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n° 15220Fiche technique39854 caractères39854
Temps de lecture estimé : 24 mn
17/10/12
corrigé 11/06/21
Résumé:  Après un chat, je me retrouve avec Annie chez jcr_33 et mir_69, cela commence bien, mais se termine mal. Après c'est une soirée boulot, avec une autre surprise. Enfin un petit intermède dans ma vie, avec Sherry, une créature de rêve.
Critères:  fh 2couples prost fête hmast intermast facial fellation pénétratio -entrecoup -fellation
Auteur : Zahi  (Informaticien qui peine à devenir écrivain)      

Série : L'amour n'est pas toujours là où on l'attend

Chapitre 03 / 04
jcr_33 et mir_69

Résumé des épisodes précédents : Annie, qui a des petits seins, m’aime alors que j’aime Catherine qui a une belle poitrine et qui, elle, s’est mariée à Paul. Mais Paul m’a avoué qu’il m’aimait et je l’ai éconduit gentiment. Et puis nous travaillons tous au même étage à la Défense, chez un voyagiste allemand, sous la direction de Monsieur Bourdon. Catherine est notre secrétaire et Paul est un chef de département, tandis qu’Annie et moi partageons le même bureau. Notre chef de département est Claude qui va bientôt annoncer ses fiançailles avec Sylvie. Or Annie m’a fait une étrange confidence, c’est que Sylvie serait vierge et Claude impuissant, mais qui se soigne. C’était sans compter sur mon orgueil qui m’a poussé à vouloir déflorer Sylvie, mais sur son lit rose bonbon je découvre que c’était un travesti.




jcr_33 et mir_69



Le premier vendredi de décembre, je chatte avec jcr_33 et mir_69 sur un site échangiste et l’on se donne rendez-vous au Crawling. C’est un homme et une femme à la cinquantaine, libertins et libérés, affranchis de travail, sans aucun tabou, trente ans de mariage, aiment la bonne bouffe et font régulièrement du sport. Non, elle n’aime pas le Fist Fucking, et il n’aime pas être maté, du moins ils ne le disent pas. Ils ont compris qu’il ne faudra pas brusquer ma copine, qui est timide et de bonne naissance, et qui a fait sa scolarité chez les nonnes de Notre-Dame-des-Vierges. Et qu’est-ce qu’Annie en pensera ? Elle demeure silencieuse lorsque je lui dis, avec le cœur qui pompe, qu’un ami m’a conseillé un pub irlandais au Marais où l’on peut manger un hamburger sans mayonnaise et sans frites avec un irish coffee. En fait, je ne sais pas trop comment m’y prendre. Évidemment, elle est ravie.


L’espace profond et feutré est archi-comble, comme prévu. Surtout des bandes de pédés et de couples échangistes, autour de petites tables carrées ; cependant il y a quelques couples solitaires, et une dizaine de clients debout, au bar. Il y a une table tout au fond, étrangement vide car jcr_33 l’avait réservée. Il est à la table à côté, attablé devant une grande chope de bière mousseuse, je l’ai reconnu par son tee-shirt sur lequel est écrit « FUCK YOU TOUS ». mir_69 a une rose tatouée sur son bras droit, ce qui ne laisse pas de me surprendre, et elle paraît belle, difficile comme ça de croire qu’elle a les cinquante ans passés. Elle porte un tee-shirt en jersey ou en laine sans manches, et des boucles d’oreilles en or et en diamant, à moins que ce soit du cristal. La lumière est tamisée et tombe de petits spots incrustés au plafond en carreaux d’aluminium brossé noir.



Je devine qu’elle rougit mais je ne peux pas l’affirmer à cause de la pâle lumière.



Il y a cinq minutes de silence. On boit, on s’observe, on sourit.



Il y a encore quelques minutes de silence. Je cligne régulièrement des yeux en direction de jcr_33 en pensant à comment je vais établir le contact interstellaire qui permettra d’unir nos deux tables pour le reste de la soirée. Enfin jcr_33 décide de briser le mur du son, impatient de me voir en panne d’imagination.



Comme j’avais convenu avec jcr_33 de faire boire Annie un max, il s’exécute sans état d’âme. Aussi est-elle complètement défoncée lorsque jcr_33 nous emmène chez lui dans une Ferrari quatre places. On est serré derrière, il est vrai.


Une fois sur leur terrasse fleurie, nous regardons l’avenue des Champs-Élysées, radieuse la nuit, complètement inondée dans la lumière des lampadaires, des torches et des automobiles, on croirait vraiment que c’est la plus belle avenue du monde. jcr_33 est un mec costaud, sa taille est proche de la normale, de type vaguement breton, la tête dégarni d’un pervers anglais, il a presque le visage d’un Jean-Marie Le Pen lieutenant en Algérie française. Cela n’empêche qu’il paraît bien sympathique. mir_69 est aussi grande que lui, avec des courbes gracieuses, une poitrine généreuse et des fesses pleines, mais un ventre plat. Elle ne paraît pas du tout usée, cheveux blonds coupés à ras la nuque, grands yeux gris clairs, liftings et bronzage UVA, elle fume des Camel légères.


jcr_33 nous offre encore à boire un whisky de grande qualité dans le salon, sur un divan bas. La chaîne stéréo diffuse en boucle Angie des Rolling Stones, la chanson préférée d’Annie, ce n’est pas par hasard. mir_69 nous quitte quelques minutes, puis vient nous rejoindre vêtue d’une toute petite robe rouge, une nuisette en satin et dentelles, qui souligne, sans aucune vulgarité, la perfection des formes de son corps. Tous les regards se projettent sur Annie, craignant sa réaction. Mais elle n’a aucune réaction. C’est l’effet de l’alcool, sans doute. mir_69 va se mettre sur les genoux de jcr_33, sur le fauteuil blanc pieds en chrome, Steiner ou Valentino. Tout juste avant, jcr_33 parlait de sa fortune, de sa carrière comme commercial dans l’informatique, de son éclair de génie lors de la folie des années 2000, et comment il avait vendu ses actions en temps voulu, vingt-quatre heures avant que les cours ne s’effondrent. Tout lui sourit, décidément.



Nous observons mir_69 et jcr_33 s’embrasser longuement, Annie souriant légèrement, et moi me rapprochant d’elle, il n’y a plus que dix centimètres entre nous, tout au plus. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est qu’Annie m’embrasse aussi, goulûment, en m’offrant sa langue. Soudain je sens qu’elle est chaude, qu’elle l’était certainement depuis longtemps.


jcr_33 se lève pour nous servir un autre whisky, et mir_69 va dans la cuisine apporter un plateau de chocolat.



J’en prends une, et je la partage avec Annie en l’embrassant. mir_69, d’une gracieuse pincette, débarrasse sa nuisette. Annie a voulu réagir, dire quelque chose, je ne sais trop quoi, mais j’enfonce ma bouche dans la sienne et je prends dans une main un de ses seins. Elle résiste légèrement, puis se laisse aller et s’abandonne à mon étreinte.


jcr_33 pendant ce temps va fermer les stores de la terrasse, puis il noue une écharpe de soie dorée autour du cou de mir_69, cela la rend encore plus splendide, puis tous les deux se mettent à danser devant nos yeux, tandis que je glisse ma main à l’intérieure du chemiser d’Annie et commence à lui pincer les mamelons durcis. Enfin mir_69 vient m’aider à déshabiller Annie, qui ne fait aucune résistance, puis elle l’embrasse sur la bouche en lui massant les seins.


Annie a l’air d’apprécier, sans doute, car elle s’abandonne complètement. La partie peut commencer.


Nous voilà tous les quatre nus dans le salon cuir, chrome et nickel, entre un Delaunay et un Chagall, authentiques. mir_69 est à quatre pattes, cul rebondi, visage enfoui dans le cul d’Annie, qui est aussi à quatre pattes, la tête et les mains appuyés sur le fauteuil. jcr_33 se masturbe sur le canapé, il paraît invétéré aux plaisirs solitaires. Pendant ce temps, je me branle aussi, debout, puis je me fais sucer longuement par Annie, qui se tord sous les coups de langue de mir_69, puis je vais chevaucher cette dernière, les genoux par terre, en me cambrant sur son dos, la queue douloureusement raide. Après un bon quart d’heure et des estocades d’une extrême énergie, elle commence à soubresauter par grandes secousses, et elle lâche le derrière d’Annie qui vient ramper sous elle pour me chatouiller les couilles et lui frotter le clitoris. Pendant tout ce temps, jcr_33 reste à se masturber, loin sur le canapé. Il ne bande pas.


Quand mir_69 jouit, je me retire d’elle, elle s’écroule sur le tapis et se met sur le dos. Annie ramène son visage sur son sexe qu’elle se met à laper comme une chienne alors que j’enfonce deux doigts dans son con serré, trempé, sous son anus bien fermé.



Avec sa main, Annie écarte les fesses de mir_69 et se met à lui lécher l’anus puis elle revient lui masser le clitoris, énergiquement, avec sa langue. Elle fait ainsi la navette plusieurs fois tandis que je la doigte de derrière et que, de temps à autre, je lâche la fente d’Annie et je mets mes doigts dans la bouche de mir_69 pour qu’elle les lape avec sa langue, et qu’elle les enduise de sa salive. Puis je commence à frotter vivement le clitoris d’Annie qui se cambre contre ma main, criant « Je jouis », et, enfonçant la tête entre les cuisses de mir_69, s’abandonne à une saccade de tremblements incontrôlés.


La queue raide, fatigué de rester debout, je vais m’affaler sur le divan, à côté de jcr_33 qui se branle toujours sans bander. mir_69, qui a retrouvé ses esprits et sa beauté, vient me sucer la queue et me lécher les couilles gonflées, poilues, grosses comme des prunes. Je deviens de plus en plus dur, et j’ai une vraie envie de l’empaler. Mais jcr_33 s’est levé. Il vient devant moi, à un mètre tout au plus, me tourne le dos et ouvre grand les jambes. mir_69 continue à me siroter le gland alors qu’Annie, avachie, se frotte doucement la chatte sur le tapis.



Elle parle calmement, sereinement, en me levant les yeux, comme si c’était la chose la plus normale au monde.



Je frappe l’air, comme si je voulais attraper une mouche, la tête gonflée, toute rouge je suppose. Je frappe des pieds aussi, je pédale à vide. J’ai un instant pensé à donner à jcr_33 un coup de pied dans le cul, mais ça aussi me dégoûte.



Nous remettons nos affaires sous les yeux incompréhensifs de jcr_33 et de mir_69. Ils se mettent côte à côte sur le divan, se serrent et tremblotent. Ils veulent dire quelque chose, mais mon regard haineux les en dissuade. Enfin nous sortons en claquant la porte.


Chez moi, je suis incapable de bander à nouveau. La nuit, dans un cauchemar, la soirée se termine différemment. Je pousse jcr_33 et comme il se rue à nouveau sur moi, je dégaine son sabre samouraï (je ne sais pas d’où il vient) et je l’enfonce dans son ventre, exactement sous le sternum, j’imagine qu’il est passé entre les deux poumons et qu’il a dû toucher mortellement le cœur. De toute façon, il s’effondre et, en tombant, un œil en verre se met à rouler sur le parquet. À mir_69, qui commence à crier, je donne un coup sur le visage, lui coupant en diagonale la bouche et les mâchoires, sans toutefois les trancher. J’aurais pu commencer par lui sectionner les seins ou les fesses, mais il fallait l’empêcher de crier, et force est de constater que j’ai bien fait, car elle essaye de crier à nouveau mais sa mâchoire refuse de lui obéir et elle voit une dent qui tombe et le sang qui coule sur ses seins, et comme effarée elle roule ses yeux en bas et tente de recoller son menton à moitié déglingué avec sa main, mais mon deuxième coup de sabre lui tranche et le cou et le poignet. Puis je quitte avec Annie en jetant un coup d’œil sur les corps par terre; c’était pas mal à voir. Après, dans le métro, je pouffe de rire, et Annie aussi.


Je me réveille et je vais directement vomir dans le lavabo, je ne me pensais pas aussi horrible.




Au bowling



Chaque début d’année, Monsieur Bourdon convie toute sa direction à une soirée de team-building (moi je préfère dire team-fucking). Cela fait trois étages entiers de la tour Phallus (pseudo, bien évidemment) qui me fait souvent penser à James Stewart, impotent dans Sueurs Froides. L’année dernière on avait fait un karting aux Ulysses et je m’étais réveillé le lendemain après-midi dans le lit de Mathilde, la cost-contrôleuse qui enquiquine tout le monde sur les notes de frais et que personne n’avait plus voulu baiser depuis deux ou trois ans. Elle était toute nue et frottait contre ma cuisse sa chatte rasée, et constatant que je m’étais réveillé elle voulut me sucer, mais j’écartai sa tête et je me levai. Elle pleura alors que je m’habillais, elle faisait vraiment une sale gueule avec du fard qui dégoulinait sur ses joues, ce qui faisait qu’elle n’était vraiment pas belle à voir et, en quittant, je me trouvais content d’avoir gardé, tout au plus, zéro souvenir de la veille.


Cette année, c’est au bowling de la porte de Vanves. Monsieur Bourdon, qui n’aime pas le hasard (ce dernier ne l’aime pas non plus), avait demandé à Catherine de tout organiser, jusqu’à former les groupes qui allaient jouer ensemble. Ce que ne sait pas Catherine, inconsciente du pouvoir que lui confère Monsieur Bourdon, c’est qu’elle va décider du « qui va coucher avec qui », et par conséquent des alliances et des affinités qui devraient se former, puis des noces, puis des naissances, puis des divorces, et ainsi de suite. De quoi rendre Dieu jaloux, en fin de compte.


Ce n’est pas une mince tâche pour Catherine, car à la tour Phallus nous sommes plus d’une centaine. Un directeur, deux chefs de département, des cadres moyens entre vingt-trois et cinquante ans, des jeunes hôtesses téléphoniques non encore délocalisées au Maroc, des animateurs et des bodybuilders (H&F) en attente d’affectation, et trois secrétaires, une par étage. Il y a presque l’égalité Hommes-Femmes, en nombre, du moins. Tout ça pour dire qu’il y a de quoi fucker et se faire fucker, ce n’est pas un tabou à la tour Phallus.


Comme le dit si bien Monsieur Bourdon : GARDONS TOUJOURS UN PAS D’AVANCE. Il oublie d’ajouter : DANS LE VICE. Version hard : DANS LE TROU.


La première partie de la soirée est aussi morne, monotone et prévisible qu’un film où il y a Sylvia Saint ou Rocco Siffredi. S’il y a les deux, la métaphore fonctionne encore mieux. Je commence à jouer avec Annie, Paul et Catherine et je perds à tous les coups. C’était prévisible, mais pas à ce point. Chaque fois que je lâche la boule, celle-ci va en courbe, avance douloureusement en tourbillonnant, tombe dans la gouttière qui borde la piste et va s’engloutir dans la fosse noire au bout. C’est certainement de sa faute.


J’ai tout essayé (debout, courbé, lent, rapide, jambes pliées, fesses rebondies, le pied gauche qui glisse en arrière, le bras qui pointe vers le sol, et tout ce que m’a conseillé Paul qui, lui, fait presque le plein), mais à chaque fois je loupe et je sue en revenant sur mon siège, forçant un sourire contrarié, furieux à l’idée que les filles puissent penser que je serais jaloux de Paul, une pédale, qui plus est. Mais elles ne le savent pas, ce qui me calme.


À un moment donné, sur la piste à côté, il y a une belle fille avec une petite jupe de chez Zara ou Tati à ras la culotte qui commence à pleurer. Puis soudain elle s’éjecte de son siège et, en faisant une mine incroyable elle court à une autre piste, tout au bout, tout ça en pleurant et en criant « Jacques, Jacques ». Et, arrivée à Jacques, elle se jette sur lui, le serre dans ses bras et l’embrasse sur le cou, sous le menton, sur la bouche, n’importe où. D’ailleurs, il paraît que Jacques n’avait rien fait de particulier, ce qui souligne l’insoutenable stupidité de son geste. Ceux qui jouent avec elles disent qu’elle a trop bu, et une autre conne, une vraie moche celle-ci, renchérit qu’elle ne l’a jamais trouvée normale. Voilà tout ce qu’il y a à signaler dans cette première partie de la soirée.


Vient la pause, comme un bouillon d’espoirs. Monsieur Bourdon, qui a enlevé sa cravate et retroussé les manches de sa chemise Lacoste saumon fumé, nous fait un speech enflammé d’une demi-heure, durant lequel je me serre les mâchoires pour ne pas bailler. On se permet tout à la tour Phallus, mais quand le patron parle, on est prié d’écouter. L’on n’entend que lui, et lorsque ce n’est pas lui ce sont les mouches qui susurrent, ou le barman qui tousse. Parce que la moindre vache qui meugle sait qu’elle va se faire artificiellement enculer, puis c’est à la société libérale de se charger de la transformer en steak haché, ou en poudre pour cosmétiques, au choix.


À la fin de son discours, Monsieur Bourdon lève son poing serré vers le ciel (en fait, c’est le plafond) et crie trois fois « À VOUS L’AVENIR » (sous-entendu : à moi le fric), et tout le monde se met à applaudir pendant au moins trente secondes, alors il le répète encore trois fois sous le vacarme des cris et des applaudissements, et lorsque par ses mains il tente de nous apaiser nous applaudissons encore. Enfin il nous invite au cocktail-dînatoire, à côté du bar, tout au fond. C’est beau, chaud et pathétique, un épanchement de sentiments et de transports, tous plus artificiels les uns que les autres, en plastique (fabriqués en Chine), car tout le monde sait que c’est peut-être la dernière soirée de direction de Monsieur Bourdon, et que la guerre de succession est lancée.


Ensuite, nous faisons d’autres groupes, toujours selon le plan de Catherine, et cette fois je joue avec Claude et Sylvie, et qui est le quatrième ? Annie, bien évidemment. Avec un total respect de la hiérarchie inversée, Claude m’enlève la dernière place. De ce fait, je me sens enfin soulagé, tellement soulagé que mes résultats s’améliorent sensiblement, j’arrive maintenant à faire tomber une ou deux quilles, celles qui traînent seules au bout du régiment. Cela met Claude hors de lui.



Il peut le dire maintenant que Monsieur Bourdon est parti.


Claude se lève seul, avance sur le parquet en chêne luisant et, en gloussant, prend une boule rouge, la seule qui a des trous assez larges pour laisser entrer ses gros doigts. Il avance au ralenti. À la piste à côté, il y a une petite scène de ménage entre Amélie la secrétaire du 33ème et Amel celle du 32ème (ou l’inverse, je ne sais plus) qui s’en va en lâchant sa boule et manque de transformer en pâte molle les orteils et les ongles vernis noirs d’Amélie qui lui crie avec rage « salope », et elle le fait de tout son cœur, comme si c’était une insulte ou si elle-même ne l’était pas. Légèrement diverti, Claude jette un regard désespéré à la piste, et aux quilles qui lui font la tête. De toute la soirée il n’a pas réussi à en déloger une !


Vas-y Claude, vas-y patron, t’es riche, moche et con, ta fiancée est un travelo qui te trompe (toi, je ne pense pas), et t’es même pas capable de tirer droit une boule pour enculer une quille ! Tu te sens malade ? c’est normal : tout ton argent ne sert qu’à payer tes médicaments ! Mais réveille-toi, Claude ! ne vois-tu pas que tu projettes le mal et la bêtise de tous tes pores ? et les microbes et les virus et les hémorroïdes ? tu n’y peux rien ? oui, c’est vrai ! Mais ne penses-tu pas que la mort est le meilleur outil immédiatement disponible pour écourter tes souffrances ?


Il lève le bras, une grande auréole sous l’aisselle vernit sa chemise Balenciaga blanche à minuscules pois azur. Il pue sans doute, puisqu’il transpire, et quelle humiliation pour une chemise à deux cents euros, au moins.


Et si tu tombes Claude ? Si tu te fracasses la tête sur le rebord de la piste ? qu’en diras-tu Claude? t’auras le crâne brisé et les éclats de ta cervelle m’éclabousseront. Il me faudra certes mettre le pantalon au pressing mais le monde sera plus sain et serein après, sans doute, car il y aura une vermine en moins, et je ferai tout, oui, Claude, je ferai tout ce que je pourrai pour que tu aies le prix Nobel de la paix à titre posthume.


Il avance en soupirant, balance le bras, avance d’un autre pas et lâche sa balle sans même se courber, puis, à l’esquisse du mouvement de retour, lorsqu’il tente de faire un pas en arrière, il s’écroule sur place comme un éléphant dans une trappe, en chialant un son bizarre, entre un rugissement et un ronflement, qui commence grave et rauque puis s’étouffe et s’arrête sec. Je suis le premier à le voir les yeux ouverts, regardant les moulures du haut plafond, inerte. Un coup d’œil sur les quilles, la boule qui roule, il fait un strike !


Puis Sylvie se met à crier et à pleurer, puis vient tout le monde, puis vient l’ambulance, puis je l’accompagne aux urgences avec Sylvie, Paul et Monsieur Bourdon (qui est revenu), puis ils nous demandent d’attendre entre les femmes enceintes et les gosses avec les bras cassés et l’odeur de l’alcool et du pus et les Blancs et les Noirs et deux pédés qui se serrent et un Sri-Lankais à l’œil défoncé sur un brancard, puis ils nous annoncent qu’il est mort d’un infarctus, puis Sylvie qui s’écroule évanoui(e), puis je les laisse pour prendre un taxi.


Et même si je n’avais pas souhaité sa mort, il l’aurait cherchée quand bien même ce crétin qui n’a jamais fait de sport de sa vie et qui ne lit que des magazines allemands ou anglais, des soi-disant journaux de tourisme, alors qu’il ne cherche que les seins nus. Oui, je n’ai aucun reproche à me faire, à part celui d’avoir de la chance dans un pays où l’on n’aime pas beaucoup ceux qui ont de la chance ; mais n’importe, dans quelques jours je serai un chef de département, et si je me débrouille bien, je serai directeur dans un ou deux ans. Bref, mon monde vient de s’élargir d’un coup.


J’essaye d’être triste mais un petit feu de bonheur illumine mon âme, doucement, tout au fond.




Intermède 1 – Sherry




Il m’arrive d’appeler une escort-girl. Ce soir c’est Sherry qui pointe chez moi, grande, blonde, avec une large bouche pulpeuse. La première pensée qui me vient, c’est naturellement qu’elle a tout ce qu’il faut pour une pipe d’anthologie. L’âge ? je dirais dans les vingt-cinq, je manque de demander une pièce d’identité, puis je m’abstiens. Elle a quelques rondeurs, une poitrine fournie, et des hanches de sirène. Mais tout en harmonie, pas un gramme de trop. Elle est en jean et tee-shirt serrés, elle parle avec un accent bizarre, et elle ne dit que des évidences, elle ne peut pas dépasser les mots simples de tous les jours, et n’embrasse pas sur la bouche. Ce qui me froisse, mais je comprends. Ce qui me pousse à aller rapidement à l’essentiel.


Après un whisky sec, on se met rapidement comme Adam et Ève, juste avant la chute. Je reste debout, elle se met à genoux. Je suis déjà raide, elle prend ma queue dans sa main droite et engloutit le gland dans sa bouche. Je la vois opérer d’en haut, une vue en plongée. Je vois ses cheveux épais et ondoyants, couleur de paille éclatante sous le soleil, retenus par un fin bandeau, rangés de côté et derrière elle. Je vois aussi ses yeux aux paupières légèrement bleutées, relevées par un fard d’une extrême noirceur, cils redressés et allongés. Je vois le nez, la bouche au travail, la grande langue effilée, sa texture blanche, légèrement rugueuse, ses mains qui s’agitent, et ses grands seins magnifiquement déployés. Enfin, légèrement derrière elle, je vois traîner par terre les extrémités de ses jambes, prolongés par des grands et imposants talons blancs.


Elle fait entrer et sortir ma queue dans une succession de mouvements doux et continus, avec des variantes et un grand raffinement, c’est forcément une grande experte en la matière. Alors, tantôt elle me prend la moitié de la queue à l’intérieur, puis la ressort avec claquement, tantôt elle colle ses lèvres sur le gland, lui donne un grand baiser appuyé, puis le retient furtivement à la porte de sa bouche ouverte, pour l’enrouler par un coup de langue coquine et contorsionnée, qui épouse le gland, le balaye, puis finit par tracer du bout de la langue un trait sur le bord, là où le gland rejoint la hampe, terminant le tout par une tape sur le frein saillant. Tout ceci se fait furtivement, même pas en un clin d’œil, comme un éclair ; c’est une vraie pro, cette Sherry. Tantôt aussi, elle parcourt tout le sexe des lèvres et de la langue, de haut en bas ou de bas en haut, lui imprime un léger coup de dents qui ne fait aucun mal, mais quelle sensation ! Elle fait aussi remonter sa main le long de la tige, lui donne une légère pression et la branle doucettement et continuellement, sans aucun répit.


Elle alterne tous ces mouvements avec des variantes et des prolongements, de manière continue et aléatoire. C’est impossible pour moi de prévoir ce qu’elle va faire. Bouche, langue et main sont continuellement en mouvement, elle ne retient aucun souffle. À un moment, elle ramène l’autre main au secours de la première, et avec les deux, elle prend la base de mon sexe en tenaille coulissante qui se met à accompagner les mouvements des lèvres et de la langue. De temps en temps, elle me regarde de ses grands yeux, doux et rêveurs, tout en continuant ses tâches alternées. Parfois, elle ouvre la bouche et émet un léger souffle, comme si elle voulait me chuchoter quelque chose. Puis elle baisse les yeux et revient à l’objet de son job, mon sexe, qui n’est plus qu’un jouet entre ses mains. J’entends aussi les petits sons qui sortent de sa bouche, des espèces de vibrations involontaires qui suivent les mouvements, qui en augmentent les effets. Elle rajoute aussi des petits soupirs par-ci par-là, plus ou moins prolongés, plus ou moins inspirés et musicaux. On reste ainsi quelques minutes, cinq ou six, peut-être plus, je n’en sais plus rien. Je ne surveille plus le timing.


Soudain Sherry redresse la tête, recule légèrement son torse et me jette un regard de tigresse, comme si elle me promettait quelque chose de grandiose, ou me lançait un défi. Ses mains toujours bien serrées à sa base, ma queue reste droite, à dix centimètres de sa bouche, tout au plus. Elle crache dessus à quatre ou cinq reprises, des grands crachats chauds et visqueux, avec un bruit chevrotant et sec. Le liquide dégouline de haut en bas ; elle le recueille et à l’aide de sa main, le fait remonter le long de la tige, l’enduisant en entier de la bave, chaude et envoûtante. Après quelques coups de branlette, de plus en plus rapides et serrées, elle sort sa grande langue palpitante et la pose sur le gland rouge, tendu à l’éclatement.


Puis soudain, avec cette faculté qu’elle a de rendre ses gestes imprévisibles, elle retire ses mains et engloutit, d’un mouvement rapide et précis, le maximum de mon sexe dans sa bouche. Je sens le bout de ma queue buter sur son palais et se tenir dans un couloir dur et serré. Il lui reste encore quelques centimètres à avaler, elle retient son souffle et pousse sa gorge en avant, engloutissant ce qui reste de mon engin centimètre par centimètre, jusqu’à ce que ses lèvres viennent à chatouiller mes bourses. Elle est alors complètement concentrée sur son sujet, elle ne me regarde plus. Il me semble même qu’elle ferme les yeux.


Elle se maintient ainsi de longues secondes, avec un son étouffé, un genre de gargarisme qui part du plus profond de sa trachée et se meurt petit à petit le long de sa gorge et dans sa bouche. C’est moi qui n’en peux plus de la pression mortelle qu’elle exerce. Mais je souffre le martyre, je vais me déclarer vaincu par une salope. Heureusement, elle finit par retirer sa bouche avant que j’aille crier au secours. Elle respire un grand coup, puis elle revient pour tout reprendre de nouveau, avec la même force, et le même appétit.


Après quelques minutes de gorge profonde, Sherry reprend ses mouvements alternés, mais cette fois avec plus de force et de profondeur. Sa gorge enfin bien dilatée, elle engloutit le tout à chaque coup, et en sortant, elle reprend, dans la foulée des lèvres, ses branlettes avec les deux mains dans des glissades de plus en plus effrénées. Et sans oublier de cracher régulièrement, chaque fois qu’elle sent que l’enduit arrive à manquer. Cela paraît simple et fluide, tous ses outils naturels, bouche, langue et lèvres, mains, doigts et ongles, travaillent ensemble, dans une succession harmonieuse et parfaite, jouant sur ma queue une musique douce et envoûtante. Je ne sais pas si un ange (féminin, bien évidemment), pourrait me faire pareil au paradis.


Après, Sherry s’attarde sur mes bourses, elle les enchâsse entre ses doigts, et avec une petite pression, elle fait jaillir les boules sous une peau tendue, toute poilue. Puis, elle lèche longuement mes bourses, à coups de langue et avec une abondance de salive, puis elle les prend une à une dans sa bouche, à plusieurs reprises, toujours dans cette alternance fluide et continue pour laquelle elle est experte. Et chaque boule reçoit, à l’intérieur de sa bouche, son lot de massages et de tendresse. À chaque fois, elle les sort lentement de la bouche, en retenant quelques poils chanceux entre ses dents, qu’elle tire doucement avant de les lâcher et les laisser se rouler en boucles, puis fait un petit claquement des lèvres qui signale la fin d’une étape et le début d’une autre. Elle leur parle aussi, je ne sais pas ce qu’elle leur chuchote. Cela me rend jaloux. En même temps, et je ne sais pas si cela sert de le répéter, ses mains continuent à coulisser le long de mon sexe, avec de délicieuses pressions sur la hampe et sur le gland. Là, enfin, je commence à sentir quelque chose se mijoter. Sherry me regarde droit dans les yeux, elle a dû s’apercevoir que je suis enfin prêt à la conclusion, au « Final Act ». Elle se redresse alors, légèrement, et ramène ses seins de façon à les serrer contre mon bas-ventre, ma queue se trouve alors dans le lit douillet de son entre-deux seins, le bout arrive au niveau de sa bouche, et elle continue à la marteler à coup de lèvres et de langue.


Alors, je ne sais pas si c’est sous la pression d’un désir frénétique ou du temps qui s’écoule, Sherry change de rythme et de comportement. Tout d’abord elle n’étouffe plus ses soupirs, elle y va de bon cœur, c’est devenu presque des gémissements. Elle reprend tous les mouvements, tout ce qu’elle sait faire, mais de manière accélérée, avec frénésie, presque avec folie. Je sens enfin se rassembler en moi la force nécessaire pour achever cette interminable pipe qui commence, je l’avoue, à me fatiguer. Je vois, de ma position, les contorsions de sa bouche, les battements de ses joues, la crispation de ses muscles faciaux. Je vois son cou se tendre et sa jugulaire bondir, comme si elle allait exploser. Je vois ses mains s’agiter dans des mouvements désespérés, à la vitesse de la lumière, avec leurs muscles en vibration, leurs nervures saillantes, leurs ongles au blanc laiteux. Je vois ses bras s’alourdir et refléter un certain état de fatigue. Là, elle est à la limite de me faire mal, mais ce n’est pas désagréable. Comme toujours, elle me mène au bout.


C’est ainsi qu’elle m’achève, au bout d’une longue branlette avec sa main droite, où je sens ma queue enduite par ses crachats continus se dissiper sous la chaleur qui monte, et ses frottements lourds et serrés sans fin. « Oh, salope, je jouis», je crie trois fois, cambré, tout raide. Enfin voilà mon jus, ma crème, ma semence bénite, source de tout plaisir et de toute fertilité, qui jaillit, jaune et visqueuse, chaude comme une coulée de l’enfer, dans une longue série de jets discontinus. C’est Sherry qui guide le tuyau, arrosant tantôt sa figure, tantôt ses seins, car moi je n’y peux plus rien, je ne pense qu’à ce plaisir extrême qui m’assaille et qui me vide. Il y a du foutre partout, il y a même des petites gouttelettes accrochées aux pointes de ses cils fardés.


Lorsque plus rien ne sort, je pense que c’est fini, mais Sherry ne l’entend pas de cette oreille. Elle reprend la carotte dans sa bouche et l’introduit toute entière, il est vrai que sa tâche doit être plus facile, maintenant qu’elle est flasque et vidée, néanmoins elle est toujours aussi longue et aussi gonflée. Puis, la pinçant à la base, entre l’index et le majeur de sa droite, elle remonte doucement et la bouche et la main, tout en serrant et en maintenant la pression de sa pincette. C’est une manière de la vider une fois pour toute, de l’assécher et de recueillir ses dernières gouttes. Une fois arrivée au bout, elle me libère d’un mouvement bref et sec, accompagné d’un petit claquement des lèvres, puis elle penche légèrement sa tête, bascule d’un ample balancement tous ses cheveux derrière elle, me regarde droit dans les yeux avec un grand sourire. Elle sort alors sa grande langue goulue sur laquelle il y a mes dernières gouttes de sperme, une espèce de mousse. Ses yeux sont lourds et graves, pleins de lueurs de satisfaction, je dirais même d’admiration. Tout en me fixant, elle rentre la langue, referme les lèvres et fait un petit mouvement de la tête en arrière. Je vois alors une onde qui prend son origine au menton, en dessous de la bouche, puis qui se propage le long de la trachée pour se dissiper entre les clavicules, à la naissance de la gorge. Elle a avalé.


Avec ses mains, elle enduit ses seins et son visage du sperme qui s’y était accroché, avec des petits mouvements lents et tournoyants, comme les plus fines caresses, une sorte de perfection. Puis elle introduit les doigts un par un dans sa bouche, elle suce chacun jusqu’au bout des ongles vernis puis elle avale ce qu’elle peut y récolter, avec cette même minuscule onde mécanique qui lui fait onduler la gorge, une espèce d’exhibition. Elle finit par un clin d’œil et un bisou dans l’air.


Et ce n’est que la première partie de la soirée.