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n° 23749Fiche technique7175 caractères7175
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Temps de lecture estimé : 6 mn
14/08/26
Présentation:  Proposition de suite au texte de Patrik, "Associativité".
Résumé:  Ce n’est pas Bug. Ou alors c’est un énorme bug.
Critères:  #humour #délire #nonérotique
Auteur : Pattie  (Dyscalculique)            Envoi mini-message

Projet de groupe : Polar and Co
Dissociativité

Ce texte est une suite « possible » pour Associativité de Patrik. Merci à lui de me laisser mettre un peu de chaos dans son organisation mathématique.




Je constate que Marc est en train de cogiter à toute allure afin de se sortir du guêpier. Je remarque que ma femme tergiverse, je la connais assez pour savoir qu’elle est à deux doigts d’abandonner son amant, et de tout faire pour se remettre dans mes bonnes grâces. 1




Tiens, ma femme ne tergiverse plus. Marc la regarde, inquiet. Elle se tourne vers lui :



La scène me plaît de plus en plus. Je me délecte de ce que je vois. Le visage de ma femme est… Je regarde mieux et c’est… comme si ses traits n’étaient pas tout à fait en face. Comme si ce n’était pas complètement elle. Je sais bien que c’est elle, mais quelque chose n’est pas comme d’habitude. Avec nos cinq années de mariage, je connais son visage par cœur. Là, il y a un truc qui ne colle pas. La symétrie ? Le teint ? Quand je la regarde dans son ensemble, c’est bien elle. Mais quand je détaille, son visage n’est pas le bon. Pas tout à fait le bon. Presque. Je secoue la tête.



Sa voix semble sincèrement inquiète. Elle ne va pas s’en tirer si facilement.



Du coin de l’œil, je vois notre chien arriver dans le salon. Sans cesser de pointer mon arme sur les deux traîtres, je me tourne légèrement vers lui et reste bouche bée, la mâchoire pendante. Ce n’est pas Bug. Ou alors c’est un énorme bug. C’est un chat. On n’a pas de chat.



La voix de ma femme m’arrive comme de très loin.



Tiens, oui, c’est probablement ça. Je suis mal barré, si c’est ça. Un revolver, un ultimatum… l’AVC cadre mal avec la panoplie. L’idée me traverse que le pouvoir va changer de camp. Hors de question. Plus tard, l’AVC. Je me concentre sur eux, affermissant ma prise sur le revolver. Mais il se passe quelque chose. Je n’ai plus la même sensation. Le revolver s’arrondit, le canon s’allonge, le noir blanchit, le métal se réchauffe. Dans ma main, une mouette. Instinctivement, je lâche tout et elle s’envole dans le salon en criaillant. Je reste figé. Je baisse les yeux vers Lætitia et Marc. Soulagement total : ils regardent la mouette, l’air pas plus malins que moi. Je ne fais pas un AVC. Est-ce que ça me rassure ? Le sol bouge un peu. Une mouvance. Ça fait floc floc quand je bouge mes pieds. Un dégât des eaux ? Instinctivement, je me rapproche du canapé. Ma femme perd l’équilibre, je tends les bras et la ramène contre moi, montant avec elle sur les coussins. Putain, du cuir pleine fleur, blanc ivoire, fait chier. Marc s’agrippe à elle et nous rejoint. Nous voici debout sur le canapé. Bêtement, je pense aux voisins. S’ils nous voient, notre crédibilité va en prendre un coup. Mon regard va vers la fenêtre et c’est un nouveau choc : vue sur l’océan. Où est notre banlieue ? Où sont les voisins ? Où sont les rideaux ?



Je crois qu’on vient de perdre Super Amant. Il s’est assis en position fœtale sur le canapé, un coussin dans les bras et oscille d’avant en arrière en répétant son mantra. Autour de nous, l’eau commence à monter. Le canapé change de texture et se transforme en barque. Vu la situation – vous ai-je dit que les murs avaient disparu ? – sommes-nous à ça près ? Réjouissons-nous, n’est-ce pas. Pour survivre en plein océan, une barque, c’est mieux qu’un canapé en cuir pleine fleur blanc ivoire. Je vais devenir fou. Ou je le suis déjà.



Ouais, ben moi aussi. Mais voilà, un vieux réflexe : je la serre un peu plus fort et je la rassure.



Putain d’éducation du XXe siècle ! Je suis l’homme, je suis fort, je vais protéger ma femme sur notre canapé-barque. Ma femme infidèle, d’ailleurs, hein, je gère l’urgence mais je n’oublie pas les détails.


On reste là, comme des cons, le mari, la femme et l’amant, sur notre canapé-barque, oscillant au gré des vagues. Longtemps. Marc est toujours recroquevillé, mais il ne parle pas et ne se balance plus depuis que je lui ai collé une mandale en lui disant d’arrêter ses conneries s’il ne veut pas nous faire chavirer. Lætitia est assise au fond de la barque, les bras noués à ma jambe. Je regarde autour de nous. L’océan, l’océan, l’océan. Ah ! Un truc, là-bas ! Je n’en parle pas aux autres, j’attends de voir si ce n’est pas un mirage : ça m’étonnerait qu’ils soient en état de recevoir une infox. Le truc se précise, il prend forme. Une île !



Je tends mon bras. Ma femme lâche ma jambe, se lève et s’appuie contre moi, ses bras noués à ma taille.



Après un certain temps, on accoste. Marc se réveille et court vers le rivage.



Je préférerais qu’il la ferme, on ne sait pas où on est, chez qui on est. Lætitia, elle, ne me quitte pas d’une semelle. Je lui prends la main, parce que ce n’est pas simple de bouger avec une femme (infidèle) accrochée à la taille. Elle m’aide à tirer le canapé-barque sur le rivage. On ne sait jamais. On en aura peut-être besoin, à moins qu’il ne se transforme en éléphant pour s’envoler vers le ciel en battant des oreilles, au point où on en est. Marc nous regarde avec son sourire stupide sur le visage, sans faire un geste pour nous aider. Dans sa position, il n’a pas vu l’ours énorme qui arrivait dans son dos. Le temps que la bestiole s’occupe de son cas, ma femme et moi avons le temps de fuir et de nous mettre à couvert dans un arbre creux. L’ours ne met pas longtemps à terminer Marc, il vient rapidement tourner autour de notre arbre. Lætitia pousse des petits gémissements plaintifs, je préférerais qu’elle la ferme. L’ours appuie ses deux pattes contre le tronc et… disparaît en une pluie de gros flocons de neige sale. J’ai du mal à convaincre Lætitia de quitter notre cachette, mais comme elle est toujours cramponnée à moi, quand je sors, elle sort. J’attrape un des gros flocons, il ne fond pas. Je le tourne dans ma main. Je le porte à mon nez. Lætitia me regarde faire.



Alors, dans un grand craquement de papier, le monde se ratatine sur lui-même. Et sur nous.



~ * ~ * ~ * ~ * ~ * ~



Le dessinateur balance sa feuille froissée à l’autre bout de la pièce :


  • — Non, chérie, décidément, je suis meilleur quand tu n’es pas sous la table. 2





« Dans le salon de madame des Ricochets

Les miroirs sont en grains de rosée pressés

La console est faite d’un bras dans du lierre

Et le tapis meurt comme les vagues (…) »


Monde, André Breton




1. Voir Associativité de Patrik.


2. Voir Qualis artifex scribo, de Patrik.