| n° 23728 | Fiche technique | 8888 caractères | 8888 1616 Temps de lecture estimé : 7 mn |
30/07/26 |
| Présentation: Une nouvelle courte histoire à lire pour se changer l’esprit. | ||||
Résumé: En ce beau jour de printemps, je suis actuellement à Marsala, en Sicile. | ||||
Critères: #confession #nostalgie vacances | ||||
| Auteur : Patrik (Carpe diem diemque) Envoi mini-message | ||||
| Collection : 9999 maxi |
Une courte histoire sur la prise de conscience du temps qui passe et des choix à faire pour la suite. Bonne lecture :)
En ce beau jour de printemps, je suis actuellement à Marsala, en Sicile, sur la côte ouest, assis à la terrasse d’un café en plein air, avec une vue imprenable sur l’océan. Si je possédais une vue ultra télescopique à la Superman, je verrais peut-être, là-bas au très lointain, le détroit de Gibraltar. Mais celui-ci doit être situé à au moins 1500 km.
Avec le même superpouvoir, j’aurais sans doute plus de chances d’observer les rivages de la Tunisie ou de la Sardaigne, mais je ne distingue rien. Il est vrai que la Terre est ronde et que mon regard est en ligne droite…
Étant enfant, je venais souvent en Sicile, ma grand-mère paternelle étant originaire du coin. Bien que très français dans l’âme, mon père m’a appris à parler italien, et un peu sicilien, ce qui n’est pas la même langue. Beaucoup de personnes imaginent que le sicilien est un dialecte de l’italien, ce qui est faux. Ces deux langues ont la même origine latine, elles ont beaucoup de similarités, mais elles ont suivi chacune leur propre chemin. Perso, je pense que le langage autochtone est plus simple que le langage officiel. Je trouve même qu’il coule mieux en bouche…
Une jeune et jolie serveuse s’approche de moi, alors que je viens juste de terminer mon appel téléphonique. Elle sourit et dit en français :
Je lui rends mon sourire, puis j’entame la conversation en évitant d’être lourd. Rien de bien sérieux, juste un petit peu de flirt aérien qui donne un petit coup de pouce à l’estime de soi d’un homme. J’en ai besoin, car on ne peut pas dire que ma dernière aventure sentimentale fut une franche réussite. Ayant déjà la bonne trentaine, Lilianne cherchait surtout à se caser, peu importe le bonhomme, même s’il avait presque dix ans de plus qu’elle.
Je suis peut-être un peu mauvaise langue en disant ça, mais, pragmatiquement, elle et moi n’étions pas sur le même plan de sentiment. Bien que notre entente était très bonne, j’ai vite compris qu’on s’acheminait vers une cohabitation très amicale plutôt qu’être un vrai couple. Même si ça m’a fait mal, j’ai préféré mettre les choses au point.
Chassant momentanément ce souvenir pénible, je passe une nouvelle commande. La jeune fille s’éloigne en dodinant du popotin. Beau petit lot, assurément ! Puis, en attendant que la serveuse revienne, je songe à Lilianne, m’offrant un petit retour en arrière.
Lilianne sourit faiblement :
Je m’étonne :
C’est elle qui a le mot de la fin :
Cela étant dit, elle m’adresse un faible sourire, que je lui retourne. Peu après cette mise au point, nous nous sommes séparés à l’amiable, sans cri, calmement.
Retour au présent, en Sicile, à Marsala plus précisément.
Quand la jolie serveuse me ramène ma commande, nous avons continuons à bavarder. Quelques minutes plus tard, comme il n’y a pas d’autres clients que moi, nous passons rapidement du « vous » au « tu ». À ma grande surprise, nous avons un gros point commun :
Elle se penche un peu plus vers moi, ce qui offre à ma vue un fort joli décolleté ! Elle demande :
Je suis sur le point de répondre, quand elle me coupe dans mon élan :
Patatras, mon château de cartes s’effondre aussitôt ! J’étais en train de me demander si j’avais une quelconque ouverture avec cette demoiselle, mais la réponse et le ton employé m’indiquent clairement que la route est barrée.
Néanmoins, je fais bonne figure, je continue à discuter avec elle. Puis, comme tout a une fin, elle doit retourner travailler. Quant à moi, une fois mon verre fini, je m’en vais, après l’avoir saluée.
Face au miroir de la salle de bain, je m’examine : je ne suis pas le plus bel homme de la Terre, mais je ne suis pas le plus moche. Avec mes traits réguliers, j’ai mon charme (mes yeux fort verts, entre autres) et j’en joue. Oui, j’ai un peu moins de cheveux là-haut, mais il y a nettement pire.
Financièrement, je ne me plains pas, sauf quand je dois payer mes impôts, car étant célibataire sans enfant, ça fait mal ! Mais je sais compter, et je peux m’offrir ci et là divers petits plaisirs, sans verser dans l’ostentatoire. Finalement, mon seul vrai luxe, c’est de venir ici en Sicile, où je possède maintenant un petit pied-à-terre, et encore un peu de lointaine famille (qui m’a aidé à dénicher ce petit chez-moi ici).
Dans ma tête, je reste la même personne, le même homme, celui à qui les filles du lycée, puis de l’université, souriaient souvent, malgré les années qui passent inexorablement. J’ai eu diverses aventures, je me suis mis en couple plusieurs fois. Au début, je ne me sentais pas assez mature pour fonder un foyer. Je n’ai pas su rencontrer ou retenir la bonne personne. Puis de fil en aiguille, deux décennies se sont écoulées.
Un peu trop vite…
Je vieillis, je le sais. Mais je n’aime pas que le miroir me le rappelle. Mon ancien moi disparaît peu à peu, laissant la place à mon futur moi.
Mais il ne faut rien exagérer : je ne suis pas encore bon à jeter à la casse ! Pour preuve, ce que m’a lancé, égrillarde, cette femme ayant vraisemblablement la bonne quarantaine, voire la cinquantaine, quand je l’ai croisée hier sur le port :
Amusé, je me suis légèrement incliné pour la remercier.
Subitement, je me saisis de mon téléphone pour appeler Lilianne. Nous sommes séparés, mais pas fâchés, du moins pas encore. Elle décroche à la deuxième sonnerie :
Un léger blanc, puis elle demande :
Je respire un grand coup :
J’entends à sa voix qu’elle est circonspecte :
Un long silence… qu’elle finit par briser :
Je viens d’utiliser le surnom que je lui donnais dans l’intimité.
Une nouvelle pause, puis mon interlocutrice lâche :
Je reste honnête :
Sa réponse arrive tout de suite, sans reproche :
Elle fléchit doucement :
J’entends un gros soupir :
Une légère pause, puis elle enchaîne :
Le lendemain soir, assez tard, elle arrive en avion. Ça va faire maintenant quinze ans que nous sommes toujours ensemble. Merci la Sicile !