni l’un ni l’autre n’avait le profil même si elle avait la certitude qu’ils avaient menti sur leur relation avec la victime. Le regard d’Elvira lorsqu’ils avaient évoqué d’éventuels amants avait chaviré. Castagnette ne partageait pas l’avis de sa subordonnée. Dans les hypothèses qu’il échafauda alors qu’il roulait vers Saint-Pons figurait en bonne place celle où Dasso simulait un cambriolage après qu’Elvira, dans une crise de démence, eut trucidé la pseudo garde-malade.
Aucun des habitants du hameau ne présentait d’alibi(s) solide(s). Le couple Dasso/Goth, comme les Linka se fournissaient un alibi. Quel crédit y accorder ? Esther Tignac pouvait difficilement affirmer que son mari n’était pas sorti : elle prenait des somnifères qui l’assommaient. Sandrine « Cendrillon » Bayolle était seule, son mari Jean-Louis participait à un congrès à l’autre bout du pays. Idem pour Gaëlle Zéneur, sa femme montait la garde à la base d’Ambérieu. Berthe Tignac, Élodie ne la voyait pas en meurtrière. Restait, l’instit, enfin la professeure des écoles, mais selon la Voix de Mérissard, elle avait passé le week-end chez son coquin. In fine, techniquement, tous auraient pu commettre le crime bien que l’un comme l’autre, voyait mal la « Berthe » dans le rôle d’un assassin sanguinaire.
**********
Quelques minutes après le départ des flics, Robert Tignac, passant par l’arrière de la maison se faufila chez sa voisine. Celle-ci l’accueillit chaudement vêtue en tout et pour tout d’un déshabillé arachnéen. À peine la porte refermée, elle se plaquait contre lui. Avant qu’il ne prononce un mot, il avait sa langue dans la bouche. Ses mains dégrafaient les premiers boutons du jean. En quelques secondes, il se retrouva la bite à l’air, le futal tire-bouchonnant sur les genoux. Popaul n’eut pas le temps de prendre froid. Deux ou trois aller et retour express pour qu’il redresse la tête et Cendrillon l’absorbait dans un antre chaud et humide.
L’espace d’un instant, ils dansèrent un tango surréaliste, zigzaguant au milieu du couloir qui menait au hall. Les seins pulpeux de Cendrillon, évadés de leur geôle mal fermée, s’écrasaient contre la poitrine de son agressé. Ce dernier avait pris les choses en main, enfin les fesses de son agresseuse afin de l’immobiliser pendant qu’il la pistonnait. Cette situation, très érotisante, n’en était pas pratique pour autant. Sans cesser son activité de forage, il la repoussa contre la paroi. Ainsi la belle, immobilisée, dos au mur, il put lâcher le cul, pour lancer ses mains dans un pétrissage en règle des nichons moelleux.
L’assaut ne dura guère. Serrant les cuisses pour mieux sentir la bite de l’homme, Cendrillon eut un premier orgasme. Aussitôt, elle bouscula Robert, tourna sur elle-même, appuya ses paumes contre la tapisserie, cambra ses fesses rebondies :
La porte étroite ! Robert ne put retenir un ricanement. Depuis la première fois qu’ils avaient fait l’amour, il avait pu constater que, à force de travaux, ladite porte avait été grandement élargie. Jean-Louis, son époux, refusait de la sodomiser, non pas pour une quelconque raison morale, mais, par peur de « salir » sa queue. Cendrillon qui goûtait fort à ce plaisir demandait à ses amants de pallier les manques de son mari.
Robert n’était pas Roco Sarefroidi mais il était doté d’un membre long et épais, supérieur à la moyenne, qui détonait dans son corps fluet. Cela l’émerveillait. Il avait mesuré plusieurs fois longueur et circonférence pour comparer avec les moyennes données dans les articles de sexologie. Il était toujours étonné que son membre pénètre l’anus de sa maîtresse avec autant de facilité.
La belle s’impatientait. Il appuya son gland, luisant encore des sécrétions de sa dulcinée, contre l’anus d’icelle et s’enfonça d’un coup, d’un seul, jusqu’à la garde.
Et enchaînant sur le ton de la conversation :
Robert sentait l’anus palpiter autour de son membre. Il se retira puis replongea sa tige dans ce conduit aussi humide qu’une vulve. Il soupçonnait Cendrillon de le garder constamment lubrifié en cas d’urgence.
Robert entama de lents va-et-vient, déculant presque totalement avant d’aller cogner ses boules contre les fesses charnues de sa maîtresse.
Insensiblement, Robert intensifiait le rythme. Ce qu’elle lui racontait l’excitait.
Tignac la reprit par les hanches et monta ses vitesses, calquant son rythme sur celui des palpitations anales de la dame. Dame qui tenait un équilibre précaire, une main fermement appuyée conte le mur alors que l’autre, plongée entre ses cuisses se réjouissait le clitounet. Se servant des hanches comme du palonnier d’un avion d’acrobatie, il l’entraîna dans un looping victorieux. Elle cria sa jouissance à la seconde où lui projetait sa semence contre les parois de son intestin. Elle s’affala contre le mur. Lui, toujours collé, suivit le mouvement. Elle revint à la charge.
Pendant cet intermède, Cendrillon lui avait tourné le dos. Elle lui fit face :
Robert n’avait jamais espéré entendre une telle déclaration. Il en resta bouche bée. Il laissa passer l’instant. Cendrillon s’était reprise.
Il avait entendu les guillemets qu’elle avait mis à amour. Quelque part ça lui fit mal. En retournant chez lui, il était doublement perturbé. Des sentiments bien sûr, lui aussi, il en avait pour elle, mais le sujet n’avait jamais été évoqué. Il pensait qu’elle se servait de lui comme d’une machine à plaisir, le remplaçant d’un mari défaillant. Or malgré sa pirouette finale, il ne doutait pas de sa sincérité.
Ce silence qu’elle exigeait de lui le perturbait encore davantage. Il ne se considérait pas comme un citoyen modèle, mais mentir aux flics, surtout pour une affaire si grave, le dérangeait.
**********
À leur retour, ils avaient mangé un sandwich sur le pouce. Castagnette avait, ensuite, rejoint le nouveau palais de justice où, à 14 heures, il avait rendez-vous avec le proc. Élodie avait retrouvé les deux technos. Ils avaient fait une rapide synthèse de leur travail de la matinée. Souvent, comme l’équipe judiciaire était réduite et leurs moyens peu importants, Cité et Desbois se livraient à des tâches relevant des enquêteurs et étaient toujours étroitement associés aux enquêtes. Après avoir résumé rapidement leur matinée Mérissard, ce fut au tour d’Électre.
Elle s’était rendue au siège de la BAA à Bourg. Comme ils l’avaient supposé la veille : Henneau (?) avait accepté la dématérialisation de toutes ses opérations depuis 2016. L’enquêtrice n’avait rencontré aucune difficulté pour avoir les renseignements sur ses comptes. La banque ne prenait guère de risque au vu de la simplicité de ceux-ci. Henneau(?) n’avait qu’un compte courant associé à une CB à débit différé, carte qu’elle n’utilisait que parcimonieusement. Ses relevés d’opérations, dans la colonne « dépenses », se révélaient aussi ennuyeux qu’un annuaire téléphonique, fût-il électronique : factures genre EDF, quelques dépenses alimentaires et quelques retraits en liquide aléatoires. Pas de quoi se relever la nuit. Un seul hiatus, la semaine dernière où elle avait payé une facture de restaurant à Larouma, une petite station de moyenne montagne dans le Jura. Électre avait demandé à la brigade de gendarmerie de Saint-Claude de se rendre sur place.
La lecture de la partie recette, qui les avait déjà interpellés lors de la découverte des papiers à son domicile, posait plusieurs questions. Comment parvenait-elle à vivre avec les sommes qui transitaient sur son compte jusqu’en 2013 ? D’où venaient ces petits versements en liquide beaucoup plus nombreux qui débutaient au printemps de cette même année ? L’ouverture du compte correspondait à son arrivée à Mérissard. Qu’en était-il avant ? La banque n’avait strictement aucun élément de réponse. Quel que soit l’angle que prendrait l’enquête, il faudrait approfondir. Élodie était persuadée qu’une des clés du meurtre se trouvait dans ces histoires d’argent.
Au chapitre des mauvaises nouvelles, aucune trace de Henneau (?) dans les différents fichiers d’empreintes nationaux. Desbois, qui s’était centré sur ces éléments de preuve, avait demandé le secours d’Interpol, mais ils n’auraient pas de résultat avant le lendemain. À l’analyse des sept séries relevées à Mérissard, ils avaient fort logiquement trouvé, outre celle de la victime, celles des trois « découvreurs » sur la rampe de l’escalier, dans l’entrée, celles des deux « colocataires » dans les pièces à vivre. Partout dans l’appartement, ils avaient répertorié celle d’un/une inconnu(e). Les lieux concernés montraient que cette personne entretenait des liens intimes, voire très intimes avec Henneau. Cette série était récente. Ce qui, tangentiellement, impliquait leur propriétaire dans le meurtre, incidemment, battait en brèche, les hypothèses de Castagnette et en résultante, réjouissait Élodie.
Fait étrange, la présence dans la chambre, d’empreintes fraîches sur les montants du lit. Celles-ci, qui par endroit, notamment dans le salon, couvraient celles de l’inconnu(e) appartenaient à Gaëlle Zéneur. L’infirmière semblait être proche de Corine-Marie, assez proche pour aller dans sa chambre. Élodie leur rapporta l’entrevue qu’ils avaient eue avec Zéneur. Deux choses l’avaient frappée.
Un, son apparence physique. Si De Hort correspondait à l’idée que leur supérieur se faisait d’une lesbienne… Électre ne put s’empêcher de lui jeter un regard tendrement ironique. Élodie frissonna, car il lui avait semblé que Desbois, en bon enquêteur, avait intercepté cette mimique. Donc, si De Hort avait le look, il n’en allait pas de même pour Zéneur. Frêle, très féminine malgré une silhouette androgyne, un visage légèrement maquillé. Une belle jeune femme pour qui Élodie aurait facilement pu craquer.
Deux, elle avait du chagrin. Depuis qu’ils interrogeaient les voisins, au-delà du sentiment naturel d’injustice par rapport à une mort précoce, elle n’avait ressenti qu’une indifférence polie. Henneau(?) vivait à Mérissard depuis peu et serait restée une étrangère jusqu’à sa mort. Celle-ci ne touchait guère les gens du cru. Gaëlle Zéneur, elle, avait réellement de la peine. Elle l’avait exprimée sans faux semblant. Corine était son amie et elle allait lui manquer. La première, elle avait parlé de l’horreur de ce crime, les larmes aux yeux. Cependant, elle ne leur avait rien appris qu’ils ne sachent déjà.
Bien qu’elles fussent amies, la victime restait très secrète sur son passé. Si elle lui avait raconté son enfance, sa jeunesse dans les montagnes du Jura, elle avait gardé les lèvres scellées sur sa vie d’adulte. Une fois, elle l’avait questionnée. Elle avait alors répondu qu’elle ne pouvait/voulait pas en parler sans plus de précision. Son ton mystérieux avait intrigué l’infirmière, mais à la mimique qui avait suivi, elle en avait déduit qu’il aurait été dangereux pour elle de lever le voile sur certaines périodes de sa vie. Elle n’avait jamais plus abordé le sujet, elle ne voulait pas gâcher leur amitié.
Dès qu’ils furent dans la Toyota, Castagnette n’avait pas manqué d’affirmer qu’elles devaient « se gouiner » toutes les deux. Une crise de jalousie avait très bien pu dégénérer en crêpage de chignon qui s’était mal terminé. Avec ces « refoulées de la bite », il fallait s’attendre à tout. Élodie avait serré les poings retenant l’envie d’en mettre une à ce connard de macho homophobe. Elle ne lui avait rien répondu. Si la remarque sexiste sur les lesbiennes relevait du délire, sa première affirmation n’était pas dénuée de sens. Elle ignorait si les deux femmes avaient une « affaire », mais il paraissait évident que Gaëlle aimait la victime et qu’elle ne leur avait pas tout dit sur leur relation. Certains de ses silences avaient été très bavards. À la lumière, de ce qu’on venait de lui annoncer, Castagnette pouvait même avoir raison. Électre renchérit, car elle avait eu les résultats d’analyse des taches sur les draps. Les laborantins avaient isolé trois entités différentes, une masculine et deux féminines. Il n’était pas délirant de supposer que la seconde puisse appartenir à Zéneur. Après avoir contacté Castagnette chez le proc pour avoir une autorisation, Desbois se rendit à l’EHPAD de Saint-Pons pour prélever son ADN.
Pour la seconde fois, Élodie se retrouvait en tête à tête avec Électre. Cette dernière, aussitôt leur collègue disparu, posa la main sur la sienne.
Elodie, affolée, rompit précipitamment le contact.
Après avoir constaté qu’elles étaient seules dans l’open space, elle reprit la main qu’elle avait fuie et la serra.
Elle rajouta en la fixant intensément.
Redevenant tout à coup très professionnelle.
Et Bob Marley s’invita dans la discussion. L’intro de « Get Up, Stand Up » coupa la parole à Électre qui annonça inutilement en décrochant :
S’adressant à son correspondant :
Elle écouta quelques secondes puis interrompit son interlocuteur.
À Élodie :
Durant la conversation, Élodie s’était penchée vers Électre pour se rapprocher du téléphone. La rouée en avait profité pour coller la joue à la sienne. Concentrée sur les propos d’Aubert, Élodie n’y avait pris garde, mais son corps avait réagi. Aussi à la fin de l’échange, oubliant où elles se trouvaient, elle avait collé ses lèvres à celle de sa subordonnée pour un baiser impromptu auquel l’Antillaise avait répondu sans état d’âme. Par crainte d’être surprises, elles se séparèrent malgré la bouffée de désir qui les avait submergées.
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Amandine était d’une humeur massacrante après le passage de la fliquette. Elle avait fermé sa gueule, joué à la femme coincée, collet monté pour protéger Gaëlle et celle-ci rentrait en chialant sur cette grognasse qui avait foutu leur couple en l’air. Les griefs de sa moitié étaient en partie justifiés : leur couple végétait dans une morne routine. Gaëlle, en gentille petite femme, avait besoin d’attention, de beaucoup d’attention. Elle l’avait oublié.
Aussi, quand trois semaines auparavant, elle les avait surprises, elle était tombée des nues.
Son capitaine l’avait libérée plus tôt que prévu. Gaëlle n’était sans doute pas encore rentrée du boulot, elle allait pouvoir pianoter tranquille sans subir ses habituelles récriminations. Bon signe, la porte d’entrée était verrouillée. Elle montait tranquillement les escaliers quand elle entendit un bruit bizarre. En approchant, elle se rendit compte que c’était une femme qui haletait d’une façon très suggestive. Ça venait de la cuisine : la télé probablement. Gaëlle aurait-elle laissé la télé allumée ? Bizarre la bande-son évoquait un porno. Ou alors, elle ne bossait pas cet aprèm et matait un film x. Leur vie sexuelle étant ce qu’elle était, les câlins se faisant rares en ce moment, ce n’aurait rien d’étonnant.
Elle s’avança : c’était bien un porno, mais sa compagne faisait partie du casting. Elle ne voyait qu’une chute de rein, mais elle aurait reconnu entre mille ce petit cul tout blanc au bas duquel chatoyait un minou poilu. Agenouillée, Gaëlle s’activait entre les jambes d’une nénette assise sur la table, les pieds posés sur ses épaules. La tête rejetée en arrière se balançait de droite à gauche. Les halètements entendus précédemment se muaient en gémissements puis la femme s’exclama :
À la voix, elle reconnut, leur voisine. La salope ! Cette pouffiasse n’allait pas venir longtemps. Dans un accès de rage, elle empoigna Gaëlle par les cheveux et l’envoya valdinguer contre la gazinière. L’autre avait refermé les jambes, mais pas assez vite pour que De Hort n’aperçoive pas sa chatte baveuse. La Corine sauta de la table rabattant rapidement sa robe. Cette putain était restée habillée alors que sa femme ne portait que sa toison pour tout vêtement. Cela décupla sa rage. Cette salope se montra très réactive. Avant qu’elle ne la saisisse, elle avait déjà passé la porte et filé sans demander son reste. De sa présence restaient l’odeur de sexe et une petite culotte noire en dentelle.
Gaëlle, appuyée contre la gazinière, les mains croisées sur ses genoux, sanglotait à grosses larmes. Un filet de sang coulait de son front à l’endroit où la poignée de la gazinière l’avait heurtée. Ce chagrin, ce sang lui coupèrent tous ses moyens, toute sa colère. L’envie qu’elle avait de lui crier dessus disparut instantanément. C’était sa nana, elle l’avait délaissée. Elle en payait le prix. Non, elle en voulait à mort à cette pétasse qui avait profité de la naïveté, de la faiblesse de sa compagne. Elle s’agenouilla auprès de Gaëlle, la prit dans ses bras et la berça comme elle aurait bercé une enfant en lui demandant pardon pour cet excès de violence.
Mais elle lui en voulait pour cette trahison… encore aujourd’hui. Une longue explication pleine de pleurs, de « pardon, pardon, ça ne se reproduira plus » s’en était suivie. Elles se rabibochèrent sur l’oreiller, mais depuis la situation demeurait tendue. Amandine avait beaucoup de mal à supporter les jérémiades de sa femme, persuadée de plus que celle-ci la soupçonnait de ne pas être étrangère au crime. Heureusement sa présence à la base le week-end du meurtre ne pouvait être contestée.
Un silence embarrassé suivit cette dernière remarque. Elle remarqua la gêne de Gaëlle.
Nouveau blanc.
Elle sortit en claquant la porte, laissant Gaëlle, pleurnichant sur la table, la tête dans les bras. Elle savait qu’elle reviendrait : elle l’aimait, sa nana, mais elle avait besoin de prendre l’air.
* Mark Knopfler, Golden Heart, 1996
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à suivre
Épisode 4 : Plus on en apprend, moins on en sait…