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n° 23774Fiche technique38817 caractères38817
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Temps de lecture estimé : 30 mn
28/08/26
Résumé:  Une vieille policière désabusée, une jeune femme paumée, une rencontre d’où renait l’espoir !
Critères:  #nonérotique #utopie f
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message
Les violences ordinaires

Le serveur dépose ma bière devant moi et file vers une autre table. Il n’y a qu’une quinzaine de clients dans ce bar. Un samedi soir ordinaire où je traine ma solitude dans un troquet, assise dans un coin à noyer mon regard dans la boisson ambrée que je m’apprête à siffler. Je ne suis pas la seule nana du bistrot. Une jolie blondinette, d’une petite trentaine d’années, est juchée sur un de ces tabourets hauts à hauteur du zinc. Devant elle, un cocktail aux couleurs indéfinissables, un de ces trucs modernes et sucrés qui sont servis dans les « bars branchés ». Une bande de jeunes hommes, dont certains sont un peu éméchés, discute fort.


Une gorgée de ma bibine fraiche coule dans mon gosier et glisse lentement dans mon estomac. Au comptoir, un premier éclat de voix me tombe dans l’oreille. Un des picolos, qui fait l’imbécile depuis un moment, serre de trop près la jeune femme. Celle-ci le repousse gentiment, et ça a le don d’énerver le gaillard qui se montre, du coup, bien moins aimable. Je lève les yeux, pour suivre la scène. Il revient à la charge sous les regards goguenards de ses potes qui ne font rien pour stopper la fougue alcoolisée de leur ami. Il ose même lui passer la main aux fesses, avant de la remonter vers les seins.



J’écoute tout cela avec la nette impression que ce petit con ne va pas lâcher l’affaire comme ça. Il n’a sûrement pas envie de passer pour une bille devant ses potes, et j’ai bien peur que les choses ne dégénèrent. Je reprends donc mon demi de mousse blonde et me lève pour aller me positionner au bout du bar. Le serveur ne moufte pas, et les copains du mec restent dans leur coin. Eux aussi sentent que le gars est trop bourré pour comprendre ce que non veut dire. Mais ils ont sûrement un choix difficile à faire. D’un côté l’amitié et de l’autre la courtoisie et c’est si facile de faire l’autruche. Ne rien voir, une manière de ne pas prendre parti, un balancement inadmissible pour moi. Et le type se sent costaud, face à la frêle jeunette qui ne sait plus trop quoi faire.



Bon ! Il va trop loin, cette fois, et je dois intervenir. Je m’y prépare déjà depuis quelques minutes.



Le jeune loup se retourne brusquement, comme si je venais de le mordre. Il me jette un coup d’œil incendiaire et me réplique dans la foulée.



Bien entendu, aucun ne bouge. Ils sont un peu sidérés qu’une femme dans la quarantaine vole au secours de la fille du bar qui ne parle plus. Elle laisse faire sans broncher. Et le gaillard qui remet le couvert.



Surpris, le mec se retourne vivement vers la porte d’entrée et ses amis font de même. Le temps que tous regardent ailleurs, j’extirpe de ma poche de veste ma carte bleu-blanc-rouge et rappelle le sale con !



Nouveau volte-face et il reste scotché devant ma carte de police.



Dehors, une voiture pie, gyrophare allumé vient de se ranger devant l’établissement et l’autre minable qui geint. Trop tard pour les excuses. Les agents en tenue arrivent vers moi. Je leur expose la situation en quelques mots et ils embarquent le clampin qui ne rit plus du tout. Puis j’invite la nana à me suivre au poste de police pour y déposer une plainte. Quant au serveur, qui a tout vu, je lui indique de se présenter demain dans la matinée pour être entendu… et voilà ! Ma soirée solitaire est définitivement foutue… par un imbécile qui ne sait pas retenir ses pulsions. Mais c’est vrai qu’il y en a tant de ses moments difficiles pour les femmes… qu’un exemple se doit d’être fait !



— xXx —



Pourquoi est-ce que j’ai l’art et la manière de toujours me fourrer dans des guêpiers de cet ordre-là ? Il est sept heures du soir et je termine les procès-verbaux d’audition de l’enquête de la veille, dans laquelle je suis témoin. Le mec va être présenté au « proc » et c’est lui qui va décider de la suite à donner à cette affaire. Mais c’est une femme, la représentante du ministère public au Parquet, alors il y a de fortes chances que le zouave se retrouve en audience de flagrant délit. J’ai assez de biscuit pour qu’il dorme quelque temps en zonzon. Mes collègues ont des sourires au coin des lèvres alors que je quitte le commissariat. Je m’en tape. J’ai soif et ma foi, je remonte la rue, pour aller manger un morceau sur le pouce et licher une bibine chez « Gustave ».


C’est un peu notre quartier général chez « Gustave ». Il nous fait des repas ou des sandwichs à la demande et n’est pas trop regardant sur les horaires. C’est seulement son bouge qui s’appelle comme ça, parce que lui, c’est un ancien de la maison poulaga, qui à sa retraite a eu la nostalgie de son taf. Il a trouvé cette turne à trois pas du commissariat et voilà tout. Ça lui permet de rester quelque part dans le milieu « flicailles ». Et bien entendu, l’interpellation nocturne a déjà franchi les murs de son restaurant. Il me voit arriver et lui ne rigole pas.



Comme d’habitude, la bouffe est un régal. Je m’empiffre presque et après avoir payé ma note, je reprends la direction de mon appartement. Les rues sont encore agitées. Il fait bon, alors les gens se baladent tard le soir. Un vrai coup de pompe, qui me coupe les guibolles, sans doute un contre-coup de la nuit dernière et de la folle journée qui a suivi. J’ai pourtant du mal à m’endormir et le visage de la nénette au bar, il est là, en filigrane derrière mon front. Sans trop que je sache pourquoi, son image revient sans cesse, perturbante, et pour dire vrai, chiante puisqu’elle m’empêche de pioncer gentiment. J’allume la télé et rien ne m’intéresse de ses programmes.


Alors de guerre lasse, je me dis qu’une bonne douche va me scier davantage les pattes et que je vais roupiller après celle-ci. Macache ! Et zut ! Alors je suis flic, mais je reste une femme. Et à force de gigoter dans mon plumard, je finis par m’échauffer le sang toute seule. Que fait une nana solitaire qui a une petite fringale de sexe ? Elle fait ce que toutes les meufs du monde font en pareils cas. Elle se caresse le bas-ventre et si ça fonctionne pour les autres, pourquoi devrait-il en être autrement pour la lieutenante Dorothée Gérard ? Rien de tel qu’une petite masturbation pour plonger dans le coma du sommeil. C’est mon fichu téléphone qui me rappelle dans le monde des vivants.


Il est six plombes du matin ! Là, c’est machinal, pour ne pas dire au radar. D’abord douche, puis café noir sans sucre et bien costaud. Et voilà, la bonne femme prête pour une journée de taf. Je franchis la porte de mon bureau après avoir serré je ne sais combien de paluches dans les couloirs. La ruche bourdonne et me voici dans mes dossiers, à relire dix fois les auditions de tas de gens qui mentent comme ils respirent, dans des affaires bien pouraves. Une journée ordinaire finalement qui m’apporte son lot de bons et de mauvais moments, comme toujours. Les heures défilent et la frimousse de mon pote José s’incruste dans l’encadrement de la porte.



José… c’est un lieutenant aussi. Je sais bien qu’il me drague depuis longtemps. Mais ça demeure très discret et puisque je n’ai nulle intention de mélanger vie privée et boulot, ça va durer indéfiniment cette histoire de cour en sous-main. Il ne s’en offusque pas non plus, il y a déjà un certain temps que nous avons éclairci la situation. Il sait ce que j’en pense, et en a sûrement pris son parti. Ce qui ne sous-entend pas qu’il a renoncé, bien sûr. Mais au moins, les choses sont nettes et claires entre nous. Nous sommes collègues, amis à la limite, sans que ça déborde plus que cela ni que ça aille plus loin. C’est tout.


Les deux autres sont des inspecteurs bien plus jeunes que nous et aucun d’eux n’a encore rencontré l’âme sœur. Mais ils ne sont pas moches et un jour ou l’autre… une gentille fille va bien finir par mettre le grappin sur l’un ou l’autre. Et nous voici donc attablés tous les quatre au zinc de Martial, content comme toujours de voir débarquer une partie du commissariat dans son restaurant. Il nous paie l’apéro et comme la soirée s’éternise, il nous propose une portion d’un petit salé aux lentilles absolument divin. Il s’installe en bout de table et croute en notre compagnie. Bien sûr, les vannes vont bon train et je suis la cible idéale, mais ça reste correct… dans les propos.


José tente une fois de plus sa chance et ma réponse demeure identique. Niet ! Nous nous quittons donc tous sur le trottoir et je remonte l’avenue qui mène à mon loft sinistre. Je marche sans bruit, et allez savoir pourquoi, j’ai cette sensation bizarre que je suis observée, épiée. Je rentre la tête dans mes épaules, puis longe lentement la rue en rasant les vitrines. Mine de rien, je tente de découvrir si c’est seulement une vue de l’esprit, cette perception floue. Et soudain alors que je passe devant la devanture d’un coiffeur, une forme svelte se faufile dans l’ombre d’un porche. Bon ! Cette fois, les doutes sont levés. Je suis filochée. Mais par qui et surtout pourquoi ?


Me voici donc en mode « défensive » et je cherche une rue que je connais qui fait un brusque coude en son milieu pour me planquer et voir de quoi il retourne. Cachée dans un renfoncement, je vois la silhouette aperçue furtivement dans la baie vitrée qui avance lentement, précautionneusement, et je suis désormais derrière ce personnage. Incapable de dire s’il s’agit d’un mec ou d’une femme, je me garde bien de faire le moindre bruit et je marche dans les traces du spectre qui me cherche vraiment. La forme humaine, en pantalon de toile noire, sweat à capuche, laquelle est rabattue sur sa tête, marque un temps d’arrêt en ne me voyant plus devant elle.


C’est l’instant que je choisis pour intervenir. Je tends deux doigts et les pose brusquement dans le dos de celui ou de celle qui se raidit d’un coup.



À la voix, je sais immédiatement qu’il s’agit d’une femme. Jeune de surcroit et elle tremble de trouille. J’insiste un peu en me reculant dans la pénombre.



Elle vacille encore un peu et je la vois fléchir sur ses guibolles et chercher un appui pour ne pas s’écrouler.



Elle se rassérène et nous marchons de concert pour les quelque cent derniers mètres avant de pénétrer dans la cour de mon immeuble. Il n’y a pas âme qui vive dans celle-ci, mais quelques fenêtres sont encore éclairées. Mes voisins ne sont pas très bruyants et ne s’occupent jamais de mes affaires. Par contre, bien peu de personnes franchissent la porte de mon appartement. La gosse est blanche comme un linge, alors que je lui demande de fourrer ses fesses sur un siège de la cuisine. Je passe un coup de fil à mon pizzaiolo. Au moment de commander, je lui demande tout à trac son choix, en matière de tarte italienne. Et le type note une « quatre fromages et jambon » pour la miss et pour moi, une calzone.


Bien ! Ceci étant rondement mené, il est temps que la jeunette se mette à table au figuré puisque pour la réalité nous devons attendre la livraison. Je la presse un peu et la somme cette fois de s’expliquer.



Je me lève et sors une bière du frigo ainsi qu’une bouteille de flotte. Je décapsule la « kro » et sers une ration d’Évian à la gamine. Une idée me vient d’un coup, vieux réflexe de poulaga.



Elle sort de sa fouille une carte bien malmenée. Elle n’a pas menti sur son blase. C’est un bon point. Elle commence alors à me débiter son histoire. Banale à chialer. Une mère qui a élevé seule ses deux gamines, un père dont elles ne connaissent rien. Puis un beau matin, un gaillard qui débarque dans le ciel familial. Une idylle pour la maman, qui est aux anges. Le loustic se tape la daronne et, un beau jour, les deux petites sont plus grandes. Des poitrines qui, au fil des jours, des semaines et des années deviennent plus attrayantes que celle de la maman et, si l’ainée remet en place le beau-père, la plus jeune, elle, est moins hardie.


Le mec en profite et, un jour, de guerre lasse, la cadette se fait la valise, à force de subir les pressions incessantes du saligaud. Oui ! Banal à pleurer. Et l’ainée qui cavale à la recherche de sa petite sœur, qui fait une mauvaise rencontre, dans un bar, en tentant de retrouver cette Élyse. La benjamine s’en veut d’avoir, à son corps défendant, mis Myriam dans la mouise, et, puisqu’elle a eu vent de mon intervention, me piste lorsque je sors de mon bureau. Dans quel but ? Sûrement dans l’espoir que je fasse un miracle ? Mais bon sang ! Quand donc les gens comprendront-ils que, sans plainte de déposée, ou, au minimum, une main courante, nous, les flics, sommes pieds et poings liés.


Puis se pose dans l’esprit des deux frangines, l’aspect humain de la chose. Leur mère qui vit une histoire d’amour avec un sale type, mais dont elle est amoureuse. Et c’est dans leurs caboches de bonnes filles faire du mal à la maman que de dénoncer l’enfoiré qui les persécute dans tous les coins, en prenant bien soin de n’être pas repéré par la mère. Un grand classique dans les affaires de mœurs familiales. D’un côté le salopard qui joue sur les sentiments des jeunes filles vis-à-vis de leur génitrice et de l’autre, des attouchements de plus en plus osés. Lesquels ont conduit la plus fragile à quitter le nid ! Bien entendu que le beau-père ne s’est pas précipité pour signaler le départ de la gosse.


En plus comme elle est majeure, la loi est pour lui. Pas de plainte, pas de recherche et la jeune femme est pendant ce temps-là, soit dans un squat, soit dans la rue. En tout état de cause, à la merci d’un autre monde sans pitié ! Univers tout aussi dangereux que celui qu’elle a fui finalement. Le serpent qui se mord la queue. J’écoute sa confession sans la couper, seulement interrompue par Anatole, le livreur de pizza qui connait mon adresse par cœur depuis le temps que je le vois débarquer pour m’éviter de tambouiller. Je suis perplexe quant à la suite à donner à cette odyssée familiale qui laisse des traces dans les esprits des filles qui la subissent.


Une fois encore, je me heurte à ce mur du silence, si difficile à briser ou à contourner. Et je regarde Élyse avaler avec avidité sa « Quatre Fromages ». Ce qu’elle me narre là, c’est trop souvent notre quotidien. Je mange de mon côté sans appétit, quelques bouchées de mon chausson parfumé et devant les billes que la môme roule en chouffant ce que je ne croque plus, je lui demande si elle veut le terminer. Tu parles d’une question ! Au bout de trois ou quatre jours qu’elle n’a rien mangé, c’est un bonheur de la voir engloutir ce qui reste de ma Calzone.



— xXx —



Un peu démunie face à ce récit d’une sombre misère, il faut faire la part des choses. Expliquer aussi à cette agnelle que notre pays a des lois, imparfaites, mais elles ont le mérite d’exister. Et nous palabrons des heures durant pour que j’arrive à lui faire admettre que sans plainte, la police en général et moi donc en particulier, je suis dans l’impossibilité de faire bouger les lignes d’une justice qui repose sur un cadre légal. Je peux tout à fait comprendre qu’il soit difficile, à celui ou celle qui subit ce genre de pression, de saisir que pour agir, les flics, les gendarmes ou la justice ont des obligations. Toutes ces institutions, lourdes à mettre en branle, sont régies par des codes.


À bout d’arguments, je songe tout de même que je ne peux en aucun cas la remettre dans la rue et je lui propose de vivre chez moi, le temps que je lui dégote un asile, une piaule, enfin un endroit pour qu’elle se sente chez elle et en sécurité. Je sais bien, en mon for intérieur, qu’une fille de vingt piges en plein désarroi est une proie facile pour toutes sortes de prédateurs. Mais je dois bien avouer, sans lui dire, qu’il va être compliqué de rapporter la preuve des agissements de son beau-père. De plus, elle a bougrement raison. Parce que ça risque de faire voler en éclat ce qui la lie à sa mère. Pas simple à gérer comme situation souvent.



Que lui rétorquer ? Il est l’heure que je file à mon taf et je laisse un trousseau de clés à la môme qui a l’air de décompresser. Je vais quitter mon home et à hauteur de la porte, je me ravise en songeant à un truc…



Je rajoute le bristol à mon talbin de cinquante euros que je viens de lui glisser entre les doigts. La jeune femme reste plantée devant moi et je sens son hésitation. Comme si… oui ! D’un coup je sens qu’elle ouvre les bras en grand. Et merde ! Je déteste ce genre d’effusion, mais comment lui refuser cette bise qu’elle réclame. C’est presque un bisou maternel dont elle a besoin. Je dois avoir un âge avoisinant celui de sa mère vraisemblablement. Alors j’y vais de ma bistouille sonore sur sa joue et je cours vers mon foutu bureau. La journée qui s’annonce a une drôle de saveur. Je n’ai pas dormi une seconde et cependant je me sens… comment dire ? Submergée par des émotions très confuses. Ouais ! Il y a chez moi une sorte de regret de n’avoir pas d’enfant.


Je chasse bien vite cette sombre idée de ma caboche pour plonger dans la mouise quotidienne d’un commissariat ressemblant à tellement d’autres. Son long défilé de braves gens qui viennent se plaindre d’autres moins sympas. Démêler le vrai du faux reste parfois une gageure. Mais c’est bel et bien la frimousse de cette Élyse qui me trotte dans le crane durant ces heures de travail. Et je dois reconnaitre que c’est un des rares soirs où je suis motivée pour rentrer rapidement dans mon « chez-moi ». À dix-huit heures, je prends mes cliques et mes claques, au grand dam de mes trois compères qui m’attendent pour un apéro ou une dinette « chez Gustave ».



Je suis stupéfaite par ses paroles. Merde alors, je ne suis pas bi et encore moins lesbienne. Mais ces mots me font prendre conscience de l’ambiguïté de la situation. Je bafouille lamentablement, comme pour le rassurer.




— xXx —



Il y a, dès que j’ai franchi le seuil de mon appartement, une odeur agréable qui me chatouille les narines. Pas un parfum suave de fleurs, mais une fragrance de cuisine. Ça sent la tarte aux pommes ! Et autre chose que mon odorat ne détermine pas avec exactitude. Elle est dans la cuisine, cette Élyse qui se balade dans un de mes peignoirs. Bon ! Je vois qu’elle a vite trouvé ses marques et ça me va plutôt pas mal. Au bruit dans la serrure, je suis accueillie par un sourire.



Nous sifflons nos bibines en discutant de tout, de rien et je goute à sa cuistance. Elle a un beau sourire cette jeune femme. Je suis consciente qu’il faut souvent peu de choses pour que tout bascule. Cette jeunette mérite d’avoir toutes ses chances dans la vie. Alors oui, je vais faire ce qu’il faut pour qu’elle s’en sorte. C’est rudement bon, ce qu’elle nous a mijoté. Meilleur sûrement que ce que je serais capable de cuisiner de mon côté. Et au fil du repas, que nous arrosons avec le reliquat de la boutanche de Bordeaux rouge dont elle s’est servi pour concocter son plat, elle s’enhardit et les questions fusent.



Elle me regarde avec de grands yeux plein de malice. Et d’une voix rauque, je l’entends qui me lance tranquillement.



Je songe d’un coup que ça devient une habitude de se faire la bise. Mais ce n’est pas si désagréable après tout, et pourquoi est-ce que j’ai la nette impression que je fais ou qu’en fait c’est Élyse qui fait un peu, beaucoup, partie de mon existence ? Le smack y est pour quelque chose ? Sans doute. Elle prend une sacrée place cette minette dans mon univers personnel. Je mesure soudain la profondeur de ma solitude. Un vide que mon taf ne remplacera jamais. Et allez savoir pourquoi, une figure de mâle vient se loger derrière mon front en filigrane. Je vous le donne en mille… cette bouille, c’est oui… c’est bien celle de José !


Peut-être que finalement, de mon côté, j’ai aussi des choses à faire pour avancer ! Bon ! Dormir et voir venir. Demain sera un autre jour, une rude journée et un sourire nait sur mon visage. Cette gamine m’apporte sûrement plus que je ne peux lui donner. Oui ! Demain, je ferai le premier pas, et donc le point avec José… mais seulement après qu’Élyse et moi aurons trouvé une solution à son problème. Et c’est bien sur un réel espoir pour l’avenir que je m’endors, presque heureuse pour une fois ! Demain n’est plus si loin !