| n° 23764 | Fiche technique | 16432 caractères | 16432 2715 Temps de lecture estimé : 11 mn |
22/08/26 |
| Présentation: Ma fin est toujours dans l’esprit A. Christie, tout le monde rassemblé dans la même pièce pour entendre la vérité, même si Hercule Poirot n’est pas là. Et toujours ces notes inspirées des films de Claude Chabrol en arrière-plan. | ||||
Résumé: Voilà ma suite au récit "Minuit sur les falaises". Merci à ceux qui ont envoyé leurs versions. Vous avez eu de très bonnes idées. Cette publication n’empêche en rien d’autres auteurs qui voudraient se lancer à proposer une autre suite. La mienne n’est en rien définitive. Merci à Pattie pour cette excellente idée de petit jeu d’écriture. Très sympa et interactif au possible. | ||||
Critères: #policier | ||||
| Auteur : Laetitia Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Polar and Co |
Fin écrite par l’auteur
dans le cadre du jeu « Polar and Co », pour le texte de Laetitia : Minuit sur les falaises
Le salon semblait avoir perdu toute chaleur. Des braises continuaient de se consumer dans la cheminée, mais personne n’en ressentait plus les bienfaits.
Juliette était assise dans un fauteuil, les mains crispées sur un mouchoir trempé de larmes. Emma demeurait debout près de la fenêtre, le regard perdu dans la nuit. Fabienne faisait les cent pas. Thierry venait de servir un verre de cognac à Paul, dont les mains tremblaient encore. Il s’en versa un aussi. Élise n’avait pas quitté le canapé depuis la découverte du corps. Personne ne parlait. Seule la tempête faisait entendre sa colère. Puis Fabienne rompit le silence.
Personne ne répondit.
Paul leva les yeux.
Thierry vida son verre d’un trait.
Cette phrase sembla glacer l’air de la pièce. Juliette secoua lentement la tête.
Fabienne poursuivit.
Elle promena son regard sur chacun.
Paul croisa les bras.
Paul eut un rire sans joie.
Thierry intervint.
Fabienne se retourna brusquement.
Le silence retomba. Cette fois, personne ne protesta. Élise prit enfin la parole. Sa voix était étonnamment calme.
Juliette releva brusquement la tête.
Mais Fabienne n’écoutait déjà plus. Son regard venait de se poser sur Emma.
Emma fronça les sourcils.
Fabienne s’approcha lentement.
Emma sentit la colère monter.
Fabienne ricana.
Elle désigna Emma d’un doigt accusateur.
Emma fit un pas vers elle.
Fabienne haussa les épaules.
Le claquement retentit dans toute la pièce. Emma venait de gifler Fabienne. Les deux femmes restèrent figées. Fabienne porta lentement une main à sa joue. Son regard lançait des éclairs.
Juliette se leva brusquement.
Sa voix résonna contre les murs.
Elle avait les yeux rougis, le visage ravagé.
Sa voix se brisa.
Elle balaya l’assemblée du regard.
Un silence de plomb s’abattit sur le salon. Puis… il y eut un rire dans leur dos, un rire franc, presque joyeux. Tous se retournèrent d’un même mouvement. Une silhouette avançait depuis le hall. Philippe, et bien vivant. Une poche de faux sang dépassait encore de l’intérieur de sa veste. Il retira calmement le couteau télescopique fixé sous son costume et le posa sur la console de l’entrée. Un immense sourire éclairait son visage.
Il applaudit lentement.
Personne ne bougeait. Juliette avait blêmi. Fabienne ouvrait la bouche sans parvenir à prononcer un mot. Paul semblait voir un fantôme. Thierry recula d’un pas. Emma, elle, baissa simplement les yeux. Elle comprenait enfin pourquoi Philippe lui avait demandé de garder le silence sur leur conversation dans le bureau.
Philippe éclata d’un petit rire.
Juliette traversa la pièce d’un pas rapide. Elle le gifla avec une violence inattendue. Le bruit résonna dans toute la villa.
Sa voix tremblait de colère.
Philippe encaissa la gifle sans broncher.
Il acquiesça lentement.
Puis son sourire disparut. Son regard devint soudain beaucoup plus dur.
Il se dirigea vers le bureau et revint quelques secondes plus tard avec un épais dossier. Il le jeta sur la table basse. Le bruit fit sursauter tout le monde. À l’intérieur, il y avait six chemises parfaitement classées. Un nom figurait sur chacune. Philippe prit la première.
Juliette
Il la posa devant son épouse.
Juliette sentit son souffle se couper.
Il ouvrit le dossier. Il y avait des photographies d’elle et Pablo sortant de l’hôtel, s’embrassant dans la rue. Des copies de courriels, des réservations d’hôtel, des impressions de SMS.
Juliette devint livide. Elle tenta de parler.
Il leva doucement une main.
Le simple mot suffit à l’interrompre. Elle reprit pourtant :
Philippe la regarda avec une infinie tristesse.
Il esquissa un sourire douloureux.
Il fit glisser un second document.
Juliette baissa les yeux. En haut de la première page, un titre en lettres noires s’étalait : Requête en divorce.
Il les poussa doucement vers elle.
Philippe avait cessé définitivement d’être le patron souriant, il était devenu un homme calme, presque un juge, qui prononce son verdict sans hausser le ton. C’est cette maîtrise qui le rendait impressionnant.
Personne n’osait parler. Le crépitement du feu qui avait redémarré dans la cheminée semblait assourdissant. Il glissa la chemise cartonnée sur le côté de la table, puis en saisit trois autres.
Les noms étaient inscrits en lettres noires.
Élise Martin, Thierry Mercier, Paul Desforges
Il les aligna méthodiquement devant leurs propriétaires.
Thierry sentit sa gorge se nouer. Paul ne quittait plus les dossiers des yeux. Élise demeurait impassible, mais ses doigts s’étaient crispés sur l’accoudoir du canapé. Philippe désigna celui d’Élise.
Élise ouvrit lentement la chemise. Son visage demeura figé quelques secondes. Puis toute couleur disparut.
Elle s’interrompit. Puis reprit :
À l’intérieur se trouvaient des copies de courriels, des relevés de connexions, des virements bancaires, ainsi que plusieurs photographies.
Philippe parla sans élever la voix.
Élise secoua lentement la tête.
Philippe esquissa un sourire.
Il désigna une photographie.
Une autre.
Une troisième.
Élise referma brutalement le dossier. Pour la première fois depuis le début de la soirée, son assurance venait de s’effondrer. Philippe poursuivit.
Il marqua une courte pause.
Puis il se tourna vers Thierry.
Thierry ouvrit son dossier avec des gestes mécaniques. Les premières pages suffirent.
Philippe hocha la tête.
Thierry leva brusquement les yeux.
Il fit glisser plusieurs analyses de laboratoire.
Thierry baissa la tête. Il n’émit aucune réponse. Philippe prit alors le troisième dossier.
Celui-ci n’eut même pas le courage de l’ouvrir. Philippe le fit à sa place.
Il sortit une feuille.
Paul ferma les yeux.
Un long silence suivit. Puis Philippe referma les trois dossiers. Il les repoussa vers leurs propriétaires.
Il promena lentement son regard sur eux.
Personne ne répondit. Philippe ajouta d’une voix glaciale :
Il laissa flotter quelques secondes.
Thierry baissa les yeux. Paul semblait avoir vieilli de dix ans. Élise fixait le vide. La sentence venait de tomber.
Philippe se tourna alors vers Fabienne. Elle soutint son regard. Comme si elle attendait, elle aussi, son exécution. Il prit une dernière chemise à son nom et l’ouvrit. Elle ne contenait qu’une seule feuille, blanche. Rien n’était écrit dessus. Il sourit.
Fabienne fronça les sourcils.
Elle resta silencieuse.
Il désigna Emma.
Fabienne baissa enfin les yeux.
Il referma le dossier.
Il s’approcha.
Fabienne releva lentement la tête.
Le silence dura plusieurs secondes. Fabienne regarda Emma, puis Philippe. Enfin, elle souffla :
Philippe hocha simplement la tête.
Il se tourna alors vers Emma. Son visage changea complètement. Toute la dureté qu’il affichait depuis plusieurs minutes s’effaça, ne restait qu’une immense fatigue.
Emma le regarda, surprise.
Philippe prit une chemise plus ancienne que les autres. Le carton était jauni. Il la posa entre eux.
À l’intérieur, il y avait une photographie d’une petite fille, puis d’une adolescente et d’une jeune femme souriante. Il y avait aussi quelques lettres, puis un acte de naissance. Emma leva des yeux interrogateurs vers lui.
Philippe inspira profondément. Sa voix trembla légèrement pour la première fois de la soirée.
Il marqua un long silence, comme s’il cherchait à faire renaître un souvenir, un visage.
Emma sentit les larmes lui monter aux yeux. Philippe posa doucement la main sur le dossier.
Il esquissa un sourire chargé d’émotion.
Il la regarda droit dans les yeux.
Un silence immense envahit la pièce. Plus personne ne respirait. Philippe poursuivit, presque dans un murmure :
Il sourit avec une fierté qui n’avait plus rien d’arrogant.
Emma ne put retenir ses larmes. Pour la première fois de sa vie, elle ne voyait plus devant elle son patron. Elle voyait son père. Elle s’approcha doucement de lui, il la serra dans ses bras. Il sanglota à son tour.
La pluie avait cessé pendant la nuit, le vent s’était calmé. Il ne persistait que quelques vagues bourrasques de temps à autre. Un soleil pâle baignait les falaises d’une lumière presque irréelle. Les équipes départementales avaient dégagé les hêtres tombés sur la route, rendant enfin la villa accessible.
Une à une, les voitures quittèrent la propriété. Thierry partit sans un regard. Paul suivit quelques minutes plus tard, le visage fermé. Élise emporta avec elle le dossier que Philippe lui avait remis.
Fabienne fut la dernière des cadres à charger sa valise. Avant de monter dans sa voiture, elle s’arrêta devant Emma.
Emma esquissa un sourire.
Il y eut un long regard, puis Fabienne tendit la main.
Emma la serra sans triomphalisme. Philippe, qui observait la scène, interpella Fabienne :
Fabienne hocha la tête en souriant, remonta dans sa voiture et disparut à son tour.
Juliette descendit enfin les marches du perron, deux valises à la main. Elle s’arrêta un instant devant Philippe.
Il secoua lentement la tête.
Elle baissa les yeux, remonta dans son véhicule et s’éloigna. Le silence retomba sur la propriété. Seuls demeuraient Philippe et Emma, côte à côte, face à la Manche redevenue presque calme.
Après un long moment, Philippe rompit enfin le silence.
Il esquissa un sourire fatigué.
Emma glissa son bras sous le sien. Ensemble, ils regardèrent les dernières voitures disparaître au bout de l’allée.
La tempête était passée.