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Temps de lecture estimé : 10 mn
19/04/06
Résumé:  Il faut parfois s'attendre au revers de la médaille...
Critères:  fh hagé fagée grossexe fsodo humour
Auteur : Armel  (Libertin sentimental)            Envoi mini-message

Série : La brioche

Chapitre 02
Retour du bâton

La persifleuse, source de tous les soucis sournois d’Hélène, sortit un peu troublée de la boulangerie. Elle y était entrée sûre d’elle, mais l’étrange sollicitude de la jeune femme la déroutait quelque peu. Juste après avoir manqué de perdre l’équilibre en descendant du trottoir pour traverser, Rolande regarda autour d’elle. Elle fut rassurée de constater qu’il n’y avait eu aucun témoin de son attitude ridicule au moment de s’approprier à nouveau les lois de la pesanteur.


Du coup, cet incident lui avait remis les idées en place. Elle reprit son aplomb coutumier et sa certitude de dominer la situation. Mais pour assurer ses arrières, elle fit quand même un petit détour par l’église pour y brûler un cierge, un beau, un des plus gros. Il fallait bien cela pour exaucer ses vœux, même les plus noirs. Mais ce n’était pas la seule raison. L’idée de retourner chez elle, dans son petit univers sordide et étriqué ne l’enchantait guère. Elle avait besoin de réconfort. Et malgré l’obscur venin qu’elle distillait à longueur de temps, elle avait une conscience sourde et douloureuse de sa pauvre condition. Elle sentait sans vraiment comprendre que ce poison avait envahi tous les recoins de son âme.


Dehors, elle exultait. Elle se sentait détentrice d’un pouvoir sans limites, malveillant et destructeur. Cependant, quand se levait la perspective du retour aux pénates, elle devenait encore plus rabougrie, si cela était possible. Elle se ratatinait, s’emplissait d’une aigreur nauséabonde. Car, il faut le préciser, à la maison l’attendait Georges. Georges était le mari. Enfin, le mari si l’on veut bien concevoir toute la relativité que peut parfois revêtir ce mot. Sans conteste le mari du point de vue de l’Etat civil. Pour le reste, celui-ci devait s’accommoder du modeste rôle que lui réservait sa femme dans le couple et du refus inébranlable et systématique de la part de cette dernière d’accueillir ses hommages avec toute la joie et l’ardeur requises et ce, depuis de nombreuses années. Depuis vingt-cinq ans, c’était ceinture.


Sa crasse congénitale y contribuait, d’ailleurs. D’autre part, Georges n’avait pas été doté par la nature de brillantes facultés intellectuelles. Il était également bien trop veule et lâche pour envisager la moindre révolte contre la dictature imposée par sa femme. De loin en loin, seules quelques prostituées rémunérées au-delà du tarif officiel avaient consenti à soulager sa frustration. Sans ce secours inespéré, il se serait sans doute gangrené des glandes concernées par cette activité physiologique, ou bien certaines muqueuses délicates auraient été victimes d’irritations proches de brûlures au troisième degré sous les agressions d’une poigne effrénée.


Pour finir, l’alcool n’avait rien arrangé. Sa propension naturelle à la faiblesse l’y avait plongé dans des proportions que le simple litre ne suffisait plus à estimer. Les grands soirs, cela le ramenait à un état proche de sa condition ordinaire : l’amibe. Et si Rolande avait eu les moyens de se représenter mentalement cette forme de vie primaire, elle aurait sûrement affublé son Georges de ce surnom. Mais quand la colère la prenait, c’étaient bien d’autres noms de fleurs et d’oiseaux qui fusaient…


Ce matin, d’ailleurs, elle savait dans quel état elle risquait de retrouver Georges. Au lever, déjà, il avait attaqué sec, mais avec toute la maîtrise et la mesure d’un picoleur expérimenté. D’abord la bière, au réveil, juste histoire de se « déglacer la glotte », comme il avait coutume de dire. Le gros rouge venait ensuite, pour accompagner le café de trois jours et les tartines de saindoux. Il prenait ses marques. Elle l’avait laissé peu de temps après cette étape, au moment où il s’apprêtait à descendre chercher la gnôle à la cave. La cave… La cave et son escalier… Combien de fois avait-elle abusé de cette encaustique particulièrement glissant sur les marches traîtresses ? Elle ne savait plus. Et lui, constamment dans les limbes cotonneux de l’ivresse, ne s’était jamais demandé pourquoi elle mettait autant de soin et d’application à cirer des marches en pierre avec un produit destiné aux meubles d’antiquaire… Il ne lui était encore rien arrivé.


Cependant, quand Rolande franchit le seuil de la maison, elle fut surprise de constater le peu de dégâts occasionnés par la boisson. Georges avait dû mettre un frein après la muflée gargantuesque de la veille. Le foie a ses raisons, parfois… Elle déposa la brioche sur la table. Elle fit ensuite mine de s’affairer à la cuisine. En réalité, de cette pièce, elle pouvait épier et surveiller son énergumène tout à loisir. Quelquefois, à cette heure, il lui prenait la fantaisie de se lever de son fauteuil éventré et de se coller à elle pour de pathétiques tentatives d’assauts plus ou moins sexuels. Efforts aussi imbibés que vains. La réaction ne se faisait jamais attendre : elle le repoussait violemment, sachant qu’à cet exercice, elle était toujours gagnante à cette heure de la journée. Elle agrémentait invariablement le tout d’un florilège de jurons et de qualificatifs assez évocateurs. Elle avait une longue expérience de ce genre de pratiques…


Oh, elle était bien passée une ou deux fois à la casserole au début de leur mariage. Mais l’impéritie fiévreuse de son mari ne lui avait pas laissé de souvenir impérissable, voire pas de souvenir du tout. Néanmoins, ce matin-là, le comportement de Georges l’inquiétait. Il semblait ne pas avoir encore atteint ce point de non-retour qui l’amenait aux lisières du coma éthylique. Coma qui lui permettait, à elle, d’être tranquille tout le reste de la journée. Elle pouvait alors se livrer à l’un de ses passe-temps favoris : la perfidie.


Ce contretemps l’incita à évacuer les lieux et d’avancer l’heure de cet exercice quotidien. Elle laissa Georges enfoncé dans sa bergère se livrer à son simulacre de lucidité que trahissait le journal qu’il tentait de déchiffrer, à l’envers. Elle se coupa une part de brioche encore tiède, se servit une tasse de café et emporta le tout. Elle gravit les marches de l’escalier vermoulu. Une fois parvenue dans sa chambre, elle prit la précaution de s’enfermer à double tour.


Depuis longtemps, ils faisaient chambre à part. Elle tira d’une poche de sa blouse une petite clé d’acier patiné. Elle ouvrit à l’aide de celle-ci le battant du vieux secrétaire qui ornait un coin de sa chambre puis s’installa avec délice sur sa chaise, devant les petits tiroirs du meuble. De l’un d’eux, elle sortit tout un tas de coupures de journaux découpées avec soin, au gré des besoins de sa médisance. Elle resta un instant plongée dans ses pensées torves, savourant lentement et avec une gourmandise retenue sa part de brioche accompagnée de quelques gorgées du breuvage brun. La pâtisserie moelleuse lui parut encore plus suave qu’à l’accoutumée. Elle se demandait comment le boulanger trouvait le temps et le talent pour élaborer une telle merveille. Il lui fallait aussi le temps de s’occuper de la belle boulangère, si épanouie, créature qui irradiait la concupiscence. Mais elle se dit que pour cela, elle avait aussi le mitron… Elle se rembrunit.


« La salope ! »


Les mains légèrement tremblantes, elle s’empara d’une paire de ciseaux chromés de couturière et entama son ouvrage. Ses réflexions l’avaient inspirée. Les mots pernicieux semblaient éclore d’eux-mêmes. Elle avait toujours excellé dans le découpage, une des rares occasions de se distinguer à l’école, déjà. Elle fut un instant distraite de sa tâche. Georges s’agitait anormalement au rez-de-chaussée. Elle perçut le bruit de vaisselle malmenée, de chaises déplacées avec rage, accompagné de marmonnements comminatoires. Elle posa la paire de ciseaux pour écouter et tenter de décrypter cette excitation bruyante. Ce fut lorsqu’elle entendit les pas lourds dans l’escalier qu’elle décréta l’état d’alerte. Elle entassa en hâte son matériel dans le secrétaire avant de refermer celui-ci, non sans une certaine maladresse. Elle se précipita ensuite vers la porte pour y coller son oreille. Pas de doute, c’était bien Georges qui montait, aussi incroyable que cela pouvait paraître. Paniquée, elle regarda autour d’elle, comme pour chercher un abri. Elle divagua dans la chambre, égarée, se sentant piégée. Pas d’issue.


Georges hurla à travers la porte :


« Ouvre ça vite fait, nom de Dieu ! »


L’injonction tonitruante s’accompagna de violents coups de poing sur le battant. À la vue de la faible résistance que semblait offrir le panneau de bois, elle se tétanisa. Les coups redoublèrent.


« Ouvre ça ou je défonce tout ! »


Lentement, Rolande recula vers le mur opposé. Elle s’y colla, bras écartés. Elle donnait l’impression de vouloir le retenir, de peur qu’il ne s’écroulât sur elle. Ce fut ainsi que Georges la trouva juste après avoir fait voler en éclats l’antique serrure de la porte. Débraillé, marcel graisseux sur une panse proéminente au-delà du supportable, il suffoquait. Il tenait une lettre à la main. Il s’approchait de sa femme. Les yeux exorbités face à cette assurance inhabituelle, elle se sentit toute petite, à sa merci, incapable de réagir. Elle sentait venir l’instant fatal sans savoir quelle forme il risquait de prendre.


Il se concrétisa d’abord sous l’aspect d’une grosse main calleuse, dont elle ne vit un bref instant que le revers, qui lui vola en travers de la figure. Elle valdingua en tourbillonnant en direction du lit. Les aléas de la voltige voulurent qu’elle atterrît sur le dos, jambes relevées, ce qui eut pour effet de retrousser sa robe assez haut sur ses cuisses enveloppées de bas épais. Cela ne calma pas les ardeurs massives de son buffle de mari en rut. Car il s’agissait bien de cela au regard de l’excroissance qui tentait de faire exploser son pantalon à l’endroit fatidique. Rolande s’en était aperçue. Comprenant ainsi une partie de la raison d’une telle furie, elle manqua de s’évanouir. Dans le même temps, elle voyait la feuille de papier qu’il brandissait. Sans vraiment réfléchir, elle essaya une ultime ruse, assez grossière, entre deux sanglots mal feints.


« Qu’est-ce qui se passe, mon Georginet ? »


Même ce dernier mot doux et assez inusité ne tempéra pas l’animal, bien au contraire. Il jeta la lettre par terre afin de disposer de ses deux mains pour un déboutonnage de braguette en règle.


« Ah, ma chaudasse ! Tu vas voir, ma chaudasse ! Je vais t’en foutre, moi, du Georginet ! »


Cette promesse à peine énoncée, il fit jaillir de son caleçon l’énorme engin dont Rolande avait oublié les proportions hors du commun. Les yeux sortaient presque des orbites de la pauvre femme. Le jean informe tomba sur les pieds et, posant un genou sur le bord du lit qui criait grâce, Georges s’acharna sur la tenue vestimentaire de sa victime. Elle essaya bien de se défendre dans un pitoyable sursaut, mais la main de son Georginet renouvela son numéro, modifiant brusquement son champ de vision. Sous le coup, son regard se trouva face au miroir, miroir sur lequel elle put contempler le triste spectacle. Une fois tous les obstacles dispersés aux quatre coins de la pièce, Georges l’enfourcha dans un grognement digne des heures les plus chaudes de la savane au printemps.


Le membre monstrueux fiché en elle, doté d’une vigueur qu’elle ne lui avait pas connue, elle ne put réprimer un petit cri de chèvre. Georges la regardait de ses gros yeux rouges, ses bras velus plantés comme deux piliers de part et d’autre de son corps malmené. Les travaux d’enfouissement furent rudes. Rolande, cependant, sentait monter en elle sourdement une drôle de sensation, inconnue et troublante. Ce curieux picotement au fond de son ventre rebondi la désorientait. En outre, il avait une fâcheuse tendance à s’amplifier. D’abord méfiante, elle se laissa ensuite gagner par les ondes chaudes, engendrées par les coups de pilon de son mâle déchaîné.


Qu’est-ce que c’était que ça ?


Georges, de son côté, était tout à son agitation frénétique. Chacun de ses robustes allers et retours s’accompagnait sans faillir d’un :


« Ah, ma chaudasse ! Tu vas voir, ma chaudasse ! »


Elle, rebondissait sur le lit. Tout ce tableau, de façon incompréhensible pour elle jusque-là, avait ouvert les vannes de son entrecuisse. Subjuguée, elle se surprit même à empoigner les fesses de gorille de son assaillant et à émettre ce qui ressemblait à des couinements de bonheur. Les coups de reins redoublèrent. Brusquement, Georges la retourna. La position avait changé, mais pas la méthode. L’imposant outil veiné repartit pour son exploration méthodique au rythme d’un bruit régulier, semblable à celui que produit le plongeon d’une petite grenouille dans la mare.


Ils se mirent tous deux à grogner à l’unisson.


Cette fois, plus de doute, Rolande éprouvait la jouissance pour la première fois de sa vie. Elle sentait avec ravissement le bassin de Georges s’écraser contre son généreux fessier. Et même lorsqu’il poussa l’audace jusqu’à présenter son gros gland tuméfié à l’entrée de secours, elle se laissa faire sans protester. Bien que l’entreprise fut plus ardue, la baratte ne rencontra pas une grande résistance. Et quand les premières contractions annoncèrent la marée imminente, elle sentit son étroit passage s’évaser, s’épanouir afin de recueillir le torrent de foutre qui s’y répandit. La voie lactée ne s’écoulait pas que dans son fondement : Rolande s’envolait vers elle.


…….


Elle sortit de sa demi-inconscience comme d’un songe. Elle était seule dans la pièce, toujours allongée sur le ventre. Presque entièrement nue, elle entreprit de se lever, péniblement. Les traces abondantes laissées sur les draps ne laissaient la place à aucun doute quant à la réalité de ce qui s’était déroulé dessus. Elle regarda timidement dans le miroir de la bonnetière. Elle n’était pas si laide, finalement… En faisant quelques efforts, elle pourrait mettre à profit la relative clémence des années envers son corps. Elle se tortilla, souleva doucement ses seins et commença à échafauder une ébauche de programme de remise en état. Son regard tomba sur le reflet de la lettre. Elle la ramassa et entama la lecture de celle-ci. Elle pâlit lentement, la bouche de plus en plus béante.


« Madame Rolande s’est découvert une passion. Une passion pour les pâtisseries. Elle apprécie par-dessus tout le goût nouveau des pains dorés au parfum doux de la semence du boulanger… Qui lui rappelle, à s’y tromper, les gâteries au jeune curé… »


L’auteur de la lettre, se rendant certainement compte de la complexité sémantique du propos pour le destinataire, avait illustré le tout d’un dessin suffisamment explicite pour le commun des mortels. Rolande crut un instant sentir la terre s’ouvrir sous elle. Elle porta la main à sa bouche pour étouffer le gémissement qui cherchait à s’en échapper. Elle se rhabilla dans la confusion la plus totale. Il lui fallut de longues minutes pour retrouver une constance. Hébétée, elle remit tant bien que mal de l’ordre dans ses pensées, assise au bord de son lit. Après tout, il n’y avait que Georges à avoir lu cette lettre… Georges et elle… Georges, elle s’en occuperait plus tard… Et la conséquence n’avait pas été si désagréable… Elle en gardait encore la trace entre les jambes, et ailleurs aussi. La belle Hélène lui avait au moins apporté cela.


Le jour pâlissant, elle sentit le besoin urgent de prendre l’air. Entrebâillant la porte avec précaution, elle s’assura que le passage était libre. Aucun bruit. Apparemment, pas de Georges à l’horizon. Elle descendit en catimini, enfila son imperméable gris. Une fois dehors, elle respira. Ce ne fut qu’après quelques pas qu’elle ressentît les prémices de son malaise. Pourtant, elle n’avait rien changé à ses attitudes, dans sa façon de saluer les connaissances croisées dans la rue. Elle affichait toujours le même rictus hypocrite farci d’arrière-pensées. Elle eut juste, tout à coup, le sentiment d’autre chose, que quelque chose clochait… Les sourires lui parurent plus faux qu’auparavant. Elle croyait voir dans chaque regard une ironie, une jubilation nouvelle. Comme si les gens savaient. Elle pressa l’allure. Elle finit par ne plus rendre aucun salut, regardant tout le monde avec suspicion.


Elle étouffait. Au détour d’une ruelle, elle se mit à courir, pour fuir cette oppression insoutenable. À la sortie du village, les habitants de la ferme Chapron entendirent de drôles de hurlements, cette nuit-là…