| n° 11923 | Fiche technique | 32976 caractères | 32976 5638 Temps de lecture estimé : 23 mn |
05/11/07 |
Résumé: Comme l'avait dit Pattie, nous devons tout reconstruire et ne pas laisser impuni l'assaut du repaire secret de Revebebe. | ||||
Critères: #revebebe #humour #nonérotique #policier #sciencefiction | ||||
| Auteur : Gufti Shank Envoi mini-message | ||||
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Résumé de l’épisode 1 : Je fus réveillé un matin par l’inspecteur Forman de la PAV, la Police des Activités Virtuelles. Il venait m’accuser de contact avec les terroristes sexuels du groupuscule Revebebe. Il me proposa de me blanchir en échange d’une infiltration de leur réseau. Je demandai un délai pour réfléchir, et mis à profit ces quelques heures pour prendre la fuite. Je décidai de tenter de contacter de mon côté Revebebe pour me placer sous leur protection. J’entrai par hasard en relation avec une dénommée Tilya qui m’apprit que j’étais surveillé, et qui se proposa de me guider dans ma quête. Mais un flic de la PAV nous retrouva bien vite et abattit Tilya tandis que je m’enfuyais. Ses dernières paroles furent à mon attention : « Courez et trouvez Fritz au Metropolis. »
Résumé de l’épisode 2 : Réfléchissant à ces paroles, qui semblaient évoquer Fritz Lang, le réalisateur du film Metropolis, j’errai au hasard des rues. Je cherchais des informations sur un endroit appelé Metropolis, mais je ne trouvais rien, si ce n’est que la PAV avait le même objectif que moi. Je trouvai refuge chez Jared, un jeune prostitué qui m’offrait ses services. Et je découvris que le hall de son immeuble était gardé par une femme-robot ; cela me ramenait encore au film Metropolis. Jared m’hébergea quelque temps, mais un communiqué de la PAV tomba sur son ordinateur central, dévoilant mon visage. Il prévint la police et essaya de me retenir, mais je parvins à l’assommer et à prendre la fuite, non sans avoir découvert le nom de la société qui commercialisait ces femmes-robots : la compagnie Mabuse. Encore un nom qui me ramenait à Fritz Lang…
Résumé de l’épisode 3 : Je finis par trouver les locaux de la Société Mabuse. Le hall d’entrée en est gardé par une autre femme-robot, semblable à celle de l’immeuble de Jared. Avec l’aide inespérée d’un des employés, je parviens à entrer, juste avant que la PAV ne retrouve ma trace ; je découvris enfin l’endroit appelé « Metropolis ». C’était en fait une sorte de musée du film. J’y cherchai dès lors une représentation de Fritz Lang, au pied de laquelle je trouvai finalement une sorte de passage secret. Je m’y engouffrai juste avant que l’inspecteur Forman ne me remarque.
Résumé de l’épisode 4 : Le passage me conduisit devant une porte gardée par un accès informatique ; je réussis à la franchir, espérant retarder quelque peu Forman et ses hommes. Je parvins finalement dans une immense salle creusée dans la roche du sous-sol de la ville, qui s’avérait être le repaire secret du groupuscule Revebebe. J’y fus accueilli plutôt fraîchement par des hommes de main de l’organisation, qui me soupçonnaient d’être un flic de la PAV. Mais Pattie me disculpa auprès du grand chef et de ses proches. Un appel d’urgence retentit bientôt, avertissant que de nombreux policiers de la PAV assaillaient le repaire. La plupart des hommes et femmes de Revebebe prirent les armes pour repousser l’assaut, mais les policiers étaient trop nombreux. Pattie et moi parvînmes à nous échapper, emportant avec nous une petite boîte, le reliquaire des ultimes archives informatisées de Revebebe.
Une fois dans la rue, nous n’avions pas particulièrement d’idée quant à où aller, ni Pattie, ni moi encore moins. Nous convînmes toutefois de ne pas traîner dans les parages, risquant à tout moment de voir surgir une armée de flics d’une des nombreuses sorties cachées du repaire. Nous marchâmes, droit devant nous, sans bien savoir où nous allions. Pattie parlait peu, sans doute perdue dans ses pensées, repassant sans cesse le fil des événements qui venaient de se produire. Elle se contentait de répondre brièvement à mes quelques questions.
Elle ne répondit rien, marchant en regardant par terre. Nous allions au hasard des rues ; je ne savais même pas dans quel coin de la ville nous étions, je ne reconnaissais rien. Et la nuit était froide. J’étais crevé, et inquiet aussi.
J’avais encore pas mal du fric que j’avais fauché à Jared, après qu’il se fut jeté sur moi pour m’assommer. Cela devrait suffire pour qu’on survive un moment, mais après ? J’écartai assez vite l’idée de réfléchir à la suite des événements ; il valait mieux se concentrer sur le moment présent. Plus loin, devant nous, une enseigne décrépite d’hôtel clignotait bravement dans la semi-obscurité. Étant donné le quartier plutôt triste dans lequel nous étions, je ne m’attendais pas à un grand hôtel, mais du moment qu’il n’était pas trop crasseux… Deux prostituées attendaient en discutant devant l’entrée de l’hôtel. Nous nous approchâmes. Elles s’arrêtèrent de parler et nous observèrent avec insistance.
J’allais lui répondre plus sèchement que personne ici n’avait besoin d’elle, quand l’autre femme se mit à crier :
L’image de mon visage sur un écran me revint aussitôt en mémoire. J’avais complètement perdu de vue que ma tronche avait été montrée partout, accompagnée d’un sympathique message de la PAV.
Elles m’énervaient, et Pattie paraissait visiblement plus agacée encore. Ah, je n’étais pas dangereux ! C’est ce qu’on allait voir ! Je sortis de ma poche le flingue que j’avais pris dans le repaire de Revebebe avant d’en partir. Je n’eus pas besoin d’en faire plus ; à la vue de mon arme, les deux femmes décampèrent en hurlant. J’attendis qu’on ne les vît plus, pour expliquer à Pattie dans quelle merde nous étions :
Je l’observai un instant silencieusement.
Je marquai une pause, réfléchissant, puis repris :
Poussant la porte d’entrée, elle m’entraîna à sa suite. Le hall de l’hôtel était désert, peu éclairé et parfaitement vétuste. Un véritable hôtel miteux. On s’approcha du desk, embarrassé de toutes sortes de paperasses vieillissantes ; une sorte de sonnette y était posée, que Pattie pressa. Quelques secondes plus tard, un homme aussi miteux que l’hôtel apparut, nous demandant d’un grognement ce qu’on voulait. J’essayai de ne pas le regarder et de faire en sorte qu’il ne puisse pas trop me dévisager. Je glissai néanmoins quelques billets dans la main de Pattie qui demanda :
Elle tendit la somme convenue.
Oh, ça puait… Pattie le regarda sans bien savoir quoi répondre.
Je le regardai sans rien dire, une main dans ma poche sur mon arme à feu. Il soutint mon regard, puis esquissa un sourire, prit les billets et tendit une clé à Pattie qui s’en saisit.
Nous montâmes et rejoignîmes la chambre 12. Elle était petite et vétuste, mais paraissait à peu près propre. Pattie se jeta sur le lit, je me postai devant la fenêtre, regardant au loin, sans savoir bien quoi faire. Mais elle se releva soudain :
Elle sortit un visiophone portable de sa poche et se mit à appeler. Je l’abandonnai pour aller prendre une douche. La salle de bains semblait avoir survécu à plusieurs bombardements, mais elle aussi était relativement propre. Quand j’en sortis, Pattie discutait avec je-ne-sais-qui sur son visiophone.
Elle raccrocha. Et me regarda de ses yeux fatigués.
C’était plus qu’il ne m’en fallait. Je me laissai tomber sur le lit et m’endormis presque aussitôt. Quand je me réveillai, il faisait jour. J’entendis l’eau couler dans la salle de bains. Pattie devait être sous la douche. Je me frottai les yeux et fis quelques pas dans la pièce, m’étirant. Je repassai une fois de plus en revue tous les événements des dernières quarante-huit heures.
Elle était sortie de la salle de bains pendant que je repensais à tout ça. Je ne l’avais même pas entendue arriver.
Elle regarda si elle n’avait rien laissé dans la pièce, reprit notamment la boîte contenant les archives informatisées de Revebebe, puis se prépara à sortir ; je la suivis. Nous descendîmes dans le hall ; le même gars que la veille était là et nous regardait arriver en ricanant grassement. Je fus pris d’un doute : m’avait-il reconnu ? Sans un mot, Pattie posa négligemment la clé sur son desk et on se dirigea vers la sortie. La grosse voix du taulier nous arrêta :
Je me figeai tout net mais ne me retournai pas. Pattie fit de même et me regarda du coin de l’œil ; elle semblait hésiter.
Il y eut un silence ; je devinai Pattie glisser la main jusqu’à la poche où elle avait caché son arme. Je fis de même, prêt à parer au pire. Sa voix tonitrua à nouveau derrière nous :
Pattie et moi poussâmes un discret soupir de soulagement en réprimant un sourire, et sortîmes nos mains de nos poches.
En prolepse, le cicérone professa un borborygme d’acrimonie.
Le jour commençait seulement à poindre lorsqu’on sortit ; mais on devait se dépêcher, le Parc des Origines était en plein cœur de la mégapole, à presque une heure de marche de là où nous nous trouvions. Pattie courait presque et je peinais à la suivre. Nous ne parlions que peu ; sans doute était-elle perdue dans ses pensées, comme moi dans les miennes.
Je repensais à tout ce qui venait de se passer, et plus j’y pensais et plus j’étais persuadé d’être responsable de cet assaut et peut-être d’un massacre. C’était par ma faute que les flics de la PAV avaient pu parvenir au repaire de Revebebe. Et maintenant je fuyais bien tranquillement…
Nous arrivâmes finalement aux abords du parc, sans que j’aie pu me défaire de mes pensées de culpabilité. Je suivais toujours Pattie sans réfléchir ; elle prit une des petites entrées secondaires de l’énorme jardin public. Déjà si tôt, de nombreuses personnes l’arpentaient en tous sens : des gens qui allaient bosser, d’autres qui couraient, d’autres encore pour passer le temps.
La voix de Pattie m’avait tiré de mes songes, mais elle oubliait une chose :
Elle s’arrêta et me regarda avec un sourire narquois avant de se diriger vers l’homme qui avait crié. Je la suivis, penaud. Deux hommes étaient là, assis sur un banc ; ils se levèrent lorsque Pattie s’approcha d’eux et les salua. Elle me présenta ensuite à eux avant d’annoncer à mon intention :
Je leur serrai la main sans savoir quoi dire et sans avoir bien compris lequel était Favasso et lequel Julien.
Je fus interrompu par la sonnerie du visiophone portable de Pattie qui le sortit en se moquant de moi. Elle l’alluma.
Mais personne ne jugea bon de me répondre et la voix reprit :
Pattie raccrocha et rangea son visiophone, puis nous annonça :
À cet instant, un homme qui marchait dans notre direction nous adressa un discret salut de loin. Je devinai qu’il s’agissait de Phil. Quand il fut arrivé à notre hauteur, il salua tout le monde et Pattie me le présenta. En serrant sa main, je lui dis :
Il ne sut pas bien quoi me répondre et regarda Pattie avec insistance, cherchant sans doute plus d’éclaircissement. Celle-ci expliqua alors :
Elle eut comme un tourment dans la voix, une hésitation. Je crus qu’elle allait pleurer, mais elle se contint et reprit pour les autres :
Elle eut une nouvelle hésitation et détourna son visage, qu’elle essuya d’un revers de manche. Il y eut un silence. Favasso (ou Julien, je n’en savais toujours rien) la contourna et vint la prendre dans ses bras, comme pour la consoler. Phil me regarda longuement dans les yeux, comme s’il cherchait à connaître mes pensées, puis me dit :
Je réfléchis quelques secondes à ces paroles ; mais même si c’était vrai, cela ne me remontait aucunement le moral. Je n’appréciais pas d’avoir été l’arme des assassins. Je pensais au bourreau qui faisait tomber le couperet dans mes livres d’histoire, quand j’étais jeune. On trouvait toujours un bourreau… Mais là c’était moi, et involontairement.
Il y eut un silence. On se regarda plus ou moins tous les cinq.
Elle parlait avec véhémence et pendant qu’elle parlait, Phil avait fouillé dans sa poche et en avait sorti une petite clé qu’il tint alors devant nous à hauteur d’yeux.
Si je ne posais pas de question, je ne comprenais toutefois pas grand-chose à tous ces mystères. Et je ne cessais de me ronger intérieurement, malgré ce qu’ils m’avaient tous dit. Ils se mirent à marcher, je les suivis comme dans un rêve, un bon quart d’heure. Il me sembla qu’ils parlaient d’avenir, de reconstruction, mais je n’écoutais pas vraiment. Je cherchai comment de mon côté réparer ce que j’avais provoqué. Ou comment au minimum faire preuve de mon allégeance. Je repensais à ce que Pattie m’avait dit quand nous étions parvenus à fuir : « Je ne laisserai pas cela impuni… »
Nous nous arrêtâmes finalement devant un petit immeuble, apparemment résidentiel ; Phil tapota un code sur un pavé numérique qui contrôlait la porte d’entrée. Je fus soulagé de constater qu’il n’y avait pas de « robot-gardien » ou toute autre chose de ce genre, comme dans l’immeuble moderne qu’habitait Jared.
Nous entrâmes et Phil nous conduisit à un escalier que nous descendîmes pendant deux étages, atteignant les caves du bâtiment ; devant l’une d’entre elles, Phil nous dit :
Il fit jouer la clé dans la serrure, ouvrit la porte, alluma la lumière et nous entrâmes dans une pièce bien plus grande que je n’aurais pu l’imaginer pour une cave. Nous poussâmes presque tous un cri de surprise. Elle était meublée de nombreuses étagères et rangements divers sur lesquels se trouvaient des armes de toutes sortes. Sur notre droite se trouvait un grand bureau où était installé un imposant matériel informatique.
Je ne comprenais pas.
Pattie, Favasso et Julien allèrent inspecter la pièce, scrutant minutieusement chaque coin. Phil s’approcha des ordinateurs et en alluma un. Pour ma part, je ne parvenais pas à décrocher mon regard des nombreuses armes. Je n’avais jamais cru aux allégations de l’inspecteur Forman qui accusait l’organisation Revebebe d’être un groupuscule terroriste, mais je commençais à me poser de sérieuses questions. Et je revoyais notre fuite du repaire, au beau milieu des balles qui sifflaient tout autour de nous. C’était eux les terroristes, ces « invaders » de la PAV. Et je me rappelais aussi le corps du malheureux qu’avait dégommé le chef de l’organisation. Je ne savais plus quoi penser. Mais c’était la culpabilité qui reprenait le dessus. La responsabilité du massacre de cette nuit reposait sur mes épaules. Coupable ! Responsable ! Coupable !
J’étais en train de perdre pied, de péter les plombs. Dans un grand effort, je me repris. Sans rien dire aux autres, et sans les écouter non plus, je me mis à inspecter soigneusement les armes les plus impressionnantes, cherchant à comprendre leur fonctionnement. Une idée stupide et insensée se faisait jour en moi. J’allais venger Revebebe. C’était tout ce que je pouvais faire de toute façon. J’étais absolument incompétent pour quoi que ce soit d’autre ; je ne servirais à rien dans l’avenir que commençaient à entrevoir Pattie et les autres.
Pour ce que j’imaginais aussi, j’étais sans doute parfaitement incompétent ; je n’avais quasiment jamais utilisé une arme. Mais tant pis, j’y arriverais bien. J’avisai sur une étagère ce qui ressemblait à des grenades. Ma décision était prise. J’allais me venger sur le QG de la PAV. Sans un mot, je pris un sac de sport qui traînait par là et le remplis de grenades sous les yeux médusés des autres.
Ma voix était froide et déterminée. Ils hésitèrent un instant puis firent mine de m’empêcher de continuer. Je sortis mon revolver de ma poche, en scandant à nouveau :
Je remplis à toute allure le sac, puis reculai doucement, sans quitter les autres des yeux. Ils devaient s’interroger, se demander si j’étais devenu fou. Devant les yeux inquiets de Pattie, je me sentis obligé de justifier mes actes :
Je me retournai et me mis à courir, remontant l’escalier à toute allure. Je les entendis derrière moi :
Des pas de course résonnèrent derrière moi dans l’escalier. Mais je ne voulais pas qu’ils m’entravent, ma décision était prise. La PAV nous accusait d’être des terroristes sexuels, eh bien ils allaient voir…
Mais ils continuaient de me suivre. Je m’arrêtai et tirai un coup de feu droit devant moi dans le couloir. Cela les dissuada. Je n’entendis plus un bruit. Je me remis à courir, puis passai la porte menant au hall d’entrée de l’immeuble. Je m’immobilisai alors un instant, tenant la porte toujours ouverte, cherchant à entendre s’ils me poursuivaient toujours.
Sans comprendre ces paroles, je sus néanmoins qu’ils ne me poursuivraient pas plus avant. La voie était libre. Il ne me restait plus qu’à accomplir ma triste vengeance. Je rangeai mon arme dans ma poche, puis sortis en hâte de l’immeuble. Je n’avais plus qu’une idée en tête : rejoindre les locaux principaux de la Police des Activités Virtuelles et y faire un carton comme ils l’avaient fait juste avant dans le repaire secret de Revebebe. Et tant pis si j’y perdais la vie ! Ils m’avaient mis sur la conscience les assassinats en règle de plusieurs personnes. Je ne pourrais plus vivre avec ce poids. Des innocents paieraient sans doute, mais c’était le prix de ma vengeance. J’étais comme fou, j’étais devenu fou…
Je marchai à toute allure d’un pas décidé vers le centre-ville ; le siège central de la PAV était proche du ministère des renseignements, dans la « Ville Florissante » comme ils l’appelaient. Je me retournai régulièrement pour voir si personne ne m’avait suivi ou rattrapé, mais ma seule crainte était plutôt d’être reconnu d’ici que j’arrive jusqu’aux QG de la PAV, par un quelconque bon citoyen qui ferait son devoir. J’avançai une bonne demi-heure, stressé, sombre et pleurant presque parfois, déterminé à devenir un horrible assassin. Mais c’était la PAV qui aurait fait de moi un criminel. L’assaut meurtrier sur le repaire de Revebebe ne resterait pas impuni !
Je parvins finalement devant un immense bâtiment d’État, bardé de drapeaux et de signes distinctifs de toutes sortes, au-dessus duquel était scellées trois énormes lettres en cuivre doré : P, A et V. J’avais atteint mon but. Trois ou quatre policiers en uniforme faisaient les cent pas devant le bâtiment, contrôlant vaguement les gens qui y entraient. Ils ne devaient pas ouvrir mon sac, ils ne devaient pas me voir.
Je n’avais plus le temps de réfléchir. Je me dirigeai à vive allure vers les quelques marches qui menaient à l’entrée de l’édifice ; un policier s’avança vers moi. J’eus le réflexe de sortir mon pistolet, mais j’aurais été descendu avant d’avoir pu en faire quoi que ce soit. Du coup, emporté dans ma folie, je sortis carrément une grenade de mon sac, la dégoupillai en une fraction de seconde et la lançai au policier en criant :
Il l’attrapa au vol, sans savoir de quoi il s’agissait, puis comprenant, la jeta derrière lui et se mit à hurler :
Mais le temps qu’il dise cela, j’étais déjà rentré. Sans cesser d’avancer, je dégoupillai rapidement un autre explosif et la posai sur le sol juste au niveau de l’entrée. J’entendis des coups de feu derrière moi et me mis à courir dans le petit couloir. Je sortis mon flingue en hurlant aux deux secrétaires d’accueil et aux quelques personnes devant moi :
Je tirai quelques coups de feu en l’air, qui achevèrent d’horrifier tout le monde. Une formidable détonation se fit entendre dehors, à l’extérieur du bâtiment. Ça y était, je savais me servir d’une grenade ! Je courus jusqu’à une porte où était marquée : Anti-activisme politique. Sans chercher à comprendre, je l’ouvris et balançai une grenade à l’intérieur, puis refermai la porte. Je continuai et parvins à un escalier, que je gravis à toute allure. Une deuxième explosion se produisit derrière moi.
À l’étage, j’arrivai dans un autre couloir, qui donnait sur trois portes, marquées : Anti-activisme syndical, Anti-activisme fiscal et finalement Anti-activisme sexuel. J’abandonnai les deux premières et fonçai vers la troisième que j’ouvris en déclavetant une quatrième bombe.
Et je me trouvai soudain nez à nez avec l’inspecteur Forman, entouré de trois ou quatre autres policiers, qui me reconnut aussitôt :
Oui, c’était cela, j’étais Gufti Shank, et je venais me venger et venger les mémoires de tous les membres actifs de Revebebe.
J’entendis des pas de course derrière moi ; je n’allais sans doute pas tenir longtemps. J’en dégoupillai encore une, pour la lancer dans le couloir, mais j’entendis soudain plusieurs coups de feu, et je sentis simultanément une vive douleur en plusieurs endroits du torse et de l’abdomen, en même temps que je reçus un coup sur la tête.
« Je m’attendais presque à pire… » me dis-je, en tombant tiré en arrière par la poigne solide de l’inspecteur Forman. Une nouvelle explosion retentit ; des fumées grises envahissaient les locaux.
Curieusement, je repris conscience. J’étais étendu, allongé sur le dos. La demi-seconde qui s’écoula entre le moment où je m’éveillai et celui où j’ouvris les yeux me parut durer une éternité. J’étais bien. Je n’avais aucune idée de l’endroit où j’étais, ni du temps qui s’était écoulé depuis que je m’étais effondré. Je ne ressentais presque plus de douleur. Puis mes paupières se levèrent, péniblement. La lumière blanche m’aveugla. Je tentai de bouger les bras et les jambes, doucement. Tout semblait répondre. Je me frottai vivement les yeux, commençant à m’habituer à la lumière.
La première chose que je vis fut le visage souriant de Pattie, penchée sur moi. J’écarquillai les yeux, cherchant à comprendre où j’étais. Je tournai la tête en tous sens. Et j’eus un haut-le-cœur. J’étais chez moi ! Allongé sur une table, dans mon petit studio que j’avais quitté en hâte avant que Forman ne vienne m’utiliser. Je poussai un cri et tentai de me lever.
Je me tordis le cou pour voir qui m’avait parlé. C’était Revebebe en personne…
Je me décrispai donc, attendant et quelque peu rassuré de le voir en vie. Tournant la tête, je remarquai soudain que de très nombreuses personnes étaient en fait autour de nous ; il y avait là Phil, Favasso et Julien, mais aussi Padoum, Atchoum et Patrick, vivants. D’autres encore étaient là, que je ne distinguais pas encore précisément au travers de la brume qui étouffait encore mes yeux lourds.
Je poussai un hurlement d’égarement.
C’était l’inspecteur Forman qui venait de s’approcher.
C’était Jared, qui me souriait aussi.
Je mis quelques secondes avant de reconnaître Tilya.
Je ne sus si je devais rire ou pleurer. Je regardai lentement tour à tour la vingtaine de personnes qui m’entourait. Puis je finis par sourire.
Je l’écoutai sans dire un mot, et repassai rapidement toutes les étapes de mon « aventure » : l’inspecteur Forman qui venait me faire chanter, Tilya qui m’attendait à la sortie de mon studio et m’aiguillait sur la piste de Fritz Lang et du Metropolis, Jared qui me cueillit où et quand il le voulait et m’emmena jusqu’à « chez lui », la femme-robot qui acheva de me conduire jusqu’à la société Mabuse, l’homme qui m’y accueillit (que j’aperçus dans un coin de mon appartement et qui me regardait avec un sourire), le repaire secret de Revebebe et la fuite dans les rues de la ville, l’hôtel, le parc, la cave secrète…
Je marquai une pause, observant longuement Revebebe qui attendait patiemment que j’aie posé toutes mes questions.
Je ne pus m’empêcher d’éclater finalement de rire. Je me levai péniblement, puis ne sachant que dire, proposai :
Plusieurs personnes rirent.
Je soupirai longuement. J’étais enfin détendu vraiment. Guilleret, je regardai encore une fois chacune des personnes qui m’entouraient, et qui avaient participé de près ou de loin à mon aventure. J’observai en dernier le visage détendu de Revebebe et lui demandai avec un sourire :