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n° 23734Fiche technique5519 caractères5519
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Temps de lecture estimé : 4 mn
04/08/26
Présentation:  Appel à suite... Toute contribution est bienvenue
Résumé:  Seins, boobs and tits.
Critères:  #poétique
Auteur : parapluie  (ex bordaldea, à la recherche d’écriture à plusieurs mains)            Envoi mini-message

Texte court
Seins

Seins dessus-dessous


Variations autour de Ramon Gomez de la Serna



1


La main au geste qui offre. Elle montre et désigne le mont sacré, le donne au regard, le présente aux lèvres, à la bouche assoiffée de fondre et de se fondre dans cette colline de chair où s’étalera peut-être la laitance femelle mêlée d’une semence mâle.


Fantasme. Le dragon du désir pointe ses langues bouillonnantes dans le fond du cerveau reptilien.


Un pouce, ancré dans l’échancrure d’un soutien-gorge, un pouce à l’ongle rouge opaque, médiator fébrile d’une guitare flamenco, rouge vin, rouge sang. L’index dans la diagonale folle de la nuit sexuelle. Le majeur prêt à souffler le chaud et le froid. Trois doigts, charpentes opiniâtres du dôme universel, dans le cocon de la soif et de la luxure.


La bretelle fine, brutalement simple, d’un soutien-gorge noir sans fioritures, tranche sur le sein. Elle circonscrit l’offrande, le disque rose d’une lune qui éclipse le sein, aréole grumeleuse surmontée d’une tour ronde, régulière, que le pouce et l’index ont pressée, érigée en majesté. Titillé, mais pas dépecé, un boulon tendre vissé dans la chair s’émancipe. Deux doigts l’ont contraint à sortir de sa tanière. Deux doigts, à la délicatesse ferme, ont fait surgir sa tête timide, deux doigts qui ne l’ont pas froissé, mais incité à trôner fier et assuré sur le paysage que découpe la bretelle noire, presque timide à force d’être insignifiante. Terre de tous les possibles, l’appel impérieux du corps miroite sous les ongles. Deux lueurs rallument le brasier. Mais la main en coupe soutient, rassure, fait corps avec la chair, corps avec ce corps, cette complice de toujours qui a vu naître et senti la poitrine gonfler, qui a rampé sur le torse à la rencontre de la féminité en bourgeon. Une nuée gonfle le terril onctueux, pas tout à fait ferme encore.


La main sait tout de la volubilité du téton, des marées mouvantes du sein, vivante excroissance indépendante que la main peine à contenir du bout des doigts. Cette main au repos, maîtresse prévenante dont les doigts aux ongles rougeoyants disent tout de leur possible morsure dans la chair et dans la peau, d’une clameur de bordel naissant du téton broyé et étiré, s’élevant jusqu’à un grognement de gorge ravalé.


Cette main présage, pouce et index au geste suspendu, prêts d’étrangler les fondations de la tour rose, une possible reddition. Dans la pénombre que cisèlent les veines bleues de la poitrine, les lanières noires découpent, en chinoiseries, un autre paysage envoûtant : deux parenthèses meurent dans le pli ombré des aisselles, contrée mystérieuse plus intime que le sein, sous-bois regorgeant de senteurs ombrées d’humus. Source d’une rosée acide, moite et sucrée qui suinte au pli du bras, refuge mordoré que la langue convoite. Échancrure chaude et humide, métaphore du sillon des fesses et de la tranchée violette de la chatte.


Un ongle égratigne, d’un geste vif, la pensée.


La tour prend la reine par surprise.



2



Je la soupçonnais de tenir une boutique de lingerie. Chaque jour en guise de bonjour me parvenaient sur la toile un top, une brassière, un soutien-gorge, l’échancrure d’un peignoir, la coulée vive d’une serviette éponge où s’épanouissaient ses rotondités.

J’avais renoncé à compter les ostensoirs de sa gorge, passés les neuf premiers mois, date symbolique d’une grossesse qui gonflait douloureusement mes couilles face au spectacle alléchant et sans cesse renouvelé de ses seins à la rondeur accomplie.


Sous des pellicules de dentelle noire ou blanche, muet, le film déroulait sur mes prunelles. Hypnotisant. Colorisées pastel comme un classique d’avant-guerre, ses bobines emmaillotées de soie tressautaient et me sautaient à la gueule. Son cul, aussi rayonnant que les constellations scintillantes de ses tétons, semblait une autre paire de miches collées à ses fesses. Ses chairs gonflées, corvéables à merci, sortaient tout droit de la famille Barba-papa.


C’était un happening permanent de matière en continuelle gestation.


J’aimais la voir pencher le buste, extraire, sans dégrafer l’attache du soutien-gorge, les méduses ondoyantes de ses seins. Elles ballottaient au rythme de la houle qui submergeait mon bas-ventre. Du plat de la main, elle souquait fort ses océans de chair tumultueux, avant d’amarrer ses aréoles à l’ancre de ses doigts. Pulpe à pulpe, le pouce et l’index crochetaient un téton, jouaient sur son velours délicat une partition syncopée.


Sommée de s’étirer vers tous les points cardinaux, exsangue et asphyxiée, la framboise mûre croissait tel le haricot de Jack. Le sang battait furieux et volcanique dans la pointe. Avec la tendresse cruelle et goulue d’un nouveau-né tétant une mamelle, elle défiait le point de rupture de son désir, maîtresse et esclave de son jeu. Fébrile, elle agaçait le bouton, le tournait en tout sens, comme le remontoir d’une montre déréglée, improvisait de l’ongle un air de guimbarde criard. La nacre éraflait la chair, s’incrustait dans le mamelon devenu clitoris. Elle poussait la muqueuse humide et perlée de sa langue vers le bourgeon grumeleux, lapait de la pointe le désir emmagasiné dans les alvéoles, tendait sa bouche toutes dents dehors avide de mordiller le corps élastique, de l’aspirer entre ses lèvres gonflées, de le faire exploser, d’exploser avec lui.


Agrippé aux cordages rugueux qui emprisonnaient ces trésors de luxure, les doigts gesticulant sur les pinces étoilant les aréoles, les dents menaçant d’arracher le piercing du sein droit, j’avais joui depuis longtemps lorsqu’elle commençait de gémir.