| n° 12404 | Fiche technique | 22355 caractères | 22355Temps de lecture estimé : 13 mn | 27/03/08 corrigé 01/06/21 |
| Résumé: Jean à l'orée de sa première année de faculté, s'installe dans un appartement que sa mère a loué pour lui. | ||||
| Critères: h jeunes dispute revede | ||||
| Auteur : Cidoup Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : La femme à la fenêtre Chapitre 01 / 06 | Épisode suivant |
LA FEMME A LA FENETRE -1-
INSTALLATION-
Jean regarde avec surprise sa mère qui vient de rentrer.
Mme Astier pose son sac sur un guéridon et suspend son chapeau au portemanteau du couloir avant de répondre.
Non, il n’a pas oublié. Dans deux mois il affrontera avec d’autres étudiants novices, la redoutable première année du DEUG scientifique. Chaque fois qu’il y pense un sentiment de fierté gonfle sa poitrine, sentiment mêlé d’inquiétude. Pour la première fois de sa vie, il quitte Saint Julien et rejoint la grande ville. Il n’est pas pressé, non pas pressé du tout de s’éloigner du giron familial et surtout d’y penser trop tôt en pleines vacances !
Madame Astier se garde de formuler tout haut sa pensée. Elle a eu tort de faire confiance à son fils chéri. Une confidence de la mère de Gérard au troisième trimestre lui a ouvert les yeux. Jean s’y est pris en retard, beaucoup trop tard. Les parents de l’ami de son fils ainsi que ceux de Sylvain ont fait le siège du CROUS, l’office de gestion de la cité universitaire dès la rentrée de janvier, soit plusieurs mois avant la fin de l’année scolaire. Leur ténacité couronnée de succès avant la fermeture pour congés, leur a valu la promesse ferme d’un logement. Perfide, la mère de Gérard a ajouté qu’elle pense qu’il reste encore quelques studios libres, oh pas beaucoup ! Mais si Jean le désire, elle peut essayer d’intercéder en sa faveur. Madame Astier a poliment décliné. Sans en référer à son fils, elle a activé le réseau de ses amies et s’est mise en quête d’un toit pour abriter sa progéniture.
Libre, le mot magique. Il tourne dans la tête de Jean. Il se voit déjà recevant ses amis au milieu d’un immense salon meublé de profonds canapés… et ses ami-i-e-s dans un vaste lit couvert de coussins accueillants. L’idée le séduit mais il ne peut se rendre sans combat d’arrière garde.
Il n’y a rien qui énerve plus Jean. Sa mère a toujours en réserve un ou une amie à citer en exemple. Dans le cas particulier, la fille de l’amie n’aurait pas reçu la chambre dûment promise à cause d’un député au bras long qui a favorisé un jeune homme qui… etc, etc.
Encore un des adages favoris de sa mère !
L’honneur est sauf, Jean peut capituler sans honte.
Madame Astier se garde de répliquer devant tant de mauvaise foi. Dans le fond, Jean est satisfait. Il n’était pas inquiet, non, mais quand même. Cette question du studio pas encore octroyé ressemblait, à s’y méprendre, à une épée de Damoclès suspendue au-dessus du bon déroulement de la rentrée. Plus de souci de logement, cela soulage ! Un véritable appartement, pour lui tout seul, voilà qui va le poser auprès de ses confrères et surtout consœurs.
Laure Berger, la jeune amie de sa mère ! Son plus cuisant souvenir d’adolescence… L’esprit de Jean s’envole et remonte le temps…
Il est impatient. Sa mère vient de lui annoncer qu’elle doit sortir en ville faire une course urgente et n’a pas proposé de l’emmener, une aubaine. Il a exhumé un livre du fond de la bibliothèque, un livre prometteur. Il n’a pas encore eu le loisir de le feuilleter. L’illustration suggestive de la couverture a émoustillé sa jeune libido. Il compte profiter de cette occasion unique pour parfaire ses connaissances. En attendant le départ de sa mère, il tourne et retourne dans la bibliothèque, n’osant pas poser les yeux sur la couverture convoitée.
La sonnette de la porte d’entrée retentit. Zut ! Qui peut leur rendre visite et annuler son programme ? Madame Astier revient au salon, accompagnée de Laure. Celle-ci, mise au courant des projets de son amie, au lieu de s’éclipser ou partir avec elle, propose de l’attendre en compagnie de Jean.
Il se remémore son air gourmand quand elle disait « jeune homme ». Mais à l’époque, sa déception l’empêcha de déchiffrer les regards pleins de promesses lancés par l’amie de sa mère. Il était si jeune !
De mauvaise grâce, il accepte de s’asseoir à côté de Laure et de répondre à ses questions sur ses études, ses passe-temps puis ses petites amies. Le parfum capiteux de la jeune femme l’enveloppe. Aujourd’hui encore, il le reconnaîtrait entre mille. Jean est gêné. Madame Berger ne se rend pas compte que son corsage s’entrouvre et que, chaque fois qu’elle se tourne vers lui, un sein émerge de la gangue de tissus et s’offre de plus en plus à ses regards curieux. Chaque fois qu’il y pense, et c’est souvent, la scène se découpe dans son esprit avec une précision photographique. Il revoit le globe lisse, la peau légèrement dorée, tentante. Il ressent encore sur sa cuisse la douce caresse d’une paume qui remonte insidieusement vers son short…
Jean réajuste son pantalon, indifférent aux explications de sa mère. L’évocation de ces instants tendres lui fait, malgré l’éloignement, toujours le même effet. Malheureusement en ce temps-là…
… Jean est fasciné par l’aréole plus sombre qui commence à sortir du tissu. Il a envie d’y poser la main, de toucher, de dévoiler cette poitrine affolante. Il tremble. Les doigts de Madame Berger atteignent le rebord du short. Ils se glissent sous l’ourlet. Tout à coup la peur, une peur panique, inexpliquée, le force à se lever. Devant Laure étonnée, il parvient à bafouiller :
C’est toujours avec le même serrement de cœur qu’il se souvient du regard moqueur qu’elle lui lança en reboutonnant avec soin son chemisier.
L’ironie non dissimulée agit comme un révélateur. Il comprend en cet instant qu’il est passé à côté d’une leçon de chose plus passionnante que le meilleur livre. Rouge de confusion, il s’enfuit dans sa chambre. Après quelques minutes, honteux et contrit, il redescend au salon. Laure a quitté le canapé pour un fauteuil et ne lui répond que par monosyllabes. Chacun se plonge dans une lecture jusqu’au retour de la mère de Jean.
Depuis, il ne s’est jamais senti à l’aise lors des visites de madame Berger, bien qu’elle affichât à son égard l’indifférence la plus complète. Elle éludera toutes les tentatives de « renouer » le contact. Jean s’est consolé ailleurs, mais l’image de la courbe du sein de Laure émergeant du corsage reste gravée dans son esprit et constitue encore un des meilleurs accompagnements à ses caresses solitaires…
oooOOOooo
Jean émerge brusquement de sa rêverie. Que dit sa mère ? Il n’ose pas lui faire répéter et ignorera quelles ruses elle et Laure ont du déployer.
Il lui plut tout de suite. Il aurait été difficile dans le cas contraire ! Une cuisine équipée donnant sur la rue, assez grande pour y prendre les repas à deux. Une salle de bain spacieuse, oui spacieuse, avec baignoire et une cabine de douche fermée par une porte transparente. Sur le coup cela le surprend. Pourquoi pas du verre translucide ? C’est gênant. Gênant ? Pour qui ? Après réflexion, il convient qu’on se déshabille dans une salle de bain et personne n’est là pour vous contempler sous la douche !
L’appartement est loué meublé. La salle de séjour comporte un canapé et un fauteuil complété par une table et des chaises dans le coin repas. Du mobilier simple et robuste, parfait pour un jeune homme. Il regrette le sofa profond de son imagination mais admet que celui-là conviendra. La chambre est équipée d’un lit, d’une penderie et d’une petite table. Les fenêtres de ces deux pièces donnent sur un parc. Au fond du parc, un bel édifice.
Au premier étage, en face, des rideaux bougent. Une silhouette féminine regarde dans leur direction puis s’efface.
Il s’approche de sa mère et la prend dans ses bras. Il adore ses indignations pour des broutilles.
Jean regarde du côté de la grande maison. La silhouette revient. Elle les observe. Est-ce la propriétaire ? Elle lui semble assez jeune, comme Laur…, pardon madame Berger. Normal si elles sont amies.
Le parc est magnifique, une vaste pelouse entourée d’arbres majestueux. Des massifs de dahlias jettent des touches multicolores. On ne se croirait pas en ville, à deux pas du centre et de l’animation commerciale. Quel bon prétexte pour attirer quelques tendres consœurs ! Il sent qu’il va se plaire ici.
Jean fronce les sourcils à la perspicacité de sa mère (Oh maman ! Ce que tu peux m’énerver quand tu devines mes pensées ! ). À son âge, il lui faut de saines, oui, saines occupations, la masturbation solitaire n’est pas son sport favori. Il tente de calmer sa génitrice.
Le regard moqueur qu’elle lui jette, le rassure. Message reçu et compris ! Pourvu qu’il ne fasse pas de scandale, il bénéficiera d’une liberté totale. À lui d’en profiter à bon escient et de ne pas en abuser.
C’est confus dans la tête de Jean. Est-ce que la jeune personne est la fille de madame Clément ou celle du propriétaire ? Bof ! Il verra plus tard. Pour le moment cela ne l’intéresse pas. Il regarde la maison. La silhouette est encore là à les observer. Il se retient de faire un signe de la main.
Elle a beau jeu de se gausser. Il ne répond pas, préférant laisser glisser.
Jean montre un coin du séjour, près de la fenêtre.
Sa mère regarde autour d’elle à la recherche d’un défaut éventuel. N’ayant rien trouvé elle lui tend le trousseau de clés.
Son premier chez-moi. Avec émotion il tourne la clé dans la serrure. Une volée de marches conduit au rez-de-chaussée. Une porte ouvre sur le garage, une autre vers le jardin, une troisième enfin sur la rue. Par bonheur celle-ci n’est pas passante. Il n’aura pas à pâtir du bruit de la circulation, d’autant que la chambre donne sur le parc. Au moment d’ouvrir la portière de sa voiture, Jean regarde la façade. Elle est belle cette maison, SA maison ! S’il peut mettre la voiture à l’abri, ce sera parfait. Plein de gratitude il se retourne vers sa mère.
Il la serre dans ses bras et la fait pirouetter.
oooOOOooo
Au cours du premier trimestre Jean apprécie de plus en plus son appartement. Il a visité les minuscules studios de la vieille cité universitaire avec leurs douches et leurs lavabos communs, ainsi que quelques misérables chambres de bonne étriquées et sans confort. Rien de comparable à son logement, vraiment rien ! Il n’a pu s’empêcher de faire étalage de sa chance, ce qui l’a brouillé un moment avec Gérard et Sylvain ses amis d’enfance. Ceux-ci l’ont jalousé. Ils faisaient figure de débrouillards pour avoir obtenu une des rares places disponibles en cité, et voilà que ce blanc-bec vient les narguer avec un splendide deux pièces. Quelles turpitudes a-t-il déployées pour obtenir ce résultat ?
Pour se consoler de la défection de ses amis, Jean s’est dispersé. Il a invité un peu à tort et à travers. Il a sympathisé avec un groupe d’étudiants en lettre et psycho rencontré au restaurant universitaire. Cela n’a pas duré, heureusement. Ses nouvelles connaissances voulaient bien profiter de son hospitalité, mais sans pour autant participer aux frais. À la fois sa bourse et son assiduité aux cours n’y auraient résisté. Un soir, alors que dans son salon ses pique-assiette habituels l’entouraient pour soi-disant le consoler d’un résultat médiocre à un examen partiel, des bruits bizarres l’ont alerté, des gémissements lui semblait-il. En dépit des efforts de ses pseudo amis, il a fait irruption dans sa chambre pour découvrir un couple s’envoyant en l’air sur son lit. Ce qui l’a le plus vexé, c’est de reconnaître dans la fille l’étudiante en psychologie qui l’avait éconduit lorsqu’il avait tenté de l’inviter seule. Cela le mit dans une rage folle. Il ficha tout le monde à la porte, sans laisser aux amants le temps de se rajuster. La jeune fille a essayé de plaider sa cause. Jean lui plaisait, affirmait-elle. C’était pour le rencontrer qu’elle avait suivi la bande. S’il l’avait découvert en fâcheuse posture, ce n’était qu’à la suite d’un malentendu. C’est à contre-cœur, prétendait-elle, qu’elle s’est retrouvée dans cette chambre entre les bras d’un bellâtre. Elle ne s’était pas rebellée uniquement par peur que le scandale rejaillisse sur Jean, et il ne tenait qu’à lui de contrôler la véracité de ses sentiments.
Le jeune homme, aveuglé par la colère, resta sourd à ses suppliques et l’éjecta à demi nue sur le palier avec les autres, jetant leurs affaires en bas de l’escalier.
L’incident fait le tour du campus. Jean découvre par des indiscrétions ce que tout le monde savait, que ses nouvelles connaissances le fréquentaient uniquement pour profiter du calme et de l’isolement de l’appartement. Là, loin de la surveillance jalouse des gardiens de la cité universitaire, ils avaient même institué un jeu. Pendant qu’on monopolisait son attention et qu’on vidait son réfrigérateur, un couple tiré au sort faisait l’amour dans la chambre. Avec honte, il apprend qu’un soir tous les participants, hors lui évidemment, s’étaient à un moment ou l’autre isolés par couple. À son insu, son lit avait supporté quatre étreintes dont deux avec la même fille. Dire qu’il n’a rien vu ! Ne s’est douté de rien ! Des peaux de saucisson devant les yeux et des boules Quiès dans les oreilles, qu’il avait ! Même le désordre sur le lit ne l’a pas alerté, car il négligeait de faire sa chambre, se contentant de tirer les draps pour se coucher. Depuis, il met de l’ordre chaque matin avant de partir ! Pour couronner le tout, l’étudiante surprise, vexée d’avoir été rejetée, minimise sa participation et affirme que Jean la calomnie par pure jalousie, qu’il se venge ainsi d’avoir été éconduit.
Le pauvre garçon abandonne ses prétendus amis et, la tête basse, fait la paix avec Sylvain et Gérard qu’il invite pour réviser dans le calme de son appartement, loin de l’agitation des couloirs de la cité. Dégrisé, Jean se met sérieusement au travail et les résultats suivent.
Le souvenir des cuisses et de la poitrine de l’étudiante surprise dans son lit le poursuit. Il fait le siège des jeunes filles du DEUG qu’il importune pour les attirer chez lui. Sans succès, même auprès d’Isabelle, une très jolie consœur, la seule qui lui ait manifesté de la compassion après sa malheureuse aventure. Il enrage de ne pouvoir faire l’amour dans un lit qui a accueilli tant de couples !
Les vacances de Noël en famille lui donnent l’occasion de se rattraper. Gérard, Sylvain et lui, forment un trio redoutable dans les boites des environs où leur statut d’étudiant fait merveille. Les lycéennes du canton sont moins exigeantes que leurs aînées de la faculté.
En partant, Jean emprunte à sa mère une paire de jumelles.
Il ne dit pas qu’il y a aussi les fenêtres des chambres des propriétaires, derrière lesquelles il devine des silhouettes qu’il aimerait préciser…