| n° 23767 | Fiche technique | 9025 caractères | 9025 1607 Temps de lecture estimé : 7 mn |
24/08/26 |
| Présentation: Un récit court se déroule aux Philippines, vers l’an 1200, avec un petit lexique tagalog. | ||||
Résumé: Je fais le point avec Amihan, mon neveu. Je vois bien qu’il n’est pas enchanté de la présentation qu’il vient de vivre avec sa future épouse. | ||||
Critères: #historique asie | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
| Collection : 9999 maxi |
Le récit se déroule aux Philippines, vers l’an 1200. Bonne lecture :)
A : Amihan (vent du Nord), Anito (esprit des ancêtres),
B : Bituin (étoile)
D : Dalisay (pur), Datu (chef), Diwata (dieu, déesse, esprit)
K : Kidlat (éclair), Kuta (château)
M : Magalak (grande joie/bonheur), Marikit (beau, joli), Mayo (divinité suprême), Mayumi (doux, tendre, modeste)
Je fais le point avec Amihan, mon neveu. Je vois bien qu’il n’est pas enchanté, bien qu’il ait fait l’effort d’afficher un visage convenable durant le face-à-face. Je viens d’argumenter, il me répond d’un air las et désabusé :
Je me mets à rire :
Je décide de sortir l’argument massue :
Interloqué par mon franc-parler, il me regarde de travers :
Il est sidéré :
Il grommelle, j’en profite pour ajouter :
Mon neveu plisse des yeux :
Il frissonne, mais je ne suis pas certain que ça le fasse réfléchir pour autant. Je connais mon neveu et sa façon de penser. Mais s’il décide de s’enfuir nocturnement, qu’il le fasse : il est temps qu’il assume, et là, son père ne pourra pas être derrière lui.
Petit retour en arrière.
Nous autres, les Tagalogs, sommes répartis en plusieurs contrées souvent antagonistes. De ce fait, il est bon que les familles ayant le pouvoir forgent des alliances. C’est le cas pour Marikit, mon frère aîné, qui souhaite unir notre famille avec celle de Kidlat, un vieux compagnon.
C’est pour cette raison qu’il a choisi le seul fils non encore marié, mais celui-ci préfère mener une vie de patachon. Pour ma part, étant veuf, j’ai décidé de superviser cette rencontre, bien que j’ai des doutes.
Nous sommes arrivés hier soir au kuta (château, forteresse) de la famille de la fiancée. Je connais déjà les lieux, j’y suis venu, il y a quatre printemps. Je me souviens aussi de Mayumi, la promise, une fillette très joyeuse et avide de connaissance. En la revoyant, j’ai été surpris par sa métamorphose en si peu de temps.
Contrairement à la dernière fois, je la vouvoie. Un peu avant la présentation officielle, nous déambulons actuellement dans le couloir qui borde le jardin intérieur. Après quelques propos de pure politesse, Mayumi dit :
Elle reste silencieuse quelques instants, puis elle me demande :
Je souris devant son air un peu gêné :
À son tour, Mayumi sourit.
Retour au temps présent.
Dites à un jeune chien fou qu’il ne doit pas faire une certaine chose, il se dépêchera de la faire. Mon neveu est parti dans la nuit pour ne pas avoir à se justifier auprès des parents au sujet de son éventuelle fiancée. J’ai attendu que le soleil se lève vraiment pour me lancer à sa recherche. Qu’il risque sa vie, soit. Mais risquer la mienne et celles des personnes qui m’aideront à le retrouver, non.
De plus, ce jeune imbécile est parti avec juste deux serviteurs. Quelle folie !
Je n’ai pas eu à chercher bien loin, j’ai découvert son corps lardé de coups de lances et d’épée dans le premier bois. Visiblement, Amihan a essayé de se défendre, mais il a succombé sous le nombre. À divers indices, il a dû blesser ou occire des assaillants. Hélas pour lui, il n’est pas mort tout de suite, car une fois dépouillé, il a eu la force de ramper pour tenter de se mettre à l’abri. Peut-être a-t-il songé à mon avertissement. Comme j’avais prévu l’hypothèse d’un décès, mes serviteurs s’occupent du corps.
En revanche, aucune trace des deux serviteurs. Je présume qu’ils l’ont abandonné quand ils ont compris que ça pouvait mal tourner. Ou qu’ils ont rejoint la troupe des brigands, ce qui ne serait pas étonnant.
Je dirai à mon frère aîné la vérité : son fils n’est pas mort comme un lâche. Ce sera pour lui une certaine consolation. Mais aussi la fin de divers ennuis…
Je retourne au kuta. Je vais appliquer le plan B prévu entre mon frère et moi. Toujours prévoir une alternative, une porte de secours. Voire deux…
Kidlat est atterré, je le rassure en lui disant qu’il n’y est strictement pour rien, que Amihan a choisi son propre destin, malgré mes avertissements, et que les Diwatas en ont sans doute décidé ainsi.
Entouré par sa famille proche, mon hôte hoche la tête :
À voix basse, le père me confie :
Mon interlocuteur est chagrin :
J’affiche un large sourire :
Éberlué, le père ouvre de grands yeux, la mère fait de même. La fille est tout aussi étonnée, mais son regard brille en me fixant.
Après quelques instants suspendus, le père saisit fébrilement mes mains entre les siennes :
Lentement, je me tourne vers ma probable future épouse :
Elle rougit, elle tergiverse, il est rare qu’on demande ainsi l’avis des fiancées. Puis elle finit par murmurer :
C’est à mon tour de capturer d’autres mains, les siennes.
Elle n’a pas clairement dit « oui », mais ses deux réponses (magalak et vous-même) sont une jolie façon de confirmer. Tout se déroule au mieux. Redevenant plus décent, je libère ses mains, mais elle les garde dans les miennes.
Faussement choquée, elle dissimule prestement sa bouche derrière sa main, mais son regard est très éloquent.
Nota : le mot « magalak » exprime une joie intense et significative, utilisé pour des événements importants et/ou des célébrations plus solennelles.