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25/08/26
Présentation:  J’ai tellement aimé le personnage de René Ghat que j’ai écrit une suite à ma suite...
Résumé:  Deux ans avant sa retraite, René Ghat a détourné les brevets de Castel Cosmétique avant de tuer son patron, Philippe Castel. Réfugié en Turquie, il nous a reçus dans sa villa. Sans remords, il raconte comment il a préparé son coup, pourquoi il ne regrette rien et comment il envisage désormais son avenir.
Critères:  #drame #confession #personnages
Auteur : Schreiberling      Envoi mini-message

Projet de groupe : Polar and Co
La suite de ma suite au texte " Minuit sur les falaises"

Suite possible écrite dans le cadre du jeu « Polar and Co », pour le texte de Schreiberling : Suite possible au texte « Minuit sur les falaises », lui-même une suite pour le texte de Laetitia : Minuit sur les falaises





« Ils n’avaient qu’à faire le coup avant moi »

Marc-Antoine Vaneau pour L’Investigateur – Jeudi 6 mai 2027



Deux ans avant sa retraite, René Ghat a détourné les brevets de Castel Cosmétique avant de tuer son patron, Philippe Castel. Réfugié en Turquie, il nous a reçus dans sa villa. Sans remords, il raconte comment il a préparé son coup, pourquoi il ne regrette rien et comment il envisage désormais son avenir.



Après trois heures de vol depuis Roissy-Charles de Gaulle, me voici à Istanbul. Il me reste plusieurs heures de route avant d’atteindre le but de mon voyage, en longeant la côte de la mer Noire.

C’est un littoral sauvage, verdoyant et souvent méconnu, bien loin des paysages méditerranéens plus secs du sud de la Turquie. Les montagnes Pontiques, escarpées, tombent souvent directement dans la mer, créant des falaises impressionnantes et des criques encaissées, alternant avec des plages sauvages et ouvertes, longues bandes de sable sombre. La végétation y est dense et luxuriante, rappelant les forêts tempérées françaises.

J’arrive enfin dans ce qui semble être un petit port de pêche endormi depuis les années 1960. Un vieux camion, quelques bateaux blancs à liseré bleu et des jeunes en Vespa, rien ne manque. La villa se trouve sur un promontoire rocheux près de l’entrée du port de plaisance. Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec la villa normande de Philippe Castel. La localisation est étrangement similaire… L’entrée est protégée par une grille presque banale que vient ouvrir un domestique affable. Il me guide à travers le jardin, puis la maison vers la terrasse surplombant la mer, avant de s’effacer.


René Ghat, vêtu d’un pantalon de toile beige et d’un polo bleu pâle, se lève pour me saluer :



Je n’ai pas relevé cette provocation tant cela correspond au personnage qu’on m’a décrit lors de mon enquête.



Il faut ici rappeler ce que représentent ces brevets. Castel Cosmétique n’est pas une marque de parfums parmi d’autres. Une part essentielle de sa valeur réside dans plusieurs dizaines de brevets développés au fil des années, notamment dans les domaines des formulations et des procédés de fabrication. Leur transfert à une société inconnue des îles Caïmans a donc privé l’entreprise de l’essentiel de ce qui faisait sa valeur.



Cette affirmation correspond assez bien à ce que l’enquête avait révélé dans les jours qui ont suivi le meurtre. Plusieurs membres du comité de direction avaient effectivement des raisons d’en vouloir à Philippe Castel. Les enquêteurs avaient découvert des détournements, des ventes d’informations et d’autres irrégularités au sein de l’entreprise. Pendant plusieurs jours, chacun des convives avait donc pu apparaître comme un suspect crédible.



Nous avons par la suite eu la confirmation, par les services chargés de l’enquête, que le générateur de code évoqué par M. Ghat est un dispositif électronique de vérification multifactorielle qui était conservé dans le coffre personnel de M. Castel.



Lorsque je lui demande ce qu’est devenue sa famille, M. Ghat baisse la tête quelques secondes. Sa femme est morte il y a plusieurs années. Il devait passer le réveillon chez ses beaux-parents. Il n’y est finalement pas retourné. Il n’a pas d’enfants. À plusieurs milliers de kilomètres de la France, la question de savoir ce qu’il aurait fait de sa retraite semble soudain moins évidente.



Il est difficile de savoir ce que recouvre exactement ce « je m’y suis habitué ». René Ghat a passé plus de vingt ans dans l’intimité de Philippe Castel. Il connaissait ses habitudes, ses affaires et une partie de ses secrets. Il était devenu l’homme de confiance du patron. Pourtant, lorsqu’il évoque aujourd’hui sa vie personnelle, il donne l’impression d’avoir toujours été seul.



M. Ghat prononce cette phrase sans sourire. Il ne semble pas chercher à provoquer. Il paraît sincèrement considérer qu’il n’y a là rien de particulièrement choquant.

Depuis le transfert des brevets, Castel Cosmétique a perdu de nombreux avantages concurrentiels. Plusieurs sous-traitants ont déjà annoncé vouloir se désengager. Les syndicats estiment que plusieurs centaines d’emplois directs et indirects sont menacés.



René Ghat garde la tête haute.



Philippe Castel venait de retrouver la fille qu’il n’avait jamais connue. Il lui avait révélé son identité pendant leur entretien dans le bureau après l’annonce, au cours de la soirée, de sa nomination au poste de directrice générale.



Pour la première fois depuis le début de notre entretien, M. Ghat prend le temps de réfléchir avant de répondre.



Il baisse la tête un instant et regarde ses mains.




René Ghat vit aujourd’hui dans cette villa, à plusieurs milliers de kilomètres de Paris. Les autorités françaises connaissent son adresse. Un mandat d’arrêt international a été émis à son encontre et une procédure d’extradition a été engagée. Mais les chances de voir René Ghat comparaître prochainement devant une juridiction française restent faibles.

Lorsque nous quittons la propriété, le domestique nous raccompagne jusqu’au portail. René Ghat reste sur la terrasse, face à la mer Noire. Il vient d’atteindre l’âge auquel il devait prendre sa retraite.




Contacté avant la publication de cet entretien, l’avocat de René Ghat n’a pas souhaité répondre à nos questions. Il conteste toutefois, dans un courriel adressé à la rédaction, toute « interprétation abusive » des propos de son client.


À lire également – « Castel Cosmétique : les secrets d’un empire dépecé », L’Investigateur, 11 février 2027.