| n° 13025 | Fiche technique | 58794 caractères | 58794Temps de lecture estimé : 30 mn | 30/11/08 |
| Résumé: Retrouvailles et disparitions pour Ben et les autres. | ||||
| Critères: fh cunnilingu pénétratio policier fantastiqu -policier -fantastiq | ||||
| Auteur : Dr Lamb (Bonnes fêtes de fin d'année ! Vive 2009...) Envoi mini-message | ||||
| Épisode précédent | Série : Les enfants de la nuit 2 Chapitre 06 / 07 | Épisode suivant |
Résumé : Attaquée chez elle par l’organisation B, Anita assiste impuissante à la résurrection improbable de Kleyner et Laurence. Ceux-ci s’unissent et donnent naissance à une créature monstrueuse qui s’enfuit vers le centre-ville. Ben, de son côté, a retrouvé la trace de sa mère, grâce à David. Tandis qu’Amélie, Amel et Huang vont à sa rencontre, les événements se précipitent, et la fin pourrait arriver plus tôt que prévu…
Mickey Harris ferma les yeux et se passa une main sur le visage, pas vraiment surpris de constater qu’il était en sueur : la chaleur semblait oppressante à l’intérieur du petit van. Ses oreilles bourdonnaient encore de la fusillade retransmise sur sa radio portative.
Son talkie-walkie crépita soudain :
Alors, c’était bien fini. Anita Chow Yuan était finalement morte. Des années qu’ils attendaient ça, mais Mickey ne ressentait pas la moindre joie. Juste un vide effrayant. Quelque part, il avait de l’admiration pour elle : cette femme leur avait échappé pendant des années, tout en maintenant Kleyner et Laurence sous son contrôle.
Stupéfiant.
Il soupira et déboucla sa ceinture de sécurité. Resté seul dans le van, il avait une vue imprenable sur la maison de la femme asiatique. Il l’avait vue revenir en trombe de son travail, et avait ordonné à ses hommes d’attaquer. Il descendit du véhicule et resta un instant sur le trottoir. Les sirènes des voitures de police n’allaient pas tarder, ce n’était qu’une question de secondes avant qu’un voisin paniqué n’appelle les forces de l’ordre.
Il était 13h42. Les choses s’étaient enchaînées à une vitesse folle. Il savait que le petit groupe de résistants avait été détruit, sauf deux cibles qui s’étaient échappées ; et quelles cibles ! Huang, l’ex-coéquipier d’Anita, et Amel, la sœur aînée de Nouria, la fiancée de Benjamin Bollard. Celui avec qui tout avait commencé.
Un vrai casse-tête.
Mickey sursauta et contempla sa radio, comme si c’était un serpent dangereux. Vivants ? Les deux vampires ?
Harris ne savait pas quoi faire. Rejoindre son équipier et voir les vampires en vie de ses propres yeux, ou bien rester ici et attendre les renforts ? La peur commençait à le gagner. Ces derniers temps, la sensation de s’être enfoncé dans des sables mouvants et ne rien avoir à portée de main pour remonter à la surface revenait sans cesse. Il s’enfonçait sans ne plus rien pouvoir faire. Mais il le voulait, quelque part. Cela faisait partie de son plan.
Pour Frida, son amour perdu, et pour tous les autres.
Il inspira profondément et s’apprêtait à traverser la rue pour gagner la maison de leur cible, lorsqu’il entendit les cris. Des cris perçants et terrifiants, qui lui glacèrent le sang immédiatement.
Que se passait-il ?
Il traversa la rue et se figea soudain, se disant que n’importe quoi pouvait être en train de se produire. Les deux vampires pouvaient très bien s’être libérés. Et alors, que faire ? Rester sur leur chemin ? Mourir, et gâcher tout le boulot entrepris des années auparavant ?
Non, il n’en avait pas le droit.
Il était là, planté dans le jardin, lorsqu’une voix parvint à ses oreilles :
C’était Anita. Et ses cris étaient épouvantables, car si riches de souffrance et de folie : il en eut un frisson. Que se passait-il donc, à l’intérieur ?
Mickey était paralysé, cloué au sol par l’indécision. Sa volonté de vengeance était son seul objectif.
Comme Anita Chow Yuan. Cette femme qui avait tout perdu, et s’était transformée en monstre avide de revanche. Là où il avait joué de son intelligence, là où il avait gardé presque intacte sa santé mentale, elle avait joué de la violence et de la torture, et sa raison s’était échappée. Quoiqu’il se posait des questions. Elle avait su changer de nom, trouver un emploi et s’assurer une couverture solide, pour préserver les apparences. Alors peut-être n’était-elle pas aussi folle qu’on le disait…
Brusquement, sa mort lui parut injuste. Comme lui, elle n’était qu’une victime, elle n’avait jamais rien demandé à personne ; le ciel lui était tombé sur la tête. Comme à lui.
Cela le poussa en avant et ce fut au moment où il allait pousser la porte d’entrée de la maison, sans savoir ce qu’il allait réellement faire, que celle-ci explosa littéralement. Il se sentit décoller, traverser tout le jardin, l’herbe défilant sous ses yeux. Puis le choc de la chute sur le bitume, une douleur vive qui lui coupa le souffle. Son arme fut éjectée au loin. Il hoqueta, poussa un gargouillis. Dans la rue, des cris.
Mickey releva la tête, sentant le sang goutter de ses lèvres, et vit une chose monstrueuse sortir de la maison de leur cible. Il cligna des yeux, incapable de mettre un nom sur ce qu’il voyait, incapable d’en croire ses yeux. C’était énorme, et ça avait deux ailes gigantesques, une tête difforme. Un corps gris, des bras et des jambes aussi gros que des troncs d’arbres.
Il tâtonna autour de lui, cherchant son arme qu’il ne trouva pas.
Il se recroquevilla, comme si cela pouvait le rendre invisible. Mais qu’est-ce que c’était que cette horreur ? La créature se redressa sur ses jambes, mais elle semblait emportée en avant par son poids. Son regard jaune et luisant évoquait celui d’un démon. Elle ouvrit la bouche, poussa un cri aigu qui glaça Harris au plus profond de son être. Une femme hurla, derrière lui. Il y eut un crissement de pneus. La tête de la chose était bizarrement cabossée, comme si elle avait été faite dans de la pâte à modeler. Une terreur primaire le glaçait jusqu’aux os. Mais il était incapable de faire un mouvement.
Le monstre déploya ses ailes. Il allait s’enfuir.
Mickey se mit à quatre pattes et poussa un gémissement, sentant son cœur se soulever. Un cri monstrueux résonna à ses oreilles. Lorsqu’il leva les yeux, il vit la créature qui prenait son envol.
L’homme se redressa comme il le put, alors que la chose passait au-dessus de lui et filait vers le centre-ville. Il tituba de ses jambes tremblantes jusqu’à la maison. Des éclats de verre et de plâtre jonchaient l’herbe du jardin. La bile lui monta aux lèvres et il dut faire un effort pour ne pas se plier en deux et vomir. Il s’appuya au chambranle de la porte détruite, et poussa un cri lorsqu’une main ensanglantée surgit devant lui et l’agrippa par le col de sa chemise. Il recula vivement et trébucha, s’effondrant sur les fesses.
Anita Chow Yuan se tenait dans l’encadrement de la porte. Son visage était blanc, livide, en sueur. Le sang coulait de son crâne, dégoulinant sur sa figure comme des peintures de guerre, et elle avait une main qui se tenait le ventre. Elle tituba, essaya de parler, mais aucun son ne sortit de ses lèvres.
Il avait complètement oublié qu’il était censé tuer cette femme.
À présent, elle n’avait plus rien d’un monstre. Deux larmes coulèrent sur ses joues.
Larmes de désespoir.
Elle eut un hoquet. Blessée à l’épaule, le cuir chevelu déchiqueté, et ce sang qui coulait de son ventre…
Elle était foutue.
Mickey se releva. Sans comprendre ce qui l’y poussait, il s’approcha d’elle, passa une main autour de sa taille. Elle n’essaya pas de lutter. Une épaisse odeur de sang lui montait aux narines.
Anita ne cherchait pas à comprendre. La douleur avait envahi chaque cellule de son corps. Chaque fois qu’elle respirait, c’était comme si des millions de lames glacées lui rentraient dans le ventre. Sa vue se brouillait de seconde en seconde. Elle passa son bras autour du cou de l’homme. Ils traversèrent le jardin, alors qu’au loin résonnaient les sirènes de police.
Le van. Ils devaient atteindre le van.
Pour la première fois depuis la mort de Frida, Mickey Harris avait la sensation de renaître.
***
Amel se trouvait dans un état proche de la panique. Ses mains moites étaient scotchées à l’appuie-tête du siège du conducteur, alors qu’Amélie parvenait aux immeubles abandonnés. Son cœur battait la chamade.
Ben, vivant !
Elle n’osait imaginer l’état dans lequel il devait se trouver.
Huang, assis à côté d’elle, tenait son arme si fort dans ses mains que les jointures de ses doigts devenaient blanches. Il s’attendait à tout, se doutant que leurs ennemis ne tarderaient pas eux non plus.
Huang tourna la tête vers elle et lui posa une main sur l’épaule.
Il lui prit la main : elle était glacée. Elle le regarda. Ses yeux étaient emplis d’une terreur intense, qu’elle n’avait jamais vue auparavant. Ils dépassèrent une maison abandonnée et en ruine, et s’engagèrent dans une rue bordée d’immeubles eux aussi à l’abandon. Un panneau « Chantier interdit au public » gisait sur le sol.
Amel s’empara d’un fusil à pompe posé sur le siège avant, près d’Amélie. Elle l’arma, puis le serra contre elle, alors que son amant se penchait en avant pour interroger leur conductrice :
Celle-ci resta les yeux rivés sur les immeubles délabrés qu’ils longeaient lentement.
La conductrice stoppa brusquement la voiture et coupa le contact. Amel déglutit avec difficulté et déboucla sa ceinture de sécurité de ses doigts tremblants.
Il déboucla sa ceinture à son tour et sortit de la voiture. Ils s’étaient garés devant un immeuble à l’abandon. Les vitres du hall étaient brisées. Amel sortit à son tour et jeta des regards anxieux autour d’eux.
Sans attendre de réponse, elle se dirigea vers le hall, alors que le couple s’avançait derrière elle à pas craintifs.
***
Je ne parvenais pas à y croire. Il se tenait là, debout devant moi, apparition fantomatique. Un mort. Je me tenais face à un mort.
Il portait un jean et un pull noir à manches longues, tenue sombre qui le faisait paraître encore plus irréel. Je clignai des yeux mais il ne disparut pas par miracle.
Sa voix était la même qu’auparavant. Ses yeux de la même couleur. Il n’avait pas changé.
Je me recroquevillai contre le mur, comme si je voulais me fondre en lui. Je parlais avec un mort !
Il me scruta de haut en bas.
La silhouette se mit en marche. Un pas vers moi et je poussai un gémissement. Mon cœur battait si fort que j’étais sûr qu’il l’entendait. Bien sûr. Il devait même sentir les effluves de ma sueur, l’odeur de mon sang bouillonnant dans mes veines.
Je fermai les yeux et inspirai profondément.
Entendre ce prénom le fit s’arrêter. Il était si près de moi que je sentais son odeur. Une odeur froide. Malsaine. La mort.
Il fit volte-face et me tourna le dos.
Il cessa de parler. Il tremblait. Je glissai un œil vers le couloir, vers la sortie.
Il se retourna et me prit par l’épaule. Je parvins à ne pas crier mais sursautai. Il approcha son visage du mien. Il puait. Une affreuse odeur d’éther et de sang. Un haut-le-cœur me souleva la poitrine.
Je détournai le visage et le repoussai brutalement en arrière. Il tituba et je m’esquivai dans le couloir.
Il resta figé dans le salon et dit sans me regarder :
***
Amel montait les marches, le cœur battant, la main scotchée à la rampe, suivant Huang et Amélie de près.
Elle s’attendait à chaque seconde à voir surgir un vampire. Ou l’un des hommes de l’organisation B. Une terreur s’était emparée d’elle et la faisait suffoquer.
Mais l’interrogée ne répondit pas. Elle ouvrit la porte de sortie de l’escalier et s’engouffra dans le couloir.
Elle n’eut pas d’autre choix que de la suivre dans le couloir. Celui-ci était désert. Amélie le remonta à toute allure.
***
Il ouvrit la porte de l’appartement. Je le regardai faire, avec l’impression de me débattre dans des sables mouvants. Je le suivis, sans vraiment m’en rendre compte. Il semblait si irréel, si…
Il y eut un hurlement perçant. Je sursautai. Le vampire se figea, devant moi. Une silhouette se présenta devant nos yeux. Quelque chose se passa en moi, comme une porte qui claque, un fusible qui saute.
C’était elle. Vivante.
Une seconde jeune femme l’accompagnait.
Ce fut soudain une cacophonie épouvantable. Je ne comprenais pas comment Nouria avait pu revenir à la vie, mais elle était bien là, devant moi.
Je tentai de me relever, mais sans succès. Le choc me paralysait, me clouait au sol. Le vampire se tourna vers moi. Pour la première fois depuis nos retrouvailles, son faciès immobile exprima une émotion.
Ce fut alors qu’une série d’explosions retentirent dans le couloir.
***
Samia était épuisée. Et pleine de douleurs. Pleine de souvenirs de Charlotte. Pleine de souvenirs de sa sœur disparue, Nassera. Et ce con de flic qui lui répétait inlassablement les mêmes questions. La jeune femme soupira et se prit le visage entre les mains.
Ce qui était faux, mais elle voulait sortir de cette salle d’interrogatoire avant de devenir folle. Le flic se pencha en avant, la menaçant du doigt en prenant des airs de méchant.
La jeune femme ne répondit rien. Elle inspira profondément.
Charlotte, morte. Nassera, disparue. La Terre semblait s’être ouverte sous ses pieds. Et la douleur qui continuait de se diffuser dans son bras. La balle était ressortie, mais…
La porte de la salle s’ouvrit soudain et un homme entra. Il avait la tête enroulée dans un bandage, et un pansement sur la joue.
L’homme s’avança près de la table et contempla la jeune femme d’un air grave. Elle le connaissait. C’était le co-équipier de Charlotte.
Il hocha la tête, et fit signe à son collègue de sortir. Celui-ci obtempéra, avec un regard curieux. Lorsque la porte se referma derrière lui, Herbert prit sa place.
Il secoua la tête et déposa un dossier sur la table.
Samia s’en empara et l’ouvrit. Au fur et à mesure de sa lecture, son visage se décomposa progressivement.
L’homme approuva d’un mouvement de la tête.
Il soupira et se leva.
Il n’osait pas le formuler à voix haute, pas encore. C’était trop frais, trop fou.
Herbert la regarda fixement.
Mais quelque chose dans le regard du flic lui fit comprendre que ce n’était pas un problème insurmontable.
***
Le monde explosait tout autour de moi. Mais je restai sur place, hypnotisé par la vue de ma bien-aimée.
Je ne comprenais pas ce que ce mot signifiait. Devant moi, David se tenait immobile, regardant Nouria lui aussi.
Un homme et une jeune femme surgirent soudain devant nous. Ils étaient armés tous les deux.
Il attrapa Nouria par le bras et la propulsa dans l’appartement. Elle heurta David, et se mit soudain à hurler. Un tonnerre de coups de feu fit exploser la porte de l’appartement. L’Asiatique plongea vers moi. La jeune femme qui l’accompagnait fit de même.
Une épaisse fumée banche commençait à parvenir jusqu’à nous. Le vampire referma ce qui restait de la porte et recula vivement. Nouria hurlait toujours. Je tentai de me relever, mais j’étais comme cloué sur place. Je tendis la main vers elle, mais la jeune femme blonde me prit le bras et me tira en arrière.
Elle n’arrêtait pas de crier, épouvantée par la vision de David.
Il la prit soudain par le bras.
Je me dégageai pour échapper à la poigne de la jeune femme.
C’était un capharnaüm pas possible. Soudain, la porte s’ouvrit et alla s’écraser contre le mur. Un homme, habillé comme un soldat, tout de noir vêtu, et masque à gaz sur le nez, pointa sa mitraillette sur nous.
Mais l’Asiatique fut plus rapide, et tira deux balles dans la poitrine de notre assaillant.
Je ne comprenais plus rien. Je devais sûrement faire le cauchemar le plus bizarre du monde. Un sifflement aigu bourdonnait dans mes oreilles.
Un second assaillant se présenta devant nous, et il ouvrit le feu le premier. J’entendis les fenêtres exploser. La jeune femme riposta mais son revolver ne rivalisait pas avec l’arme automatique du soldat. Les détonations résonnaient fortement dans l’appartement. Nouria recula et se jeta derrière le mur, je fis de même. L’une des balles fit exploser le parquet, tout près de moi. L’homme asiatique s’était recroquevillé dans un coin, protégé par un pan de mur. Les éclats de plâtre et la fumée se répandaient partout.
L’homme sortit de sa planque et vida son chargeur. Il y eut un cri de douleur, et le soldat s’effondra en avant.
Je l’avais déjà vu quelque part. Mais où ?
Amel ? Mais…
Il n’attendit pas de réponse et traversa le salon en courant. Il ouvrit la fenêtre et les volets, et à ce moment, un jet de sang jaillit de son bras droit, aussitôt suivit du bruit de la détonation. Poussant un cri, il fit volte-face, mais dérapa et s’écroula sur le sol.
Elle jaillit et ouvrit le feu avec son pistolet. Profitant de la riposte, je m’élançai vers elle, mais la jeune femme blonde me faucha au passage, m’entraînant avec elle vers la fenêtre.
Je vis alors plusieurs objets ronds qui roulaient vers nous.
Plus le temps.
Je me sentis basculer en arrière, et d’un coup, le vide. Nouria et l’Asiatique venaient également de sauter.
Il y eut soudain un fracas épouvantable. Un bruit tellement assourdissant que je crus que mon crâne allait exploser. La jeune femme sauta elle aussi au moment même où les flammes jaillirent par la fenêtre, lui brûlant le dos. Elle chuta dans un cri rauque, alors que tout explosait au-dessus de nos têtes. Le choc me fit me mordre la langue. Un éclair de douleur me traversa le corps tout entier. La douleur ! J’étais tombé sur le dos. Nouria s’écroula littéralement sur moi, me coupant le souffle.
Les deux autres s’effondrèrent également. Dieu merci, ce n’était pas très très haut ; les étages étaient relativement petits. Je roulai sur moi-même et fis soudain une autre chute, beaucoup plus petite, entraînant Nouria avec moi. Je m’écroulai sur le sol, enfin. La voiture sur laquelle j’avais atterri avait eu les vitres brisées sous l’impact.
L’Asiatique surgit soudain devant moi, alors que je tentai de reprendre mon souffle, et de me relever.
À l’étage, les flammes surgissaient par la fenêtre. La fumée, très épaisse, commençait à monter dans le ciel.
Je ne comprenais pas un mot. Je regardai tout autour de moi : plusieurs voitures noires nous entouraient, sûrement celles des ennemis. Un homme sortit soudain de l’une d’elle, et braqua un revolver sur nous.
Il fit feu, et la balle toucha la jeune femme qui venait de se relever, en plein dans l’épaule droite. Elle retomba aussitôt dans un cri.
Nouria tua l’homme de trois balles.
Je me sentis tiré en arrière, et je fus soudain sur mes pieds.
David.
Il contemplait le corps de l’ennemi mort avec envie.
Il ne répondit pas et me jeta sur son épaule, comme si je n’étais qu’une plume.
Tout autour de nous, des explosions.
Je sentais la froideur du corps du vampire, même à travers les vêtements.
Sans prendre en compte mes plaintes, il s’élança en avant, et ouvrit la porte arrière d’une des voitures, avant de me jeter à l’intérieur. Je me cognai la tête sur l’avant d’un des sièges. Je vis Nouria et la jeune femme, en larmes, qui montèrent à mes côtés. La vitre de la plage arrière explosa soudain, nous couvrant d’éclats de verre.
J’obéis, ne cherchant même plus à comprendre ce qui se passait. Coups de feu et cris, tout autour de nous. Le vampire s’engouffra sur le siège avant, alors que l’Asiatique prenait la place du conducteur. Le véhicule démarra en trombe, nous projetant les uns sur les autres. Nouria s’écroula sur moi. Bien décidé à ne pas la laisser s’éloigner une nouvelle fois, je la retins prisonnière de mes bras.
Il y eut un choc sourd à l’avant de la voiture : nous venions de faucher l’un des soldats. Ce fut la dernière chose consciente que j’enregistrai, et alors que je serrais ma femme ressuscitée dans mes bras, les ténèbres vinrent m’engloutir.
Je plongeai dedans avec soulagement.
***
La créature s’enfonça dans son fauteuil. Cela avait commencé, et encore plus tôt qu’il ne l’avait prévu.
Bien.
Son plan avait parfaitement suivi son cours, et même encore mieux qu’il ne l’avait pensé. Sous ses pieds, sous les fondations de l’immeuble, ils dormaient. Mais plus pour longtemps.
Sa race avait survécu aux massacres, aux guerres, à la traque incessante des humains. Il ne restait pas beaucoup d’entre eux, à peine une centaine, et tous les réunir ici-bas lui avait pris des milliers d’années.
Et le jour tant attendu arrivait enfin. Il avait du mal à y croire. Il contemplait la ville, par la fenêtre, sentant la lumière du soleil lui caresser la peau, grise et dure. C’était ça, la surprise, en fait. Le fait d’avoir enfin trouvé quelque chose qui leur permettrait de dominer ce monde.
Le soleil. L’ennemi qui avait presque exterminé leur espèce.
Aujourd’hui vaincu.
Il ferma les yeux, étendant ses ailes, humectant ses lèvres sèches d’un coup de langue.
La liberté. La revanche sur les humains, qui s’étaient approprié ce monde et l’avaient presque détruit. Maintenant, l’heure était à la revanche. Il avait faim. Et savait que les autres, en sortant de leur sommeil, auraient encore plus faim que lui.
Encore quelques heures de patience.
***
Ils sortirent du commissariat une demi-heure après qu’Herbert soit venu la voir dans la salle d’interrogatoire. Ce fut aussi simple qu’enfantin. Il prétexta un transfert, et personne, absolument personne ne chercha d’explications. Samia était sidérée. Sans doute ce flic était-il vraiment important. Elle s’en fichait. Il l’avait convaincue.
Ils grimpèrent en voiture avec l’un de ses collègues, un mec d’une trentaine d’années appelé Levalieux. Il ne posa pas plus de question que les autres.
Même si sa blessure lui faisait toujours mal, Samia était remplie d’adrénaline, le corps tendu, aux aguets, comme si une bombe menaçait d’exploser dans sa tête. Les images de Charlotte et de sa sœur aînée Nassera, disparue il y a neuf ans, défilaient en boucle dans son esprit. C’était lié, mais comment ? Elle ne comprenait pas tout, mais elle savait qu’elle pouvait obtenir des réponses du flic. La voiture quitta le commissariat, et il ne roulait pas depuis plus de deux minutes que la radio de bord grésilla :
Il prit la radio.
Herbert sentit son souffle s’accélérer. Une piste, enfin.
Levalieux se tourna vers elle.
Lorsqu’il se retourna, Herbert lui écrasa son poing sur la tête. Évanoui, il retomba sur son siège.
Samia se pencha en avant :
Au fur et à mesure qu’il parlait, Samia sentit son corps se glacer d’horreur.
***
Anita Chow Yuan dérivait dans un océan de douleurs et de grisaille. Elle entendait des sons étouffés, des bruits de circulation, des cris, mais c’était loin, très loin… Le plus douloureux, c’était sa tête. Comme si on lui avait écrasé un marteau sur le crâne. Et son ventre. À chaque fois qu’elle respirait, c’était comme si une lame brûlante fouillait ses entrailles.
Elle ne comprenait pas comment elle avait fait pour rester en vie. Ni pourquoi cet homme s’était porté à son secours. Ni comment Kleyner et Laurence avaient fait pour devenir ce monstre unique. Elle revoyait la créature gigantesque, ses ailes, ses griffes, cette tête cabossée et cette bouche pleine de lames de rasoirs…
Une voix sortait du brouillard, mais elle ne l’identifiait pas. Sa vue était trouble, et dès qu’elle ouvrait les yeux, une vive douleur lui martelait les tempes. C’était peut-être sa fille. Non, bien sûr que non, mais elle se raccrochait à cette idée. Sa fille était morte, brûlée vive sous ses yeux par Laurence et Kleyner. Et son mari tué sous ses yeux également. Ils étaient morts tous les deux.
Mais alors, qui ?
Elle tenta de porter une main à son crâne mais, trop faible, n’y parvint pas. Quelqu’un le fit pour elle. Harris tamponna son front avec une compresse humide.
Elle avait encore beaucoup de fièvre, mais il pensait être parvenu à la sauver. Il se redressa et traversa le petit salon de l’appartement dans lequel il avait trouvé refuge, grâce à l’un de ses contacts perso, ceux que l’Organisation ne connaissait pas. Du moins il l’espérait. Ils devaient être à leur recherche depuis la seconde même où ils s’étaient aperçus de sa désertion. Nerveux, il n’avait pas lâché son revolver, planqué dans sa ceinture. Le pire, c’est qu’il avait agi sur un coup de tête en la voyant ainsi blessée, et il n’avait aucun plan. Pas même l’ombre d’un plan. Son plan si bien huilé, si bien organisé avait volé en éclats.
Il soupira et se posta à la fenêtre. Hong Kong s’étendait sous ses yeux, magnifique, une ville dans laquelle il aurait aimé vivre, avec Frida.
Anita poussa un gémissement rauque. Il se tourna vers elle. Allongée sur le divan en cuir, elle avait l’air plus fragile qu’il n’aurait jamais pu le soupçonner. Ces dernières années, on avait décrit cette femme comme une folle furieuse, un mètre soixante de dynamite concentrée dans un corps enragé. Mais aujourd’hui, il ne voyait qu’une pauvre femme ayant perdu la raison à cause d’eux.
Elle entrouvrit les yeux.
Elle s’humecta les lèvres et gémit. Il s’agenouilla à son niveau.
Il se rendit compte qu’il chuchotait, comme pour ne pas la fatiguer.
Elle tenta de se redresser mais n’y parvint pas.
Harris hocha la tête.
La femme ferma les yeux et inspira profondément.
Il n’hésita pas et l’aida à s’asseoir. Elle eut un haut-le-cœur et porta sa main sur son ventre, enveloppé d’un long pansement taché de sang séché.
Il l’aida à se lever et ils firent quelques pas, se soutenant comme deux ivrognes sortant d’un bar. Elle tremblait, mais restait debout malgré ses jambes flageolantes.
Ils étaient devant les wc. Elle y entra, avec des gestes prudents.
Elle ferma la porte et il resta planté devant.
Elle ne répondit pas.
Anita ne répondit pas. Il quitta le seuil des wc et se rendit dans le salon. Il alluma la télévision et tomba sur un flash spécial. Un reporter s’adressait aux spectateurs :
Les images montraient une silhouette sombre, deux ailes gigantesques. La créature. Il sentit son souffle s’accélérer. Elle slalomait entre les immeubles, suivie de près par un hélicoptère de la police, tandis qu’au sol, ils exhortaient la population à ne pas sortir tant que la situation n’était pas maîtrisée. Le souffle coupé, Harris s’effondra dans le canapé. C’était pire que prévu, et ce n’était que le commencement.
***
J’ouvris les yeux brusquement, passant des ténèbres à la lumière avec une violence inouïe.
Elle se tenait tout près de moi, assise au bord du lit sur lequel j’étais allongé. Je la regardai, incrédule, cherchant à mettre un nom sur ce visage.
Je me redressai vivement et la pris dans mes bras.
Elle sentait bon. Mon nez dans ses cheveux, je sentais sa chaleur. Neuf ans que j’attendais ça. Je l’embrassai sur la joue, sur les lèvres.
Elle ne répondit pas, se contentant de me fixer, puis sa main vint effleurer mon visage d’un doux geste.
Elle portait un jean et un débardeur noir. Aussi ravissante que dans mes souvenirs.
Je l’embrassai, retrouvant le goût de ses lèvres, caressant son visage, sentant son souffle s’accélérer. Je ne savais même pas où nous étions. Peu importait, en fait. Je l’attirai contre moi, et elle se retrouva allongée sur moi, et je savourai son corps divin pressé contre le mien. Je posai mes mains le long de son dos, les remontant doucement, sans cesser de l’embrasser avidement. D’abord hésitante, elle finit par me rendre mes caresses.
La serrant contre moi comme si je voulais me fondre en elle, je la couvrais de baisers. Je glissai mes mains sous son débardeur, savourant la chaleur de sa peau, alors que nos langues se mélangeaient. Elle se redressa quelque peu, et ôta son débardeur, me dévoilant sa poitrine prisonnière d’un soutien-gorge noir. Je me redressai et la serrai contre moi. Elle se rejeta en arrière et je l’embrassai dans le cou. Elle ondula du bassin contre mon bas-ventre.
Je passai mes mains dans son dos, dégrafant son soutien-gorge et le jetai au loin. Précipitamment, dans l’urgence du désir, je descendis ma bouche le long de son cou et emprisonnai ses mamelons l’un après l’autre, passant ma langue dessus alternativement. Elle glissait ses mains dans mes cheveux en soupirant de plaisir. C’était délicieux. Je la tétai, la suçai, la mordillai.
Je quittai ses seins, cherchant sa bouche de ma langue. Nous retombâmes sur le lit, moi sur elle, la surplombant, me frottant contre elle. Nouant ses jambes autour de ma taille, je lui couvris le visage de baisers.
Je descendis le long de son ventre, l’embrassai au passage, laissant mes mains sur sa poitrine. Puis je dégrafai de mes doigts tremblants la fermeture Éclair de son jean, et le fis glisser le long de ses hanches. J’avais complètement oublié les événements. Plus rien ne comptait, sauf elle et moi.
Bien sûr, au fond de mon cœur, je savais, mais je voulais continuer à me flouer. Nouria vivait en elle. Si je voulais retrouver la raison, être capable de faire face, cela devait se passer comme cela.
Sans même prendre le temps de la déshabiller totalement, j’enfouis ma tête entre ses cuisses alors que ses mains pressaient ma tête contre elle.
J’écartai de mes doigts les lèvres humides de son sexe, avant d’y glisser ma langue, fouillant sa chair, redécouvrant la délicieuse odeur de son intimité. Elle gémit, le souffle court, alors que je couvrais son sexe de baisers, glissant ma langue sur ses lèvres, son clitoris, aspirant et buvant chaque goutte de sa cyprine. J’ouvris son sexe totalement, dégageant son clitoris, passant et repassant ma langue sur elle, sans répit, ne laissant pas une seule parcelle de sa peau inexplorée de ma bouche avide. Elle commençait à crier doucement, à se cambrer. J’en profitai pour glisser mes mains sous ses fesses rebondies pour la garder plaquée contre moi.
La bouche collée contre elle, aspirant et léchant à ne plus en pouvoir, mes mains vagabondant sur ses seins et son ventre, mon pénis dur comme de la pierre enfermé dans mon caleçon, je n’en pouvais plus. D’une main, je descendis ma braguette et laissai sortir mon membre érigé. Elle prit mon visage entre ses mains, le souffle court, m’obligeant à la regarder.
Je remontai le long de son corps, embrassant ses seins au passage, et elle guida mon sexe au bord de son vagin humide et brûlant. Je donnai un coup de reins violent et m’enfonçai en elle, les yeux clos, sentant une chaleur parcourir mon corps, une douce caresse nostalgique qui me donna des frissons. Elle me serrait contre elle, écrasant mon corps contre le sien, mes lèvres sur ses joues, son front, ses lèvres.
Un gémissement me montait aux lèvres, j’enfouis ma tête dans le creux de son épaule, me rendant seulement compte que des larmes coulaient le long de mes joues.
Je restai un long moment allongé sur elle, le souffle court, cherchant à mettre de l’ordre dans mes pensées. Elle aussi était immobile, me serrant contre elle.
Elle ne répondit pas et me garda contre elle, je sentais sa respiration haletante dans mon cou, cela me donnait le frisson.
En vieillissant, Amel avait pris les traits de Nouria, à tel point que cela en était presque surnaturel.
Je me dégageai et m’assis au bord du lit, le cœur encore palpitant dans ma poitrine. Amel se redressa elle aussi, les cheveux en bataille. Je me penchai pour ramasser son soutien-gorge et son débardeur, qu’elle enfila à la hâte. Je remontai mon caleçon et mon pantalon et me rhabillai, le sexe ramollissant peu à peu.
Elle s’assit à mes côtés.
C’était la femme blonde que je croyais avoir déjà vue. Mais où ?
Je n’en revenais pas.
Je ne l’écoutais plus. Je revoyais l’appartement sombre, les deux vampires, et soudain, cette femme qui surgissait, qui me prenait en otage, et soudain, soudain… Une pluie de balles. Moi, à terre, Nouria et sa sœur qui faisaient les mortes, des hommes armés qui surgissaient et qui tentaient de tuer la Chinoise, et Jacques Pigneaux qui tombait sous les impacts…
Elle hocha la tête.
Je me passai une main sur le visage ; en sueur, les muscles douloureux, l’estomac sur le point de me lâcher. Loque humaine.
J’étais si heureux de la revoir, et si effrayé, que tout se mélangeait dans ma tête, au point d’en devenir incompréhensible.
Sa voix s’étrangla.
Amel se leva soudain, mal à l’aise.
Incrédule, elle me fixa.
Ce fut à mon tour de me lever.
David se tenait à la porte.
Je le fixai sans comprendre, mais je remarquai qu’Amel ne le regardait pas. Elle ne pouvait tout simplement pas.
Ce fut comme une décharge électrique en moi. Je bousculai Amel et sortis de la chambre en hurlant.
***
La voiture de police se gara à une dizaine de mètres des autres.
De fait, une quinzaine de policiers allaient et venaient au pied de l’immeuble. Herbert l’arrêta en la retenant par le bras.
Les yeux de la jeune femme brûlaient de rage meurtrière. Il la trouvait magnifique.
Le deuxième étage de l’immeuble brûlait encore ; de grosses flammes léchaient les fondations. Un camion de pompiers, garé au pied de l’immeuble, bouchait le passage.
Abattue, Samia se laissa tomber sur son siège. Herbert redémarra la voiture. Sur le siège arrière, Levalieux était inconscient.
Il ne répondit pas.
Samia sursauta et fit volte-face. Herbert jura, et, laissant une main sur le volant, s’empara de son arme. Une jeune femme se tenait sur le siège arrière. Elle souriait, une goutte de sang perlant au coin de ses lèvres. Le corps de Levalieux gisait à côté d’elle.
Le flic visa et tira.
La moitié du visage de la vampire fut pulvérisé et alla éclabousser dans une gerbe de sang la plage arrière.
Samia enfonça ses ongles dans la joue du flic.
Il porta les mains à son visage, ayant juste le temps de voir une voiture qui fonçait vers eux à toute allure. Il s‘agrippa au volant, essayant de reprendre le contrôle du véhicule, en vain.
Ce fut Samia qui s’empara du volant en hurlant, et donna un coup de frein brusque. La voiture les frôla, faisant des étincelles à la carrosserie.
Lorsque soudain, la vampire se jeta en avant, alors que son visage commençait à se reconstituer dans un affreux bruit humide, envoyant des gouttes de sang partout.
« Ce n’est pas possible », songea Herbert, « on est en plein jour… »
Et pourtant, cela se passait. Il sentit les ongles acérés de la créature s’enfoncer dans sa gorge, faisant jaillir un flot de sang brûlant sur le volant et le siège, aspergeant Samia qui ne cessait de hurler.
***
Mickey Harris se tenait devant la porte close des toilettes. Inquiet, il toqua à la porte. Cela faisait bien un quart d’heure qu’Anita s’y trouvait. Et si elle s’était évanouie ?
La porte s’ouvrit brusquement, avec violence. En un instant, elle fut sur lui, hurlant, tenant entre ses mains le balai à récurer les wc. C’était presque surréaliste. L’arme de fortune le heurta en plein visage. Il hurla en sentant son nez se briser, et le sang couler sur son menton. Il tituba, cherchant à se rattraper au mur sans y parvenir. La femme fondit sur lui, lui expédiant son pied dans l’entrejambe, et la douleur fut si vive qu’il se plia en deux. Coup de genou dans la mâchoire. Explosion de douleur. Suffoquant, il s’écroula au sol. Il tenta d’avaler de l’air, mais les coups répétés d’Anita le privaient de toute force. Déchaînée, un fauve hystérique. Elle l’enjamba et il l’entendit se rendre dans le salon.
Son arme. Dans la chambre ? Le salon ? Il ne s’en souvenait plus. Il essaya de rouler sur lui-même, paniqué. Mais pourquoi ? Il entendait toujours la télévision, dans le salon :
Le visage blafard et ensanglanté de la femme se dessina sous ses yeux. Elle tenait un couteau à découper la viande.
Il sentit la lame s’enfoncer dans son ventre, coup de poignard glacé qui le fit hurler.
La lame glissa le long de sa gorge, s’enfonça dans son visage, perçant son œil, s’enfonça dans sa bouche, déchiquetant ses gencives et sa langue.
***
Elle était attachée sur une chaise. Je me jetai à ses pieds en pleurant. Son corps desséché semblait celui d’une momie.
Amélie et David se tenaient derrière moi, en retrait.
Elle était inanimée, sa peau craquelée comme un vieux parchemin.
Elle ne répondit pas. Amel entra dans le salon et regarda la scène, épouvantée.
Amélie lui désigna une chambre au fond ; elle s’y rendit.
Je n’osais pas la toucher de peur de lui faire mal.
Je ne l’écoutai pas. Mon cœur battait violemment dans ma poitrine.
Sa bouche entrouverte laissa échapper un relent d’odeurs puantes et moisies.
On aurait dit un personnage de cire, ou plutôt un personnage empaillé.
Soudain, un cri derrière nous nous fit sursauter. Amel sortit de la chambre, une main devant la bouche, tremblant de tous ses membres.
Elle se tourna vers nous, les yeux exorbités.
L’Asiatique sortit de la chambre. Il était blême, en sueur. Il tituba et entra dans le salon sous nos regards médusés.
David fit un pas vers le couple.
Sans que je comprenne comment, il bondit sur son ex-fiancée.
À suivre dans le dernier épisode.