Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 15274Fiche technique58632 caractères58632
Temps de lecture estimé : 34 mn
12/11/12
corrigé 11/06/21
Résumé:  Pour me prouver son amour, Paul me donne rendez-vous sur les berges de la Seine, avant de disparaître. Puis c'est au tour de Sylvie de disparaître, mystérieusement. Mais la plus grande surprise me vient d'Annie.
Critères:  fh collègues cunnilingu pénétratio
Auteur : Zahi  (Informaticien qui peine à devenir écrivain)      

Série : L'amour n'est pas toujours là où on l'attend

Chapitre 04 / 04
La vérité sur Paul, Sylvie et Annie

Résumé des épisodes précédents  : Annie, qui a des petits seins, m’aime alors que j’aime Catherine qui a une belle poitrine et qui, elle, s’est mariée à Paul. Mais Paul m’a avoué qu’il m’aimait et je l’ai éconduit gentiment. Et puis nous travaillons tous au même étage à la Défense, chez un voyagiste allemand, sous la direction de Monsieur Bourdon. Catherine est notre secrétaire et Paul est un chef de département, tandis qu’Annie et moi partageons le même bureau. Notre chef de département est Claude qui va bientôt annoncer ses fiançailles avec Sylvie. Or Annie m’a fait une étrange confidence, c’est que Sylvie serait vierge et Claude un impuissant qui se soigne. C’était sans compter sur mon orgueil qui m’a poussé à vouloir déflorer Sylvie, mais sur son lit rose bonbon, je découvre que c’est un travesti.

Quelques mois après, Claude mon chef, est tombé raide au bowling, du coup je suis candidat à prendre sa place, et comme Monsieur Bourdon part bientôt en retraite, je me vois un avenir professionnel bien radieux.




Sur les berges



Ce matin Paul me laisse une lettre que Catherine me remet dès que je passe devant elle, à huit heures pile. Elle est assise à son bureau et porte ce matin un pull col roulé, en laine épaisse, et des escarpins noirs mi-hauts, Bata ou André. Elle ne lève même pas les yeux en me remettant la lettre, car elle m’en veut depuis que je lui ai enveloppé un sein dans l’ascenseur, et que j’ai voulu l’embrasser, il y a quelques jours, car trente-cinq étages dans l’ascenseur, ça permet de faire des choses. Un peu plus loin, dans le bureau, je fais la bise à Annie qui est en chemisier blanc et une petite jupe de velours, et des sandales à brides dorées, ongles jaunes. J’attends une demi-heure pour lui adresser la parole, et m’excuser de la veille – car nous devions dîner ensemble et que j’avais décommandé en dernière minute – prétextant vaguement un problème de santé, et un excès de fatigue et de stress, dû certainement au travail. Elle me regarde avec inquiétude en apprenant la nouvelle et, bondissant de son siège, elle vient prendre la température sur mon front. Je tente de la rassurer en disant que ce matin, je me sens beaucoup mieux et en lui proposant de se voir ce soir, que je peux l’emmener à un nouveau restaurant très à la mode, du côté des Halles, qui fait un couscous aux dattes et un tagine aux champignons. Mais ce soir, elle a son aérobic au gymnase-club de Montparnasse, suivi d’un cours de danse du ventre, et je suis obligé à lui exprimer mon regret, alors que je me sens vraiment soulagé.


Je passe une bonne partie de la journée à me torturer devant l’enveloppe fermée. Car pourquoi une enveloppe ? il aurait pu me parler ce matin, ou hier, ou demain. Mais il est vrai qu’on ne s’est pas parlé depuis trois semaines, au moins. Je cache l’enveloppe derrière mon ordinateur, pour ne pas alerter Annie, qui est probablement au courant, car Catherine aurait pu lui en parler, forcément. Je pense à la déchirer, l’enveloppe, à l’émietter, puis à la jeter dans la poubelle. Ou encore mieux, la précipiter dans les chiottes, et pisser dessus avant de tirer la chasse d’eau, et cracher par-dessus.


À un quart d’heure du départ, je me décide à l’ouvrir, en cachette, je la prends entre mes mains, qui tremblent, j’époussette l’angle haut droit par le bout d’un ongle – formellement, car il n’y a point de poussière – j’accomplis une petite incision, religieusement, le cœur qui bat. La suite est moins horrible, millimètre par millimètre le côté droit de l’enveloppe est éventré, et je sors le petit papier, une carte de visite, il est écrit au verso : « Ce soir 8 h sur le Pont-Neuf, si tu ne viens pas, je me jette dans la Seine ». J’hésite deux minutes, tout au plus, avant de me décider d’y aller.


Il y a du brouillard sur Paris, à la place Saint-Michel, le ciel est chargé mais il ne pleut plus, les cafés et les restaurants sont bondés et, sur les quais de la Seine, les voitures foncent sans vergogne sur la chaussée mouillée. Le Pont-Neuf est vide, désolé, vaporeux, à part quelques bestioles à quatre roues et deux silhouettes qui viennent au loin. Un signe de vie se présente au milieu du pont, dans le petit square qui entoure la statue équestre d’Henri IV. En bas des marches du piédestal, un clochard, vieux, barbe blanche, chapeau melon, savates béantes, manteau éventré, en cachemire à grand carreaux, crasseux, pouilleux, qui sent mauvais à plus de vingt mètres, sans carton ni sébile, il boit du vin vermeil dans une bouteille en plastique, avec à ses pieds un vieux chien, affamé, la peau sur l’os, qui lui lèche les pieds. Malgré moi je me dirige vers lui en mettant ma main dans ma poche, alors il ouvre les yeux et arrête de boire, intrigué de me voir me rapprocher de lui, et il me sourit en ouvrant la bouche sur plusieurs dents manquantes, et d’autres noires, puis il se remet à boire en me poursuivant d’un œil mauvais. Il doit se dire, j’imagine, que je suis un fou, ou un emmerdeur, et d’un geste rapide je sors une pièce – tandis qu’un petit vent souffle sur le pont, s’engouffre dans mon imperméable C&A gris, en fait palpiter les pans comme des voiles – deux euros au toucher, et le vieil homme me regarde avec intérêt, et s’arrête de boire, la bague de la bouteille entre les lèvres, tout comme je m’arrête deux secondes, lui fais un sourire de condescendance, puis je lève le bras et jette la pièce en l’air, elle bondit, puis fléchit, en tourbillonnant. D’une main il tente de l’attraper au vol, mais elle tombe à ses pieds, alors il pose la bouteille, va ramasser la pièce au sol, sous la tête de son chien qui aboie, mais voilà que Paul arrive de la rive droite, en marchant maladroitement, le menton baissé, dans une attitude méditative.


Je le suis du regard puis, entendant le clochard qui grogne et son chien qui aboie, tous deux contents de la pièce, je me tiens tout droit, prêt à toute éventualité. Paul arrive vers moi, il porte un costume Cerutti 1881, je suppose, une chemise Yves-Saint-Laurent à petits carreaux et une cravate rouge, avec des nuances subtiles, et pardessus tout un trois-quarts bleu, Gentleman-Farmer, il y a le logo, à moins que ce soit une contrefaçon. Il est beau, insolent de pureté et de délicatesse, presque effrayant, comme une petite apparition. Il me piège par un regard si intense, si impérieux, alors que je lui souris mollement, que je suis contraint de détourner les yeux sur le clochard et son chien, avec un visage renfrogné, sur-jouant une expression de colère, afin qu’il n’imagine pas que je suis compatissant.



Nous quittons le clochard, avançons vers le garde-corps ; sous nous coule la Seine, à grands flots gris, alors qu’un petit vent se lève, et la pluie commence à tomber, toute fine.



Il se tait, me regarde d’un œil mouillé, comme ébahi de me voir, comme si toute sa vie dépendait de moi, et que de moi, ce qui centuple mon effroi.



Je réussis à m’échapper, une partie de ma chemise Arrow blanche rayée bleu restant entre ses mains, puis je cours, à toutes jambes, je traverse le pont, tourne à droite, puis je descends des escaliers, je me retrouve sur les berges, et je continue à courir, alors qu’il court derrière moi, il me poursuit à quatre pas derrière, puis deux, puis il me rattrape et me serre dans ses bras. Il pleure toujours, il m’enduit de ses chaudes larmes, et il m’embrasse sur la joue, le menton, le nez, n’importe où.



… en me débattant, alors qu’il m’embrasse partout, mais je réussis à briser son étreinte, et à le pousser loin de moi, à un mètre, alors qu’il me guette toujours, et veux m’attraper à nouveau, mais je réussis à m’esquiver, et je lui dis : « va te faire foutre », avec dégoût et, alors qu’il tente de m’agripper, de me saisir par l’imperméable, je lui lance mon poing fermé au visage, en plein pif, qui le fait trébucher.


Mais je n’ai pas remarqué qu’on s’était rapproché dangereusement du cours de l’eau, et alors qu’il se redresse, et qu’il revient vers moi, avec le sang qui coule de son nez, je lui donne un autre coup de poing, dans le ventre cette fois et, en reculant sous l’impact, il tombe dans la Seine, sans dire un mot.



Je m’affole, regarde autour de moi, cherche quelque chose à lui jeter. Mais les berges sont vides, archi vides, il n’y ni bâtons ni filasse, à part un bateau mouche à quai, mais très loin, et Paul qui s’en va.



Parce qu’avec ma précipitation, je n’ai pas fait attention à trois jeunes qui arrivaient de loin, un noir, un blanc et un arabe, à ce que je vois, Dieu seul sait ce qu’ils font ici et maintenant, ils cherchent peut-être un vieillard à dépouiller, ou un vendeur de shit, et tandis que le corps de Paul est charrié par la Seine, et que je n’en vois plus que la tête et un bras levé, la voix de l’arabe déchire le silence de la nuit.



Et, le cœur qui pompe, je commence à courir sur les berges, à toutes jambes, mes artères qui battent fort, tandis que j’entends les foulées des trois truands sur le macadam, se mêlant aux vibrations de mes nerfs émus, et que l’un d’eux, le noir sans doute, hurle derrière moi, comme un chien.



Mais je cours toujours, remonte des escaliers, me retrouve place Saint-Michel, en direction du jardin du Luxembourg, je cours encore, et le blanc qui crie :



Je plonge dans une petite rue, pas loin de la Sorbonne, où ils me poursuivent toujours, avec d’autres qui s’y mêlent, et une sirène de patrouille de police qui les rejoint, mais je continue dans la rue Saint-Jacques, à plein tube, essoufflé, n’ayant plus conscience de rien que d’une insoutenable fatigue, en direction du sud, puis je prends une petite ruelle où je trouve une bande de clochards, trois ou quatre hommes, et une femme au gros nez rouge, qui boivent de l’alcool, avec trois chiens tout autour, et je me jette entre eux, en sortant ce que j’ai dans les poches, deux billets et des pièces, faisant signe pour qu’il se taisent, alors que je prends le chapeau de paille d’un vieux, qui me laisse faire, et je me couvre le visage, puis un autre me jette son manteau, une loque, sur les épaules, tandis que la sirène se rapproche et je murmure, en chevrotant :



Mais ils rigolent, en buvant, et en clignant des yeux, comptant mon argent.



Et ils continuent à boire et à rigoler, ces bienheureux, comme je ne l’ai jamais fait, puis arrive la foule, et les roues de la voiture de la police qui crissent, parce qu’elle s’arrête, et un flic à la voix de pédale qui dit :



Et le vieux qui m’a donné son chapeau répond, en levant sa bouteille :



Et le flic qui dit :



Et la dame, au nez plein de verrues, qui répond, exagérant son ivresse :



Et un autre clochard qui rajoute, en crachant par terre :



Mais le flic se rapproche, et nous dévisage, un à un, et il nous renifle, alors que je tremble, ouvrant à moitié les yeux, et faisant une moue, en buvant dans la bouteille, puis je vois le flic qui revient à sa voiture et la foule qui se remet à courir, en criant :





Crocodile



Il fait froid pour un mois de mai, il fait vraiment mauvais sur Paris, et le paysage qu’on voit du haut de la tour Phallus est désolant, irréel, déprimant. C’est un de ces jours sombres, où l’on éprouve une sourde tristesse, si démesurée, qu’on préférerait vivre au bas moyen-âge, dans une forêt vaporeuse, avec des brigands partout, des loups et des sangliers. Il est presque dix heures du matin, Catherine m’annonce que deux personnes veulent me voir en bas de la tour Phallus. Ce sont deux respectueux fonctionnaires de la criminelle de Paris. Ils commencent par se présenter, le commissaire Osbo, ébène et pédé à la fois, aux épaules et aux hanches étroites, en tenue de pédé, serré dans une chemise blanche en coton froissé, Mexx ou Tommy, avec une cravate plastron en cuir, deux centimètres de largeur, et un costume noir moulant, H&M ou Zara, pas plus, et l’inspecteur Martin, que j’ai confondu dès le début avec Colombo, sans aucune raison apparente. Nous nous installons dans une petite salle de réunion, Colombo ouvre son ordinateur et se met à tapoter quelque chose, un procès-verbal, j’imagine.



Là j’ai franchement la trouille, j’ai l’impression de perdre le contrôle.



Il me donne une photo, qu’il sort de sa pochette, en couleurs, que j’observe avec horreur, et que je lui remets aussitôt, avec l’envie de gerber. C’est Sylvie, nue, les yeux ouverts, ligaturée, des bleus sur les épaules et les bras, les seins sectionnés, le bas du ventre arraché, et du sang partout, impossible comme ça de deviner de quel sexe elle était.



Tout en parlant il me rapproche l’écran de son ordinateur portable 17 pouces Toshiba, modèle deux ans en arrière, et lance un film où je me vois chez Sylvie, en train de renverser le canapé, puis je prends un des deux chiens en faïence qui se regardaient derrière la porte de l’appartement et je le jette sur l’autre, les réduisant tous les deux en morceaux, après je quitte l’appartement en claquant la porte, après c’est Sylvie, toute nue, avec ses seins et son zizi, qui vient voir ses chiens en faïences, elle en prend deux morceaux, tente de les ajuster l’un sur l’autre, puis les rejette par terre et entre dans sa chambre, calmement. Il coupe le film.



Colombo et le pédé se regardent longuement, rapprochent leurs têtes, se chuchotent quelques mots, comme s’ils allaient s’embrasser, puis ils décident de me lâcher.





Sylvie, la vraie



Deux jours après, Annie me raconte ce qu’il en est de Sylvie. Bruits de couloirs, ou vérités avérées, je n’en sais rien. Cette salope menait une vie active la nuit, mêlée à la prostitution ; le travestissement ; la drogue ; la mafia russe ; la couscous connexion ; le bois de Boulogne ; les francs-maçons ; la camorra ; les clubs échangistes ; les hommes politiques ; et les femmes aussi ; les cartes bleus ; les islamistes ; le Mossad ; le KGB ; la CIA bien évidemment ; la DST aussi ; le trafic d’organes, et de clandestins, et d’organes de clandestins ; l’uranium ; les bombes de l’ancienne URSS ; l’Iran et la Chine et le Venezuela, et plusieurs autres domaines du louche, du mythe, de l’insondable. Ses enregistrements vidéos seraient une mine inépuisable pour nettoyer le monde au karcher, meilleurs encore que les images satellite de Colin Powell, qui avaient servi à la démolition en règle de l’Irak. Le président américain s’appelait alors Georges W. Bush fils, et son sous-fifre anglais est Tony Blair. Vive Chirac.

Le lendemain Colombo et le pédé m’appellent pour prendre un verre, et tchatcher, tout en me posant des drôles de questions, ils veulent vraiment me piéger.


Six mois après, leur enquête piétine, ils ont au moins dix pistes différentes, y compris la mienne, car je n’ai pas un bon alibi pour cette nuit-là, que j’avais passée, croyez-moi, calmement au lit, tout seul, me branlant alors que Rocco sodomisait Sylvia qui lapait la chatte ouverte de Tania.


Colombo veut bien me croire, mais le pédé doute toujours, tout en pensant sérieusement à un crime passionnel, et veut continuer à explorer les milieux de la nuit, le Bois de Boulogne, etc….




Annie



Aujourd’hui je ne trouve pas Annie à huit heures du matin, situation qui est arrivée deux ou trois fois, tout au plus, durant les trois années où nous partageons le même bureau. Comme Catherine ne me parle plus, je n’ai pas voulu l’appeler et demander ce que fait Annie. À neuf heure, je n’en peux plus du suspense et je décide de l’appeler sur son téléphone portable, ce que je fais, et cela sonne juste devant moi, sous son bureau. Intrigué je me déplace pour voir et trouve son sac sur son fauteuil, abandonné. Je comprends alors qu’elle est quelque part dans les locaux, peut-être en réunion, ou dans les chiottes pour un besoin urgent, qui dure. Cela me calme quelque part, mais pas complètement, je ronge alors mes ongles et j’attends son retour avec impatience. À dix heures moins le quart, elle arrive, chemisier blanc à petit col, tailleur en laine bleu marine, bottines en cuir et toile, ultra chic, du jamais vu.



En rentrant chez moi, je fais les quelques pas qui mènent à la chambre de six mètres carrées, je jette mon cartable au passage sur le canapé et je vais me jeter sur le lit japonais sur un cadre en imitation noyer. Je vérifie l’heure sur ma fausse Rolex, je peux souffler un quart d’heure avant d’aller rejoindre Annie au Léon de Bruxelles de Montparnasse.


Sur le chemin, je jette une pièce d’un euro à un clochard recroquevillé devant la grande porte d’un immeuble de l’avenue Montparnasse. Il tient d’une main une pancarte de carton brun : J’AI FAIM. Il laisse voir ses pieds boursouflés, nus sous un froid de janvier, des ongles durcis incrustés dans la chair rouge labourée, étonnant qu’il ait pu échapper à toutes les vagues de décès des sans-abri de l’hiver. Au restaurant, je trouve Annie qui m’attend seule, elle était en avance.



Annie, faignant ne pas comprendre ma précipitation, fait un petit sourire pour me calmer.



Notre serveuse est un petit trésor, c’est pour elle que je mange souvent ici, mais je n’apprécie que moyennement l’endroit. À la table d’en face, il y a trois femmes qui mangent des moules et des frites, pourtant elles sont minces, l’une d’elles est même une superbe blonde, avec une poitrine respectable, dans une robe-chemise en laine épaisse anthracite, petits carreaux et gros boutons blancs. Je laisser errer sur elle un petit regard éperdu, que je renouvelle deux ou trois fois, mais elle m’ignore complètement. Nous commandons des bières.


Après sa première et grande gorgée de bière, Annie me parle :



Mais je sais que ce n’était pas tout, je sais quand Annie me cache des choses, et elle m’en cache aujourd’hui, ce qui me rend nerveux et me pousse à boire de l’alcool. Nous commandons des moules et des frites, et jusqu’à ce que les plats arrivent Annie me parle de vieux souvenirs alors que je m’abstiens de parler. Les filles devant nous sont aussi silencieuses, je les épie de temps en temps.


Quand les assiettes sont à moitié vides, Annie détourne la discussion sur moi, en me demandant de lui parler de mon enfance, il est vrai que je n’avais jamais parlé de mon enfance, à personne d’ailleurs. J’arrête alors de baigner mes frites dans la mayonnaise épaisse barbouillée en haut de mon assiette pour parler de mon cas, cela me prend dix minutes où je m’invente des histoires, car mon enfance était triste, morose, monotone, et j’ai cru bon de l’embellir un peu. Annie me regarde droit dans les yeux, la tête appuyée sur ses deux mains, trouvant de la joie dans ce que je raconte.


Quand je termine, je prends une gorgée de bière, alors qu’elle pose une main sur ma main, et, solennellement, elle dit :



Je me sens perturbé ; plus encore, ébranlé, car je ne m’étais pas préparé à cette déclaration qui m’arrive comme une piqûre de moustique.



C’est sorti, je ne l’ai pas forcé. Cela doit être vrai. Elle a des petits seins, c’est vrai, mais elle est gentille, et elle m’aime, j’en suis convaincu. Elle pleure, des larmes roulent sur ses joues, je les essuie d’une main.



Nous quittons le restaurant, je la serre dans mes bras et je lui donne un grand baiser, puis je l’accompagne chez elle, et nous faisons l’amour pour la première fois.

Avant, on ne faisait que baiser, c’est différent.


Le lendemain c’est samedi, c’est elle qui m’appelle sur mon portable vers dix heures du matin. Je venais de prendre une grande tasse de café.



On se donne rencart à seize heures à l’Opéra. Je fume une clope et, me trouvant nerveux, j’ingurgite un whisky sec. À quinze heure, je me regarde dans le miroir de la salle de douche, puis je me rase (c’est exceptionnel pour un samedi). Je prends une douche pour me rafraîchir puis je bois un autre whisky avant de sortir attraper une rame de métro.


Lorsqu’elle ôte son manteau de toile, elle apparaît dans une robe de tricot de laine avec des bandes de faille de soie sur les côtés, couleur beige avec des taches marron. Son corps est resplendissant, magnifiquement moulé. C’est la première fois que ses seins me paraissent aussi beaux (Oui, même ses seins, je commence à les voir différemment). Dehors il commence à neiger en petits flocons, un serveur vient prendre nos commandes, je reste sur le whisky.



Mon whisky et son capuccino arrivent. En buvant nous nous regardons, la main dans la main. Nous discutons de notre jeunesse et de nos études pendant deux bonnes heures et à la fin je me sens épuisé, je prends un autre whisky. Je suis inquiet car elle ne m’a pas donné plus de précisions sur ce que lui a dit Monsieur Bourdon.



Je ne réagis pas, la tête en bas, les yeux sur mon verre. Ma main est tendue sur la table, il se peut qu’elle tremble, elle met sa main lisse dessus.



Sa main s’attarde, je m’encourage à l’observer longuement dans les yeux.



J’achève mon whisky.



Je hèle le serveur pour un autre whisky, elle prend un martini, je la regarde dans les yeux, essayant de contrôler mon énervement, je ne sais plus où j’en suis.



Je n’arrive plus à détacher mes yeux de sa peau sensible et ses lèvres pleines. Elle me demande :



J’allume une autre clope en la fixant du regard.



Elle lève ses mains et défait une épingle qui tient ses cheveux en arrière. De belles mèches lui tombent sur les épaules, sa beauté me paraît divine. Elle achève son martini et s’excuse pour aller aux toilettes. Elle revient après quelques minutes avec ses cheveux remis en arrière.



Nous quittons le bistrot et nous avançons dans Paris, elle prend le métro alors que je continue à pieds.



J’accepte en acquiesçant de la tête, nous nous embrassons.


À vingt heures, je vais la rejoindre dans son appartement. Il y a deux salons et une grande table entourée de sièges. Je m’installe sur un canapé en cuir blanc sur des pieds en inox, jonché de petits coussins en cuir de couleurs dégradées allant du blanc au noir.



Elle disparaît au fond dans un petit couloir derrière une porte coulissante, puis referme la porte. Il y a une bibliothèque assez garnie juste derrière moi, les étagères en verre armé et les panneaux en inox. Il y a des bouquins de plusieurs formats, soigneusement rangés. L’étagère du milieu comprend des volumes imposants de grands bouquins d’art et de tourisme, je peux lire « Giotto », « Les impressionnistes », « La Californie » et plein d’autres titres qui jettent. Il y aussi une étagère de livres de poche et une autre de volumes moyens. Dans un coin, il n’y a que des Marc Levy, la totale, j’imagine, en grand format. Tout en haut, il n’y a que deux photos qui se font écho dans des cadres aluminiums, une petite fille, elle, j’imagine, et une autre fille radieuse à la vingtaine. Je me fixe sur son grand sourire un instant puis je reviens m’affaler dans le canapé. En face, il y a un grand tableau avec un alignement de disques jaune et ocre qui vont en se rétrécissant jusqu’au un point de la toile puis d’un coup le mouvement s’inverse. Cela fait bizarre aux yeux, mais c’est chaud et charmant.

Annie revient après une demi-heure avec un chemisier de soie et une petite jupe en soie ou en satin, le tout en rouge. Elle se met à côté de moi :



Elle se lève et va ouvrir le tiroir d’un petit meuble blanc sous le grand tableau, puis ramène une bouteille de whisky et deux verres.



Nous finissons nos verres et nous nous regardons.



Nous mangeons un couscous-méchoui, et entre les bouchées, elle me raconte la vie de sa sœur, assez morne à la croire, surtout côté sentiments. Elle s’était mariée à un garçon charmant de son âge, ils se sont connus à l’école et ils ont monté un commerce ensemble après, ils ont passé quelques agréables années, mais quand le succès est arrivé, il a pris ses distances et elle n’a pas pu vivre toute seule, elle a commencé à boire et puis elle s’est suicidée. Un grand classique. Je la regarde fixement, et décèle dans ses yeux une vraie tristesse, les espoirs déçus de sa sœur, un certain désenchantement, une certaine méfiance envers les hommes. Elle mastique, avale avec difficulté. L’émotion la submerge, elle s’essouffle et parle avec difficulté, elle bafouille. Je tente de changer le sujet.



Je baisse les yeux sur mon assiette, je n’ai plus le moindre appétit. Les légumes baignées dans la semoule et les pois chiches tirés sur le rebord de l’assiette commencent à me donner la nausée. Elle n’a pas mangé grand-chose non plus, nous quittons.

Au bistrot, je prends encore deux whiskies, elle fait pareil. L’alcool commence à faire son effet, je ne détache plus mon regard de ses cuisses. Soudain, comme dans un rêve, le salon paraît s’éloigner, l’entourage et le décor se dissolvent, le bruit devient un lointain écho. J’ai mal à la tête, j’avale une aspirine.



Sous l’effet de l’alcool, j’ai du mal à articuler. Elle baisse la tête, peut-être de timidité, je rapproche mon fauteuil et l’enlace d’une main.



L’idée m’avait effleuré, mais j’avais honte du désordre de mon appartement, et de sa taille.


Nous voilà chez moi, sur le canapé vert avec des trous. Elle m’approche sa bouche, j’y colle la mienne et sens la pulpe de ses douces lèvres. Elle me colle son corps et, par un doux basculement, elle dépose un genou entre mes cuisses, ainsi se rend-elle compte que je ne bande pas.


Elle prend un peu de distance, et souffle avec douleur. Je veux dire quelque chose, j’ouvre la bouche, mais je n’ai pas pu articuler. La journée était rude, pleine de maladresse, j’ai trop bu de whisky.



Elle s’éloigne encore d’un coude, avec les yeux ouverts et un visage terni. Je veux lui expliquer que c’était une faille due à mon piètre état, mais l’emprise de l’alcool m’en empêche. Je me sens épuisé, je me tais.



Au fond de moi je suis ravi qu’elle parte, je me lève avec elle. Elle prend son sac à main et va dans la salle d’eau. Deux minutes après, elle en sort en ayant refait ses cheveux et son maquillage. Elle a remis du parfum aussi, ce qui m’enivre.



Je mets ma main sur son bras, elle se rapproche, je l’embrasse.



Puis elle met une main sur mon visage et palpe mes joues.



Je la vois disparaître dans la cage d’escalier, je rentre et ferme la porte.


Le lendemain, je me réveille à dix heure, je prends rapidement mon café puis je donne un coup de balai et je range le salon. Puis ensuite je frotte au détergent la douche et la cuvette de toilette et le lavabo. Après je me mets à la cuisine, je lave le tas de vaisselles et je mets un peu d’ordre dans le frigo. Vers midi, je prends une douche et je me rase, puis je change les serviettes et je les mets à sécher.


Vers treize heures Annie m’appelle, elle me dit :



Je me verse un cognac et je me mets sur le canapé, bien content d’avoir fait le ménage. À travers la fenêtre, je vois un bout de ciel nuageux. Après un quart d’heure, elle sonne. Dès qu’elle entre, je l’entoure d’un bras, elle m’écarte délicatement :



En avançant dans le salon, elle déboutonne son manteau de cachemire bien trempé, je le saisis pour l’accrocher à la fenêtre. Elle porte un pantalon serré en chamois marron et un chemisier jaune à courtes manches, des escarpins à talons hauts, elle a un cul superbe.



J’entre dans la cuisine (quatre mètres carrés avec le frigo) et je mets en marche la machine à café sur le micro-onde, lui-même sur un petit meuble jaune de chez Ikea. Je reviens m’asseoir à son côté et l’enrouler d’un bras. Je tente de l’embrasser mais elle résiste.



Elle s’enferme dans la salle de douche et je reviens à la cuisine, l’eau commence à bouillir et le café dégouline noir et visqueux. Je débarrasse la pizza de l’aluminium et j’arrache un petit bout, elle paraît délicieuse, mais je n’ai aucune envie de manger. Quand la cafetière se tait, je verse deux tasses que je ramène sur un plateau avec du sucre en morceaux, je dépose le tout sur la table basse et je plonge dans le canapé, les yeux rivés sur la porte de douche. Lorsqu’elle sort, la fragrance de son parfum me frappe aux nasaux, et s’asseyant à côté de moi, ses effluves flottent devant mon visage, mêlés à ceux du café chaud et de ma clope.


Avant de prendre sa tasse, elle enlève ses chaussures et tend ses pieds sur la table basse. Je rive mes yeux sur ses ongles vernis en rouge foncé, et m’aperçois qu’elle fait pareil, avec un regard timide. Je me mets à genoux et prends un de ses pieds entre mes mains, et constatant sa fraîcheur, je le frotte doucement pour le réchauffer.



Je rapproche ma tête pour prendre un de ses orteils dans ma bouche et je me mets à le sucer doucement. Du coin de l’œil, je la regarde et trouve qu’elle me suit attentivement, alors que son visage rosit. Je lèche les orteils un à un, ainsi que les interstices, puis je remonte par la langue sur un pied, et je bute sur le pantalon. Je me redresse sur les genoux et je tire vers moi ses pans, elle fait de la résistance puis m’aide à soulager l’élastique qui le retient à ses hanches, et en une seconde le pantalon défile entre mes mains.


Lentement je lève les yeux vers ses jambes blanches et brillantes, je les caresse de la paume de ma main, puis je mets la tête entre elles. Je balaie ses genoux et ses cuisses de la langue. Son goût est frais et enivrant, comme si elle venait de prendre une douche. Un peu plus haut, je rencontre un bout d’étoffe brodé de dentelle, je le lèche un coup et je le tire vers le bas, sa petite toison apparaît, taillée avec soin et magnifiquement dessinée. Je mets ma langue dessus, je la fais entrer, elle bouge et écarte légèrement les jambes. Me parvient son goût salé, j’enfonce ma langue, tout excité. Elle appuie de ses mains sur ma tête, j’accélère, je me barbouille un bon moment, jusqu’au nez, elle jouit. J’ai mal à la bouche, j’écarte la tête et je la doigte longuement, elle jouit à nouveau. Je m’éloigne et me mets à son côté épuisé alors qu’elle ferme les yeux.


Elle se redresse avec peine et remet son pantalon. Elle prend un grand souffle et me demande une cigarette. J’en allume une et la lui donne, j’en allume une autre pour moi et remarque soudain que ses yeux sont en larmes. Elle se rassoit à mon côté en projetant de la fumée, et dit d’une voix basse, à peine audible :



Je l’enlace d’un bras, la ramène vers moi et la serre contre ma poitrine, puis je sirote ses lèvres.



Je reste assis sans rien dire.


C’est moi qui l’appelle à dix-neuf heures, je suis énervé. Elle me propose de venir chez elle, je lui dis que je préfère que ce soit elle qui revienne chez moi, elle accepte.


En l’attendant, j’ingurgite trois whiskies secs et je me jette sur le canapé. En entrant vers vingt heures, elle enlève son imperméable, elle porte une jupe cramoisie et un pull kaki avec un grand décolleté dans lequel apparaît un chemisier de la même couleur. Elle met son sac à main sur un fauteuil et se met sur le canapé. Je m’assois à son côté. Ses cheveux sont libres, et ondulent sur ses épaules, comme je les aime.



Je lui en allume une et j’en prends une. Elle fume une longue bouffée, puis elle se penche sur moi et colle sa joue contre la mienne.



Je mets ma main droite sur l’ouverture du col de son pull-over, je remonte aux clavicules, puis j’avance sur la base de son cou. Je sens sa chair lisse, je m’attarde.


Elle chuchote :



Tout en parlant, elle bascule sa tête en arrière pour me laisser admirer son cou, et ne pouvant résister, je l’entoure de mes deux mains. Elle ferme les yeux, tout son cou se couvre de rose, ainsi que son menton et ses joues. Je sens au toucher sa peau tendre et molle, je serre légèrement mes mains autour de sa nuque.


Elle me dit doucement :



Je sens soudain que je bande à l’extrême. Sans lui lâcher le cou, je libère mon pantalon de la main gauche, puis je tire sur sa jupe qui dégringole par terre. Après, je me pousse sur elle, ma main gauche retourne à son cou que je serre maintenant avec les doigts des deux mains, et de plus en plus, je me retrouve enfoui dans son corps, mon sexe au plus chaud de ses nymphes.


Un étrange éclair jaillit souvent dans l’espace de la chambre, et s’empare de tout mon corps et tout mon être. Mes doigts continuent à lui serrer la nuque dont je sens les muscles et les nerfs tendus, alors que mon corps remue sur elle.

Je la pilonne, je vois ses traits qui se tordent, j’imagine sa douleur. Ses lèvres poussent quelques soupirs. Je vois son visage et son cou qui deviennent livides, mais je ne fais rien pour la soulager. Des flammes géantes dansent devant mes yeux, mon eau bouillante risque de déborder. Chaque pression supplémentaire de mes doigts sur sa nuque devient un pas de plus vers la catastrophe annoncée : le volcan furieux de l’absolue jouissance.


Enfin je jouis, et je la libère. Puis je m’écroule sur un fauteuil, essoufflé, en tremblotant. Elle passe sa main sur sa nuque et bouge ses lèvres, mais sa voix s’est éteinte dans sa gorge. Elle vient à côté de moi, met sa tête sur ma poitrine, comme si je ne lui avais pas fait de mal, comme si je n’avais pas failli l’étouffer.



Me sentant nerveux, je prends une clope et la fume en la regardant droit dans les yeux. Elle me paraît belle et bizarre à la fois, d’une grâce divine. Trop raffinée pour moi, me dis-je.



L’annonce me tombe dessus comme une coulée de lave brûlante. J’aurais pu tout imaginer, mais pas cette humiliation.



Elle remet sa jupe, prend son manteau et son sac à main et se dirige vers la porte, puis elle sort, ferme doucement la porte et se précipite dans les escaliers.


Je sens un souffle de froid, je mets ma veste et j’allume une autre clope que je fume sur le fauteuil.


Le soleil s’est déjà couché, et la nuit a rapidement envahi l’appartement. J’allume la lumière et je vais au bureau où je prends la bouteille de whisky et je me mets à boire au goulot. Je cherche ma boîte de cigarettes que je trouve par terre à côté du fauteuil. J’allume une clope et je la porte à ma bouche d’une main qui tremble, je la fume entièrement avant de l’écraser dans le cendrier.




Dix ans après



Ma femme est DGA (Directeur Général Adjoint) exécutif, nous avons deux enfants.


Moi, j’ai arrêté le travail, j’ai monté un cabinet de conseil en tourisme, avec un seul employé, moi-même, et je bosse de temps en temps, essentiellement sur commande de ma femme, et je couche avec la fille au pair.


On a retrouvé qui a tué Sylvie, c’était Paul.


C’est ma confidence qui a mis la puce à l’oreille de la criminelle. Repéré plusieurs fois dans les enregistrements de Sylvie, une enquête a été ouverte sur sa disparition, et après des révélations d’employés de l’entreprise, il a été identifié comme un partenaire de Sylvie sur un grand trafic de crocodiles et de serpents venimeux.


Profitant des hôtels de l’entreprise dans les quatre coins du monde, ils soudoyaient des personnels locaux pour monter leurs réseaux, et profitaient des containers échangés avec les hôtels pour passer leurs marchandises. Paul a préféré disparaître parce que plusieurs de ses partenaires voulaient sa peau, y compris Sylvie, car il les avait roulés dans la farine. C’est finalement lui qui a eu la peau de Sylvie. Plusieurs personnes ont été arrêtées, mais Paul est introuvable, ainsi que ses crocodiles.


La mort de Claude n’était pas fortuite non plus, Paul et Sylvie lui avaient administré une concoction douteuse qui a dû l’achever au bowling. Il avait certainement commencé à se douter de leur trafic.


Enfin, je vous fais une dernière confidence, c’est que depuis quelques années, Annie, ma femme, ne couche plus avec moi. Elle couche avec son assistante personnelle, qui l’accompagne dans ses fréquents déplacements. C’est Catherine.


Mais voilà, il y autre chose. Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message de Paul : il m’aime toujours, et souhaite me retrouver un de ces jours.