| n° 23777 | Fiche technique | 2338 caractères | 2338 410 Temps de lecture estimé : 2 mn |
30/08/26 |
Résumé: Suite possible de "La cravate rouge" 23747 publié par parapluie dans le cadre de Polar and Co. | ||||
Critères: #poétique #chronique #psychologie | ||||
| Auteur : Floriane Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Polar and Co |
Suite possible écrite dans le cadre du jeu « Polar and Co », pour le texte de Parapluie : La Cravate rouge
La justice a tranché.
Un jugement de routine qui sonnait un peu fort en raison d’une installation sonore à la qualité approximative. Un comble, il fallait tendre l’oreille pour discerner chaque attendu du jugement. En face, les deux types ont encaissé sans mot dire. Le Chillida n’était pas à vendre, le Picasso ne leur appartenait pas. Un silence de mort précédé d’un peu de Larsen suivit la sentence.
Mon avocate ne semblait pas plus intéressée que cela à cette fin qui pourtant couronnait son travail. Son regard a croisé le mien sans l’ombre d’un sentiment. Le regard était sec. Je ne sais pourquoi j’ai songé à un oiseau de proie à cet instant.
Derrière moi, la famille commentait à voix basse ce qu’elle n’avait probablement pas tout à fait compris. L’avocate est allée leur parler pour éclairer le jugement et du même coup leurs visages fripés.
L’une d’elles est venue vers moi pour me prendre la main ; j’ai ignoré son regard et le geste qui me dégoûtaient un peu. J’ai esquivé le tout avec une joie un peu cruelle. Mon costume était devenu inutile, il me tardait de l’ôter. L’image du polyptyque de Beaune m’a traversé l’esprit, j’étais ce Saint-Michel dépouillé de son armure, celui qui pèse les âmes avec équité, la main gauche esquissant ce geste magnifique de retrait pour ne pas fausser le jugement.
Dehors, l’air de la Charente-Maritime m’a redonné l’envie de respirer profondément. J’ai défait ce nœud de cravate rouge qui me serrait la gorge depuis le matin, pour le fourrer dans ma poche.
Il restait bien peu d’argent mais les choses étaient redevenues limpides.
Et puis il y avait cette bôme à la con. Celle qui avait fauché le marin de la famille peut-être sur un lof mal engagé je n’en sais trop rien je ne suis pas voileux. En attendant, les estampes et autres biens divers avaient calmé la tempête.
Six mois plus tard, je suis retourné sur le port. Sans costume, cette fois. Un pull en laine brute, les mains dans les poches.
L’avocate m’y a rejoint. Elle avait remisé la robe noire. Elle n’était pas spécialement belle mais l’affaire nous avait rapprochés je ne sais trop comment.
J’ai levé mon verre vers l’horizon. Sans haine, sans amertume. Les vieilles pouvaient crever sous l’héritage je n’en avais rien à foutre.