Proche de ce que j’ai déjà conté, mais avec un autre déroulement. L’action se déroule aux USA. Bonne lecture :)
Trahison
Je sais très bien que ma femme me trahit. Au début, j’ai cru à une passade, mais ça va nettement plus loin, trop loin. De ce fait, même si tout le monde pense que je suis un bon gros toutou en adoration devant son épouse, j’ai décidé de réagir à ma façon.
Moi aussi, ces derniers temps, je suis moins disponible, Madame n’a plus systématiquement son repas préparé le soir. Avant que je sache que je cuisine pour deux ou que pour moi, ça ne changeait pas grand-chose, d’autant que j’aime faire la popote, ça me détend.
- — Ce soir, gratin aux aubergines, ça te convient, ma chérie ?
- — Tu sais très bien que j’aime ça ! Décidément, les rôles sont inversés, tu es une parfaite cuisinière ! (rires)
À présent, j’utilise les mêmes arguments qu’elle : j’ai diverses réunions, car l’entreprise est en train de changer d’envergure. Melania ne peut pas le nier, puisqu’elle travaille avec moi dans la boîte que j’ai fondée un peu avant de la rencontrer. J’avoue qu’elle m’a bien aidé au début. Puis, lentement mais sûrement, elle a mis la main sur la partie commerciale, et il faut reconnaître qu’elle est douée, mais parfois, elle use et abuse de sa séduction…
Boum !
Toujours ces fichus travaux dans la rue ! Ça va faire trois jours que ça dure ! Je ne pensais pas que ça prenait autant de temps pour démolir une maison quasiment délabrée.
En cette fin d’après-midi, l’ambiance est étrange à la maison, Melania est habillée d’une robe rouge à paillettes, celle des très grandes occasions. De plus, elle est branchée en mode provoc.
- — Mon doudounet, je vais à un séminaire, je t’en ai parlé plusieurs fois.
- — Oui, en effet, je suis au courant, mais ce qui m’étonne, c’est ta robe en paillettes.
- — Une soirée d’intégration est prévue ce soir. Autant être directement en tenue quand j’arriverai.
- — Tu n’as pas peur de la froisser durant le trajet, surtout si tu conduis ?
Ma femme fronce des sourcils, ma réponse est logique, imparable, non prévue. Elle répond :
- — Nous y allons à plusieurs, on vient me chercher.
- — On vient te chercher, oui…
- — Stop, tu ne vas pas me faire une scène !
Je la regarde avec un franc étonnement :
- — Loin de moi cette idée !
Ma réponse la désarçonne : aucune trace de jalousie ou de suspicion. Flegmatique, je pose une bouteille et deux verres sur la table :
- — Un petit Malibu avant de partir ? Je sais que tu aimes ça.
Assez décontenancée, elle soupire :
- — Oui, pourquoi pas, ça ne me fera pas de mal.
Je remplis nos deux verres, je lui tends le sien, puis nous buvons. Melania est déconcertée, c’est flagrant. Je lui indique le mur sur sa gauche :
- — Ne fais pas cette tête, ma chérie. Fais plutôt risette à la webcam qui a été installée à l’insu de mon plein gré, là, au-dessus de l’armoire, entre les décos.
Ma femme ouvre de grands yeux encore plus ronds.
Mouvements
Sereinement, je souris :
- — Ne t’esquinte pas, je suis au courant de tout, de A à Z.
- — Comment ça ?
- — Le but est que je me fâche afin de me faire passer pour un monstre et ainsi tout obtenir de moi, lors du divorce à mes torts : nos comptes en banque, nos maisons et notre entreprise, et te lancer ensuite dans une nouvelle vie avec le dénommé Alan.
Éberluée, elle ne répond pas, ma femme ne s’attendait pas à ce revirement. Assez désorientée, elle pose son verre. Je poursuis :
- — C’était bien imaginé, mais je ne suis pas resté les bras croisés : je possède la preuve de tes infidélités, les chambres d’hôtel et divers voyages d’affaires comme tu les appelais.
- — Comment ça ?
- — Tu te répètes, ma chérie. J’ai les photos, le double de certaines factures, diverses copies de mails et autres étranges mouvements d’argent qui ont été documentés par la banque.
Melania tombe des nues :
- — Tu me surveillais ?
- — Je ne suis pas né de la dernière pluie. N’oublie pas que c’est moi qui ai monté notre entreprise et que je m’occupe du côté administratif et légal.
Boum ! Une nouvelle petite explosion coupe notre conversation. Melania reprend la main :
- — Tu insinues quoi avec tes mouvements d’argent ?
- — Celui que tu as « emprunté » ? L’État s’y intéresse de près, tout le dossier est dans leurs mains : à eux d’agir en ce qui concerne tes sept comptes.
Elle me dévisage :
- — Mes sept comptes ? Comment tu peux savoir ça ?
- — Tu as oublié qui je suis. Tu as trop vu en moi le bon gros toutou, dont on ne se méfie plus.
Soudain, Melania réalise une partie de ce que j’ai dit auparavant :
- — Parce que tu as donné tout ce que tu avais aux agents fédéraux ?
- — À chacun son boulot.
- — Mais… mais… ils vont tout foutre en l’air !
- — Votre petite magouille à tous les deux n’était pas très légale, c’est pas bien…
- — Et t’as osé me faire ça ? Je croyais que tu m’aimais !
Il est évident que ma femme est perdue, elle s’aventure dans un chemin qu’elle n’a absolument pas prévu, elle réalise petit à petit que c’est moi qui mène la danse. Je soupire :
- — Tu avais raison sur un point essentiel : je t’aime trop. Tu as basé ta petite machination sur le fait que je ne pouvais pas vivre sans toi, et je laisserais faire. Mais parfois, on se trompe…
- — Tu… tu veux qu’on se sépare ?
- — Non, ma chérie, nous ne serons jamais séparés.
- — Comment ça ?
- — Tu manques singulièrement de répartie quand on ne suit plus le scénario que tu as conçu.
D’un geste de la main, je désigne la bouteille blanche :
- — Tu te souviens du Malibu que nous avons bu, tout à l’heure ?
- — Eh bien quoi ?
- — La bouteille est empoisonnée. Nous resterons un couple pour l’éternité, n’est-ce pas merveilleux ?
Se levant tout en ouvrant de grands yeux ronds, Melania devient hystérique :
- — T’as quand même pas fait ça !
- — Mais si. Je ne suis pas chimiste pour des prunes. N’oublie pas : je ne peux pas vivre sans toi… C’est toi-même qui l’as affirmé.
- — Tu réalises que tout est enregistré ?
Boum ! Ces petites explosions deviennent agaçantes, ça coupe la conversation. Je réponds placidement :
- — Je sais. Et alors, qu’est-ce que ça peut faire, puisque nous serons morts tous les deux dans quelques minutes ?
Cette évidence la change en statue. Soudain, elle porte sa main à sa poitrine :
- — Oooh ? Qu’est-ce que c’est ?
- — Mourir du cœur, n’est-ce pas une mort merveilleuse pour un couple amoureux ?
- — Mais t’es complètement fou !
- — Oui, fou de toi. À en mourir !
Elle se précipite vers la porte, mais ses jambes ne la portent déjà plus. Melania s’affale au sol, en même temps que retentit une nouvelle explosion. Effarée, elle me regarde dans les yeux, tandis que je me penche sur elle :
- — Inutile d’essayer, tu n’as déjà plus de force, c’est juste une question de minutes, deux ou trois environ.
- — Pourquoi tu n’as rien, toi ?
- — Ma constitution est plus robuste que la tienne, mais je ressens déjà les effets. Nous ne mourrons pas exactement ensemble, mais à quelques minutes d’intervalle.
- — Si tu m’aimes tant que ça, pourquoi me tuer ?
J’affiche un sourire un peu triste :
- — Tu t’apprêtais à me dépouiller de tout, y compris de ta présence. Tu me condamnais à une mort lente. La nôtre sera beaucoup plus rapide.
Affolée, elle fixe la petite caméra, là-haut :
- — Mais pourquoi Alan ne vient pas ! Il doit bien voir que ça foire !
- — Il ne viendra plus, il n’est plus en état.
Bouche ouverte, incrédule, elle me dévisage, j’explique :
- — Un gros SUV noir aux vitres teintées, avec des bandes blanches, doté d’un toit ouvrant souvent ouvert, c’est pratique. Tout comme les travaux dans notre rue : boum, boum…
- — Comment tu sais ça, pour le SUV ?
- — Je sais tout, de A à Z, je te l’ai déjà dit. De plus, ton amant n’habite pas loin. Une petite charge explosive placée tout en bas de son dossier, une télécommande, et boum, plus de lombes… Je suis chimiste, ne l’oublie pas. J’espère pour lui qu’il est mort sur le coup.
Elle me regarde avec des yeux effrayés :
- — Tu… tu… l’as tué ?
- — Oh, il est peut-être encore en vie, mais dans un sale état. J’ai appuyé sur le bouton un peu après le Malibu. Je suppose que la cam s’enregistrait à distance sur son smartphone. Je crois que c’est compromis.
Effarée, elle balance sa tête dans tous les sens :
- — Mon téléphone, où est mon téléphone ?
- — Il est resté sur la table.
- — Donne-le-moi ! Vite !
- — C’est trop tard. Dans une grosse minute, ce sera fini.
Elle me regarde avec de grands yeux pleins de larmes :
- — Pourquoi tu m’as fait ça ?
- — Pourquoi tu voulais me faire ça ?
Je caresse ses cheveux, elle n’a plus la force de m’en empêcher :
- — Pourtant, tu ne manquais de rien avec moi. D’accord, ton amant est un peu plus beau, mais pas plus riche, il est juste trop flambeur, tape-à-l’œil. Tôt ou tard, vous auriez fini ruinés tous les deux.
Affalée sur le sol, de plus en plus faible, elle proteste :
- — C’était… mon… choix !
- — Tu as oublié ce qui a été dit lors de notre mariage : jusqu’à ce que la mort nous sépare.
- — T’étais pas… obligé de…
Elle s’arrête en cours de phrase, ses forces l’abandonnent. Tandis qu’elle peut encore m’entendre, je déroule ma logique :
- — Ce que je te reproche, c’est d’avoir tout planifié dans mon dos, avec la ferme volonté de me dépouiller. Si tu avais été plus franche en demandant le divorce parce que tu aimais quelqu’un d’autre, je n’aurais pas apprécié, c’est vrai, mais j’aurais été moins vindicatif.
- — Tu veux dire que… pas de… de poison ?
- — J’aurais accepté une répartition équitable.
La bouche ouverte, elle me regarde, se disant sans doute qu’elle a été trop vorace et que notre séparation aurait pu aller dans le bon sens pour elle.
- — Vrai de vrai ?
- — Vrai de vrai. Parce que, vois-tu, j’ai un cancer et que j’ai à peine trois mois à vivre. Je ne savais pas comment te l’annoncer.
- — Un cancer ?
- — Eh oui ! Si tu avais attendu, tu aurais tout eu sans effort, et même une assurance-vie en prime. Je comptais t’en parler ce week-end, mais hier, tu as refusé mon invitation sur le lieu de notre rencontre…
Complètement atterrée, ma femme me regarde comme si j’étais un Martien. Il suffisait qu’elle attende mon décès, de cause naturelle. Elle cligne des yeux, sa respiration s’entrecoupe, je pose ma main sur son visage :
- — Il est temps de t’endormir définitivement, ma chérie…
- — T’es qu’un…
J’ignore quelle épithète elle avait en tête. Peu importe, je lui demanderai quand je la rejoindrai de l’autre côté.