| n° 23761 | Fiche technique | 9339 caractères | 9339 1671 Temps de lecture estimé : 7 mn |
20/08/26 |
| Présentation: Un texte lié aux premières amours en vacances... | ||||
Résumé: « Corinne et Jeannot », c’est ainsi que nos parents nous appelaient. Je ne connaissais pas la BD, et d’ailleurs, elle n’avait rien à voir avec nous. | ||||
Critères: #initiation vacances #soft | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
| Collection : 9999 maxi |
Premières amours de vacances… Bonne lecture :)
« Corinne et Jeannot », c’est ainsi que nos parents nous appelaient. Je ne connaissais pas la BD, et d’ailleurs, elle n’avait rien à voir avec nous. En réalité, Corinne s’appelle Karine, et moi, Jacques, ce qui est proche, je le reconnais. Mais jamais, je me suis permis de changer le prénom de Karine, idem pour elle. Mais nos parents ne se gênaient pas.
Nous nous sommes rencontrés sur un camping situé dans les Landes, au début du nouveau millénaire. Nos parents respectifs avaient loué un bungalow, l’un à côté de l’autre. À l’époque, je préférais lire, plutôt que de faire des activités sportives, exception faite de la piscine. Elle aussi aimait lire.
La première journée, je voyais bien qu’elle se mettait sur le côté, souvent sous un arbre pour dévorer un livre. En milieu d’après-midi de cette même journée, intrigué par la couverture rouge et or, je suis venu lui demander :
Faisons comme si nous y étions. Je me penche pour lire le titre de la couv :
Durant la discussion, nous avons découvert que nous avions plein de points communs, surtout en littérature, sans toutefois dédaigner la bande dessinée.
Le lendemain matin, serviette en main, je m’approche d’elle tandis qu’elle finit son petit déjeuner :
Ses parents nous regardent de façon amusée, sa mère s’adresse à moi, un brin moqueuse :
Est-ce cette phrase qui a aidé ? Je ne sais pas. Toujours est-il que Karine a répondu :
Puis, sous le regard médusé de ses parents (les miens s’étant approchés entretemps), nous sommes partis en direction de la piscine.
Quelques jours plus tard, en soirée, nous faisons repas commun avec le bungalow d’à côté. Nos parents parlent de nous :
Le père de Karine rigole :
Je me penche sur ma voisine :
Oui, Karine est brune avec quelques boucles, et moi, je suis blond. Mais c’est à partir de ce moment-là que nos parents ont changé nos prénoms.
Bien que nous ne nous affichions pas, nous avons fait cet été notre éducation sentimentale (ouvrage que nous avions lu, elle et moi). Notre préférence pour la littérature du XIXe est sans doute liée aux livres disponibles dans la bibliothèque familiale, des beaux ouvrages ayant une couverture classieuse qui présente bien en vitrine, mais que personne ne lit.
Nous avons commencé par des frôlements à la piscine. Nous avons découvert que nous aimions nous toucher. Puis nous sommes passés assez rapidement aux baisers sur la joue et parfois ailleurs pour voir ce que ça faisait. Tout ça est très électrique ! Nous avons constaté que les sensations coïncidaient avec ce qui est décrit dans nos livres, et que nous éprouvions un grand bien-être, malgré les petits coups de jus.
Et même que c’est nettement mieux…
Sur nos corps réciproques, nous avons expérimenté les bisous, les caresses et souvent oublié nos vêtements. Il est vrai que nous n’en portions pas beaucoup, puisque nous étions souvent en maillot de bain. C’est à cette occasion que j’ai découvert qu’un corps féminin est vraiment beau et attirant.
Les plus lointaines aventures furent divers jeux très oraux, dont un célèbre nombre que nous avons répété avec plaisir plus d’une fois : plaisir d’offrir et de recevoir.
Malheureusement, ses parents ne sont plus jamais revenus dans ce camping où nous allions chaque été. Et nos lettres se sont espacées…
Douze ans plus tard, je me balade dans le centre-ville de La Rochelle, mon nouveau lieu de résidence. J’aime bien cette ville qui est assez éloignée de ma Bourgogne natale, aussi bien en distance qu’en environnement. Ici, nous ne sommes pas dans le Sud brûlant, ni dans le Nord frileux, mais entre deux. Il y a de quoi voir, visiter. Sans parler des deux îles très proches, dont malheureusement un pont avec péage.
Je déambule sous les arcades, sans but précis autre que celui de me promener. Soudain, une jeune femme sort d’un magasin. Instinctivement, je contemple son profil. Je pile sur place, puis je m’approche d’elle en grandes enjambées, tandis qu’elle s’éloigne de moi.
Quand je suis juste derrière elle, je lance :
Surprise, elle s’arrête, se retourne, fronce des sourcils, puis s’exclame :
Karine affiche un large sourire non feint :
Nous déambulons côté à côte. Curieusement, nous n’avons pas fait de bise pour nous dire bonjour. Elle me demande :
Karine devient pensive :
Elle se met à rire :
Nous bavardons d’un peu de tout et de rien, complétant très partiellement les trous de la biographie de l’autre.
Un peu plus tard, elle sort son smartphone :
Nous échangeons nos numéros. Ceci fini, elle pose sa main sur mon bras pour dire quelque chose, mais sa bouche reste ouverte sans qu’aucun son n’en sorte. Moi aussi, je viens de ressentir comme une décharge. Je prends la parole en premier :
Interloquée, elle retire sa main :
Je m’exécute. Je ressens en effet une légère décharge électrique, mais surtout comme un grand bien-être. Assez surpris, je recule, laissant un mètre entre nous. Trois secondes plus tard, nous nous regardons droit dans les yeux. Elle demande :
Elle plisse les yeux :
Karine devient silencieuse, puis elle murmure :
Bien que troublé, je plaisante :
Un peu stressé, je pose la question qui me turlupine :
Toujours debout, me faisant face, elle hoche la tête :
M’approchant de Karine, je réponds :
Elle affiche un sourire lumineux :
Pour toute réponse, frémissante, Karine tend sa main vers moi. Je la saisis délicatement, mais fermement.
Un demi-siècle plus tard, je ne l’ai toujours pas lâchée.