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Temps de lecture estimé : 8 mn
17/10/06
Résumé:  L'imprévu. Voire des imprévus.
Critères:  ff fgode jeu
Auteur : Erlinde      Envoi mini-message

Série : Elodie

Chapitre 02
Tentation

La colère fait bouillonner ma tête aussi brusquement que tout à l’heure les caresses d’Élodie.


Frustration ?

Frustration ? Non mais elle se prend pour qui ?

Me faire ça, et se désaper devant moi comment si je ne demandais qu’à lui sauter dessus ! La garce, je vais la…


Rien du tout. Au lieu de lui sauter à la gorge, je fonds en larmes, le visage dans les mains, un vrai film.


Facile, comme porte de sortie, quand votre propre hypocrisie vous douche brutalement.


Je l’ai désirée depuis le début. Je la regardais, je la humais. Oui, je la désirais. Hypocritement. Je la blaguais sur ses fringues, tout en dévorant ce qu’elles me laissaient entrevoir. Pareil pour ses "entrées sans frapper", par une porte jamais fermée. Et pour les conversations sur le sexe, dont je prenais souvent l’initiative. Sans oublier bien sûr d’étiqueter Élodie "aguicheuse", pour mieux me cacher à moi-même mon envie d’être aguichée. Et sans penser une seconde - telle est prise… - qu’Élodie, qui à trente ans n’avoue qu’une demi-douzaine d’amants, avait peut-être éludé les amantes.


Je pleure de plus belle. Je me déteste. Je n’ai rien anticipé. Rien contrôlé. Et au final, rien assumé.



Je m’étrangle dans mes sanglots. Elle est encore là ? Pourquoi elle ne s’en va pas ? Pourquoi elle reste là à me voir souffrir ?


Elle reprend à mi-voix:



Je relève la tête. Je cligne des paupières pour écarter les larmes qui continuent de couler, trop vaniteuse pour essuyer mes yeux. Élodie est accroupie devant moi. Elle a rattaché les boutons de son chemisier. Elle me tend la serviette jetable sur laquelle était posé son thé.



Je renifle un grand coup. Je prends la serviette tendue, m’essuie le visage, me mouche. Essaye de la regarder dans les yeux. Je ne peux pas.



Mes yeux rencontrent les siens, les quittent, reviennent, repartent.



Rien. Alors que si je reste prostrée comme une idiote, elle partira pour ne plus revenir. Et moi pour ne pas la rappeler. Je me lève du sofa, de côté pour ne pas buter dans Élodie - et pour ne pas la regarder. Tout en me dirigeant vers l’escalier, je lui lance par dessus mon épaule :



Dix minutes plus tard, nous marchons d’un pas vif vers la jardinerie située au bout de ma rue. Il fait toujours frisquet, mais aucune de nous ne s’en plaint: je suis encore un peu en sueur des émotions de tout à l’heure, et Élodie doit quand même être un peu frustrée, même si elle n’en dit mot.


Sous la verrière du magasin, nous parcourons lentement les allées. Un lieu agréable, abrité du vent, presque vide de clients un après-midi de semaine, avec des bouffées de senteurs qui passent devant les narines. Nous échangeons sporadiquement des banalités, sans nous regarder :



Nous nous arrêtons enfin devant les fameux rosiers. Aucun intérêt, ces machins. Allez, me dis-je, respire un grand coup et lance-toi. Je saisis doucement le bras d’Élodie. Ses yeux se figent, seule sa tête pivote vers moi, jusqu’à ce que son regard croise le mien. Ce regard que je lui ai vu tout à l’heure, à la fois attentif et un peu surpris.



Et vlan ! Made in Élodie, la mise au point: courtoise, ponctuée d’un gentil sourire, élégante mais droit au but. En clair, j’ai fantasmé sur Élodie, elle a pris mon fantasme au mot, et je n’ai pas assuré.



Toujours ce sourire. Élodie, la Mona Lisa de banlieue. M’énerve !



Un éclair d’agacement (de colère ?) a traversé son visage. Je la vois respirer profondément, une fois, deux fois. Elle reprend:



Qu’est-ce qu’elle va me pondre encore ?



Rien que pour ce "nous", je lui sauterai au cou comme une lycéenne !



Je me demande comment je dois l’entendre. Et le prendre. L’assurance d’Élodie, ça allait. Si elle commence à se la jouer à m’apprendre la vie, je ne sais pas si on va on se revoir souvent.



Un mois a passé. Ce jeudi, c’est la deuxième fois que je revois Élodie depuis le "jour des rosiers".


La dernière fois, je l’ai appelée pour lui donner rendez-vous en ville, dans un café. Ce n’est plus trop mon truc, mais pas question de la recevoir de nouveau chez moi. Au moins pour quelque temps. Malgré ce que je craignais, ça c’est très bien passé. Nous avons papoté comme d’habitude de tout et de rien. Pas de cours d’Élodie sur la tentation. Et surtout de rien à propos de sexe et de la dernière fois.


Cette fois-ci, c’est Élodie qui a appelé :



Le "truc" d’Élodie est arrivé mardi par la poste. Ça a la forme et la taille d’une clef USB, un bloc de plastique tout en rondeurs, rouge profond et doux au toucher. Sur une face, il y a une sorte de curseur, qui peut se déplacer presque sur toute la longueur de l’objet. Pas de témoin lumineux, pas de bruit trahissant une quelconque activité, pas de vis, pas de trappe pour les piles. Juste ce curseur et, à une extrémité, une référence gravée: RHFAD-MV. J’aurai pu téléphoner à Élodie pour demander une explication - que je n’aurai certainement pas eu. Ou simplement faire une recherche Internet sur la référence. Mais je suis finalement plus curieuse d’entendre l’explication d’Élodie.



Je ne peux m’empêcher de glousser. La garde-robe d’Élodie habillerait une famille royale pendant une décennie, mais bon, elle n’a rien à se mettre… À preuve, ce tailleur bleu marine qu’elle arbore sur un chemisier de soie crême. Je ne lui ai jamais vu, pas plus que les mocassins marine et le sac à main assorti, et l’ensemble crie "Porté pour la première fois".



Je suis contente d’avoir réussi à caser si vite ma phrase "allusive" préparée à l’avance. Même pas peur ! Juste pas arrivée à la balancer en regardant Élodie dans les yeux.


Je continue :



Nous sommes attablées au fond du salon de thé du centre commercial. Pas grand monde, même les employées du centre venues déjeuner ici d’une tarte sont en train de partir.



Un sourire extrêmement coquin illumine le visage d’Élodie.



Elle ne va recommencer avec sa théorie à deux balles, si ?



Je me rembrunis. Si elle fait allusion à l’autre fois…



Passionnant. S’il y a quelqu’un qui est imperméable au charme de ce genre de gadget, c’est bien moi.



Les yeux brillants, Élodie m’adresse un grand sourire :



Je suis sans voix. Décidemment, elle a le chic pour me faire monter le rouge aux joues - et le chaud ailleurs.


Faisant semblant d’ignorer mon trouble, Élodie se consacre à l’addition. Elle dépose quelques pièces sur le ticket, se lève, passe la bretelle de son sac à main sur son épaule.