| n° 23776 | Fiche technique | 10381 caractères | 10381 1816 Temps de lecture estimé : 8 mn |
29/08/26 |
| Présentation: Une collègue a lancé un pari. Qu’écrit Jérôme dans ses carnets ? | ||||
Résumé: Avec le comptable de la boîte, on se retrouve dans le bureau d’un collègue très cachottier. Qu’allons-nous découvrir ? | ||||
Critères: #délire voir | ||||
| Auteur : Bicurieux (J’aime imaginer la routine sexuelle des gens.) Envoi mini-message | ||||
| Collection : Les carnets de Jérôme |
Le bruit du bouchon de champagne qui quitte la bouteille a le pouvoir de dessiner un sourire à quiconque l’entend. Et le sommelier qui s’occupait de notre petit groupe étant plutôt maladroit, le pop m’avait même fait sursauter. Pour fêter mes dix ans de service, le responsable des ressources humaines avait organisé un buffet pour toute l’équipe et une fois le discours du directeur terminé, tout le monde attendait un verre bien mérité. J’ai la chance de travailler avec des personnes que j’adore. Et tout le monde était venu. Même Lucie, la secrétaire du directeur, et Marc, le comptable, qui généralement ne se déplace pas à ce genre d’événements.
Mais la personne que j’étais le plus surpris de voir ici, c’était Jérôme. Je l’admire professionnellement. Il est bosseur et toujours généreux avec son temps pour aider les collègues. Son bureau est au troisième étage de notre bâtiment et je dois avouer que je suis jaloux. La vue y est incroyable. On pouvait y voir l’immeuble d’en face, tout en verre, magnifique, et le square qui l’entoure. Mon bureau, lui, était au premier, et donnait sur la cour intérieure.
Je suis surpris de le voir car il vit loin du centre-ville et je ne lui en aurais pas voulu d’être parti dès la fin de la réunion de cet après-midi. Il passe des heures interminables dans son bureau. Et lorsqu’on s’était tous retrouvés dans le hall pour venir tous ensemble dans cette salle privée du restaurant au coin de la rue, je croyais l’avoir vu partir.
Jérôme est connu pour une passion assez particulière : les oiseaux. Il a dans son bureau une paire de jumelles et une longue-vue, ainsi que plusieurs carnets, numérotés, dans lesquels il note ce qu’il observe. Une fois, tellement concentré à observer le ciel, il ne m’avait pas entendu frapper à sa porte et il avait bondi tout en laissant tomber ses jumelles quand j’étais rentré dans son bureau lui remettre un dossier. Je l’avais vexé…
Avec mon verre de champagne à la main, je suis allé discuter avec Marc.
Mais notre conversation fut vite interrompue, Jérôme venait vers nous :
Jérôme venait à peine de franchir la porte et de disparaître dans le couloir, que Lucie, la secrétaire du directeur, se joignit à nous.
Marc semblait bien informé. Je m’étais souvent posé la question en effet. Je leur ai partagé ma théorie :
En ce mois de novembre, il fait nuit tôt. Je trouve génial d’avoir une passion, mais je ne crois pas que je resterais deux heures de plus au boulot. Surtout qu’il doit certainement pouvoir le faire de chez lui. Et l’immeuble en face doit dégager de la lumière et donc éloigner les oiseaux nocturnes…
La soirée s’est déroulée dans une bonne ambiance. Le pauvre Jérôme a dû avoir les oreilles qui ont sifflé parce que les théories se sont succédé, certaines plus farfelues que d’autres. Et alors que l’alcool faisait son effet, les collègues sont partis, satisfaits d’un bon moment passé ensemble.
J’ai serré les mains des derniers présents et je me suis dirigé vers la sortie. Marc m’avait suivi et alors que je m’attendais à lui dire au revoir à son tour, il m’a fait une proposition :
Le bureau de Marc est au dernier étage, au quatrième. Et son bureau est immense. Peut-être est-il temps que je négocie avec le directeur pour déménager ? Je n’ai rien contre la vue sur la cour intérieure, mais comme celui de Jérôme, le bureau de Marc donne sur le boulevard et je n’avais jamais remarqué que l’immeuble d’en face était divisé en appartements. Dans ces quartiers d’affaires, ce sont généralement des bureaux mais là, chaque fenêtre est allumée et on aperçoit les résidents. Avec la nuit tombée, on peut voir directement l’intérieur des pièces qui n’ont pas les volets fermés.
Marc venait de boire son verre cul sec (je l’ai vite imité) et s’empressait de nous resservir. Il me regardait, et souriait comme un enfant qui voulait faire une bêtise, l’air malicieux.
Marc semblait très mystérieux… Mais je l’ai suivi et on a descendu les escaliers. J’ai vite compris. La porte du bureau de Jérôme était face à nous.
Marc ouvrit la porte en grand et ma curiosité m’a pris en otage. Je suis rentré aussi et je suis allé directement vers la fenêtre, les carnets bien rangés contre un pot de fleurs. Ils étaient numérotés de un à quatre. Marc prit le numéro quatre et je tombai sur le numéro un. Je dois avouer que personne n’a deviné ce qu’il s’y cachait ! J’étais bouche bée. Mon cœur battait tellement fort rien qu’à l’idée de violer l’intimité de Jérôme en étant rentré dans son bureau. Et Marc aussi, était sans voix. Tout du moins jusqu’à ce qu’il se mette à siffler :
Je tournais les pages. C’était bien des croquis, mais aucun oiseau. Aucun animal. À la place, des dizaines, des centaines de petits dessins. Certains minuscules de quelques centimètres et d’autres prenant une page entière. Et plein de notes pour décrire avec précision chacun de ces dessins. Des visages, masculins et féminins, et des détails très bien crayonnés : des yeux, des bouches. Et des sexes sur chaque page ! Les esquisses de glands, de testicules, de seins. Et systématiquement, une date et une description précise.
On s’est regardés et pour tous les deux, eurêka ! Ce n’étaient pas des représentations de ses fantasmes, c’étaient des dessins faits d’après de vraies personnes, des modèles malgré eux. J’ai compris direct :
Mais alors, ces numéros de carnets. Alors que je feuilletais le numéro deux, Marc avait les jumelles sur le nez et regardait par la fenêtre.
Il me donna les jumelles.
Impressionnant, on reconnaissait la vieille dame. Jérôme avait dû l’observer longtemps pour avoir autant de détails. C’était vraiment le fruit d’un psychopathe !
J’ai quadrillé la façade de l’immeuble et au troisième étage, je suis tombé sur un couple en plein ébat amoureux. Et j’étais foudroyé : je ne pouvais plus arrêter de regarder. Marc s’est aperçu que quelque chose avait pris mon attention.
La situation était aussi malaisante qu’excitante. Je n’avais jamais partagé de moments vraiment intimes avec mes collègues et voilà que j’étais en train de mater un couple en train de faire l’amour à l’aide de jumelles, les épaules contre le comptable de la boîte, tous les deux enivrés par les shooters de tequila.
J’ai reposé les jumelles. Et je n’ai eu besoin que de quelques secondes en feuilletant le carnet numéro 3 (le couple était au troisième étage), pour trouver les croquis les représentants. Toute leur anatomie y était dessinée. Le moindre pli de peau, leurs chevelures, les doigts, mais surtout leurs parties intimes. Et avec une précision prodigieuse. Combien d’heures avait passé Jérôme à les observer pour arriver à ce degré de rigueur et de justesse. J’étais bluffé.
Malgré l’alcool et l’heure tardive, Marc était très lucide. Et méticuleux. Il se souvenait parfaitement bien de l’emplacement de chaque carnet et de chaque objet. Pour ma part, je ne pensais qu’à une chose, me retrouver chez moi, excité par ce que je venais de voir. Une fois tout remis en place, on est remontés dans le bureau de Marc. Il s’est lancé le premier :
On est redescendus ensemble et une fois sur le trottoir, je suis parti en face et lui a tourné à droite. Pendant les quelques dizaines de mètres où je pouvais voir la tour d’appartements en verre, mes yeux ne pouvaient s’empêcher de scruter l’intérieur de chaque pièce éclairées. La semaine prochaine, c’était décidé, je demanderais au directeur si un bureau « avec vue » était disponible. Et surtout, il était temps d’investir dans une bonne paire de jumelles…