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n° 23773Fiche technique29571 caractères29571
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Temps de lecture estimé : 22 mn
27/08/26
Présentation:  Digression de l’auteur
Résumé:  Confronté à un héritage qu’il n’a pas souhaité, Thomas vit une étrange aventure sur les terres de Pauline Réage.
Critères:  #fellation fffh ffontaine fgode fdanus fsodo hdanus hgode hsodo piquepince
Auteur : parapluie      Envoi mini-message

Projet de groupe : Polar and Co
Au pays de Pierrot le fou

Digression écrite par l’auteur dans le cadre du jeu « Polar and Co », pour le texte de Parapluie : La Cravate rouge




On ne crucifie pas impunément un mec. Dans certaines religions au polythéisme vacillant, ça a pu arriver, mais ce n’est pas exactement le propos. Le sujet, c’est cette femme qui mange des huîtres à midi, plaide dans la foulée et dit : « On a besoin de souffler, non ? »


Tu ressembles à un blues brothers ensanglanté de la gorge au nombril, avec ce truc à l’odeur prégnante de naphtaline qu’elles t’ont collé les vieilles. La cravate rouge. Une distinction et un signe distinctif. Ce n’est pas tout à fait pareil. Certains refusent l’un ou l’autre, selon comme ils se sentent, inclus ou responsable ou affidé. Toi, t’as pas eu le choix.



Tu inspires un grand coup. De quoi elle parle l’autre avec sa robe à jabot jetée sur l’épaule ? Rien, tu ne sens rien que tu n’as déjà senti depuis le début, cette odeur, c’est toi à présent, elle vit côte à côte, souvenir de ta mère au moment où les mites, trop tard, quand elles commencent de voler. Elles ont déjà pondu ou vont le faire… Le pessimisme et le fatalisme de ceux qui savent.


Tellement t’as sué dans ce prétoire que cette foutue naphtaline n’est plus qu’une résurgence de l’enfance. Elle embaume tes souvenirs, la bôme de l’autre te revient dans la gueule, quand tu chancelles sous le coup de ce que tu ne sais pas. Émotion, chaleur de cet été torride engoncé de brume moite, moustiques qui, comme autant de Stukas, fondent sur ta sueur de leur bon temps de paradis sucré ? S’ils savaient ces cons d’insectes ce qu’ils vont s’injecter !


Tu vacilles. Ta veste sur l’épaule, les manches retroussées.


Sa main, sur ton avant-bras. Curieux comme elle est fraîche. C’est vrai, petite bonne femme. C’est pas parce que ses yeux sont clairs qu’elle ne devrait pas exhaler les parfums torrides de la maison du Pierrot pas si loin. Elle t’a causé de lui. Entre, ce mec il va plonger terrassé comme un dragon et, vous n’êtes jamais venu jusqu’ici vous ? Vous n’avez jamais visité le coin ? Les marais ? Les îles ? Ré, Brouage ? Ça vous parle, Pauline Réage ? Ah non… ne me dites pas ! Enfin si, dites-moi, vous ne saviez pas que le pseudo de Pauline c’était ce mélange Ré et Brouage ? Parce que les Demoiselles de Rochefort, c’était mignon, mais bon… Vous saviez pas ! Pardon, je suis comme ça à filer un écheveau avant de me jeter sur le truc.


Avec les vieilles, c’était déjà pas facile. Mais, celle-ci qui te. Carrément te pose la main sur l’avant-bras et serre à peine, que tu sentes comme ses doigts défont la chaleur. C’est une sorte de baume. Tu n’as pas bien suivi pendant le repas du midi ses conneries d’île, de Louis XIV et de son amour enfermé. Ce type déjanté avec sa maison. Quoi ? Vous n’avez pas lu Pierre Loti ? Vous savez qu’il était navigateur comme votre parent, enfin je veux dire, oui ! Pardon ! Je suis maladroite ! Votre parent avec sa bôme dans la tête. C’est curieux le destin, non ?


Chiant. Franchement chiant. Le destin est franchement chiant. Autant que ces doigts, à la pulpe toute fraîche qui, sous tes quelques poils châtains, lissent ta peau. Soumis à la tentation, tu ne résisteras pas. Comme elle te lâche et avance de trois pas, forcément tu la regardes et vois. Hâtivement, diaph 1/16, tu enregistres dans ta mémoire flasque ce qu’elle t’offre, pas ingénue pour deux sous. Elle ne tourne pas sur elle-même. Pas besoin, elle sait que le soleil la fait butiner au bord de tes yeux. Mais fatigué, empli de toutes ces histoires d’avant avec les vieilles et celles déroulées dans le prétoire, fatigué, t’es tellement crevé. Tu ne suis plus. Un roi et sa maîtresse, Pierrot le fou, bien avant qu’un cinéaste s’empare de l’expression et fasse des vagues avec, histoire d’O composé donc ici ou presque, en tout cas le pseudo, t’as compris que la Pauline, c’est là qu’elle l’avait forgé comme cet anneau qui pendait à une lèvre intime dans son texte.


Il y a comme une larme sous la signature de nos pas… Cette espèce de honte que tu éprouves à entendre résonner ta propre poésie. Ce vers si ancien. Qui ne t’a jamais quitté. La preuve ! Il est au bord de ta bouche, ses syllabes sucent ta salive. C’est si loin, comme tu écrivais. Ni joie ni peur. Des mots avec un rythme, qui se posaient au bord de rien. Pas tristes ni gais. Parce que dans les cils naissent des brindilles d’émotion, de petites escarbilles, des scories de l’âme qui s’épanche. On les pose au bord d’un monde. On les laisse choir près d’un courant où elles navigueront.


Finalement, toutes ces conneries, c’est juste de l’eau salée qui coule des glandes lacrymales. Rien d’autre ! On se renie tellement de fois. À chacun son Pierre déglingué qui entendrait le chant d’un coq.


Ou d’une poule.


Tu contemples cette nana qui n’a cessé de t’allumer. Cette femme. Tu ne sais plus. Elle fait quoi, ton avocate ? Elle joue à quoi là exactement ? Elle décompresse ?


Ce petit pas de deux. Qui vous met presque face à face :



Tu veux bien continuer. Mais boire avant un truc, pour épancher une soif indécise. Oh ben, sur la place des Demoiselles ! Vous vous jetez quatre demis. Elle se lève. Chancelle, oh ! Vous allez devoir me porter, ben non, je dis des bêtises, vous connaissez pas le chemin… Oups ! Et qu’elle se raccroche à ton bras.


La conne qui te projette dans un vernissage. L’iris vert de ses yeux a viré pâle profond quand la marée a basculé et que dans son regard t’as fait tout pareil. Pupille à pupille. À peine le temps de respirer que des connes échevelées ont surgi de partout à grand renfort de : « C’est qui lui ? »



Ben oui, c’est l’évidence : avocat, client et vice versa. Sauf que les autres, tu les calcules pas du tout, sauf peut-être une. Ou deux. Mais, c’est sans compter celle que t’as pas vue venir. Qui te. Oh mon dieu ! Qui te colle la main au cul ! Un regard vers l’avocate :



Et se barre, hilare !


Peut-on être plus pétrifié que la pierre ? Dans ta tête, tu causes pas de la barre. Vaguement t’effleure celle de l’Adour dans tes anciennes virées over the waves de surfer, all over the world. Toi, tu sais de quoi tu causes. Tu crois savoir jusqu’au moment où des doigts frais sur ta gorge dénouent un bouton et ce nœud qui t’emprisonnait. Tu vois à tes lèvres monter une flûte de champagne.



C’est frais. Mieux que les bières quand ça descend ton gosier.


D’autant que les mains.


Elle est passée où sa putain de robe d’avocat qu’elle avait sur l’épaule ? Boire, tu sais, alors c’est pas ses simagrées de ; il y a longtemps que tu ignores comment tu es revenu à l’origine d’un truc de toi qu’elles ne peuvent pas savoir les connes, mais elle t’entraîne, te pose devant et tu te vois.


Presque tu te tutoies. Ou te voussoies. Parmi les élus, tu es dénudé ou presque. C’est fou comme ce type te ressemble. Forcément l’acrylique, ça fait des effets ! Mais c’est le souvenir d’avant. De quand tu enseignais l’Histoire de l’Art. Il y avait toutes ces étudiantes, deux mecs homos dont tu sentais aussi la concupiscence lubrique. Face au tableau qu’un jeune peintre a réinterprété, tu vois tomber ton armure à tes pieds : tu rends les armes, mais qui jugeras-tu ? Le poète, l’historien de l’art, l’histrion ?


La peur te prend : et si le tribunal était là pour toi ?



Blême, je dois être, blême doit y avoir un blème !


La respiration que tu prends quand elle enchaîne :



Dans les oreilles elle te colle un truc. Le polyptyque de Weyden version acrylique s’éclipse comme Dark Side of the Moon. Ta mère crie après les mites, t’as un kaléidoscope dans les mains. Démultipliées, tu vois des formes célestes. Des voiles les couvrent ou le contraire, leurs seins enserrés dans des trucs que t’as jamais vus. Enfin si, un peu, mais pas à ce point d’orgue où leurs tétons transperceraient ta langue.


Des bites. Elles ont toutes des bites.


Ça te cisaille un instant : dans un port, c’est normal. Enfin pas vraiment, pas pareil. Tu sombres, la cravate rouge autour du cou. Des bittes d’amarrage. D’ancrage. De chevillage.



Sa robe de fonction sur l’épaule, elle regarde s’éloigner les pompiers. Elle s’est engagée à te ramener à bon port.


Le souffle court, assis tu ne sais où, tu vacilles. Ne pense même pas à te lever ! Une onde enfle en toi. Tes pupilles accommodent les alentours. Des sons crépitent. Par moments, des mots sont dedans. Tous ne jouent pas dans la même gamme. Devant le théâtre de La Coupe d’Or, tu as dû t’effondrer. Curieuse ville. Pas trente mille habitants, mais des musées à profusion, un théâtre, l’océan tout près, la Charente dont le flot lourd meugle au rythme des marées, comme les vaches dans les marais autour, et ces mains sur tes bras et dans ton cou.


Ça fait beaucoup de mains quand même. Celles qui caressent tes avant-bras nus, celles dans ton cou et sur ta nuque, celles qui glissent vers ton cul, mais tu t’en fous à présent. Toutes ces mains, tous ces doigts qui remontent la chapelure de ta peau, elle se hérisse la garce, elle ne t’appartient plus. Tu frissonnes.


T’es sûr que t’as pas fumé. Des clopes oui, mais rien d’autre. Tu sais que t’as bu. De la bière et du champagne et la grande goulée de souvenirs des vieilles. Tu sais que cette journée t’a saoulé d’un passé que tu ne voulais pas. Tu ne souhaitais pas qu’il revienne. Il était si peu tien. Enfin, ça, c’est toujours compliqué de savoir comment se mêlent des bribes.


Ça jacasse. Façon poulailler. La conscience de toi et du monde te revient. Tes yeux surtout ont rallumé le mode plein phare. Trois, elles sont trois à tes côtés. Bêtement, tu te dis, j’avais raison, ça faisait beaucoup de mains, trente doigts, sans compter les orteils. Trois, c’est un chiffre assez franc-mac, dans ce bastion proche de La Rochelle. Trois, ça ne veut rien dire. Mais tu entends le chant des poules. Tu es le seul coq. Tu aurais pu t’appeler pierre à fendre où je bâtirai mon église. On ne t’appelle pas. Plus. Tellement de choses sont derrière toi.


Elles te regardent. Parce que la suavité de leur toucher sur ton épiderme t’a ramené. Elles n’en tirent aucune fierté. Juste : bon ! On y va ? Dans le SUV, tu veux monter devant, près de ton avocate au volant. Elles ont ce regard les deux autres : c’est comme si elles déchiraient ton costume, te mettaient à nu comme dans ce foutu polyptyque de van der Weyden. Ton costume noir en lambeau. Ta cravate rouge sang, sur ta chemise lacérée, pendant en oriflamme dévasté sur ta queue flasque et blafarde.



La Sophie au volant, c’est pas ton avocate. De biais, tu lui jettes un œil, bien persuadé qu’une femme, aussi concentrée soit-elle sur sa conduite, n’ignore rien d’un homme et de ses simagrées l’air de pas y toucher.



La question a fusé comme une moitié de vomi arrêté au milieu de l’œsophage. Davantage un renvoi ravalé qu’une question bien formulée. On va chez elles. Elles sont en coloc. Du côté de Saintes. Mais mon hôtel, tu penses, la suite du procès, demain, tout à l’heure. Au pays ou presque de Mélusine, elle te dit, les choses prennent un tour d’horloge qui ralentit le temps. Tellement appauvri de secondes, il s’arrête ou presque lorsqu’elle décélère devant une bicoque façon gentilhommière, brièvement éclairée par les phares. Dans un garage, elle gare la bagnole, ouvre toutes les vitres et lâche :



Comment être à Besançon au pays des vraies horloges mécaniques ? Comment remonter le temps jusqu’au pompier qui lâche : « Malaise vagal maître ! »


Pas le temps d’y penser. Au lieu de ça, Sophie te lâche :



Il y a comme une larme sous la signature de nos pas… Le vers à présent brûle jusque dans tes entrailles, tandis que celle sans nom, au milieu d’une vaste pièce aux pierres apparentes, te met à nu, hormis la cravate rouge qu’elle lisse et dont elle resserre à peine un peu le nœud.


Malgré toi, la demi-molle qui s’était éveillée, quand tu sentais l’odeur de baise dans la bagnole, commence de battre un tocsin éraillé : la conne, la pute, l’inconnue, celle qui a doigté ton avocate sur la banquette arrière de la voiture, celle que tu ne sais pas nommer s’est dépoitraillée et a glissé un téton brun entre tes lèvres et murmure, suce mon fou, suce mon Pierrot, je te sucerai après. Je te sucerai comme tu as toujours aimé. Mais suce-moi.


À pierre que veux-tu, tu te sens près de fendre le foyer de ses chaudes bûches écartelées. Si elle était à poil. Sauf que tu n’as que ses bouts de seins à portée. Brunâtres comme tu les as toujours aimés. D’une couleur de peau qui nous réunira tous un jour, tu as toujours pensé. Ils sont comme la première phalange de ton petit doigt. Un peu plus courts, mais aussi épais. T’es pas un athlète. Ils sont bien comme ils sont. Ils ne fondent pas dans ta bouche. Ils ont cessé de grossir entre tes lèvres ou sous ta main. Ils ne sont pas durs comme du silex, sinon, tu les frotterais l’un contre l’autre, foutrais le feu à cette baraque et te réfugierais dans les jambes des pompiers : « Malaise, vagal ! »


Ces éclairs te traversent à peine la tête tandis que, de téton à téton, tu joues ce vieux jeu en noir et blanc de ton enfance sur une télé. Deux barres. Un point. Le tennis électronique de quand t’étais tellement jeune que des seins et des tétons, ni ton pote, ni toi ne saviez exactement ce que c’était. À l’époque, tu ne pensais pas que derrière toi, occupé que t’étais à téter et malaxer des protubérances grumeleuses, des mains douces écarteraient tes fesses pour qu’une langue entame son chemin de composteur. Tandis que devant, à la jonction de tes cuisses, là où le pubis fait à la fois l’homme et la femme, deux mains et une bouche te rappelleraient à ta condition masculine.


T’es assez vieux pour ça. C’est même pas l’expérience, c’est juste la chance que, parfois, une fléchisse entre tes bras en découvrant que ses seins, mieux encore que le clito, lui offrent un orage inattendu. Il y a comme une larme, la jonction des paupières brille d’un éclat translucide, voilé du sel des glandes lacrymales. L’œil noyé d’une brume d’étonnement que les nerfs diffusent à petits jets. C’est tellement émouvant une femme prise par un orgasme qui naît dans sa part de féminité la plus inattendue pour ça. Elle devrait être mère, d’une manière assez ancestrale, juste mère avec ses seins. Sauf quand une fulgurance lui vient. Qui la ploie, comme la sans nom.


Parfois tu te dis que tu aimerais être une femme. Souvent tu te le dis, à envier leur plaisir si multiple.

Tu pourrais être jaloux. Mais tu as la patience. Tu as toujours eu la patience, le lent travail des mains, le métier de l’artisan qui connaît les gestes, les lignes, les veines, les anfractuosités, la naissance des rameaux, le bourgeonnement tendre des feuilles. L’émerveillement ne t’a jamais quitté. En dépit de tout ce que tu as été, donner a toujours été toi. Ton plaisir, sans vanité, est toujours né sur ce mont un peu escarpé, connu de peu. En tunique, dépouillé de ton armure, comme dans ce polyptyque de van der Weyden, tu expliquais à tes étudiantes, et aux deux homos qui te reluquaient le cul, comment le don de tout de soi élevait vers un absolu. Le reste, t’en plaisantais, c’était juste un pourboire.


Toujours habillée, les deux autres sont cul par terre. Oubliés ton cul et ta bite.


La sans nom, qui flageole entre tes bras, de la neige mouillée entre ses cils, tend ses lèvres vers toi ; tu crois à une tentative de baiser. Mais c’est un murmure vers ton oreille. Elle s’est hissée, s’agrippant à ton épaule et à la cravate rouge autour de ton cou, pour susurrer Jesusa. Ne le dis pas aux autres. Elles ignorent. Pour elles, je suis Jess. Depuis toujours. Ne dis rien. La sans nom, la pute, la salope, c’est un jeu. Il tourne parfois. Mais au fond, j’ai compris, au fond, elle n’est personne d’autre que ce prénom bizarre que je n’ai jamais entendu de ma vie. Jesusa. Et, à d’autres moments dans leurs jeux, elle est Jess, presque El Jefe.


Il reste un soupçon de givre lavé de liquide essuie-glace dans ses yeux sombres. Pas tant la pupille, noire comme chez tout le monde ou presque, mais l’iris venu d’un sud autre que celui de la Charente, même quand la rivière charrie des limons chargés de bois en putréfaction.


Jesusa s’affaisse au pied d’un canapé proche d’une cheminée où rien ne brûle. Mais vite, Jess les invective :



Sur quoi, sans attendre, Jess se dessape. Ses seins, tu les connais, enfin les mamelons surtout. Le grain de sa peau à peine. Sa taille étroite, ses hanches à peine marquées, presque de garçon, son pubis glabre. Dessous pendent deux grandes lèvres brunes, l’une un peu plus étirée. Elles masquent largement les petites.


Elle n’y peut rien, des filets de sucre filé scintillent à l’orée de sa vulve, certains dessinent à ses cuisses des entrelacs luisant, elle goutte littéralement. Elle pourrait dire, c’est la salope dans la caisse qui m’a fait mouiller, mais chacun sait que la vie que ses seins donnent est descendue dans sa chatte, a coulé au long de ses jambes, s’est engluée jusqu’à son anus quand elle a joui des tétons et que ça a tétanisé et hypnotisé les autres. On dirait un arbre de Noël du genre, cette année on fait un décor translucide.


Elle a pas eu besoin de lever un doigt. D’un regard qui a percuté Alice en plein front, celle-ci a tombé son ben. Un string violet. T’as pensé, assez connement, chouette ! elle va nous jouer un concerto pour violon et violoncelle ! Jess a levé un sourcil. L’autre a perdu le haut qui ne lui servait pas à grand-chose : deux petits boutons roses pointus sont apparus, cerclés de minuscules aréoles. Manifestement, elle avait oublié ses seins dans le soutien-gorge de la veille. Elle a rosi lorsque tu l’as regardée, des chaussures qu’elle portait encore, jusqu’à ses yeux gris-vert. Noire de cheveux, coupés bien courts, elle ne pouvait dissimuler le frisottis des poils roux qui serpentait depuis la naissance de son clito jusque vers ses aines. De ses aisselles débordait un taillis de sous-bois printanier.


Jesusa t’a lâché dans un souffle :



T’as hoché la tête, en connaisseur. Elle a incliné son visage vers toi. T’as voulu vous accompagner l’un vers l’autre, toucher enfin sa peau, prendre ses seins à peine plus gros que de jeunes poires même pas automnales entre tes mains, enserrer sa taille de garçonne, sentir ses fesses un peu pointues contre tes paumes, lisser sa vulve lisse et poisseuse du trait de ta main, étaler sa mouille partout. Elle t’a stoppé d’un feulement :



Il n’était plus temps de te demander où était passée la robe à jabot de ton avocate. Les veinules sur ses seins de vraie blonde traçaient une cartographie à suivre de la pointe de la langue. Sa poitrine. Tu te souviens de ces seins. Ronds, pleins, pas du tout arrogants, au contraire, généreux, heureux de se montrer dans leur plénitude. Ni des melons ni des pommes. Pas de métaphore fruitière. Plutôt une envie que tu éprouverais plus tard de pétrir les mêmes dans la glaise, pour le plaisir de sentir la terre réinventer leur mystère et puis, pour les avoir toujours près de toi, tu as pensé, j’en ferai des sous-main. Et plus tard, les sous-marins de mon passé. C’est à peine si elle avait une pointe dessus. Cette vieille légende des coupes à champagne moulées sur une poitrine parfaite, ça lui allait comme un gant.


Elle se tenait debout face à vous. Les mains croisées dans le dos. Nue comme une Victoire de Samothrace ou presque. Resplendissante dans l’opalescence de sa nudité. Ses cheveux blonds roulaient en cascade sur ses épaules, forcément t’as pensé à une Vénus sortant des flots. Botticelli et tous les autres après, jusqu’à Courbet et même de Kooning avec ses femmes en série, sauf qu’elle avait pas les formes de celui-ci, ni celles des Rubens, elle avait autre chose qui t’a propulsé loin, bien loin, très loin en arrière quand, à tes étudiantes tu racontais le mythe de Pan, un des derniers initiés du monde, avant qu’arrive Jésus. Les étudiantes buvaient tes paroles. Un jour, tu t’es aperçu que l’une d’elles te montrait sa chatte nue et un peu poilue. Elle avait posé une jambe sur la table, l’autre sur la cuisse de sa voisine. Son simulacre de jupe ne cachait même pas son anus. Dans la pénombre de la salle, tu savais. Provocation de gamine ! À l’époque les vibros n’existaient pas. Aujourd’hui ça aurait pu être différent. Plus émoustifiant.



Sophie a fait trois pas de plus. Tu ne parvenais pas à détacher ton regard de cette nymphe faunesque. Un truc hermaphrodite. Une femme avec une paire de seins à faire rôtir les inquisiteurs et, prenant naissance sur son pubis, une queue noire, saillante, lourde, gonflée, manifestement enchâssée dans sa chatte. Totalement épilée, celle-ci n’était qu’une fente presque imperceptible, juste un peu enflée par la partie du gode insérée dans son vagin… Dieu que ton avocate était belle et désirable !



Les mots de Jess ont claqué sur les pierres blondes. L’âtre vide de la cheminée leur a offert un écho aigu.


Sa queue pointant vers son ventre légèrement rebondi, Sophie est venue à votre rencontre.



Un pas de plus, et pliant le bassin, ramenant ses mains devant vous, elle a laissé tomber un sac à vos pieds.



Le petit morceau de rousse s’est levé. Deux pas plus tard, elle était agenouillée devant vous, ses cuisses largement ouvertes laissaient sourdre des perles de rosée sur son string qui devenait de plus en plus translucide, comme si la mouille qui coulait de son con en dissolvait la matière. Tu as su bien plus tard que c’était effectivement le cas. Que la matière fondait à mesure qu’elle mouillait. Ce soir-là, tu ne savais pas grand-chose mais tu as assisté à un spectacle grandiose. Ou incongru. Ou pire. Ou mieux.


Alice, les mains à plat sur le sol, les cuisses largement ouvertes, ressemblait, à condition d’oublier son string violet, à l’une de ces sculptures Pop art d’Allen Jones. L’Anglais était plus provocateur, limite SM, quand il faisait des fauteuils ou des tables de ces sex-symbols sanglées de cuir.


Lorsque Alice a pris ta queue en bouche, aucune des deux autres ne le lui avait suggéré. La première fois où elle a failli te mordre, tu as eu un mouvement de recul. Une frayeur diffuse t’a traversé : c’est quoi exactement ces connes dans ce bled de merde. Tu te voyais dans After Hours. Pas encore dans Midnight Express mais, limite…


Alice t’a englouti bien plus profondément. Elle a joué habilement de sa langue sur la couronne, le frein, l’a glissée dans le méat et, d’un coup t’a enserré de ses lèvres fortement. Là, t’as ouvert grand les yeux pour découvrir un spectacle curieux. Tes sens aux aguets à présent, tu as entendu une drôle de musique, comme un air de guimbarde. Ta queue toujours enfoncée dans la bouche d’Alice, tu t’es déplacé sur le canapé, t’as jeté un œil vers sa chute de reins. La rousse avait le cul en l’air, cambrée comme tu n’aurais jamais cru possible, les jambes ouvertes à l’extrême. Jess tenait un instrument entre ses mains, une sorte de cymbalum dont les cordes tendues comme un string mais libres de se propulser dans l’espace, produisaient des sons mats à chaque fois qu’elles heurtaient la chatte d’Alice ou son anus. Son sexe ne cessait de couler. Tu voyais des traînées de mouille sur ses cuisses jusqu’à ses genoux. Elle a lâché ta queue et hurlé quand la plus basse des notes a longuement vibré sur son clito.



Tu n’as pas reconnu la voix de Jess. Ni celle de ton avocate :



Jess a dit que ça serait mieux que Sophie le lui installe pendant qu’Alice achèverait de nous préparer.


Ta queue était bien raide. Tes boules déjà remontées pour lâcher leur dose dans la gorge de la rousse aux cheveux noirs. Mais les deux autres avaient un autre truc en tête. Sophie, sous tes yeux qui en avaient vu d’autres, a roulé une putain de bavouse à Alice, la léchant jusque dans les oreilles, sur le lobe, mordillant ses pommettes. Tu l’as su après. Mais à quoi bon savoir avant ? En fait, elle lui assignait son rôle.


Alice t’a pris par la main, t’a invité à te lever, à la suivre. T’as cherché Jess, ta Jesusa des yeux, elle t’a souri. Tu l’as mieux regardée. Pour voir qu’elle aussi arborait un gode de bonne taille, comme ton avocate qui te souriait aussi.


Avant que ça advienne, tu savais que tu avais trouvé dans cette soirée une chose que tu n’étais pas venu chercher dans ce bled, avec son putain de nom, Saintes ! Mais comme tout te tombait dessus, et que ces gonzesses, chacune à sa manière, réveillaient en toi une furieuse libido, tu as laissé Alice te conduire jusqu’à la chambre et t’allonger sur le dos. Elle a collé son string en lambeau contre ton visage. Entre les rares fils qui restaient, tu pouvais glisser ton nez dans sa chatte et lécher sa pastille. Tout était couvert de mouille. Tu entrais ton appendice nasal, ta langue, voire ton menton là où tu avais envie. Elle coulait et roucoulait comme une poule, tellement excitée qu’elle se branlait la chatte quand tu léchais son cul, dardant ta langue au plus profond.


Tu savais que tu allais au fond de sa gorge, ou de son palais, car tu n’étais pas vraiment assez gaulé pour une gorge profonde. Tu sentais aussi que des couilles, elle passait au périnée et de celui-ci à l’anus. À certains moments, quand son doigt était proche de te pénétrer, tu étais un peu en apnée, incapable de te concentrer sur sa chatte ou ses fesses que tu écartelais. On t’avait déjà mis un doigt ou deux. Mais pas comme ça. Le plus souvent, c’était avec de la salive : le pire des lubrifiants, le premier liquide humain destiné à commencer à dissoudre les aliments. T’avais pas trop aimé du coup. Beaucoup mieux la cyprine ! Un vrai lubrifiant. Ou le liquide séminal. Au bout d’un moment, t’avais remarqué son manège, ses doigts allaient et venaient de sa chatte à ton cul. Ils étaient chauds, doux, humides, glissants. Sans trop d’effort, deux phalanges de deux doigts étaient entrées. Qu’à cela ne tienne, tu l’avais imitée et, percevant une poussée de son bassin vers tes doigts tu avais compris qu’elle aimait ça, autant que ce qu’elle te faisait à présent en glissant tout un doigt dans ton anus. T’avais peur de lui péter à la gueule. Mais pas la crainte qu’elle en fasse autant. Tu t’en foutais, ça glissait de partout maintenant, et c’était bon les deux doigts qu’elle tournait dans ton cul. Pareil pour elle, avec un troisième quand elle gémit, lâcha ta queue pour faire sourdre de sa gorge un « encore ! » Et de t’étonner de répondre : « Pareil ». Vous avez fait chacun ce qui vous portait, jusqu’au bout, doigte-moi, suce-moi, je te ferai pareil !


Lorsqu’elle a retiré ses trois doigts, tu n’as pas eu le temps de ressentir un vide. Aussitôt, tendrement et lentement quelques doigts de plus se sont glissés en toi, des doigts unis par une force un peu tellurique, des doigts qui étaient presque une main. Alice avait lâché ta queue. Elle tenait tes jambes écartées, elle les relevait vers ton ventre. Tu ne la voyais pas sourire.


Tu as juste senti une poussée franche qui a écarté sa vulve de ta tête. Vu passer une chose qui ressemblait à une queue au-dessus de ta bouche. Senti des mains enserrer ton visage. Des yeux charbonneux ont cherché ton regard. Des lèvres se sont posées sur les tiennes. Un effleurement au début, puis une langue n’a pas eu à forcer pour trouver la tienne. Tu as vu et senti ces queues paniques qui vous prenaient Alice et toi. Contre ta prostate, doucement, une femme a caressé ton corps de l’intérieur, sa chevelure blonde en désordre à présent, mais ses yeux verts dans les tiens souriant.


Sur ta langue, la texture d’une autre. Avant qu’elle ne la retire et que ses lèvres confirment sa promesse au creux de ton oreille :



Pas vraiment une cataracte. Une secousse d’abord. Jouir du cul, homme ou femme, c’est une expérience. Tu l’ignorais. Alice a vibré. Éclairs sans tonnerre. Son corps a convulsionné. Tu as plaqué tes mains au creux de ses reins, comme elle retenait tes cuisses qui tressautaient contre ton ventre. Une ou deux trombes ont éclaté. Vous les avez bues, toi plus qu’elle, car Alice a toujours été très généreuse.