Un court texte avec options finales. Bonne lecture :)
Associativité démontrée
J’ai créé une société florissante avec Marc, mon associé. Il est plutôt le technicien, je suis plutôt l’administrateur, bien que je possède un bon niveau en ingénierie, ce qui me permet de canaliser le chaos créatif de Marc.
Je suis marié depuis cinq ans avec Lætitia, une splendide blonde. Je sais, je ne suis pas très original, mais mettez-vous à ma place : ma femme a tout ce qu’il faut, là où il faut.
Ce soir, tandis que nous sommes réunis tous les trois au foyer conjugal, je trouve que Marc se permet bien des privautés avec mon épouse qui se laisse faire en gloussant. Il est vrai qu’elle n’a pas bu que de l’eau depuis le début.
Tandis que Marc l’enlace ostensiblement, ma femme me lance une nouvelle pique :
- — Marc, lui, c’est un vrai homme ! Il sait s’occuper d’une femme, lui !
- — Grand bien lui fasse !
Les deux ne s’attendaient pas à cette réponse très flegmatique. Marc cligne des yeux, Lætitia marque une légère pause avant de demander :
- — Tu… tu n’es pas… fâché ?
Je vois bien que Marc est déçu et que Lætitia ne comprend pas ma placidité. D’un ton presque enjoué, je demande à ma femme :
- — Ma chérie, sais-tu ce que c’est que l’associativité ?
- — Je ne vois pas le rapport !
- — C’est une histoire de parenthèses : (1 + 2) + 3 équivaut à 1 + (2 + 3). Toi, en prenant la place du chiffre 2, tu as décidé de changer la position des parenthèses.
Tout en parlant, je plonge ma main dans la pochette bleue, puis j’en ressors quelques photos :
Lâchant ma femme, Marc se précipite sur ce que je viens de jeter sur la table basse, Lætitia en fait de même. Les clichés les montrent tous les deux en divers endroits dans une posture non équivoque. Tandis qu’elle reste muette, son voisin demande :
- — Tu es au courant depuis quand ?
- — Ça change quoi ?
Lætitia bredouille :
- — Tu… tu savais ?
- — Oui, mais… je me doutais que ça ne se limitait pas qu’à une simple tromperie…
- — Qu’est-ce que tu insinues par là ?
J’affiche un sourire carnassier :
- — Le but est que je perde mon sang-froid afin que je passe pour un homme violent et instable, afin d’obtenir un divorce à mes torts et aussi d’avoir la mainmise sur la société en m’évinçant pour inaptitude.
Démasqués, Lætitia et Marc me regardent d’un air abasourdi.
Retournements
Ils le sont encore plus quand j’annonce :
- — Au fait, Marc, ta femme est au courant pour ta liaison avec la mienne…
- — QUOI ?
- — Elle possède toutes les preuves de tes infidélités chroniques. En tout cas, permets-moi de te féliciter : trois maîtresses en même temps, triples félicitations ! Ah, le charme fou du génie incompris…
Interloquée, ma femme se tourne vers son amant :
- — Trois maîtresses ?
- — Quentin bluffe, il raconte n’importe quoi !
Après avoir plongé ma main dans la pochette bleue, je jette ensuite d’autres photos sur la table basse :
- — Il y a la date et l’heure.
Lætitia se précipite dessus, elle les examine puis, visiblement en colère, elle les brandit sous le nez de Marc :
- — Tu peux m’expliquer ?
- — Ce sont des faux !
Il s’empare des photos en les arrachant des mains de sa maîtresse, puis il les déchire avec rage. J’affiche un petit sourire :
- — J’en ai d’autres, Marc. Tu as juste détruit des copies.
- — Ça sort d’où ?
- — Pas de moi. Sache que ta femme a engagé des détectives.
- — Ma femme a…
- — Ça va faire un certain temps qu’elle ne te fait plus confiance, mais comme tu as pris l’habitude de la prendre pour une cruche…
Ma femme se tourne vers moi :
- — Tu nous as piégés !
- — N’inverse pas la situation, ma chérie : au départ, c’est vous qui aviez prévu de me piéger, c’est juste un retour du bâton. Je savais que vous alliez agir, à cause de la prochaine assemblée.
- — Et il va se passer quoi, maintenant ?
J’affiche un large sourire :
- — Plus ou moins ce que vous aviez prévu.
Sans doute en train de chercher une solution pour s’extirper des sables mouvants dans lesquels il est empêtré, Marc ne réagit pas, mais ma femme hausse un sourcil intrigué.
Options
Sans prévenir, je balance un magistral coup de poing en pleine figure de Marc. Celui-ci valse en arrière pour s’affaisser sur le sol. Complètement interloquée, ma femme demande :
- — Mais… mais je ne comprends pas ! Tu savais que c’était ça que nous attendions !
- — Mais tu ne t’attendais pas à ce que toutes les caméras soient hors service. Ce que j’ai fait juste avant la grande mise en scène.
- — Tu… tu savais aussi pour ça ?
- — J’ai tout de suite deviné qu’on avait fait quelque chose dans cette pièce en début de semaine : certaines choses n’étaient plus disposées de la même façon. Je sais, c’est mon côté maniaque.
À moitié groggy, le nez en compote, le sang dégoulinant sur ses lèvres et son menton, Marc s’assied sur le tapis et demande, mi-moqueur, mi-rageur :
- — Tu es vraiment certain d’avoir déniché toutes les caméras ?
- — Toutes, y compris l’enregistreur que tu as en poche. Les détecteurs, ça existe. Ton bidule ne fonctionne plus depuis le début, sa RAM est grillée, comme vos smartphones.
Tandis que Marc vérifie ce que je viens de dire, Lætitia se saisit de son appareil et s’exclame :
- — Qu’est-ce que tu as fait !?
- — Je t’épargne les détails techniques. Pour simplifier, j’ai balancé une onde électromagnétique une fois tout le monde sur scène. En revanche, j’ai laissé mon smartphone dans notre chambre, dans un sachet en plomb. Ton amant, qui a une formation d’ingénieur, pourra te confirmer que c’est faisable.
Marc tente de se relever, mais il n’y arrive pas. Ma femme se précipite sur lui. Resté assis sur le tapis, il confirme :
- — Ton mari a raison, c’est faisable… N’empêche que tu m’as frappé !
- — C’est juste une mise en bouche.
Puis, sous leurs yeux effarés, je sors un petit revolver assez étrange de ma poche :
- — On fait de beaux trucs avec une imprimante 3D.
- — Tu… tu ne vas quand même pas nous tuer ?
- — Je vais te raconter une autre histoire que celle que tu avais prévue pour moi, Marc : un couple illégitime s’enfuit très loin, après avoir détourné de l’argent, la somme que tu as déjà subtilisée. Durant ce temps, les deux époux délaissés se consolent l’un l’autre.
Toujours au sol, Marc est abasourdi. C’est ma femme qui demande :
- — Parce qu’Élyse et toi…
- — Une hypothèse de travail… Tu sais quoi, Marc : tu as plus besoin de moi que moi de toi, car tu ne sais pas gérer une entreprise. Et puis Élyse t’en veut beaucoup.
Marc commence sérieusement à paniquer :
- — Quentin… tu… tu ne vas quand même pas nous tuer ?
- — La solution déjà mentionnée est que tu t’enfuis avec ma femme, loin, très loin, en te contentant de l’argent que tu as déjà détourné. De toute façon, Élyse est en position de force, elle ne te laissera rien. Bon, je reconnais que c’est beaucoup moins qu’espéré, mais c’est déjà plus que rien.
Spontanément, il s’exclame :
- — On tiendra à peine deux-trois ans !
- — Dans la vie, il faut faire des choix, et je suis celui qui tient l’arme. Si vous vous enfuyez dans un pays lointain où le coût de la vie est faible, en investissant correctement, tu as de quoi vivre chichement jusqu’à la retraite, mais ce ne sera pas le train de vie auquel tu es habitué.
Puis je me tourne vers ma femme :
- — Idem pour toi, tu seras obligée de faire ceinture pour bien des choses.
- — Et si tu… arrondissais un peu mes fins de mois ?
- — Je constate avec plaisir que tu es toujours aussi pragmatique, ma chérie. Le deal idéal est que vous disparaissiez.
Enjôleuse, elle essaye de m’amadouer :
- — Justement… un peu d’argent aide à huiler les engrenages.
- — Ce n’est pas faux, mais je crains que ça ne se transforme vite en chantage.
- — Et si je te jure que ce ne sera jamais le cas ?
Arme en main, je soupire :
- — Ma chérie, tu as juré devant toute une assemblée que tu me serais fidèle.
- — Je peux signer un papier, une sorte de pension alimentaire…
- — Lætitia, j’ai encore un peu confiance en toi, mais pas du tout en Marc. Qui te dit qu’il ne te délaissera pas pour l’une de ses autres maîtresses ?
Se tournant vers Marc, toujours assis au sol, ma femme se fâche :
- — J’avais presque oublié ce gros point de détail !
- — Tu… tu es la seule… enfin… la principale ! Les autres, c’était juste pour arriver à nos fins, à toi et à moi.
- — Et qui me dit que tu ne m’utilises pas comme les autres ?
- — Parce que je t’aime !
- — J’ai des doutes… Un homme qui aime vraiment ne va pas voir ailleurs !
Indifférent à ce qui ressemble à une scène de ménage, je continue mes solutions :
- — Une autre solution serait que j’appelle la police.
- — Ah oui ? Et sur quelle preuve ? Les caméras ne fonctionnent pas.
- — Ta femme a ses preuves. Tes cams sont HS, mais quid des miennes ?
- — Et ton onde électromagnétique ?
- — Je suppose que tu as déjà entendu parler de fibre optique…
Marc se tait, je continue :
- — Je vois que tu as compris. Autre solution : je vous tue tous les deux, ça passera pour un crime passionnel. Je n’ai pas supporté que ma femme adorée me quitte pour mon associé en qui j’avais placé toute ma confiance.
- — Tu plaisantes, là ?
- — Qui sait… J’ai un autre scénario : je tue l’un de vous deux, ce qui me permet d’exercer une pression sur l’autre.
- — Et que feras-tu du corps ?
Amusé, je précise :
- — Ou des deux corps ? N’oublie pas cette possibilité. Il existe plein de moyens à ma portée pour faire disparaître définitivement un cadavre.
- — Ah oui, et comment ?
- — Je te rappelle que notre entreprise à un pied dans l’industrie chimique.
Je constate que Marc est en train de cogiter à toute allure afin de se sortir du guêpier. Je remarque que ma femme tergiverse, je la connais assez pour savoir qu’elle est à deux doigts d’abandonner son amant, et de tout faire pour se remettre dans mes bonnes grâces.
Choix final
À votre avis, chères lectrices et/ou chers lecteurs, que vais-je faire ?
Bonne question, n’est-ce pas ?
Moi, j’ai déjà choisi depuis longtemps.
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