| n° 18465 | Fiche technique | 40008 caractères | 40008Temps de lecture estimé : 30 mn | 15/07/18 |
Résumé: Juliette découvre une lettre d'amour dans sa boîte à lettres, mais impossible de savoir de qui elle émane ni à qui elle est adressée... | ||||
Critères: ffh fbi couplus extracon copains jalousie dispute pénétratio théatre humour -théâtre | ||||
| Auteur : Gufti Shank Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : Roméo et Juliette - La lettre anonyme Chapitre 01 / 02 | Épisode suivant |
Les personnages principaux :
Juliette – Une somptueuse jeune femme
Cassandra – La meilleure amie de Juliette
Roméo – Un beau jeune homme, le petit ami de Juliette
Siriac – Le meilleur ami de Roméo, et le petit ami de Cassandra
Eloïse – Une superbe jeune femme, qui vit avec Juliette et Roméo
Flora – Une splendide jeune femme, troublante collègue de travail de Roméo
Alberto – Un séduisant jeune homme, collègue de travail de Flora et Roméo
Raoul – Un ami de Siriac et Cassandra, détective privé à ses heures
(La scène se passe avant la série « Le stagiaire ».)
Acte I, scène 1
Lundi 12, 18 h 40
L’appartement de Juliette et Roméo
(Roméo, Eloïse)
(Eloïse, nue, chevauche Roméo, appuyé en arrière dans le canapé, débraillé ; elle se déhanche vivement en gémissant au-dessus du jeune homme qui lui pétrit les seins.)
Eloïse : Aaaah ! Ouiiii ! Hmmm ! C’est trop bon ! J’ai attendu ça toute la journée ! J’adore ta grosse queue ! Hmmm !
(En réponse, Roméo se redresse quelque peu pour lui sucer les tétons. On entend la porte d’entrée s’ouvrir puis se refermer, mais cela n’interrompt pas les deux amants. Juliette entre, portant un sac à main et une liasse de courrier.)
Juliette : Eloïse ! T’es dingue ! On t’entend dans tout l’immeuble !
Eloïse : Aaah ! Hmmmm !
Juliette : Eh ! Surtout ne vous arrêtez pas pour me dire bonjour, hein…
Eloïse : Aaaaah !
(Juliette range sa veste dans une petite penderie, et dépose son sac et quelques documents sur une commode.)
Juliette : Vous auriez au moins pu prendre le courrier, d’ailleurs. Pour une fois que vous rentrez avant moi…
(Eloïse et Roméo poursuivent comme si elle n’était pas là, tandis qu’elle observe en la tournant une enveloppe vierge.)
Juliette : C’est bizarre, cette lettre cachetée sans destinataire…
Eloïse : Hmmmm ! Ooooh !
(Juliette dépose aussi cette enveloppe.)
Juliette : Eh ! Oh ! Je vous parle !
(Eloïse et Roméo tournent vaguement les yeux vers elle.)
Roméo : Salut… ma puce…
Eloïse : Aaah !
Juliette : Et puis vous auriez pu m’attendre, non ? OK, je suis un peu en retard, mais vous êtes pas en manque à ce point-là, quand même !
Eloïse (entre deux gémissements) : C’est… aaah ! c’est Roméoooo… Il m’a forcée…
Juliette : Bah oui, ça se voit !
(Elle s’approche du couple qui continue de s’ébattre dans le canapé ; d’abord de Roméo qu’elle embrasse à pleine bouche.)
Juliette (se dégageant) : Hmm…
(Elle a une mimique d’étonnement et s’essuie les lèvres. Eloïse sourit, l’attrape par les cheveux pour attirer son visage contre le sien et l’embrasse à son tour.)
Juliette (se retirant vivement) : Beuah ! Et toi tu pues le sperme ! Mais c’est pas vrai ! Vous y êtes depuis quand ?
Eloïse (s’immobilisant) : Rrroooh ! Mais tu vas arrêter de nous engueuler ? On a juste joui rapidement en soixante-neuf, un petit coup, mais comme ça maintenant, on va savourer plus longtemps !
(Elle reprend ses déhanchements et ses gémissements.)
Juliette (désemparée) : Juste joui rapidement… un petit coup… limite sans le faire exprès…
Eloïse : Allez, arrête de parler, déshabille-toi et viens vite !
(Juliette soupire de dépit, puis finit par sourire en commençant de déboutonner son chemisier.)
Acte I, scène 2
Lundi 12, 19 h 25
L’appartement de Juliette et Roméo
(Juliette, Roméo, Eloïse)
(Tous les trois sont effondrés nus dans le canapé, alanguis et visiblement épuisés.)
Eloïse : Ouah ! Trop bon ! Trois orgasmes !
Juliette : Ouais, ben pas moi !
Eloïse : Oh, à t’entendre gueuler, celui que tu viens d’avoir était pas mal, quand même…
Roméo : Oui, les voisins ont dû apprécier…
Juliette : Bah, n’empêche que vous auriez pu m’attendre, quand même !
Eloïse : Je suis désolée, c’était plus fort que moi. D’habitude tu rentres plus tôt, et je me suis dit que ça allait te faire arriver…
Juliette (se levant) : N’importe quoi !
Eloïse : Ben non mais faut me comprendre, aussi : on a rien fait ce matin, et hier soir j’ai pas vraiment joui…
Roméo (ricanant) : N’importe quoi !
(Juliette, toujours nue, s’éloigne vers la commode où elle avait déposé le courrier, et reprend l’enveloppe vierge.)
Juliette : Bon, voyons cette lettre…
Roméo : C’est quoi ?
Juliette (déchirant l’enveloppe) : Ben justement, je sais pas trop. Le reste, c’est des trucs habituels, des factures, mais ça, c’est bizarre : une enveloppe toute blanche, anonyme.
Eloïse (amusée) : C’est peut-être le syndic qui se plaint du bruit…
Juliette (lisant d’une voix rapidement irritée et de plus en plus froide) : Mon amour, le souvenir incroyable de ces nuits d’extase passées avec toi m’est à la fois délicieux et insupportable. Je me languis de te revoir, de sentir de nouveau ton corps chaud palpiter contre le mien, de faire encore l’amour avec toi.
(Elle s’interrompt pour lancer des yeux noirs à Roméo.)
Juliette (hors d’elle) : Non mais je rêve !
Roméo : De quoi ?
Juliette : Comment ça, de quoi ! Non mais tu te fous de moi ! Y en a encore cinq lignes comme ça !
(Eloïse, étonnée et intéressée, se lève pour la rejoindre et lire la lettre à son tour.)
Juliette (poursuivant la lecture d’une voix sinistre) : Je sais que nos sentiments sont forts et je n’ai nul doute sur ton engagement, sur ton amour ; tu as réussi à m’en persuader par tes paroles sincères juste après notre dernière jouissance. Grrrr ! Roméo !
Eloïse (amusée) : Non, y a pas écrit « Grrr Roméo ».
Roméo (se levant à son tour) : Mais… je…
Eloïse (poursuivant la lecture d’une voix réjouie) : Retrouvons-nous dès que possible ! Fais-moi signe, je te rejoindrai, n’importe où ! Tu m’as fait promettre de ne pas t’appeler, et je sais que ta situation est complexe (cette vie à trois te semble pesante), mais j’avais besoin de te dire tout mon amour. À toi pour toujours.
(Un silence. Juliette fulmine. Roméo s’approche d’elles.)
Roméo : Et y a pas de signature ?
Eloïse : Si, y a un espèce de truc bizarre qui pourrait ressembler à une signature, mais si t’arrives à déchiffrer ça, je saute par la fenêtre !
Juliette (éclatant) : Y a pas besoin de signature ! C’est évident ! C’est encore cette putain de grosse salope de Flora qui vient foutre sa merde dans notre couple !
Roméo : Hein ? Mais ça va pas la tête !
Eloïse : Enfin… notre couple… c’est façon de parler, hein…
Roméo : C’est n’importe quoi, ça ! Jamais Flora ferait un truc pareil ! Donne-moi ça !
(Il lui arrache la lettre des mains et la lit à son tour.)
Eloïse (à Juliette) : C’est vrai que je vois mal Flora écrire ça. C’est pas trop son style, et puis ils se voient tous les jours au boulot. Quel besoin aurait-elle de lui envoyer une lettre ici ?
Juliette (peinant à décolérer) : Mouais… et si c’est pas elle, c’est qui ?
Roméo (redonnant la lettre à Eloïse) : Bah je sais pas, mais c’est sûr que c’est pas Flora !
Juliette : Mouais… en même temps, elle est tellement tordue…
(Un silence. Roméo semble réfléchir et vient relire la lettre par-dessus l’épaule d’Eloïse.)
Eloïse : Quatre fois « amour » en même pas dix lignes, je sais pas qui c’est, mais au moins elle a de la suite dans les idées…
Roméo : Et pourquoi ce serait « elle » ?
(Un silence. Juliette et Eloïse le regardent intensément, puis se replongent toutes les deux en hâte dans la lettre.)
Eloïse : Bah, ça se voit, c’est une écriture de fille !
Juliette : Et puis de toute façon, y a qu’une fille pour écrire comme ça !
Roméo (les singeant) : Ah bah oui alors, et puis de toute façon, c’est forcément une fille parce que c’est forcément pour Roméo, hein… Et si c’était pour l’une de vous deux, ce mot, hein ?
(Eloïse et Juliette s’observent avec désarroi.)
Roméo : Si c’était pour toi, Juliette ? Un petit mot doux d’un de tes collègues, ou d’un de tes patrons, un de ces types qui se mettent en orbite quand ils te voient arriver…
Juliette : Bien sûr que non ! C’est ridicule !
Roméo : Et si c’était pour toi, Eloïse ? Si c’était l’un de ces types avec qui tu fais du sport et qui bavent dès que tu te pointes en tenue moulante…
Eloïse : Eh mais franchement, tu…
Juliette (l’interrompant) : Et si c’était pour toi, Roméo ? Si à défaut de Flora c’était n’importe quelle autre petite pouf de ton boulot que tu as impressionnée…
Eloïse : Et que t’as sautée, même, d’après cette lettre…
Juliette : Rappelle-toi, c’est déjà arrivé, cette situation…
Roméo : Oui, mais là, non ! C’est sûr que non !
Juliette : Ben voyons ! Et qui ici a le plus souvent trompé les autres ?
Roméo : Pfff ! Cette phrase en elle-même n’a déjà aucun sens…
Juliette : Joue sur les mots, tu as raison !
(Un silence.)
Eloïse : Eh… et si… si c’était un mec, Roméo ? Un mec pour toi ?
Roméo : Hein ? Mais…
Eloïse : Si c’était Alberto, ton collègue homo ?
Roméo : Ah oui mais non mais là carrément pas, hein !
Juliette : Remarque, ça m’ennuierait déjà moins…
(Eloïse scrute Juliette avec intensité.)
Eloïse (soupçonneuse) : Et si c’était une fille qui t’écrivait à toi…
Juliette : Moi ? Mais…
Eloïse : Cette fille avec qui tu allais régulièrement à la piscine…
Juliette : Marie ? Mais t’es dingue ! Bien sûr que non !
Roméo (à Eloïse) : Ou une fille qui t’écrirait à toi…
Eloïse : Pfff !
(Un silence. Tous trois se défient du regard.)
Acte I, scène 3
Lundi 12, 21 h 15
L’appartement de Juliette et Roméo
(Juliette, Roméo, Siriac, Cassandra)
(Juliette est attablée avec Cassandra, Roméo et Siriac sont assis dans le canapé. Ce dernier parcourt la lettre anonyme avec attention.)
Juliette : C’est affreux, je ne sais pas ce que je préférerais…
La voix d’Eloïse (provenant de la cuisine) : Tu dis ça pour qu’on imagine que ça ne t’est pas destiné…
Cassandra : En tout cas, à l’évidence, c’est bien pour l’un de vous trois.
Roméo : Oui, aucun doute possible. Et c’est de quelqu’un qui sait où on habite. La lettre a été déposée dans la boîte directement, dans une enveloppe blanche, sans adresse.
(Eloïse entre, portant deux cartons de pizzas qu’elle dépose sur la table.)
Eloïse : Et comme on est lundi, ça a pu être déposé n’importe quand depuis deux jours.
Cassandra : Vous n’avez rien vu d’inhabituel ? Ou rien entendu ?
Roméo : Non.
Juliette : De toute façon, avec les hurlements d’Eloïse, difficile d’entendre quoi que ce soit…
Eloïse : Ouais ben si on va par là, avec les sketches que tu fais dès que quelqu’un s’approche, pas étonnant qu’on reçoive des lettres anonymes…
(Cassandra et Siriac se regardent avec un mélange d’amusement et d’effarement.)
Juliette : Parce que tu penses que j’ai tort ? Tu ne crois pas que le passé me donne raison ? Franchement, à l’évidence, ce genre de lettre ne peut être adressé qu’à Roméo ! Roméo qui n’écoute plus que sa queue dès qu’il voit un beau cul…
Siriac (criant) : Stop !
(Un silence. Il se lève.)
Siriac : Vous n’y arriverez pas comme ça, vous n’avancez à rien. Ce qu’il vous faut, c’est de la méthode. Peut-être en commençant par établir une liste des suspects potentiels.
(Un silence. Tous se regardent, tour à tour.)
Roméo : D’après Juliette, c’est pour le vilain Roméo, donc tout le monde est suspect… Ça pourrait être n’importe qui !
Juliette (cynique) : Oh… pauvre Roméo !
Cassandra (à Roméo) : Tu n’es pas un peu prétentieux, toi ?
Eloïse (à Cassandra) : Et ça pourrait être toi, en particulier…
Cassandra : Moi ? Pfff ! N’importe quoi !
(Siriac la contemple avec incertitude.)
Eloïse : Tu le trouverais bien à ton goût, Roméo, non ?
Cassandra : Eh mais ça ne va pas la tête ! T’es dingue ! C’est pas parce qu’on a dérapé physiquement une fois ou deux que je suis « à lui pour toujours » !
(Un silence.)
Siriac : À mon avis, si elle avait écrit cette lettre, ce serait plutôt destiné à Juliette…
Cassandra : Eh mais tu vas pas t’y mettre, toi ! Je te signale que je suis ta copine ! Tu devrais plutôt me défendre, hein !
Juliette : Oui et puis si on va par là, Siriac, ça pourrait bien être toi qui l’as écrite, cette lettre…
(Un silence. Siriac est décontenancé. Il soupire.)
Siriac (hésitant) : Oui, j’avoue, c’est moi qui l’ai écrite.
(Tous sont pendus à ses lèvres.)
Siriac : Pour Roméo. Je ne savais pas comment lui déclarer officiellement ma flamme. Voilà qui est fait…
(Roméo ricane. Les trois jeunes femmes soupirent d’agacement.)
Roméo : Ouais, en tout cas, ce que je vois, c’est que cette lettre est en train de nous rendre dingues.
Cassandra : Alors qu’y en a forcément un de vous trois qui en sait la teneur… Ça doit être bien stressant pour les deux autres, oui, j’imagine. Déjà dans un couple normal, à mon avis…
Siriac : Oh ma chérie, tu veux dire qu’ils ne sont pas normaux ?
Juliette : Pfff ! Bon, allez, les garçons, venez manger un morceau de pizza.
(Roméo se lève ; Siriac et lui et vont s’asseoir à table.)
Siriac : À mon avis, pour démêler tout ça, il vous faut l’aide d’un professionnel.
(Tous le regardent avec étonnement.)
Siriac : Je vais en parler à Raoul dès demain…
Roméo : Ah non ! Tu ne vas pas encore nous radiner ton parasite là-dessus, hein !
Siriac : Ne t’en fais pas, il saura rester très discret et ne vous prendra pas très cher…
Juliette, Roméo et Eloïse (ensemble) : Pffffff !
Acte II, scène 1
Mardi 13, 8 h 10
L’appartement de Juliette et Roméo
(Roméo)
(Roméo est attablé et prend son petit-déjeuner ; Juliette entre en peignoir, une serviette nouée autour de ses cheveux.)
Juliette (fort) : Eloïse ! Tu vas être en retard, il est huit heures dix…
La voix d’Eloïse (pâteuse, provenant d’une pièce voisine) : Grmblmmouais… j’arrive… voilà…
Roméo : Ben c’est pas pour nous, hein… Si t’es en retard au taf, c’est pas nous qu’ils foutront dehors…
(Eloïse entre, somnolente, ne portant qu’une culotte, et se dirige vers une autre porte.)
Eloïse : Bah, je m’arrangerai avec mon chef, j’ai des arguments qui fonctionnent assez bien…
Roméo (regardant rouler ses fesses) : Bah tiens ! Et si ça se trouve, c’est lui, l’auteur de cette lettre !
Eloïse (se retournant) : Oh arrête avec ça ! C’est pénible ! D’ailleurs c’est à cause de toute cette histoire que j’ai autant la gueule dans le cul…
Juliette (souriant) : T’as la gueule dans le cul tous les matins…
Eloïse : Oui mais là c’est pas pareil, j’ai mal dormi avec tous vos… avec toutes vos…
(Elle hésite, paraissant un instant chercher ses mots, puis se retourne finalement en maugréant et sort.)
Juliette : Enfin c’est vrai que moi aussi, ça m’a empêchée de dormir un bon moment. J’ai vraiment du mal à croire que cette lettre ne t’est pas destinée, Roméo.
(Roméo finit de mâchouiller une tartine avant de répondre. Juliette sort vers la chambre en ouvrant son peignoir.)
Roméo : Mouais, ben pense ce que tu veux, mais moi aussi, ça m’a travaillé toute la nuit et je…
(Il est interrompu par le bruit d’une chasse d’eau et le retour d’Eloïse.)
Eloïse : Je suis plutôt d’accord avec Juliette, sur ce coup-là. Il reste à trouver qui l’a écrite. Mais on va te surveiller de près, Roméo…
(Un silence. Il la regarde traverser de nouveau le salon.)
Eloïse : Je vais à la douche.
(Elle sort et ferme à clé derrière elle. Un silence, puis le bruit de l’eau qui coule se fait entendre.)
Roméo (chuchotant) : Juliette !
La voix de Juliette (fort) : Quoi ?
Roméo : Chhhut ! Viens voir.
(Juliette entre en sous-vêtements, la serviette toujours nouée dans ses cheveux. Roméo la dévore un instant du regard.)
Juliette (tournant les talons) : Oh ! si tu m’as fait venir pour te rincer l’œil, franchement j’ai autre…
Roméo (l’interrompant) : Non ! Chhhhut ! Écoute-moi.
(Elle se retourne vers lui en ajustant ses seins dans son soutien-gorge.)
Roméo (tout bas) : Plus je pense à cette lettre, plus je me dis que c’est à Eloïse qu’elle est adressée.
(Juliette lui lance un regard inquisiteur.)
Roméo : Si ça se trouve, elle a rencontré quelqu’un et elle ne sait pas comment nous le dire. Tu te souviens de son histoire avec le type de l’agence de voyages ?
Juliette : Oui mais là c’est quelqu’un qui…
Roméo : Oui, quelqu’un de plus proche… Quelqu’un qui la connaît bien… J’ai ma petite idée, figure-toi. Et j’aimerais qu’on aille vérifier ça ensemble, mais sans elle.
Juliette (réfléchissant) : Ce soir, elle va au sport de six à huit, a priori.
Roméo : Tu peux te rendre dispo ?
Juliette : Oui, mais il faudrait m’en dire un peu plus, tu ne crois pas ?
Roméo : Pas tant que je ne suis pas complètement sûr, je ne préfère pas. J’espère juste me tromper.
Juliette (songeuse) : Moi j’espère juste que t’es pas en train de me tromper…
Acte II, scène 2
Mardi 13, 8 h 30
L’appartement de Juliette et Roméo
(Juliette)
(Juliette est attablée et prend son petit-déjeuner ; Eloïse entre en peignoir, une serviette nouée autour de ses cheveux.)
Eloïse : Roméo est déjà parti ?
Juliette (entre deux gorgées de café) : À l’instant, oui. Je te dis, t’es à la bourre…
Eloïse (s’éloignant vers la chambre) : Bah… je déjeunerai pas.
Juliette : Attends !
Eloïse (se retournant) : Ben… j’ai pas trop le temps, justement… Qu’est-ce qu’il y a ?
Juliette (reposant son bol) : Eh bien… à propos de cette lettre…
Eloïse (intéressée et suspicieuse) : Oui ?
Juliette : Je suis toujours convaincue qu’elle est destinée à Roméo. Peut-être pas de Flora, c’est vrai, mais d’une des petites pétasses qui gravitent autour de lui à son boulot. Et à mon avis, il essaie de nous le cacher en nous faisant croire que c’était pour nous.
(Eloïse soupire, perplexe.)
Eloïse : Et alors ? Que comptes-tu faire ?
Juliette : J’ai une petite idée ; j’irais bien enquêter, et j’aimerais que tu m’accompagnes. Je me sentirai mieux si tu es là, et tu sauras me faire garder la tête froide. En plus, t’as déjà bossé là-bas, tu connais la boîte et les gens à qui s’adresser pour avoir des infos.
Eloïse : Mouais… ça va pas être facile d’arriver et de dire « Bonjour, nous venons enquêter sur Roméo… ».
Juliette : On pourra peut-être compter sur l’aide d’Alberto, tu sais, son collègue homo.
Eloïse : Oui, oui, je m’en souviens très bien. Mais justement, tu crois pas que ça pourrait venir de lui, aussi, cette lettre ?
Juliette : Si, peut-être. Justement, il faut qu’on tire ça au clair.
(Un silence.)
Juliette : Mais je crois que ça me ferait moins chier, quand même…
Eloïse (sortant vers la chambre) : Tu radotes, tu l’as déjà dit ! Et tu voudrais faire ça quand ?
Juliette : Je sais pas trop, faudrait un moment où Roméo n’est pas là et où on a une chance de croiser ses collègues…
(Un silence.)
La voix d’Eloïse (de la chambre) : Ce soir, à dix-huit heures ?
Juliette (embarrassée) : Euh… mais… t’es pas censée aller au sport ?
La voix d’Eloïse : Si, justement. Tu n’auras qu’à dire à Roméo que tu m’accompagnes, et puis j’irai au sport une autre fois.
(Un silence. Juliette paraît réfléchir.)
La voix d’Eloïse : Mais y a intérêt à ce que ça vaille le coup !
Juliette : Il risque de trouver ça gros si je pars avec toi au sport alors que j’y vais jamais. Écoute, voilà ce que je te propose : tu vas aller t’entraîner normalement, et moi je vais prétexter que j’ai des courses à faire et je passe te prendre vers dix-neuf heures ou dix-neuf heures trente. Garde ton portable pas loin et je t’enverrai un texto.
La voix d’Eloïse : Des courses à dix-neuf heures trente ? Ça, il va pas trouver ça gros ?
Juliette : Le centre commercial de la gare est ouvert jusqu’à vingt-et-une heures. Je te déposerai ici et puis je retournerai effectivement chercher quelque chose à dîner. Ça nous laissera une bonne heure pour aller interroger Alberto et peut-être découvrir quelque chose.
La voix d’Eloïse : OK, comme tu voudras…
Acte II, scène 3
Mardi 13, 8 h 45
L’appartement de Juliette et Roméo
(Juliette, Eloïse)
(Juliette est sur le départ, près de la porte d’entrée de l’appartement, et enfile une veste ; Eloïse, à côté d’elle, rassemble des affaires.)
Juliette : Alors c’est entendu ? Je te rejoins direct à la salle de sport ?
Eloïse : Oui, envoie-moi un SMS un quart d’heure avant d’arriver, que j’aie le temps de prendre une douche.
Juliette : Super ! Par contre, j’ai une réunion en fin de journée ; je risque de pas être rentrée avant que tu partes à l’entraînement.
Eloïse : Pas grave, retrouve-moi à la salle.
Juliette : OK, impec. Allez, je file.
(Les deux jeunes femmes s’embrassent à pleine bouche.)
Juliette : À ce soir !
Eloïse : À ce soir ! Travaille bien !
(Juliette sort. Eloïse referme la porte à clé derrière elle, puis soupire, et tourne un instant en rond dans le salon avant d’aller se saisir de son téléphone. Elle déambule en tapotant sur l’écran de son portable.)
Eloïse (au téléphone) : Roméo ? … Oui, c’est moi, non, ne t’en fais pas, rien de grave. T’as deux minutes, là ? … Bon, j’essaie de faire vite. C’est à propos de cette lettre. … Oui, eh bien plus j’y pense, plus je suis persuadée que Juliette nous cache quelque chose. … Ben, plusieurs indices, des petites choses… Tu crois que tu pourrais m’accompagner pour qu’on aille poser deux ou trois questions à Cassandra, par exemple ? Si y en a une qu’est au courant, c’est forcément elle.
(Elle se laisse choir dans le canapé.)
Eloïse (au téléphone) : Ce soir, par exemple ? … Ben si, mais au lieu d’aller au sport, on pourrait passer chez Cassandra, et ensuite tu me déposes à la salle. … Ah bon, toi aussi t’as une réunion ? … Bon, ben, je sais pas, après le sport, alors, vers huit heures ou huit heures et demie. … Non, elle m’a dit qu’elle avait des courses à faire après sa réunion, t’auras qu’à dire que tu passes voir Siriac, et moi je dirai que je suis restée un peu plus tard à la salle de sport.
(Elle se relève.)
Eloïse (au téléphone) : OK, ça marche. Pour bien faire, il faudrait encore éloigner Siriac, pour qu’on puisse parler à Cassandra toute seule. Tu veux pas mettre Flora sur le coup ? … Oh, mais arrête de soupirer comme ça, il s’agit juste qu’elle l’occupe une demi-heure. … Oui, c’est ça, réfléchis et puis tu me redis par SMS. … OK, allez, bisous !
(Elle raccroche.)
Eloïse : Bon, avec tout ça, je vais vraiment être à la bourre, moi…
Acte III, scène 1
Mardi 13, 17 h 55
L’appartement de Cassandra et Siriac
(Siriac)
(Siriac vient apparemment de rentrer et dépose puis range son blouson, ses affaires. Il va-et-vient dans la pièce. La sonnette retentit.)
Siriac : Ouais, c’est qui ?
La voix de Roméo (derrière la porte d’entrée) : C’est le facteur ! J’ai une lettre anonyme pour vous…
(Siriac paraît hésiter un instant, puis sourit en ouvrant la porte. Roméo puis Juliette entrent.)
Siriac : Salut Roméo. Tiens, salut Juliette !
Juliette : Salut.
Roméo (avisant un cadre au mur) : Oh, sympa, ce tableau ! C’est nouveau ?
Siriac : Oui, on l’a acheté ce week-end. Il est chouette, hein ?
(Juliette acquiesce.)
Siriac : C’est rare de vous voir ici tous les deux. Eloïse n’est pas avec vous ?
Juliette : Non, elle est au sport, le mardi soir. Cassandra n’est pas là ?
Siriac : Pas encore rentrée, non. Mais c’est possible qu’elle tarde un peu, elle m’a dit qu’elle passait voir sa mère.
Juliette (souriant) : Et tu ne vas pas avec elle ?
Siriac : Ben…
Roméo : Non mais ça tombe bien qu’elle soit pas là. On voulait te parler seuls à seul.
Juliette (s’asseyant) : Ouais, enfin, Roméo voulait te parler…
Siriac : Qu’est-ce qu’il y a ? Rien de grave, au moins ?
(Un silence. Roméo semble chercher ses mots. Juliette contemple la déco en sifflotant.)
Siriac : Ça concerne Eloïse ? Elle va bien ?
Roméo (à Juliette) : Ah, tu vois bien ? J’avais raison !
Siriac : Hein ?
Roméo : Il s’inquiète d’elle ! Il ne pense qu’à elle !
Juliette : Mais non…
Siriac : Mais qu’est-ce que tu racontes ?
Juliette : Roméo nous fait une crise de jalousie : il est persuadé que c’est toi qui as écrit la lettre anonyme à l’attention d’Eloïse.
Siriac : Hein ? Mais t’es dev…
Roméo (l’interrompant) : Oh arrête, hein ! T’as vu ? À peine on est arrivé que tu nous demandes si elle va bien…
Siriac : Ben évidemment ! Vous débarquez à l’improviste et sans elle… Ça me paraît normal de demander de ses nouvelles, non ?
Roméo : Je sais bien qu’au fond de toi, tu es fou amoureux d’elle ! Depuis qu’on est ados, tu la trouves géniale ! Et maintenant que ça ne va plus dans ton couple, tu te précipites pour tenter de la séduire !
(Siriac, consterné, regarde Juliette. Celle-ci hausse les épaules d’un air désarmé.)
Juliette : Ça ne va plus, Cass et toi ?
Siriac : Si, si, globalement ça va plutôt bien, même. C’est juste que…
Roméo : C’est juste qu’il est amoureux fou d’Eloïse ! Qu’il « se languit de la revoir, de sentir son corps chaud palpiter contre le sien, de lui faire l’amour de nouveau… ».
Siriac : Eh mais t’arrêtes, oui ? Qu’est-ce qui te prend ? Tu veux un whisky pour te calmer ?
Roméo : Ouais, donne toujours…
(Un silence. Siriac semble perplexe.)
Juliette : Bon, écoute, Siriac, réponds-nous franchement : tu as couché avec Eloïse ?
Siriac : Euh… pas récemment.
Roméo : Là, tu vois ! C’est un aveu !
Siriac (à Roméo) : Et d’ailleurs, la dernière fois que j’ai couché avec elle, tu étais là aussi !
Juliette : Ah oui ? Ben tiens j’en apprends de bonnes…
Siriac : Euh, non, mais rien de bien grave, hein…
Juliette : J’ai bien fait de venir… Vous vous êtes tapé Eloïse tous les deux ?
Roméo : Bah, c’est de l’histoire ancienne, oublions ça ! Tu vois bien qu’il essaye de noyer le poisson…
Juliette : Non non non, ça m’intéresse ! Je ne me souvenais pas de ça. Qu’est-ce que vous lui avez fait, à Eloïse, alors ?
Roméo : Mais rien du tout, on était jeunes, c’était un plan cul, comme ça… Oublions ça, je te dis. Le problème est de savoir si Siriac est réellement amoureux d’Eloïse.
Juliette (pensive) : Moi, tu ne m’as jamais baisée avec un autre mec…
Roméo : Oh merde ! C’est bien le moment…
(Siriac contemple Juliette, puis déglutit pesamment, puis avise une pendule.)
Siriac : Euh… Cassandra ne devrait pas rentrer tout de suite. Si je peux me rendre utile…
Acte III, scène 2
Mardi 13, 19 h 10
L’appartement d’Alberto
(Juliette, Eloïse, Alberto)
(Juliette, les joues rouges et les cheveux humides, est assise dans un canapé à côté d’Eloïse, fraîche et pimpante. Alberto, accroupi près d’une table devant elles, sert trois cocktails.)
Alberto (à Juliette) : À te regarder, on jurerait que c’est plutôt toi qui viens de faire du sport…
Eloïse (à Juliette) : Tu es sûre que ça va ? Tu es toute rouge…
Juliette : Oui, oui, ça va. Je te raconterai. Allez, tchin’ !
(Ils trinquent et boivent une gorgée. Alberto s’assied dans un fauteuil.)
Alberto : Alors, que me vaut l’honneur de votre visite ?
(Eloïse et Juliette s’observent, chacune attendant que l’autre commence.)
Alberto : Attendez, je vais aller chercher des chips et des cacahuètes.
(Il se lève.)
Alberto : Ce n’est pas souvent que je suis en si charmante compagnie…
(Elles sourient gentiment. Il sort.)
La voix d’Alberto (depuis une pièce voisine) : Roméo va être jaloux…
Eloïse (à voix basse) : Eh ! Oh ! Je croyais qu’il était gay !
Juliette (à voix basse) : Ben, oui, moi aussi, je croyais…
Eloïse (à voix basse) : En tout cas, il est craquant. Si je m’écoutais…
(Alberto revient.)
Alberto : Il sait que vous êtes là ?
Juliette : Euh, écoute, voilà… en fait… on a… euh… on a justement quelques questions à te poser le concernant.
(Il dépose en souriant une petite assiette d’apéritifs, puis se cale de nouveau dans son fauteuil en regardant intensément tour à tour les deux jeunes femmes.)
Alberto : Quelle sorte de questions ?
Eloïse : Sur comment ça se passe à son travail, ce genre de choses…
(Un silence. Il les provoque encore du regard.)
Alberto (souriant toujours) : Hmm… Avec moi, tout se monnaye…
Juliette : Eh ! Je croyais que t’étais homo !
Alberto : Je préfère les garçons, mais je vais pas cracher sur deux bombes comme vous…
(Juliette est sidérée.)
Eloïse (souriant) : Oui, c’est un peu comme nous, quoi…
Acte III, scène 3
Mardi 13, 19 h 50
Le salon de Flora
(Juliette, Eloïse, Flora)
(Toutes les trois sont debout, Flora dans un coin de la pièce, Eloïse et Juliette, toutes les deux toutes rouges, dans un autre.)
Juliette : Alors si on s’en fie à ce que nous a dit Alberto…
Flora : Eh bien quoi ?
Eloïse : Eh bien tu es toujours amoureuse de Roméo !
Flora : Pfff ! C’est n’importe quoi ! J’aime bien sa queue, oui, et j’aime bien le fait qu’il vous échappe pour tomber dans mes bras, mais c’est tout.
Juliette : C’est tout ! Ben c’est bien assez, je trouve !
Eloïse : Ça t’excite qu’il nous trompe avec toi ?
Flora : Ça va, vous êtes sûres ? Vous voulez pas un verre d’eau ? Vous êtes toutes rouges…
Juliette : Non, c’est rien, c’est juste qu’on revient du sport. Réponds !
Flora : Bah oui, bien sûr, que ça m’excite ! Que j’arrive à lui faire délaisser deux bombes comme vous pour tomber dans mes bras, c’est carrément top !
Juliette : Raah ! Putain ! T’es vraiment qu’une…
Flora (l’interrompant) : Eh ! Oh ! Stop ! Si vous êtes venues chez moi pour m’insulter, vous dégagez !
(Un silence. Juliette soupire.)
Juliette : Est-ce que c’est toi qui lui as écrit cette lettre ?
Flora : Une lettre ? Quelle lettre ?
Eloïse : Mouais, enfin même si c’était elle, tu penses vraiment qu’elle nous le dirait ?
Flora (souriant) : Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler…
Eloïse : Raaah ! Tu vois ! Elle est insupportable ! Allez, viens, on perd notre temps !
(Elles font mine de s’en aller.)
Flora : Je ne comprends pas votre petit jeu, les filles. Qu’est-ce que vous cherchez exactement ?
Eloïse (se retournant) : Tu ne peux pas comprendre ! Tu ne penses qu’à ton cul et à la bite de Roméo !
(Flora écarquille les yeux, incrédule ; Juliette sourit en regardant Eloïse.)
Eloïse (à Juliette) : Qu’est-ce qu’il y a ? T’es pas d’accord ?
Juliette : Si, si, mais venant de toi, ça me fait rire…
Flora : Merci, j’osais pas le dire. C’est un peu l’hôpital qui se fout de…
Eloïse (l’interrompant, désignant Juliette) : Eh mais c’est faux ! Je pense aussi au sien, de cul ! Mais ça non plus tu ne peux pas comprendre…
Flora : Mais je ne demande qu’à apprendre…
(Eloïse et Juliette la dévisagent, ébahies. Elles se défient du regard un long moment, puis Flora baisse finalement les yeux.)
Flora : Bon, et puis je ne pense pas qu’à la bite de Roméo. Il y en a plein d’autres sur terre, pourquoi se limiter à une…
(Eloïse soupire.)
Flora (ironique) : Mais ça, vous ne pouvez pas comprendre…
(Juliette soupire.)
Eloïse : Eh bien figure-toi justement que…
(Juliette l’interrompt d’un coup de coude.)
Flora : Que quoi ?
(Elle s’approche d’elles, perspicace.)
Flora : J’ai l’impression que vous êtes encore plus salopes que je l’imaginais…
Eloïse : Ben c’est un peu l’hôpit…
Flora (l’interrompant) : Et Roméo est au courant ?
Juliette : De quoi ? Qu’on est des salopes ? Franchement, je ne crois pas que t’aies de leçons à nous donner…
Flora : Allez savoir…
Eloïse : Pfff ! Bon, allez, on se tire !
Juliette : Attends… Flora ?
Flora : Quoi ?
Juliette : Qu’est-ce que tu voulais dire par « Je ne demande qu’à apprendre » ?
(Flora sourit imperceptiblement puis la fixe d’un regard ardent en mordillant doucement son index droit.)
Acte III, scène 4
Mardi 13, 20 h 35
L’appartement de Cassandra et Siriac
(Personne)
(On entend le bruit d’une serrure. Une porte s’ouvre ; Cassandra entre, suivie de Roméo, puis d’Eloïse, toute rouge, les cheveux humides.)
Cassandra : Siriac ?
(Un silence. Ils referment la porte.)
Cassandra : Siriac ?
(Elle dépose ses affaires.)
Cassandra : Ben non, apparemment il est pas là. Il doit être chez Raoul ; il m’a dit qu’il devait passer le voir. Vous attendiez depuis longtemps ?
Roméo : Non, non, à peine deux minutes, t’en fais pas.
Cassandra : Installez-vous. Je vous offre un truc à boire ?
Eloïse : Oui, c’est pas de refus. Je veux bien un énorme verre d’eau.
Cassandra : C’est vrai que t’as l’air d’avoir chaud.
Eloïse : Euh… je reviens tout juste du sport.
Roméo : Oui, c’est vrai qu’on en a même pas parlé, mais ça a duré tard, ton sport, non ? Je t’attendais plus tôt.
Eloïse : Euh… oui… un… un match qui a duré plus longtemps que prévu.
Cassandra : Installe-toi, je t’apporte à boire. Roméo, tu veux une bière ?
Roméo : Oui, impec, merci.
(Elle sort vers la cuisine. Eloïse et Roméo s’installent dans un canapé.)
Roméo (surjouant) : Oh, vous avez un nouveau tableau ? Il est super !
La voix de Cassandra (d’une pièce voisine) : Oui, on l’a acheté ce week-end. Il est bien, hein ?
Roméo (excessif) : Oui, ça va vraiment bien avec votre déco. Super choix. Hein, Elo ?
Eloïse : Euh… oui, oui… c’est sympa.
La voix de Cassandra : Je vais appeler Siriac pour lui dire que vous êtes là.
Eloïse et Roméo (en même temps) : Non !
(Ils se regardent, penauds. Cassandra revient, déconcertée.)
Roméo : Euh… enfin, ce qu’on voulait dire, c’est que ça tombe bien qu’il soit pas là : on voulait te parler seuls à seule.
(Elle s’approche d’eux, visiblement inquiète.)
Cassandra : C’est à propos de Juliette ? Est-ce qu’elle va bien ?
Eloïse (soupçonneuse) : Ha !
Cassandra : De quoi, ha ? Qu’y a-t-il ?
Eloïse : Tu penses souvent à elle ?
Cassandra : Hein ? Mais qu’est-ce que c’est que cette question ?
Roméo (amusé) : Eloïse nous fait une crise de jalousie : elle est persuadée que c’est toi qui as écrit cette lettre anonyme à l’att…
Eloïse (l’interrompant) : Non, non, j’ai des raisons de penser que quelqu’un l’a écrite pour Juliette. Je n’ai pas dit que c’était toi, Cassandra.
Cassandra : Bah encore heureux !
Eloïse : Je ne suis sûre de rien. Cela dit…
(Cassandra s’assoit et la fusille du regard.)
Eloïse : Je sais bien que Juliette et toi, vous vous connaissez depuis que vous êtes jeunes, que vous êtes très amies, que tu es la première fille avec qui elle a couché…
Cassandra : Eh mais…
Eloïse : …et je pense qu’au fond de toi, tu es folle amoureuse d’elle et que tu es jalouse de moi… donc je soupçonne que tu aies écrit cette lettre, oui.
(Cassandra rougit et s’agace à vue d’œil. Elle est sur le point d’exploser.)
Roméo (tentant de détendre l’atmosphère) : Eh bien, belle entrée en matière, n’est-ce pas ? Bon, comme je disais, Eloïse est persuadée que cette lettre est destinée à Juliette et que ça vient d’une fille.
Cassandra (sèchement) : Je n’ai pas écrit cette lettre !
Eloïse : Hmm, par contre, le reste, tu ne nies pas…
(Cassandra l’assassine encore une fois du regard.)
Cassandra (glaciale) : Je crois que c’est toi qui es jalouse du lien que nous avons gardé.
Roméo (acquiesçant) : Hmm… possible, ça, oui…
Eloïse (à Roméo) : Eh, on t’a pas sonné, toi ! Va plutôt nous chercher à boire.
(Il la regarde avec étonnement.)
Eloïse (à Cassandra) : Alors quand est-ce la dernière fois que tu as couché avec elle ?
Cassandra : Ça ne te regarde pas !
Eloïse : Ben si, ça me regarde ! Elle est avec moi, maintenant, tu comprends ?
Cassandra : Eh bien demande-lui, alors ! Peut-être qu’elle te le dira, si elle est avec toi… Tu ne manques vraiment pas d’air pour venir me pourrir comme ça chez moi ! Qu’est-ce que tu crois ? Que je trompe régulièrement mon mec avec ta nana parce que c’est ma copine d’enfance ?
Eloïse : Exactement !
Cassandra : Pfff ! C’est ridicule !
(Un silence. Elles se défient toujours du regard.)
Roméo (prudemment) : Euh… je crois que nous avons pris un mauvais départ. Ce n’était pas du tout le plan, ça, Eloïse !
(Eloïse soupire avec dédain.)
Roméo (lentement, pesant ses mots) : Cassandra, ce qu’on voulait, c’était ton avis, justement en tant qu’amie de Juliette. Toi qui la connais bien, toi à qui elle se confierait sûrement si quelque chose n’allait pas, ou bien si elle rencontrait quelqu’un… est-ce que tu crois qu’elle a une liaison ? avec une fille ou avec un mec ?
Cassandra : C’est déjà un peu mieux…
(Eloïse lui fait discrètement une grimace en lui tirant la langue. Cassandra la remarque et lui adresse à son tour une vilaine grimace.)
Roméo : Pfff ! Vous êtes relous, là, à être jalouses l’une de l’autre !
Cassandra : Ah mais moi je ne suis pas du tout jalouse !
Eloïse : Et moi encore moins !
Roméo : Bon ben arrêtez de faire chier, alors !
(Un silence.)
Roméo : Alors ? Cass ? Tu sais quelque chose ?
(Cassandra prend une profonde inspiration.)
Cassandra : Elle est venue me voir il y a quelques jours ; et en effet, oui, on a… euh… on a…
(Un silence.)
Eloïse (soupçonneuse): Vous avez quoi ?
Cassandra (soupirant) : On a couché ensemble…
Eloïse : Ah ! J’en étais sûre ! Salope !
Cassandra : Oh, ta gueule ! De toute façon, ça n’a rien à voir avec cette lettre ! Je n’y suis pour rien !
Eloïse : Ben voyons ! J’avais raison : tu es amoureuse d’elle !
(Un silence. Cassandra l’observe avec un regard incertain.)
Cassandra (exaspérée) : Oui, tu as raison ! Je ressens toujours quelque chose de fort pour elle ! Et oui, tu as encore raison, je suis jalouse de toi ! Même si ça n’a jamais été ce genre de relation entre elle et moi, j’ai l’impression que tu as pris ma place dans son cœur. Et… et même dans son lit. Ça te va ? T’es contente ?
Eloïse : Euh… je…
Cassandra (au bord des larmes) : Mais n’allez pas croire je ne sais quoi : je suis amoureuse de Siriac, je ne veux pas le quitter ! Mais quand je vous regarde, tous les trois, et que je compare à notre petite vie routinière, eh bien parfois, oui ! je suis jalouse ! jalouse de toi, notamment, oui ! de votre vie débridée et tordue, de vos parties de cul endiablées… Et je suis sûre que Siriac aussi, même s’il ne me le dit pas.
(Un silence. Eloïse est embarrassée. Roméo sifflote distraitement.)
Cassandra : Et je suis sûre que s’il avait une occasion, il ne la laisserait pas passer…
(Roméo sifflote franchement plus fort.)
Cassandra : D’un côté, je lui en voudrais bien sûr, et puis d’un autre côté, je crois que je le comprendrais…
(Un silence.)
Roméo : Voilà voilà… alors, ça nous fait soixante-quinze euros pour cette séance… rendez-vous la semaine prochaine…
Cassandra (l’ignorant) : Alors, non, les quelques malheureuses fois où on s’est retrouvées toutes les deux à se câliner comme quand on était ados, je ne les regrette pas. Mais pour autant, je ne quitterai pas Siriac pour elle, et je ne veux surtout pas de votre vie tordue débridée. Je te répète que je ne suis pour rien dans cette histoire de lettre.
(Un silence. Eloïse la contemple avec amertume et regret.)
Roméo : Bien bien bien… bon… c’est bon, Eloïse ? Tu as d’autres questions ? Sinon on va plutôt y aller, hein…
Eloïse : Euh… oui… je…
Cassandra (se reprenant) : Alors là, c’est hors de question !
(Ils la regardent avec désarroi.)
Cassandra : Après le cinéma que vous venez de me faire, je pense que j’ai bien mérité un peu d’attentions…
Roméo (baissant la tête) : Oh là là !
Eloïse : Euh… je ne suis pas sûre de bien comprendre…
Cassandra : Oh si, tu m’as très bien comprise ! J’ai dit que je ne quitterai pas Siriac pour Juliette, mais que je ne dédaignais pas quelques caresses avec elle de temps en temps ; et sur le même principe, j’ai dit que je ne voulais pas de votre vie tordue à trois, mais…
(Les poussant chacun d’un côté, elle s’assoit entre eux sur le canapé.)
Cassandra (ouvrant son chemisier) : …maintenant, j’exige des excuses !
Eloïse et Roméo (en même temps, sur un ton d’épuisement) : Oh pffff !
Cassandra : Ah bah super ! Je vous remercie !
Eloïse : Euh non c’est pas ça, c’est juste que…
Roméo : Oui, c’est juste que…
(Ils se regardent avec hésitation.)
Cassandra : Que quoi ?
Eloïse (vaincue) : Non, rien… mais… je peux avoir à boire, avant ?
Acte III, scène 5
Mardi 13, 21 h 20
L’appartement de Juliette et Roméo
(Juliette, Roméo, Eloïse)
(Tous trois sont attablés, les coudes posés sur la table, la tête dans les mains. Roméo bâille. Personne ne parle pendant quelques secondes. Juliette bâille à son tour, puis Eloïse aussi.)
Roméo (se levant dans un effort) : Bon, allez, je me remue. Alors ? Vous voulez manger quoi ?
Juliette : Moi rien, je crois que je vais aller me coucher.
Eloïse (en bâillant encore) : Pareil.
Roméo : Bon, ben… j’arrive…
Eloïse : Oh faut pas compter sur moi ce soir, hein… avec tout ça…
(Juliette et Roméo la regardent avec un mélange d’appréhension et d’attention.)
Eloïse : Euh, enfin, je veux dire… avec ces deux heures de sport, ça m’a bien calmée !
Juliette : Tu ne vas pas à la douche ?
Eloïse (extravagante) : Euh, je l’ai prise à la salle, cette fois-ci… Tu peux prendre la salle de bain.
Juliette (embarrassée) : Euh… non, c’est bon, j’ai pris une douche en rentrant de ma réunion, tout à l’heure.
(Roméo ne peut se retenir de rire.)
Roméo : Franchement, vous ne croyez pas qu’on devrait discuter un peu, là ?
Juliette (se levant) : Non, non ! C’est bon ! Je suis trop fatiguée !
Eloïse (l’imitant) : Non, moi aussi, je suis cuite. Et puis, bon, de quoi tu voudrais discuter ? Encore de cette histoire de lettre ? Inutile de se rendre malade, à mon avis, ça ne prête sans doute pas beaucoup à conséquence…
(Roméo pouffe. Juliette sort vers les toilettes en levant les yeux au ciel.)
Roméo : Des fois, je me dis que je devrais écrire mes mémoires…
Eloïse : Ben dans ce cas, laisse des pages blanches, au cas où y aurait des choses à rajouter…
(Elle sort vers la salle de bain.)
Roméo (pantois) : Hein ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
À suivre…