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n° 23758Fiche technique19490 caractères19490
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Temps de lecture estimé : 14 mn
19/08/26
Présentation:  Suite pour le texte "Minuit sur les falaises" de Laetitia.
Résumé:  "Eh ben si tu n’as pas besoin de la science, lance-toi, conclus tout seul et fous-moi la paix !"
Critères:  #humour #drame #nonérotique #policier
Auteur : Pattie  (Serial Coffreuse)            Envoi mini-message

Projet de groupe : Polar and Co
Tu crois qu'on s'en remet ?

Suite écrite dans le cadre du jeu « Polar and Co », pour le texte de Laetitia : Minuit sur les falaises. Merci à elle de m’avoir permis de m’y emberlificoter.




Camille embrassa son fils. Elle remit en place le bavoir. Elle vérifia que la sucette était bien accrochée au body. Elle embrassa son fils. Lui caressa la joue. Remit en place le chausson qui glissait. Embrassa son fils. Le borda. L’embrassa.



La voix d’Édith dérapa, repartit, enjouée comme si elle ne venait pas de mourir à l’intérieur :



Elle poussa gentiment sa belle-fille hors de la maison, la serra fort dans ses bras, la mit dans la voiture et lui fit au revoir de la main. Camille n’eut d’autre choix que de démarrer. Sur le chemin, elle prit sa décision : elle allait démissionner. Elle rassemblerait tout son courage, elle entrerait dans le bureau et elle dirait : « Commandant, mon fils a besoin de moi. » Peut-être qu’elle réussirait à parler de Joël. Mais en tout cas, elle quitterait ce travail. Elle ici, lui là-bas, pleurant toutes les larmes de son corps – c’est sûr qu’il pleurait, ils ne s’étaient jamais quittés – ça n’était pas possible.



Avant d’entrer dans le bureau, elle prit deux grandes inspirations, poussa le battant, entra, ouvrit la bouche et…



Sans cesser de parler, il la pilota dans le commissariat, lui ouvrit la portière et se mit au volant. Camille baissa la tête.



Ils poursuivirent leur route en silence, louvoyant à travers les troncs d’arbres que les employés de la voirie finissaient de dégager. Une fois à la villa, ils furent accueillis par les policiers arrivés les premiers sur les lieux. Le lieutenant en haut de l’escalier sourit largement et descendit prendre Camille dans ses bras :



Le commandant regarda ostensiblement le couteau qui sortait du flanc de la victime. Le médecin légiste grogna :



Le docteur la regarda et sourit :



Le commandant soupira.



En sortant, elle ne put s’empêcher d’entendre le lieutenant demander :



La jeune femme sortit de la villa et respira l’air chargé de la tempête de la nuit précédente, bois, embruns, pluie. Elle sortit son téléphone mobile et s’apprêtait à appeler sa belle-mère, quand elle reçut un SMS.


Toutounet va bien. Il a pris son biberon, il dort comme un ange.


Et une photo de son bébé, une goutte de lait au coin de la bouche, le visage tout détendu. Camille était heureuse de voir qu’il ne pleurait pas. Heureuse. C’était presque le bon mot. Deuxième SMS :


N’oublie pas de faire une pause, ma chérie. Tu dois tirer ton lait si tu veux continuer à le nourrir.


Camille fit le tour de la maison. S’arrêta devant un abri de jardin qui aurait pu contenir leur appartement. Leur ancien appartement. Depuis la mort de son mari, elle vivait chez Édith. L’enquête. Seulement l’enquête. Elle revint à l’escalier de l’entrée et demanda à un policier en uniforme :



Une fois à la tête de sa petite équipe, elle expliqua :



Camille posa une main apaisante sur le bras du lieutenant qui la défendait.



Alain Morel fit signe aux agents d’aller encercler l’abri de jardin et reprit plus bas.



Camille frémit. On lui parlait avec beaucoup de précautions depuis la mort de Joël, mais les précautions, c’était pas le genre d’Alain. Elle se reprit :



Camille le regarda. S’écarta. Le ballet bien organisé des agents se mit en branle et la récolte fut bonne. L’homme qui se cachait là fut fouillé et escorté jusqu’à la maison.



Les agents ricanèrent. Alain Morel grimaça. La capitaine savait se venger.



Camille et Alain échangèrent un regard.



Le regard de Pablo s’illumina :



Camille haussa un sourcil en direction d’Alain.





L’après-midi, le commandant réunit son équipe pour tout mettre à plat. Le commandant conclut :



Le commandant ronchonna.




~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~



Trois jours plus tard, Camille allaitait son fils, assise dans un fauteuil du salon, réchauffée par un rayon du soleil qui se montrait enfin. Elle entendit une cavalcade dans l’escalier et le commandant fit son apparition en slip et chemise dans le salon, une jambe de pantalon engagée, sautillant pour enfiler l’autre, son téléphone mobile entre les dents.



Camille le regarda en ouvrant de grands yeux et rit.



Édith entra, embrassa Camille et son petit-fils.



Édith sourit et passa en cuisine pour mettre en route le café.



Une heure après, Camille et le commandant étaient dans le bureau du légiste.



Le médecin soupira.



Le commandant passa quelques coups de fil pour activer la scientifique qui avait fait les prélèvements sur place et il laissa Camille retourner à la villa avec Morel et Valette. Tous les suspects étaient dans la salle à manger : le notaire les avait convoqués pour la lecture du testament. Juliette, qui avait retrouvé son calme de maîtresse de maison, fit signe que la police pouvait rester. Morel ordonna à Valette de garder la porte et s’assit à côté de Camille.



Camille regardait les suspects, écoutant d’une oreille distraite. Juliette était élégante en noir, un peu raide, consciente d’être le point de mire depuis qu’on savait pour son infidélité. Thierry, les sourcils froncés, supportait visiblement mal tout ce cérémonial. Élise, les mains sagement posées sur ses genoux, patientait. Paul regardait sa montre. Emma était sombre.



Elle était visiblement à bout de nerfs. Elle serrait ses mains l’une contre l’autre, s’agitait sur sa chaise. Le notaire la regarda par-dessus ses lunettes, haussa les épaules et poursuivit sa litanie juridique jusqu’au bout.



Juliette s’affaissa. Alors il savait. Le notaire poursuivit.



Fabienne se leva avec un cri de rage et se dirigea vers la sortie. L’agent Valette s’avança, lui faisant comprendre qu’elle devait rester jusqu’à la fin.



Thierry devint pâle mais garda le silence. Paul baissa la tête. Élise émit un cri de souris et fondit en larmes.



Camille plissa les yeux. L’annonce avait eu l’effet d’un coup de tonnerre. Son regard voleta de l’un à l’autre, passa sur Juliette, bouche bée, puis sur Emma qui ne semblait pas étonnée, revint sur Juliette. Fabienne éclata d’un rire nerveux.



Emma regarda l’assistance, agacée :



Sa voix se brisa.



Le notaire se leva et s’adressa à Emma.



Emma hésita. Puis elle rugit :



Camille retint Juliette au moment où elle passait la porte libérée par Valette sur un coup d’œil de sa chef.





Le soir, près de la cheminée, elle expliqua au commandant :



Le téléphone sonna.



Il raccrocha.



Camille embrassa les cheveux soyeux de son bébé endormi contre elle.



Le commandant prit sa main. Édith se rapprocha et lui caressa la joue.



~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~



Une semaine plus tard, Fabienne, suante et crispée sous les cocotiers, reçut une lettre.


Je te donne l’entreprise. Elle semble importante pour toi et je trouve que Castel a été injuste. Ta seule faute a été d’être méchante avec moi. Tu n’as jamais trempé dans les magouilles. Tu trouveras tous les papiers chez le notaire. Je ne suis pas sûre que ça soit un cadeau. Elle a vidé la vie de Castel. Ne te laisse pas vider à ton tour.


Elle regarda la signature : La sale conne arriviste




Dans le train, Sara regardait le paysage défiler, mais c’est le sable des plages de Rio qu’elle voyait. C’est là qu’elle s’était réveillée, dans son autre vie, vêtements déchirés, argent et papiers envolés. C’est là qu’elle avait cherché en vain à rentrer en France. C’est là qu’elle avait rencontré Emma. Emma Roussel. Elle était belle. Légère. Joyeuse. Un peu cinglée. Non, complètement cinglée. Sara l’avait suivie dans ses délires. Les Brésiliens les appelaient as gêmeas baladeiras, les jumelles fêtardes. Elles dansaient ensemble, elles buvaient ensemble, se droguaient ensemble, couchaient ensemble. Et un matin, à son réveil, du vomi dans les draps, le visage tordu, le corps froid. Overdose. Elle n’avait pas bien compris ce que demandait la dame de l’accueil, à l’hôpital. Elle avait donné le nom de son amie, au hasard. La dame avait hoché la tête, lui avait tendu des papiers. Le juge, au tribunal, l’avait regardée dans les yeux en lui parlant d’un ton dur. L’avocat avait traduit dans un français approximatif :



Le temps qu’elle se demande pourquoi il l’appelait Emma, la police brésilienne l’avait accompagnée à l’aéroport. Elle avait chaussé l’identité d’Emma. C’était plus pratique. Sara n’avait plus rien, ni au Brésil ni en France. Emma avait trouvé un excellent travail, l’appui de cet homme, Castel, et des collègues performants qui lui avaient beaucoup appris. Et puis il y avait eu ça. La révélation. Et tout ce gâchis. Elle ne voulait plus de cette vie. Un père mourant, assassiné deux fois, des collègues véreux, mordants. Elle ne voulait pas être une Emma et finir comme une Fabienne. La vie était trop courte. La sienne commençait à peine. Elle allait s’en remettre.





1. Si vous voulez savoir ce que le commandant va apprendre, lisez le texte de Laetitia ! Minuit sur les falaises