| n° 23792 | Fiche technique | 12084 caractères | 12084 1973 Temps de lecture estimé : 8 mn |
07/09/26 |
Résumé: Nouvelle fin pour le récit de Laetitia. | ||||
Critères: #drame #policier #confession | ||||
| Auteur : Patrick Paris Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Polar and Co |
Suite possible écrite dans le cadre du jeu « Polar and Co », pour le texte de Laetitia : Minuit sur les falaises
Philippe gisait dans son sang au pied de l’escalier. Personne ne voulait y toucher : peur de laisser des traces, peur d’être accusé. Il fallait attendre le lendemain que les communications soient rétablies pour alerter la gendarmerie.
Difficile de trouver le sommeil, tous essayaient de comprendre la décision de Philippe de nommer Emma directrice générale de Castel Cosmétique. Elle l’avait sûrement manipulé, aucun ne voyait d’autre explication à cette nomination. Qu’allaient-ils pouvoir faire maintenant ?
Au petit jour, un bruit les réveilla. Des hommes en jaune venaient de dégager la route et voulaient savoir si tout allait bien. Le réseau aussi était rétabli, ils purent prévenir la gendarmerie qui accourut quelques minutes plus tard.
Tandis que les spécialistes de la criminelle faisaient les premières constatations et les prélèvements habituels, ils furent interrogés à tour de rôle par l’inspecteur Lefebvre et son adjoint.
Une ambulance arriva pour emporter le corps de Philippe à l’hôpital le plus proche, où un médecin légiste avait été sollicité.
Après avoir répondu aux questions des enquêteurs, tous sautèrent dans leur véhicule pour s’éloigner du lieu du drame. Mais ils devaient rester à la disposition de la justice.
L’inspecteur était pensif. Rien ne pouvait désigner l’un ou l’autre d’avoir attenté à la vie de leur patron. Pourtant, l’affaire était simple, l’assassin faisait forcément partie des invités, mais aucun n’avait, à sa connaissance, de motif pour attendre Philippe en haut de l’escalier, un couteau à la main.
Le rapport d’autopsie serait peut-être plus bavard.
— --oOo-- —
Comment l’inspecteur aurait-il pu savoir ? Personne ne lui avait raconté toute la vérité sur la soirée de réveillon, chacun cherchant à masquer ses petits secrets.
Que s’était-il donc passé ce soir-là ?
Emma avait été nommée à la surprise générale. À minuit, elle suivit Philippe dans son bureau :
Depuis qu’elle le connaissait, Emma appelait Philippe « Parrain », comme tous les pensionnaires de l’orphelinat. Ne pouvant avoir d’enfant, Mathilde, sa première femme, s’était investie dans l’orphelinat de la ville voisine. Tout naturellement, Philippe finançait et l’accompagnait pour jouer avec les enfants, leur raconter des histoires et connaître leurs résultats scolaires. C’était un père pour eux.
Il avait embauché plusieurs jeunes à leur majorité et financé les études des meilleurs éléments pour leur donner toute leur chance dans la vie. Sa fierté, certains avaient très bien réussi.
Particulièrement brillante, Emma avait pu poursuivre des études supérieures. Philippe lui avait conseillé d’aller dans une université américaine compléter sa formation et parfaire la pratique de l’anglais. Elle y était restée un peu plus que prévu pour travailler dans une entreprise de cosmétiques américaine, ce qui lui avait permis de connaître le marché local. Au bout de deux ans, elle avait décidé de rentrer en France. Philippe l’avait de suite embauchée. Constatant qu’il pouvait compter sur elle, il l’avait nommée directrice générale, pour assurer l’avenir de l’entreprise, au cas où.
Il lui avait demandé de l’appeler Philippe, comme tout le monde. Avec un peu d’effort, elle y était parvenue, mais en privé, elle l’appelait encore « Parrain ».
En quelques mots, Philippe lui expliqua ce qu’il attendait d’elle et comment il voyait l’avenir. Il termina par cette phrase qui la laissa songeuse :
Par le téléphone intérieur, il pouvait communiquer avec toutes les chambres. Philippe convoqua l’un après l’autre chaque membre du comité de direction et leur tint à peu près le même discours.
Très vite, ils comprirent que Philippe connaissait toutes leurs magouilles, leurs vols, leurs trahisons, tout en reconnaissant leurs qualités de bons managers. Il comptait sur eux pour aider Emma à diriger l’entreprise, sous sa surveillance. Ils voulurent se rebeller, nier l’évidence, certains cherchèrent à se disculper. Devant les preuves, ils ne purent qu’admettre l’évidence. Ce n’était pas du chantage, mais ils n’avaient pas le choix, soit ils collaboraient, soit c’était le déshonneur et certainement la prison qui les attendaient.
Très opportunistes, ils acceptèrent d’obéir à « cette petite jeune », « cette moins que rien », certains pensaient « cette petite garce », sûrement sa maîtresse.
À bien réfléchir, ils s’en sortaient plutôt bien, tout en se jurant de se venger si l’occasion devait se présenter.
Philippe les connaissait bien. Il ajouta, sous forme d’avertissement :
Emma avait écouté avec attention. Elle n’aurait jamais imaginé les difficultés qui ne manqueraient pas de se présenter avec cette équipe. Heureusement, Philippe venait de lui donner des armes pour se défendre.
Pour parler avec son épouse, Philippe demanda à Emma de les laisser seuls.
Juliette attaqua la première, colère retenue trop longtemps :
Il la regarda durement pour la mettre mal à l’aise. Pour toute réponse, il lui tendit une série de photos, le message était clair. Non pas que cela le dérangeait d’être cocu, sur ce point, il n’était pas en reste, mais il n’aimait pas être pris pour un con.
Elle lui dit regretter :
Magnanime, il lui pardonna à condition qu’elle soutienne Emma, qui aurait certainement du mal avec son équipe.
Trop heureuse de s’en sortir à si bon compte, Juliette accepta du bout des lèvres.
Bien sûr, il lui demanda de jurer de ne plus jamais revoir son amant, elle jura. Il fit semblant d’y croire, elle fit semblant de penser qu’il la croyait.
En partant, afin de sceller leur accord, elle lui proposa de la rejoindre rapidement dans leur chambre, avec ce regard et ce sourire complice qu’elle avait lorsqu’ils s’étaient connus.
La situation était cocasse, elle avait fini l’année avec son amant, elle commençait la nouvelle avec son mari. Elle en avait envie, Pablo n’étant pas là, son mari ferait bien l’affaire.
Lui fut ravi de terminer si bien cette soirée, après tout, c’était sa femme. Il posa ses lèvres sur les siennes :
Philippe rangea quelques papiers, mit de l’ordre dans son bureau et prit le courrier en attente, pour descendre le lire au salon. Il arriva en haut de l’escalier, sans savoir que sa vie allait se terminer là.
— --oOo-- —
De retour dans son bureau, l’inspecteur Lefebvre relut les premières constatations recueillies par son adjoint, et l’interrogatoire de toutes les personnes présentes, toutes faisant partie du comité de direction de l’entreprise de la victime.
L’inspecteur leur avait montré le couteau ensanglanté qui avait ôté la vie de Philippe. Ils avaient tous été unanimes, c’était son poignard fétiche, il ne s’en séparait jamais, il lui servait de coupe-papier pour ouvrir son courrier. Juliette avait précisé :
Les premiers éléments de l’autopsie arrivèrent en fin de journée. En lisant la conclusion du rapport du médecin légiste, l’inspecteur sourit, son enquête allait vite être bouclée :
• La victime est décédée sur le coup, l’arme lui ayant perforé le foie.
• Compte tenu de …
• Compte tenu de …
• Compte tenu que seules les empreintes digitales de la victime ont été détectées sur l’arme,
• Compte tenu que la victime tenait à la main le couteau qui l’a tué,
• La mort accidentelle est l’hypothèse la plus probable.
Trop beau pour être vrai.
L’inspecteur demanda un complément d’expertise avant d’aller voir le juge d’instruction. La conclusion des nouveaux experts fut identique, mort accidentelle.
Cette thèse confirmait les constatations initiales, aucune trace de sang en haut des marches de l’escalier, et le tapis déplacé, comme si quelqu’un s’était pris les pieds dedans.
Devant cette évidence, le juge d’instruction décida de clore l’affaire, la victime était décédée accidentellement, en tombant dans les escaliers un couteau à la main.
Quelques jours plus tard, le notaire réunit toute la famille du défunt. Juliette se demandait pourquoi Emma avait aussi été convoquée.
Solennellement, il ouvrit l’enveloppe contenant le testament de Philippe et commença la lecture d’une voix posée, une voix de circonstance :
Il fit alors une pause et s’éclaircit la voix, comme s’il n’osait continuer :
Il ne put aller plus loin. Se levant brusquement, Juliette cria à l’imposture, voyant l’héritage lui filer entre les doigts. Elle cria qu’Emma avait manipulé son mari, qu’elle l’avait envoûté, qu’il ne savait plus ce qu’il faisait. Elle martela qu’elle comptait attaquer en justice pour faire annuler ce testament. Le notaire dut faire preuve de diplomatie pour rétablir le calme et confirmer que c’était bien la volonté de Philippe Castel, que ce testament avait été écrit de sa main, en son bureau, en présence de deux témoins. Il était parfaitement légal.
Sachant ce qui allait être dit, Emma n’écoutait plus, elle repensait à cette soirée.
Philippe avait reçu tous ses collègues, les uns après les autres. Maintenant, elle comprenait sa décision, elle connaissait des secrets qui lui permettraient de diriger l’entreprise sans beaucoup d’opposition. Certains feraient même du zèle pour lui plaire.
Quand Philippe voulut discuter seul avec sa femme, elle aurait bien aimé savoir ce qu’ils avaient à se dire. Cachée derrière la porte, elle écouta toute la conversation et comprit que Philippe aimait toujours sa femme, Juliette pouvait encore le faire changer d’avis. Il lui faudrait être vigilante.
À l’abri d’un recoin du couloir, elle vit Juliette sortir, suivie, quelques minutes après, de Philippe, un paquet de documents à la main. Il s’arrêta en haut de l’escalier pour ouvrir une grande enveloppe avec son poignard fétiche. Un flash, une idée lui traversa l’esprit, idée qui résoudrait tous ses problèmes, elle se jeta en avant et poussa Philippe d’une main vigoureuse, le faisant rouler sur les marches et s’écraser en bas de l’escalier le poignard planté dans son flanc.
Il ne bougeait plus, la flaque de sang qui s’élargissait autour de lui ne laissait aucun doute. Le bruit de la chute avait dû alerter tout le monde. Sans faire de bruit, elle regagna rapidement sa chambre, pour en ressortir une minute plus tard et constater avec les autres la mort de leur patron.
Tandis que le notaire continuait la lecture monotone du testament, Juliette ne décolérait pas, s’en voulant d’avoir été si peu prudente avec Pablo, alors qu’Emma sanglotait, versant toutes les larmes de son corps pour son parrain trop tôt disparu.