| n° 23779 | Fiche technique | 6744 caractères | 6744 1126 Temps de lecture estimé : 5 mn |
31/08/26 |
| Présentation: J’ai un secret, j’observe mes voisins... | ||||
Résumé: Après les Beaux-Arts, me voici prisonnier d’une routine tramway boulot dodo. Mais une passion me permet de m’échapper ! | ||||
Critères: #confession #voyeur h | ||||
| Auteur : Bicurieux Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les carnets de Jérôme |
Je m’appelle Jérôme et voilà près de cinq ans que je travaille comme chef de projet pour une grande multinationale. Tramway, boulot, dodo… je ne l’avais pas vu venir. Je suis un artiste, pas un homme d’affaires. Mais rien ne s’était passé comme prévu. Après mes études aux Beaux-Arts de Nancy, j’avais essayé de vivre de mes dessins. Je suis doué, ce n’est pas le problème. L’été qui avait suivi mon diplôme, j’avais même réussi l’impensable : un CDI en région parisienne dans une maison de couture.
J’avais travaillé très dur pour ça ! Pour mon DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique), j’avais passé des heures entières à remplir mes carnets de croquis et d’esquisses. Ma spécialité ? Le corps humain. J’ai une fascination sans limite pour les mains, les cous et les reflets de la peau. Les ombres et les textures, je peux littéralement oublier le temps qui passe, à observer de parfaits inconnus. Les soirées place Stanislas me permettaient un choix de modèles incroyable.
Mes missions étaient simples : je devais aider les créateurs en mettant sur papier leurs idées. J’apportais une aide précieuse aux couturières qui pouvaient visualiser leurs objectifs. Pour apprendre les grands mouvements de la mode, j’allais régulièrement dans les différents musées parisiens pour comparer et surtout mémoriser les techniques de dessin.
Mais lorsqu’un après-midi pluvieux j’y ai rencontré David, tout avait changé. Il était conservateur au Musée d’Arts de Nantes et j’avais dû faire un choix… et c’était celui du cœur qui avait primé. Est-ce que je le regrette, oh que oui. Notre aventure, aussi intense fut-elle, n’avait duré qu’un temps. Après notre rupture, peut-être aurais-je dû retenter ma chance à Paris, mais voilà, je m’étais construit une vie sympa à Nantes. Alors que notre relation était à son zénith, l’opportunité d’entrer dans cette boîte s’était proposée. Le salaire élevé semblait être la meilleure option pour vivre près de l’homme que je pensais aimer tout en continuant de dessiner pour le plaisir.
On en est là, une routine triste. Certes, j’ai de nombreux amis et le travail est sympa, mais je m’ennuie. Alors, pour me détendre, j’ai une activité un peu spéciale. Comme je suis chef de projet, j’ai mon propre bureau. Il est au troisième étage de notre bâtiment et donne côté boulevard. De l’autre côté de l’avenue se dresse un immeuble, chaque étage étant divisé en quatre appartements. Comment le sais-je ? Parce que depuis ma fenêtre, je peux facilement voir leurs occupants, surtout les soirs, quand la luminosité baisse, et que les plafonniers s’allument.
Je les observe avec une paire de jumelles et, le mois dernier, j’ai même acheté une longue-vue. Mes collègues ne se doutent de rien… J’ai un alibi en béton qui justifie la présence de ce matériel : je leur ai dit que j’étais ornithophile. Et ma passion pour les oiseaux me pousse à les contempler, même au travail. Les soirs, je prétends avoir de nouveaux projets à traiter pour écarter tout soupçon.
Et les séances d’observation sont systématiquement identiques. Je prends un carnet (j’en ai quatre, tous numérotés, selon l’étage que je souhaite scruter) et je gribouille tout ce que je vois. Les doigts de la retraitée du deuxième jouant du piano, la chevelure du hippie au premier, ou encore les seins de la quadragénaire du troisième. Cette dernière, je l’ai baptisée L’Oréal. Elle passe tellement de temps dans sa salle de bain. Et elle se maquille avant chaque sortie, peu importe l’occasion. Une fois, elle a passé une demi-heure devant le miroir, nue, pour se préparer. Et elle est seulement partie à l’épicerie et est rentrée chez elle moins de dix minutes plus tard.
C’est elle que j’ai le plus représentée dans mon carnet. On y voit toutes les parties de son corps, à chaque fois entourées de notes décrivant le jour, l’action et autres éléments pertinents. Un de mes souvenirs les plus mémorables ? Une partie de jambes en l’air dans son salon, sur le canapé, avec un de ses plans cul. Le mec était balaise et surtout, éjaculateur tardif. J’avais pu le dévisager sous toutes ses coutures. Deux pages entières, rien que pour les courbures de sa verge et les testicules. Je l’aimais bien ce type. Pas physiquement, mais il la rendait heureuse. Ses yeux étaient toujours plus beaux quand il était là.
Cette activité me détend et surtout, elle me motive à venir jour après jour, dans ce bureau. Il faut que je fasse attention par contre. Il y a quelques semaines, j’ai surpris Maryvonne, la femme de ménage, avec les carnets dans les bras. Fausse alerte, mais je m’étais emporté et entre deux coups d’aspirateur, je l’avais entendu dire qu’elle allait se plaindre de mon comportement à Marc. C’est le comptable, et il passe son temps à la machine à café. Tous les deux s’entendent à merveille. J’ai eu beau m’excuser, Maryvonne n’a jamais vraiment voulu me parler depuis ce jour-là. Une autre fois, bien que je savais que mon collègue Matthieu devait me rejoindre (on devait préparer une réunion ensemble), je n’avais pas vu l’heure passer, et ma pause déjeuner avait largement empiété sur le début d’après-midi. J’étais comme hypnotisé par le résident de l’appartement du deuxième (il regardait la télé torse nu, assis sur son canapé, tout en grignotant des chips) et je n’avais pas entendu rentrer Matthieu. J’avais sursauté et blâmé un spécimen rare de pigeon ramier.
La vérité était tout autre, bien sûr. Cette passion m’apporte aussi une grande satisfaction sexuelle. Je ne fais pas que dessiner mes poseurs, très souvent, j’en profite pour me masturber en les contemplant. Et mon excitation était au maximum quand il était rentré dans mon bureau. L’heure qui avait suivi, ma concentration était nulle et je n’avais en tête que les positions les plus fantaisistes possibles que nous aurions pu partager, à même le bureau, après avoir jeté les dossiers et les ordinateurs par terre, comme enragés par nos pulsions.
Ce Matthieu me plaît bien. D’ailleurs, la semaine prochaine, la boîte organise une petite fête pour fêter ses dix ans dans l’entreprise. Ils ont réservé une salle dans le resto du coin. J’hésite à y aller. Ça pourrait être l’occasion parfaite pour me retrouver seul, et avec un peu de chance, un des résidents de l’immeuble d’en face aura un rencard amoureux, et je pourrais passer un moment érotique. Ces plaisirs solitaires m’électrisent. Ou alors je pourrais m’y rendre. Observer les collègues, un verre de champagne à la main. Je verrai bien la semaine prochaine, selon mon humeur.
En attendant, ce secret, je le garde précieusement pour moi. J’ai pensé plusieurs fois à démissionner. Je me laisse encore cet hiver pour y réfléchir. Avec la nuit tombant tôt, je sens que beaucoup de projets demanderont des heures supplémentaires…