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Temps de lecture estimé : 21 mn
19/08/26
Présentation:  Après « Presque entier », certains lecteurs m’ont soufflé que Maëva méritait son histoire.
Résumé:  Entre convoyages, dettes, désirs et vieux fantômes, Maëva va devoir choisir ce qui mérite d’être sauvé.
Critères:  #psychologie #érotisme #couple
Auteur : L'artiste  (L’artiste)      Envoi mini-message
Sous la ligne de flottaison

Même si ce texte est autonome, je vous recommande de lire, ou relire, « Presque entier » avant d’aborder cette histoire.



Préveza



Je remets les clés du voilier à un type qui porte des mocassins sur un pont mouillé. Arnaud, ou peut-être Antoine. Depuis Sète, son prénom s’est un peu perdu entre ses messages, ses appels nerveux et ses « vous connaissez votre métier ». Il inspecte le cockpit, descend dans le carré, ouvre deux équipets, hoche la tête devant la table à cartes puis revient en souriant.



Les coques sont blanches, les amarres en travers, les restaurants tirent déjà leurs chaises vers le quai, un chat maigre est posté à côté d’une caisse de poissons. Préveza fait illusion, mais ça pue le gasoil, les toilettes de marina. Je regarde les bouts mal lovés, le sel qui a séché sur le roof. Entre Sète et la Corse, j’étais surtout prise par le bateau. Puis Marc était revenu : son souffle dans mon cou, la façon dont il s’était échappé pour repartir vers Noémie, me laissant le rôle commode de l’escale. Quelques mois plus tard, Noémie m’avait retrouvée à Sète pour comprendre. Elle ne m’avait ni insultée ni détestée. Je l’aurais préférée cassante, bêtement injuste. J’aurais tout simplement préféré pouvoir lui reprocher d’exister.


Le propriétaire me tend une enveloppe et me serre la main. Je récupère mes affaires et descends, un peu vacillante, sur le quai.


Je trouve une chambre dans une pension à deux rues du port. La gérante, une femme ronde aux cheveux gris, me parle dans un anglais meilleur que le mien. Une couverture d’un bleu dur est pliée sur le lit, entre deux oreillers trop gonflés qui sentent la lessive citronnée. Je pose mon sac.


Le soir, je marche le long des quais. Le vent est encore chaud. Quatre papis jouent aux cartes, attablés sur le trottoir devant une porte grande ouverte sur les passants. Un homme assis à la terrasse d’un bistro, la quarantaine peut-être, me sourit.



Ça m’occupera, je m’installe en face de lui. Il s’appelle Bastien. Il est guide touristique pour payer ses factures et libre quand personne ne l’emmerde. Il parle finalement peu de lui et pose assez de questions pour me donner l’impression qu’il me voit mieux que les autres. Je ne suis pas dupe.



Il soutient mon regard.



Son arrogance lui va presque bien. Pour ce soir, ça suffira.



Nous montons vers une maison aux volets bleus. À peine la porte refermée, il m’embrasse et déboutonne ma chemise. Ma main se glisse sous sa ceinture. Il ne bande pas encore. Son assurance vacille et il me déshabille avec davantage de précipitation.


La protection enfilée, je le guide entre mes cuisses. J’étouffe mes gémissements entre mes dents, les doigts agrippés à ses cheveux. L’orgasme me laisse les jambes molles. Lui est dur en moi. Je le repousse, retire la capote et le branle jusqu’à ce qu’il jouisse sur mon ventre. Un scooter passe dans la rue. Quelqu’un rit. Une porte claque.


Je rejoins la salle de bain pour me rafraîchir. Quand je reviens, il est redressé sur un coude.



Je l’embrasse sur la joue, récupère mes vêtements et redescends vers la pension. Dans ma chambre, je me couche, allume mon téléphone, ouvre le fil de Marc et écris :


Tu penses encore à moi ?


J’efface aussitôt et me replie sous le drap.


*


Je reste encore quelques jours à Préveza. Quand je rassemble enfin mes affaires, le voilier n’est plus à sa place. J’espère au moins qu’Arnaud, ou Antoine, n’a pas noirci le pont avec ses mocassins.


À l’aéroport, je pense à Sète, à Bastien. Mais Marc ne se range pas.


Dans le second avion, je dors mal, coincée au-dessus de l’Atlantique entre un hublot froid et un homme qui a décidé que ronfler était compris dans le prix du billet. Quand les lumières de la Guadeloupe apparaissent sous l’aile, je desserre les poings. Je suis partie trop longtemps.


À peine sortie, une goutte de sueur coule aussitôt entre mes fesses. Je récupère mon sac, trouve un taxi, donne l’adresse du port de Deshaies. Le chauffeur démarre, puis se lance dans une histoire de cousin, de voiture d’occasion et de carburateur. Mon téléphone retrouve du réseau : cinq appels manqués, trois textos de Daniel, mon voisin de mouillage.


Maëva. C’est pour Mauvaise Foi.




Mauvaise Foi



On a eu un coup de vent. Ton ancre a chassé.


Le taxi longe des murs, des stations-service, des panneaux fatigués.


Le dernier message est plus court.


« Mauvaise Foi a tapé. Fort. »



Il me regarde dans le rétroviseur. Il doit voir que quelque chose cloche, car il se tait. Par endroits, l’océan apparaît entre deux trouées, noir, plat.


Je rappelle Daniel, il décroche aussitôt.



Un instant, il n’y a que le bruit du moteur.



Le taxi arrive devant le port. Je paie et descends. L’air humide me colle immédiatement aux joues. Des moustiques tournent sous un lampadaire, ça sent la vase et les cordages mouillés.


Daniel est près de la grille.



Il désigne le haut du chantier, derrière les hangars. Le sac cogne contre ma cuisse. J’ai encore dans le corps l’avion, et tout ce qui aurait dû demeurer de l’autre côté de l’Atlantique. Nous passons devant des voiliers sur bers, démâtés, certains en réparation depuis des mois. Mauvaise Foi est là, avec sa coque bleu délavé, sa toile d’ombrage mal tendue et ses panneaux solaires ficelés plus que fixés. Posé sur ses cales métalliques, il semble plus petit. La peinture a sauté par endroits, la fibre est arrachée à d’autres.


Daniel, derrière moi, ne dit rien. Une voix masculine arrive de la droite.



L’homme est grand. Il a la cinquantaine, des épaules solides, des cheveux courts déjà gris, une barbe de deux jours. Il tient une lampe dans une main et un carnet qui ne présage rien de bon dans l’autre.



Il ne semble pas vexé.



Puis il reporte les yeux sur la coque.



Renaud s’approche et éclaire à l’endroit du choc.



Daniel tousse derrière nous.



Renaud et moi demeurons devant la coque. Les projecteurs bourdonnent. Une drisse claque contre un mât. Je m’approche enfin et effleure de la main la peinture abîmée.



Il baisse les yeux vers mes sandales.



Je les abandonne au bas de l’échelle. Renaud passe en premier, vérifie le pont. Un bout desséché pend d’un winch, une charnière est tordue. Je pose la paume sur la barre franche. C’est idiot, mais je respire un peu mieux.


Dans le carré, une odeur de renfermé. Les coussins sont empilés sur un côté, trempés, déformés. Deux livres sont gondolés, leurs pages ouvertes en éventail. Une casserole est coincée sous le plancher soulevé. Sur la table, une photo a glissé sous un verre renversé. Une vie y sourit : Laurent et moi, sur le ponton, avant qu’il ne quitte Mauvaise Foi pour la terre ferme et une autre femme, devant un bateau qui ne sait pas qu’il finira un soir sur cales, éventré sous des néons. Renaud reste derrière moi, silencieux. Je n’aurais pas cru lui savoir gré de se taire.


Dans un équipet, presque toute la vaisselle est cassée. Puis je vois le mug blanc ébréché que Laurent m’avait offert. Je le ramasse, le vide de son eau sale, l’essuie contre mon short. J’avance vers la couchette avant. Un craquement sous mon pied. Je me fige. Un morceau de verre, probablement venu d’un bocal ou d’une assiette. Je lève le talon. Une douleur fine traverse ma plante.



Renaud éclaire le sol.



Il s’accroupit devant moi.



S’emparant de ma cheville, il examine mon pied sur sa cuisse.



Il récupère une pince de sa trousse, retire l’éclat – j’inspire par le nez – puis il essuie le sang avec un mouchoir en papier.



Son pouce appuie un peu pour vérifier. Il est chaud. J’observe sa nuque, puis sa main sur ma peau, au milieu du désastre.


Il relâche ma cheville.



Je redescends avec le mug, la photo, un carnet, un couteau et deux bricoles impossibles à justifier. En bas, je récupère mes sandales et les enfile sans les attacher. Renaud me guide vers le bureau du chantier. Une pièce nue, une table en plastique, deux chaises bancales. Ma boîte à outils verte m’attend, avec deux sacs-poubelle remplis à la hâte par Daniel, et une bouteille d’eau.


Je m’assois et la fatigue monte.



Il sort une clé de sa poche et la pose sur la table.



Seule, mes mains se mettent enfin à trembler.


La chambre est petite, avec une moustiquaire roulée en boule, un lavabo fêlé et un ventilateur en panne. Je ferme la porte et me couche sans me déshabiller.


*


Au réveil, j’ai les dents de la clé marquées dans la paume. Puis la coupure tire sous le pansement.


Mauvaise Foi. Le nom me revient d’un bloc.


Je bois directement au robinet et descends. Dehors, l’air est plus lourd que la veille. Un chien fouille près des poubelles. Renaud est déjà accroupi sous mon bateau. De jour, la brèche paraît plus large. La peinture s’est soulevée, des fibres pendent encore par endroits.



*


L’expert arrive en fin de matinée, chemisette beige, sacoche sous le bras. Il me tend la main.



Pendant presque deux heures, Mauvaise Foi devient un dommage, un taux d’humidité, un numéro de contrat. Renaud parle peu, corrige une ou deux mesures. Delmas photographie la coque, tapote le bordé et demande combien de chaîne j’avais sortie. Avant de repartir, il précise qu’il faudra distinguer les dégâts du sinistre de ceux relevant de la vétusté. Je le regarde traverser la cour.



La chaleur pèse soudain sur ma nuque.


Je passe l’après-midi dans le carré à séparer ce qui peut sécher de ce que je dois jeter. Renaud me trouve quelques heures plus tard au milieu de livres trempés. Il en ramasse un, essaie de décoller deux pages. Nous trions en silence. Ses avant-bras sont couverts de poussière de fibre.



Je le regarde faire.



Il se fige un instant.



Le soleil descend derrière les hangars. Il ne bouge pas lorsque je m’approche.



Je ne le quitte pas des yeux. Ses lèvres frôlent les miennes, son souffle se raccourcit.



Renaud vit à la sortie d’un bourg, dans une maison cernée d’herbes folles. Il se gare sous un manguier. Ma chemise colle à mon dos.


À l’intérieur, un sac de courses occupe une chaise, plusieurs paires de chaussures sont entassées contre le mur. Sur un meuble, une photo montre Renaud plus jeune. Un garçon d’une dizaine d’années est assis sur ses épaules, une petite fille accrochée à son bras. Tous les trois sourient.



Il ouvre le réfrigérateur, remplit deux verres et m’en tend un.



Appuyé contre l’évier, il me regarde jusqu’à ce que je finisse de boire. Puis il me saisit à la taille et me pousse contre le plan de travail. Une assiette glisse, je la rattrape et la pose plus loin.



Je tire son T-shirt hors de son pantalon. Mes mains remontent le long de ses côtes. Il m’embrasse encore, puis ses lèvres descendent sur mon cou.



Je le suis et retire mes vêtements. Il se déshabille aussi, un peu maladroitement, sans me lâcher du regard. Il a un peu de bide, des poils gris au milieu du torse. Je le pousse jusqu’au bord du lit. Ses paumes s’emparent de mes fesses ; je l’embrasse plus fort. Alors que ses doigts trouvent leur chemin entre mes cuisses, je suis déjà mouillée. Mon corps n’a rien compris.



Je la déroule sur lui et m’installe à califourchon. Il me fait basculer sur le dos et me pénètre doucement. Une de ses mains remonte jusqu’à mon visage. Son pouce glisse sur ma joue, je détourne la tête.



Les coups de reins deviennent plus secs. Le lit cogne. Je serre mes jambes plus franchement autour de lui.



Une tension se forme dans mon ventre. Je tire sur sa nuque et me crispe ; il ne reste que mon souffle trop court. Renaud ralentit. Je garde les yeux fermés. Puis plus rien.


Son sexe est toujours dur en moi.



Il sort, s’assoit au bord du lit, retire le préservatif et le noue sans se presser.



Je me redresse.



Renaud ramasse ma culotte et me la tend. Je m’habille rapidement.



Le trajet se fait sans musique. Renaud se gare à l’entrée du chantier.



Les yeux sur le pare-brise, il attend que j’aie ouvert la grille avant de repartir.


*


Le lendemain, Renaud arrive plus tard que la veille. Je suis dans le bureau avec un café froid, le mail de l’assurance ouvert sur l’écran. Il passe devant la fenêtre avec sa caisse à outils, sans lever les yeux. J’attends cinq minutes avant de descendre.


Une bâche est tendue sous Mauvaise Foi.



Il me montre où commencer à poncer.



Le rapport de l’expert arrive en début d’après-midi. L’assurance prend la sortie d’eau et probablement le safran. Pour une partie de la coque et de l’intérieur, elle invoque la vétusté. Renaud calcule la fibre, la résine et les heures de travail, puis m’annonce un chiffre qui me force à m’asseoir.



Il me donne un second montant, encore trop élevé pour moi et trop bas pour lui.



Je reprends le rapport.



Le lendemain, vers dix heures, une voiture s’arrête devant le portail. Je suis dans le cockpit de Mauvaise Foi, occupée à trier des rouleaux de tissu, lorsque la conductrice descend. Une femme du même âge que Renaud, peut-être un peu plus jeune. Elle ne cherche pas l’entrée et traverse directement la cour. Renaud arrive en essuyant ses mains sur un torchon.



La femme baisse la tête un instant.



Son regard monte brièvement jusqu’au cockpit, sans s’attarder sur moi.



Je descends quelques minutes après son départ. Renaud a remis son masque et attaque une zone de peinture qui n’était pas prévue aujourd’hui. Je m’approche avec l’aspirateur. Le raccord accroche un seau rempli de poussière de ponçage qui se renverse sur la bâche.



Il retire son masque et le jette au sol.



Renaud ramasse le seau, balaie trop vite, puis s’arrête. Je lui tends le raccord de l’aspirateur.


Les trois jours suivants, nous travaillons ensemble et rentrons séparément. Le quatrième matin, nous ouvrons davantage la coque. Sous la première couche apparaît l’ancienne réparation. Mauvaise Foi naviguait avec depuis des années ; rien n’avait bougé.



Je regarde la fibre qui se décolle.



*


La banque m’explique pendant une heure qu’un crédit sans revenus réguliers ni garantie immobilière est une idée qui la fait beaucoup moins rêver que moi. J’appelle deux connaissances. La seconde cherche quelqu’un pour ramener un catamaran de Saint-Martin à Fort-de-France la semaine suivante. Trois jours de mer. J’accepte.


Quand je sors du bureau, Renaud est assis sous Mauvaise Foi, le dos contre un ber, une bouteille d’eau coincée entre ses genoux.



Renaud boit une gorgée avant de répondre.



Le soir, Renaud est encore à l’atelier, penché sur le devis. J’entre et ferme la porte derrière moi.



Il attend, je poursuis :



Je sens le savon sur sa peau. Il me regarde longtemps. Je l’embrasse. Sa bouche répond d’abord à la mienne avec retenue. Je glisse mes doigts sous sa chemise, alors les siens se resserrent contre mon dos.


Dans la chambre, la lumière du plafond accentue le pli qui se forme sous mon nombril quand je me penche pour enlever mon short. Il décroche mon soutien-gorge et prend délicatement mes seins dans ses paumes, puis baisse la tête pour y poser ses lèvres. Seulement sa bouche et la chaleur qui se diffuse dans mon ventre.



Ma main descend, se faufile sous son slip. Son sexe se durcit davantage sous mes doigts, sa respiration se raccourcit. Un sourire m’échappe alors qu’il enfile un préservatif, puis je l’attire entre mes cuisses. Son souffle chauffe mon cou. Le lit cogne une première fois contre le mur, puis une autre. Je ris et lui mordille l’épaule.


Il accélère. Je pose une main sur sa joue, il tourne le visage pour embrasser ma paume. Mes jambes restent serrées autour de lui lorsqu’il jouit. Deux ou trois coups de reins encore, et le plaisir me prend à mon tour, les ongles plantés dans son dos. Après quelques instants, il roule sur le côté, retire le préservatif et se lève pour aller le jeter. En revenant, il ramasse son pantalon au sol.



Je me décale pour lui laisser de la place dans le lit.



Il se recouche. Je me retourne pour qu’il me serre dans ses bras. Sa main reste un moment sur mon sein. Je finis par glisser mes doigts entre les siens.


Au matin, je me réveille avant lui, ma tête sur son épaule. En ouvrant à son tour les yeux, il me demande :



Je lui donne une tape sur la cuisse.



Il me chasse pour que je fasse mon sac. Au moment de partir, il ne m’embrasse pas.


*


Je quitte Saint-Martin au lever du jour. Le deuxième jour, au large de la Guadeloupe, une photo de Mauvaise Foi, accompagnée d’un message, m’attend sur mon téléphone.


Je voudrais bien vendre le plomb, mais j’ai besoin de toi pour le porter.


Je débarque à Fort-de-France le jeudi en fin d’après-midi. Le lendemain matin, un vol me ramène en Guadeloupe. À midi, je rejoins le chantier. Renaud sort de l’atelier, couvert de poussière.



Je passe la main sur la coque découpée.



Les deux mois suivants, j’accepte tous les convoyages courts qui me sont proposés. Entre chacun d’eux, je paie peu à peu mes dettes, j’aide pour les travaux. Nous dormons d’abord chacun chez soi, puis de temps en temps chez lui, dans la chambre au-dessus du bureau, parfois dans le carré presque vide de Mauvaise Foi. Les jours s’égrènent. Une seconde brosse à dents s’invite à côté de la mienne, je lui pique une chemise pour traîner.


Je continue de partir sans lui demander son avis. Quand je reviens, il est là. Cela devient une habitude.


*


Un samedi, vers onze heures trente, Renaud range ses outils.



Le téléphone de l’atelier sonne. Il ne bouge pas.


Le soir, il me retrouve dans le cockpit. Sa main se pose sur ma cuisse, presque machinalement. Il sort une enveloppe de la poche arrière de son pantalon.



J’ouvre mon sac et lui tends une feuille pliée.



Il lit la première ligne et la range sous un élastique, avec des factures.



Il sourit.



Mauvaise Foi grince parfois sur ses bers. Les préservatifs restent, eux aussi, plus par habitude que par décision.




Remise à l’eau



Daniel me parle d’un voilier de dix mètres à vendre, sans rien d’exceptionnel mais à un prix raisonnable. Je pense aussitôt à Marc. Le soir, son nom reste longtemps affiché sur mon téléphone. Renaud, assis près de moi, me demande :



Je compose pourtant le numéro. Marc décroche. Sa voix me serre encore la gorge, mais moins qu’avant.



Alors que je le lui décris, j’entends Noémie derrière lui.



*


Marc et Noémie arrivent la veille de la remise à l’eau. Je les attends au port avec Renaud. Noémie descend la première du taxi. Elle porte une robe légère et tient ses cheveux d’une main à cause du vent. Nous avançons l’une vers l’autre. Elle ouvre les bras, hésite. Je l’embrasse brièvement.



Marc sort les sacs du coffre. Il a peu changé, peut-être un peu plus gris, ou seulement plus fatigué par le voyage. Quand il s’arrête devant moi, son odeur me revient. Elle ne me fait presque rien. Le presque m’agace. Renaud et lui se serrent la main sans chercher à mesurer lequel des deux a le plus de poigne.


Nous visitons le voilier. Marc disparaît dans le carré pour inspecter le moteur et les cales. Deux minutes plus tard, je l’entends déjà tapoter les cloisons. Noémie s’installe dans le cockpit.



Elle sourit. Renaud est près de moi. Mes pieds sont sous mes fesses, contre sa cuisse. Sa main est posée sur ma cheville lorsque Marc remonte. Son regard s’arrête une seconde dessus, puis tourne vers Noémie.



Elle caresse distraitement sa nuque lorsqu’il s’assoit près d’elle. Le nœud se desserre un peu plus.


Le soir, Noémie et moi restons seules quelques minutes sur le quai pendant que les hommes discutent encore à bord.



Je me tourne vers elle, son sourire a disparu.



M’excuser ne changerait rien. Quand Marc nous rejoint, elle s’écarte.


*


Les sangles du portique passent sous Mauvaise Foi. Je reste tout près pendant que les ouvriers vérifient les cales et les appuis. La peinture neuve n’a pas exactement la même teinte que l’ancienne. J’avais voulu tout reprendre, Renaud m’en avait empêchée.


Mauvaise Foi quitte ses bers. Mon estomac se noue. Renaud, derrière moi, pose les mains sur mes hanches. Le bateau avance suspendu. Les sangles grincent. La coque passe devant nous, haute, propre sous la ligne de flottaison. Puis elle arrive au-dessus de l’eau et descend lentement.


Je monte à bord avant que quelqu’un me le propose. Renaud me rejoint. Nous vérifions les fonds, la zone reprise. Une goutte brille sur une varangue. Je la touche.



Il essuie, attend. Nous restons accroupis plusieurs minutes. Rien. Je souffle enfin. Renaud pose une main derrière ma nuque et m’embrasse sur la tempe.


Marc et Noémie viennent à bord. Daniel apporte une bouteille de champagne tiède et des gobelets en plastique. Nous buvons dans le cockpit. Deux fois, je redescends vérifier les fonds.


*


Marc et Noémie repartent avec des photos du voilier et de quoi réfléchir à une offre pendant tout le vol retour. Renaud, lui, apporte ses affaires à bord dans un sac de courses. Quand il descend dans le carré, je suis debout près de la table.



Il se rapproche. Je pose les mains sur son torse, défais deux boutons et l’embrasse. Sa bouche reste immobile une seconde, puis ses doigts se referment sur mes hanches, sa langue avance vers la mienne. Une casserole tombe dans l’évier lorsqu’il me plaque contre la table à cartes.



Je réponds en tirant sa chemise hors de son pantalon.



La cabine sent encore la résine. Le lit n’a qu’un drap, froissé au milieu. Renaud s’assoit, je reste debout devant lui, relève mon T-shirt. Il pose les lèvres sur mon ventre. Mon short descend, accompagné de ma culotte. Son regard s’arrête sur mes pieds nus.


Il m’attire à lui. Sa bouche trouve mon sexe. Le bateau roule légèrement. Sa langue me cherche, je glisse les doigts dans ses cheveux. Le plaisir vient vite. Mes jambes serrées contre son dos, je jouis. Mon ventre se contracte sous sa paume.


Alors que je l’embrasse, il tend la main vers l’équipet.



Son sexe nu entre en moi, je retiens mon souffle. Sa peau est plus chaude, je le sens davantage. La banquette cogne doucement contre la cloison. Quand sa respiration se défait enfin, je pose le pied contre son ventre pour l’arrêter. Il se retire. Mes orteils trouvent son gland, puis se resserrent autour. Renaud tressaille et baisse les yeux.



Un sourire chauffe mes joues. Je relâche la pression, puis recommence. Il bascule sa tête en arrière, prend de l’air. Son sperme jaillit sur ma plante.



Je m’essuie brièvement et m’allonge contre lui. Son bras passe derrière ma nuque. Une annexe croise tout près. Mauvaise Foi monte dans son sillage, redescend, tire doucement sur ses amarres. Je demande :



Renaud regarde le plafond. Je rajoute :



Je reste un instant contre lui.



Renaud tourne la tête vers moi.