| n° 10842 | Fiche technique | 10971 caractères | 10971Temps de lecture estimé : 7 mn | 02/10/06 |
| Résumé: Une femme, ayant retrouvé son amant de toujours, fait part de ses fantasmes amoureux. | ||||
| Critères: f revede | ||||
| Auteur : Rosa Thurner Envoi mini-message | ||||
| DEBUT de la série | Série : Les retrouvailles Chapitre 01 | Épisode suivant |
Croire en Dieu ne signifiait rien pour elle. Si cette entité d’énergie positive, comme négative, suscitait l’agitation humaine pour déterminer dans la vie de chacun ce qui était le bien par rapport au mal, elle n’y adhérait en aucun cas. Mais comme pour beaucoup de monde, c’était certainement pour se déculpabiliser. Si même Dieu pouvait faire le mal, il fallait donc admettre qu’en chacun d’entre nous, il existait bien une face obscure avec laquelle il fallait se construire et apprendre à vivre.
Convention, certitude, résignation et travail sur soi ne faisaient donc plus partie de son vocabulaire depuis lui, lui qui depuis quinze ans faisait de courtes incursions dans sa vie, et dont elle avait tant de mal à se passer. Elle ne pouvait véritablement expliquer ses propres envies, ni pourquoi elles existaient ni comment elles subsistaient après tant d’années mais elles étaient là, forces motrices de ses pensées et motivations.
Quel dommage en somme que ses envies n’allaient pas dans le sens de ses objectifs, que la vie consciente et sociale avait tracés pour elle durant toutes ses années !
Elle lui écrivait donc encore et encore, avec la même ferveur que les premières années où son stylo râpait le papier pour y ébaucher sa soif de lui, de sa présence. Cette émotion, qu’il avait suscitée quinze ans auparavant, avait détruit sans ménagement son système de défense immunitaire bien établi pourtant à l’encontre du sentiment amoureux et constitué principalement de fierté, de famille et de religion.
Et elle ne se lassait pas d’en décortiquer l’influence présente à chaque instant de sa vie.
Justement, c’était de ces instants qu’elle aurait dû partager avec lui et dont elle avait tant de difficultés à lui transmettre. De ses longues rêveries de lui qui l’amenaient dans certains cas à quelques moments cocasses, elle estimait dans sa pudeur de femme qu’il n’était pas prêt à en entendre le récit. Cela l’aurait contrainte à révéler cette part obscure d’elle-même qu’elle mettait tant d’ardeur à dissimuler et qui pourtant la faisant vivre et qui l’appelait comme une libération de ses sens.
Il lui était arrivé un matin de printemps (tellement rare sur Paris qu’il méritait d’être mentionné), une chose bien étrange. Ce devait être la première fois que ses rêves éveillés prenaient le pas sur le monde qui l’entourait. Elle se rendait chez son comptable pour le bilan annuel de sa société. Comme d’habitude, elle se gara sur un emplacement matérialisé pour les livraisons pour ne pas perdre de temps et, dans son culot inouï, pria le Dieu des pervenches pour qu’elles restent profiter du soleil aux terrasses de bistros.
Elle s’installa dans le bureau, le comptable la fit patienter. C’était un jeune homme d’environ 28 ans qui vint s’occuper de son bilan. Elle ne l’avait jamais vu. Il se présenta et partit lui chercher un café, puis s’installa pour lui détailler son travail sur son entreprise. Et là, elle le regarda. Ses yeux bruns bordés de cils fins et longs lui firent penser à lui. Son esprit s’envola vers Palavas, les flots où ils avaient pris un café en bordure de plage. Elle le vit lui sourire, lui prendre la main et lui embrasser la paume (chose que dans la réalité, il ne lui avait jamais faite). Elle en resta complètement moite de désir, et se retrouva dans ce bureau de comptabilité, l’esprit à la dérive, loin des chiffres et des efforts fournis lors de cette année d’activité, à frémir de son baiser imaginaire. Elle sursauta ; le jeune homme la regarda surpris, et lui demanda :
Évidemment, elle n’en pensait pas un mot, mais ainsi avait-elle pu cacher cet émoi qui lui avait étreint le cœur et le reste derrière ce mot « magnifique » qui reflétait surtout le moment de rêverie qu’elle venait de vivre…
Son esprit était-il à cet instant devenu fou ? Elle se demandait jusqu’où ce désir pour lui irait.
Il était tellement bon, ce désir, qu’elle le suscitait et le provoquait afin d’en extraire cette jubilation qui ne manquait pas de la transporter au-delà de sa réalité. Il lui arrivait d’accepter un café avec un inconnu juste pour la ressemblance avec lui, alors que pourtant elle ne supportait pas d’être abordée dans la rue.
Autre souvenir… plus cru celui-là. Elle avait conversé avec lui par l’intermédiaire d’un t’chat, conversation qui avait porté sur leurs désirs mutuels, puis ils avaient dû interrompre précipitamment à cause d’une visite inopinée qu’il avait eu sur son lieu de travail et qui l’avait laissée, elle, sur sa faim… Elle fonça alors au magasin du coin pour faire ses courses et ravitailler sa famille qui, sans cette démarche, aurait dû se contenter des restes. Elle commença à remplir son panier de la ménagère de moins de 50 ans qu’elle était malgré elle, en songeant à ce qu’il venait de lui dire, aux caresses qu’ils se promettaient et qu’ils ne faisaient pas, à ses mains… à leurs mains… Elle se retrouva frissonnante dans les rayons, parcourue du plaisir que les mots échangés avaient initié en elle et qui était devenu toute sa joie de vivre. Arriva à sa rencontre un père d’élève qui lui fit la bise, qui faisait avec elle partie d’association, qui l’avait en couple déjà invité chez lui, un « copain » en quelque sorte et qui lui annonça la naissance de son nouvel enfant. Brusquement, la voilà contrainte de reprendre pied dans la réalité.
Elle le félicita, le cœur battant, et ils parlèrent un moment des actions en court. Elle sentit subrepticement le long de sa jambe, puis de son mollet gauche, comme une pluie fine… Elle regarda en l’air, rien ne semblait couler. Nicolas (nom du copain) lui demanda à cet instant :
Il regarda à son tour :
Elle s’aperçut en rougissant jusqu’aux oreilles que ce liquide transparent, elle le connaissait bien, et qu’il témoignait, en des lieux moins incongrus que celui où elle se trouvait et où il n’aurait jamais dû apparaître, de l’état d’excitation intense dans laquelle il l’avait laissée une heure plus tôt. Elle esquissa une sorte de retraite, en prétextant que le temps n’était pas extensible et qu’il lui fallait rentrer.
Elle n’aurait jamais supposé ses muqueuses capables de réagir à de simples suggestions mentales en des lieux aussi peu romantiques que des étagères de supermarchés !
Elle ne s’expliquait plus toute cette agitation activée par un simple sentiment mûri dans le bocal en forme de tête humaine. Mais elle ne cherchait plus d’explication à sa nature folâtre qui manifestement faisait partie de sa personnalité. Évidemment, elle enviait assez la résistance qu’il avait lui, face à ce désir qu’elle avait tant de difficulté à canaliser et qui débordait de la case qu’elle lui avait assignée. Souvent, elle pensait que ce désir n’était pas réciproque dans son intensité malgré les messages qu’il lui envoyait pour la rassurer.
Ce sentiment de manque et de déséquilibre entre elle et lui l’aurait déçue et vexée autrefois. Ce n’était pas le cas aujourd’hui. Elle n’était pas responsable du manque éventuel de réciprocité. Ses priorités à lui étaient ailleurs. Et qu’y pouvait-elle en fait ? Qu’avait-elle de tellement exceptionnelle à offrir qu’une autre n’aurait pas ? Les femmes sont toutes semblables.
Cette idée l’avait longtemps tenue à l’écart de lui, afin de s’en désamouracher, de le rendre aussi petit qu’un point à l’horizon, mais son cœur et ses pensées lui étaient restés fidèles. Elle aurait voulu remplacer un homme par un autre, mais c’était aussi ridicule que de se satisfaire de musiques commerciales quand on avait goûté les extases sonores que l’opéra procure aux sensibilités mélomanes.
Seul lui aurait pu lui dire ce qui différenciait à ses yeux une femme d’une autre, et qui la rendait irremplaçable. Le désir amoureux d’un homme pouvait-il se résumer à l’envie du sexe de la femme ? Y avait-il des différences aussi évidentes entre les sexes des différentes femmes que pour les sexes d’hommes ? Pour le savoir, elle se mit à explorer son sexe dans le but d’analyser ce que lui aurait bien pu trouver d’émouvant, de plaisir et de pâmoison…
Elle l’avait évidemment déjà parcouru, mais de son point de vue, à l’écoute de son corps. Là, elle s’efforça de faire abstraction de ses sens pour se concentrer juste sur le ressenti de la pulpe du bout de ses doigts, puis plus profond, essayant de percevoir la délectation que pouvait y éprouver un homme. Elle fût déçue… L’univers humide et chaud de l’organe caverneux et méandreux, nommé communément en français « con », employé aussi pour désigner un imbécile dont la méchanceté n’obligerait à l’indulgence que par sa bêtise, ne lui inspira alors qu’une incompréhension qu’il lui faudrait ultérieurement éclaircir.
Elle se dit alors que l’étroitesse de l’endroit pouvait procurer la pression stimulatrice nécessaire à l’embrasement masculin, et qu’il fallait poursuivre sa recherche en contractant ses parois vaginales afin que l’ensemble des doigts soit pris en étau. Ses doigts n’en éprouvèrent aucun plaisir mais elle répéta l’opération si systématiquement qu’elle perdît de vue l’objet de son exploration, submergée par l’onde de plaisir qui lui parcourut alors le bas du dos et l’aboutissement fondamental de toute l’affaire ne se fit pas attendre. Le bien-être retrouvé, elle conclut alors qu’elle devrait se résoudre à lui poser la question.
Elle en soupira d’aise, pouvait-on vivre éternellement à l’intérieur de son rêve ? Ou fallait-il franchir le seuil du réel pour assumer l’entièreté de ses actes et les insuffisances de sa propre vie ?