| n° 23717 | Fiche technique | 68528 caractères | 68528 11904 Temps de lecture estimé : 48 mn |
22/07/26 |
| Présentation: Si vous n’aimez pas Quentin Tarantino, un conseil, ne lisez pas. Si vous aimez, allez-y franchement... | ||||
Résumé: Bande-annonce : Dans les années 80 et dans une ville côtière américaine indéterminée et rongée par les trafics, Lola Vega, ancienne mécanicienne devenue conductrice pour divers petits truands, se retrouve trahie par un membre de sa propre équipe après un braquage raté. Elle survit, mais son frère, un DJ obsessionnel de funk vintage, disparaît mystérieusement. | ||||
Critères: #exercice #humour #policier #fanfiction | ||||
| Auteur : Laetitia Envoi mini-message | ||||
Bloody Vinyle est une fiction inspirée librement de l’univers cinématographique de Quentin Tarantino.
Quentin Tarantino donc. Cela risque d’être désarçonnant, mais je vais présenter mon histoire à la manière d’un film de ce réalisateur, en reprenant les codes qui lui sont propres. Par exemple, une héroïne implacable à la Black Mamba dans Kill Bill, des seconds rôles hauts en couleurs. La bande-son ! Elle a son importance dans les films de Tarantino. Il nous a sorti quelques pépites oubliées. Pour ce récit, qui s’appelle Bloody Vinyle, une bande-son vous sera proposée et constitué de morceaux rock, soul ou funk des années 60 à 80. J’ai mis des liens, vous pourrez écouter chaque chanson au gré de votre lecture, pour encore plus d’immersion. Chaque chapitre s’ouvrira sur une chanson qui donnera le ton, d’autres pourront être insérées au sein des chapitres. Si ça ce n’est pas interactif !
Autre ingrédient « tarantinesque » que je vais reprendre, les conversations limites idiotes entre les personnages. Le réalisateur en a usé lors de ses premiers films principalement. À titre d’exemple, je citerai la discussion entre truands sur les Big Mac dans Pulp Fiction, ou encore celle sur le choix des pseudos dans Réservoir Dog (Mister Pink, Brown…), ou le débat sur les pourboires au début de ce même film.
Pour ce texte, je vais essayer de faire ressembler mon récit le plus possible à un film. J’espère ne pas trop vous dérouter.
Bonne lecture.
Personnages principaux :
Lola Vega : héroïne. 33 ans. Mécanicienne hors pair, calme, sarcastique. Conductrice talentueuse. Sa morale est floue : elle ne tue pas sans raison, mais elle n’oublie jamais une dette.
Tito Vega : 30 ans, le frère de Lola. DJ et animateur d’une radio pirate. Accro aux vinyles rares. Sa disparition est le moteur de l’intrigue.
Ricky « Sugarcoat » Jones : petit caïd élégant, obsédé par les costumes pastel, charmeur et dangereux.
Mama Jade : patronne d’un club funky rétro. Ses airs maternels masquent une autorité impitoyable.
Laurel Green : flic ambigu, fan de rock psychédélique. Parfois alliée de Lola, parfois obstacle, ça dépend. En l’occurrence, ici, allié.
Générique et scène d’ouverture façon Jackie Brown
(Travelling latéral, personnage qui avance, ambiance vintage)
Bande-son : The Meters – Cissy Strut
• Instrumental
• Groove somptueux et immédiatement reconnaissable
• Idéal pour un début nerveux, très « crew criminel / ville chaude / tension urbaine »
La musique démarre dès la première image. Le générique défile sur Lola Vega qui sort de son immeuble. Elle traverse la rue, s’approche de sa voiture, une Dodge Charger des années 70, vert olive. Elle sort ses clés de la poche de son blouson, ouvre le véhicule et s’installe au volant.
On voit la voiture avancer et rouler à travers la ville.
Quelques gros plans sur les trottoirs, les rues, des immeubles en brique (nous sommes peut-être à Brooklyn, mais rien n’est sûr), les commerces, les passants. Puis la caméra filme de l’intérieur de l’automobile.
Gros plan sur les yeux de Lola dans le rétroviseur. L’autoradio joue toujours Cissy Strut.
À la fin du générique, la Dodge Charger s’engage dans un parking souterrain. Elle se gare au premier sous-sol, près de la sortie.
Lola éteint l’autoradio et consulte sa montre.
Fin du générique. Bon film !
Chapitre 1 – The Rolling Stones – Jumping Jack Flash
Lola attend en regardant sa montre régulièrement. À 12 heures précises, elle remet le contact. La Dodge Charger ronronne comme une panthère. Lola tapote le volant du bout des doigts, impatiente, la jambe gauche tremblant au rythme d’une ligne de basse qu’elle imagine.
Ricky « Sugarcoat » Jones surgit enfin, il porte un costume rose saumon et des mocassins à glands, se traînent derrière lui deux sbires portant un sac lourd qui fait un bruit métallique à chaque pas.
Il grimpe à la place passager. L’un des sbires proteste.
Ils s’installent tant bien que mal. Le moteur gronde. Lola fait glisser la voiture hors du parking. Elle rallume l’autoradio qui joue Jumping Jack Flash des Rolling Stones
Sugarcoat tapote sur le tableau de bord, Lola chantonne « Jumpin’ jack flash, it’s a gas ». Un silence tendu s’installe. Puis l’un des sbires, celui qui porte encore une cagoule noire, lance :
Lola sourit en coin.
Le sbire insiste :
Il s’interrompt net quand Sugarcoat le menace du regard.
Lola éclate de rire.
C’est à cet instant précis que la voiture fut percutée. Il y eut un choc violent, latéral. La Charger fit une embardée. Les sacs volèrent. Un coup de feu claqua.
Et Lola comprit juste avant de perdre connaissance, en une fraction de seconde, que quelqu’un dans la voiture n’avait jamais eu l’intention de partager le butin.
Chapitre 2 – Bill Withers – Ain’t No Sunshine
Lola ouvrit les yeux sur une lumière jaune et tremblotante. Une ampoule nue pendait du plafond, oscillant au rythme d’un ventilateur branlant. Tout sentait l’alcool médical, la sueur séchée et la poussière. Elle voulut se redresser, mais une douleur sourde lui transperça les côtes. Elle se demanda ce qu’elle foutait là. Puis, elle se rappela, le braquage, l’accident…
La voix venait d’un coin de la pièce. Un homme maigre, lunettes rondes, blouse blanche ouverte sur un t-shirt délavé des Jackson 5, la regardait en mâchouillant un morceau de réglisse en bâton.
Doc Ramos, chirurgien pour les vivants, fossoyeur pour les imprudents.
Elle leva les yeux au ciel.
Doc Ramos haussa les épaules.
Il se pencha vers une petite radio posée sur une armoire métallique et tourna le bouton.
Le morceau se lança : « Ain’t No Sunshine ». La guitare douce, la voix grave, le refrain qui déferlait comme une absence familière. « I know, I know, I know, I know… »
Lola ferma les yeux.
Il la regarda.
Il mâcha plus vite son réglisse.
Lola comprit qu’il savait quelque chose, mais jouait la montre.
Elle sentit son estomac se tordre.
Elle se redressa brusquement malgré la douleur.
Il marqua une pause.
Lola éclata d’un rire bref, dénué d’humour.
Il lui tendit une poche de glace.
Elle pressa la glace contre sa tempe.
Doc Ramos se dirigea vers la porte.
Avant de sortir, il se tourna vers elle
La porte claqua. Bill Withers murmurait toujours : « Ain’t no sunshine when she’s gone… »
Lola inspira profondément. La douleur était un rappel, un avertissement, une promesse.
Elle se jura, à cet instant précis, qu’elle retrouverait Tito. Et qu’elle ferait payer ceux qui l’avaient enlevé. Et celui qui l’avait trahie lors du braquage.
La glace avait déjà fondu entre ses doigts.
LOLA VEGA – Dossier non classifié
Âge : 33 ans
Profession officielle : mécanicienne
Profession officieuse : chauffeuse pour opérations sensibles
Caractère :
• calme jusqu’à l’arrogance
• humour sec
• colère froide, jamais bruyante
• mémoire chirurgicale des insultes reçues
Anecdotes notées par la police :
• A conduit une Buick volée sur 11 km… sans moteur (la voiture était remorquée discrètement par un van, elle faisait semblant d’accélérer « pour le style »).
• S’est battue avec un gang de motards à propos de l’entretien d’un carburateur. Elle a gagné l’argument, pas la bagarre.
• Ne supporte pas la country, sauf Johnny Cash.
Citation d’un témoin :
« Elle te regarde comme si elle te démontait déjà les os un par un. Mais poliment ».
TITO VEGA – Dossier musical
Âge : 30 ans
Profession officielle : DJ dans divers clubs
Profession officieuse : animateur d’une radio pirate nocturne (ou c’est l’inverse entre l’officiel et l’officieux)
Caractère :
• enthousiaste
• bavard
• superstitieux (accro à ses rituels avant chaque set, trois claquements de doigts, une gorgée de bière tiède, un salut à sa platine)
Manies musicales :
• collectionne les vinyles rares comme si la fin du monde approchait
• phrase culte : « la musique funk contient la vérité universelle »
• connaît par cœur les notes d’ouverture de 200 morceaux… mais oublie souvent les anniversaires
Citation de Lola :
« Tito, c’est un chiot avec des platines. Sauf que parfois, les chiots mordent les mauvaises personnes »
Note de la narratrice
Lola et Tito n’auraient jamais dû croiser la route du vinyle qui fait trembler la moitié de la ville.
Mais maintenant… La machine était lancée.
CHAPITRE 3 – Parliament – Give Up the Funk
La façade du Groove Temple vibrait, mais rien ne semblait aligné ce soir. Comme si l’endroit retenait son souffle. Le videur hocha juste la tête quand Lola arriva devant l’entrée. Elle poussa la porte. Un souffle d’air chaud, une odeur de sueur, de cuir et de vinyle chauffé.
Le temple du funk paraissait identique… mais tout sonnait légèrement faux. Un détail invisible que seuls les habitués sentaient.
Parliament emplissait l’air, la basse entrait en premier. Une vibration ronde et généreuse, comme un tapis rouge sonore déroulé sous les pieds des noctambules.
Le club de Mama Jade ne s’illuminait jamais d’un coup, il respirait. Une lampe rouge clignotait. Puis une bleue, puis la piste entière s’allumait doucement, comme une constellation sous amphétamines.
Le DJ se tenait derrière les platines, le visage éclairé par les néons roses. Lola, assise au bar, gardait un œil sur lui.
Et Parliament déferlait : « We want the funk, gotta have that funk ! ». La salle vibrait, les corps dansaient, et l’alcool tournait.
Lola traversa la foule sans ralentir. Elle connaissait le chemin jusqu’au carré VIP, et la foule savait lire son visage : ce soir, elle n’était pas d’humeur à danser.
Sugarcoat surgit d’une alcôve, un shaker dans chaque main.
Le sourire de Sugarcoat se figea comme une aiguille coincée sur un sillon sale.
Il avala sa salive. Il regarda derrière lui, comme s’il attendait une permission divine ou une excuse pour disparaître dans le mur.
Lola sentit une tension dans son ventre, un nœud qui annonçait le pire.
Mama Jade sortit de son bureau comme une reine descendant les escaliers d’un palais souterrain, robe dorée, sourire de vipère, regard calculateur.
Jade laissa traîner un doigt verni sur son comptoir.
Sur la piste, le DJ enchaînait sur un autre morceau : The Isley Brothers – Fight the Power (version 1975) un funk explosif, avec des cuivres comme des coups de poing et un groove révolté et survolté.
Jade observa la foule, puis elle leva les yeux vers Lola, lentement, trop lentement. C’était un mauvais signe.
Mama Jade soupira.
Lola se figea.
Sugarcoat détourna le regard. Mama Jade joignit les mains.
Un silence pesant. Lola sentit la sueur froide lui glisser dans le dos.
Sugarcoat ajouta, d’une petite voix :
Lola serra les poings.
Mama Jade hocha la tête. Dans un coin de la pièce, un flight-case éventré affichait des traces de coups. Le sol gardait des marques de glissade. Et un mur, derrière une tenture portait encore légèrement quelques cicatrices, comme si quelqu’un l’avait percuté récemment.
Après une hésitation, Mama Jade reprit :
Sugarcoat ajouta, blême :
Mama Jade appuya sa main sur celle de Lola.
Lola se dirigea vers la sortie.
Le DJ lança Frankie Smith – Double Dutch Bus
Puis, la scène se paralysa. Les silhouettes des danseurs restèrent suspendues dans la lumière rouge du club. Lola en gros plan se figea.
La narration bascule. Le ton devient celui d’un dossier confidentiel qu’on feuillette à la hâte.
Mama Jade – Fiche rapide
Nom réel : inconnu
Âge : varie selon les sources (entre 45 et 60 ans)
Profession officielle : propriétaire du club « le Groove Temple »
Profession réelle : gestionnaire de deals musicaux illégaux, prêteuse d’argent, intermédiaire pour collectionneurs d’objets sonores rares. Ancienne chanteuse de Soul Music et choriste de nombreux artistes de la Tamla Motown.
Apparence :
• Robes dorées, coiffure impeccable
• Bijoux en forme de notes de musique
• Regard calme, presque tendre… sauf quand elle calcule ce que vous lui devez
Particularités :
• A survécu à deux fusillades, trois incendies, deux faillites et trois mariages
• Déteste le silence : un bruit doit toujours remplir la pièce
• Peut reconnaître un vinyle rayé en fermant les yeux
• Donne des conseils de vie aux criminels comme une mère compatissante… puis leur envoie la facture
• Connait les légendes urbaines musicales : vinyles maudits, bandes perdues, pressages fantômes.
• Elle a déjà vu un disque comme celui de Tito… et n’a jamais voulu en revoir un.
Citation :
« Les secrets, chéri, c’est comme les basses. Si tu les caches trop longtemps, ça finit par faire vibrer les murs. »
Ricky « Sugarcoat » Jones – Fiche rapide
Âge : 38 ans
Profession : truand indépendant, opportuniste professionnel. Ancien étudiant en chimie organique.
Signature : costumes pastel, parfum sucré, sourire dangereux
Compétences :
• Tireur correct
• Négociateur insupportable
• Possède un talent certain pour se faire des ennemis plus vite qu’il ne peut compter
• Génie du mélange et du chaos.
• Parle trop, trop vite, trop fort.
• Loyal, mais panique vite.
• Déteste les cocktails aux noms prétentieux.
Particularités :
• A déjà survécu à un interrogatoire en parlant 40 minutes d’affilée de la discographie de Prince
• Boit sa limonade avec un parapluie en papier dans le verre, même au milieu d’une fusillade
• Prétend détester le disco, mais chante « Super Freak » quand il pense être seul
Citation : « On peut résoudre 90 % des conflits par la parole. Les 10 % restants ? Ben… faut courir. »
Le Vinyle Sans Nom
Nom : inconnu
Année supposée : fin des années 70
État : excellent
Valeur estimée : inestimable (surtout pour ceux qui veulent le détruire)
Ce qu’on sait :
• Pressage inconnu, sans label.
• Peut-être unique.
• Les mafias musicales, les collectionneurs, les archivistes occultes s’y intéressent.
• On raconte qu’il contient :
- — un enregistrement interdit,
- — un message crypté,
- — ou une composition d’un artiste disparu dans des circonstances suspectes.
• Quiconque le possède attire les ennuis.
• Le disque contiendrait peut-être un enregistrement live non publié
• La voix du chanteur est reconnaissable par certains… compromettante pour d’autres
• Sur la face B, il y aurait un message parlé et c’est ce qui attire tout ce monde
• Certains affirment que ce message révèle un réseau de corruption locale
• D’autres prétendent que c’est juste un jam funky d’un groupe oublié
• D’autres encore disent que c’est une pièce à conviction qui pourrait faire tomber quelqu’un de puissant
Conclusion :
Ce vinyle ne vaut pas seulement de l’argent. Il vaut des vies.
CHAPITRE 4 – Edwin Starr – War
La pluie frappait les trottoirs comme un applaudissement nerveux.
Lola avançait vite, capuche sur la tête, les côtes encore douloureuses, mais l’esprit aiguisé. Elle venait de quitter le Groove Temple avant que la situation n’explose. Mama Jade lui avait soufflé : « Ne reste pas pour la suite, ma belle. Pas ce soir. »
Lola connaissait ce ton. Quand Jade devenait douce… c’est que quelque chose de violent approchait.
Elle traversa la rue. Une supérette miteuse crachait de la musique par une enceinte fendue :
Blondie – One Way or Another
La voix de Debbie Harry sonnait comme une menace joyeuse.
Elle entra dans l’épicerie. Derrière le comptoir, deux types à l’air trop propre pour vendre des chips observaient l’entrée avec méfiance. Ils se tournèrent vers elle.
Le deuxième plissa les yeux.
Les hommes échangèrent un regard lourd.
Elle prit une bouteille de jus d’orange. La posa sur le comptoir.
Silence. Puis un petit rire nerveux échappa au deuxième.
Le premier homme leva les mains, comme en signe de paix.
Le deuxième prit son courage à deux mains.
Lola hocha la tête. Elle laissa la bouteille sur le comptoir.
Elle sortit. La pluie continuait, les lumières de la ville clignotaient comme un code secret, et la chanson de Blondie résonnait encore : « One way, or another, I’m gonna find ya »
Lola sourit.
Elle marcha vers Harbor Lane, vers la boîte de stockage, vers les questions, enfin vers les réponses. Et vers la guerre.
CHAPITRE 5 – Talking Heads – Psycho Killer
La boîte de stockage se trouvait au bout d’une zone industrielle que personne ne fréquentait volontairement. Harbor Lane ressemblait à un cimetière de hangars, alignés, muets, tous équipés de cadenas plus solides que les bâtiments eux-mêmes.
Lola marcha entre les rangées, ses bottes écrasant les flaques grasses. La nuit étouffait les bruits, mais pas ce que Lola ressentait, une présence, des regards, du danger.
Le vent fit grincer les toits en tôle. Elle s’arrêta devant l’un des box, numéro 47B, la peinture était écaillée, le cadenas tordu, comme forcé récemment.
Elle ouvrit la porte. Simple, trop simple. Un vieux téléviseur tournait au fond du box, posé sur une caisse éventrée. L’image neigeuse diffusait un clip des années 80. Lola plissa les yeux.
Le genre de chanson qui donne envie d’enchaîner les petits pas de danse. Lola eut un demi-sourire.
Un bruit sec retentit dans le coin droit du hangar. Lola saisit son arme.
Elle entendit un gémissement, faible. Lola s’avança. Un homme était attaché à une chaise, torse nu, couvert de bleus, la respiration sifflante. Il leva péniblement la tête.
Elle hocha la tête.
Il déglutit.
Lola s’agenouilla.
Il secoua la tête.
Elle prit son visage entre ses mains, doucement, mais fermement.
Miguel retint un sanglot.
Il inspira péniblement.
Il serra les dents.
Lola fronça les sourcils.
Le regard de Lola se fixa. Elle se releva d’un bond. Quelqu’un était entré. Elle sentit la présence avant de l’entendre, puis sa voix :
Ricky « Sugarcoat » Jones sortit de l’ombre, costume turquoise impeccable malgré la pluie, les mains vides, le sourire plein.
Il regarda Miguel, attaché et tremblant.
Lola leva son arme.
Il désigna sa manche, une tache sombre y dépassait.
Lola ne baissa pas son arme.
Il haussa les épaules.
Prince chantait « You don’t have to be beautiful… », et cela rendait le tout encore plus absurde.
Miguel tenta de parler.
Lola hésita, une seconde. Une seule. Puis elle rangea son arme, à contre-cœur.
Elle approcha son visage du sien.
Sugarcoat sourit, flatté.
Lola coupa les liens de Miguel.
Miguel hocha nerveusement la tête. Lola sortit du hangar, Sugarcoat derrière elle, en fredonnant le refrain de Kiss.
La nuit était froide, le danger proche. Et la piste du vinyle venait de devenir beaucoup plus sombre.
CHAPITRE 6 – James Brown – The Payback
La scène débute dans la voiture de Sugarcoat, une Cadillac Deville, bleue turquoise. Une moumoute jaune recouvre le tableau de bord et le volant. Sugarcoat conduit, Lola est sur le siège passager. La Cadillac traverse la ville. En musique de fond, on entend « The Playback » de James Brown.
La voiture de Sugarcoat sentait le parfum sucré et la panique contenue. Une berline des années 70, customisée avec un parfum d’ambiance en forme d’ananas qui se balançait sinistrement au rétro.
Il alluma la radio. Un beat funky se déclencha immédiatement. Et le flow de Sugar Hill Gang (Rapper’s Delight), envahit l’habitacle. I said a hip hop, the hippie, the hippie to the hip hip hop…
Sugarcoat hocha la tête, ravi.
Lola, elle, fixait la route.
Il fit un geste vague.
Lola soupira.
La voiture entra dans un quartier décrépit où l’asphalte ressemblait à un patchwork de cicatrices. Une bâtisse en briques, une ex-station-service reconvertie en bureaux municipaux provisoires, se dressait sur la droite, entourée d’Algeco.
Sugarcoat se gara.
Il se gara.
Lola observa la façade. L’endroit semblait désert, mais elle sentit une présence derrière la porte vitrée. Le type était invisible, il exerçait une vigilance froide. Un gars expérimenté.
Lola entra.
À l’intérieur, l’espace était éclairé par des néons qui bourdonnaient comme des insectes malades. Il y avait un bureau au centre, avec des piles de dossiers et un homme debout, dos à eux, en train de nettoyer soigneusement un tourne-disque.
Il avait un long manteau beige, des cheveux poivre et sel, une carrure compacte. Quand il se retourna, son regard vert la traversa comme une évaluation clinique.
Sa voix était calme, posée, comme s’il avait dormi huit heures malgré une vie entière d’ennuis.
Il se retourna et plaça le diamant du tourne-disque sur la galette.
Les premières notes de The Sugar Hill Gang – Rapper’s Delight retentirent.
Sugarcoat s’avança, bras ouverts, petit pas de danse pour accompagner et chantonnant :
Now, what you hear is not a test, I’m rappin’ to the beat
And me, the groove, and my friends are gonna try to move your feet
Sugarcoat se figea comme un enfant pris en faute. Lola sourit.
Green la fixa longuement.
Lola sentit un nœud froid se nouer dans son ventre.
Il posa un dossier sur la table devant elle.
Lola ouvrit le dossier. Il contenait des photos, des types en costume, des scènes de réunions lors de soirées privées.
Il tapa du doigt sur une photo, désignant un homme charismatique, sourire de prédateur, poignée de main ferme.
Lola se rapprocha de la photo.
Green soupira.
Il s’interrompit, la regarda avec gravité.
Il esquissa un sourire presque imperceptible.
Sugarcoat cligna des yeux.
Elle se tourna vers Green.
Green attrapa son manteau, glissa un pistolet dans son holster, puis un dossier dans sa poche intérieure. En sortant, il lança à Lola :
Ils quittèrent la station-service. La nuit les avala. La guerre pour Tito et pour le vinyle venait de changer d’échelle.
INTERMÈDE — DOSSIER PERSONNEL : DÉTECTIVE LAUREL GREEN
Nom : Laurel Green
Âge : 42 ans
Statut : détective au sein de la division criminelle, mis officieusement sur la touche
Réputation : incorruptible… ce qui, en ville, revient à dire « dangereux pour tout le monde »
Profil psychologique
• Méthodique.
• Inflexible, sauf quand la morale l’exige.
• Auditeur compulsif de soul et de funk.
• Peut passer de calme zen à tempête froide en quatre secondes.
• Estime que la justice n’existe que si on la construit soi-même.
Citation favorite :
« Je ne crois plus dans le système. Je crois dans les preuves. Et dans ceux qui n’abandonnent pas. »
Compétences
• Tireur précis.
• Excellent interrogateur (sans violence apparente).
• Très mauvais menteur, ce qui lui a attiré beaucoup d’ennemis.
• Connaissances étendues sur le marché noir musical grâce à Mama Jade… qu’il « tolère » selon des règles qu’eux seuls comprennent.
Relation au vinyle
Green enquête officieusement sur Harrow depuis des années. Ce vinyle est la première preuve solide qui pourrait réellement le faire tomber. Son seul problème : s’assurer qu’il ne tombe pas dans de pires mains encore.
CHAPITRE 7 – Led Zeppelin – Kashmir
La nuit tombait lourdement sur la ville, un voile de pluie fine recouvrant les néons. Lola, Sugarcoat et le détective Green se rapprochaient de la fabrique abandonnée où Tito était retenu. Lola conduisait, Sugarcoat était sur le siège passager et Green sur la banquette arrière.
La voiture roulait lentement. Chaque virage dévoilait une zone industrielle désertée, des bâtiments criblés de graffitis, et des lampadaires dont la lumière vacillait.
PLAN DANS LA VOITURE
Green sort un sachet de pop-corn. Dehors, il pleut légèrement. Les néons se reflètent sur le pare-brise.
Sugarcoat : Tu vois, c’est ça que je comprends pas. Pourquoi les gens mettent du beurre fondu sur le pop-corn ?
Lola : Parce que c’est bon, tout simplement. C’est du plaisir. Du beurre et du sel, mec, c’est universel.
Sugarcoat : Ouais mais…le beurre fondu, ça dégouline, ça colle aux doigts, ça transforme un aliment innocent en arme biologique.
Green (sans lever les yeux de son téléphone) : Le beurre fondu n’a rien d’une arme biologique. Il s’agit essentiellement d’un émulsionné de gras laiteux.
Sugarcoat : Exactement ! C’est du gras qui coule ! Tu mets ça sur des grains explosifs ! Tu veux une raison pour attaquer un cinéma ? Voilà, c’est ça.
Lola : Sugarcoat… tu peux te concentrer sur la mission plutôt que sur la gastronomie de cinéma ?
Sugarcoat : Non mais attends, Lola, faut qu’on en parle. On vit dans un monde où les gens se lèchent les doigts pendant un film. Tu trouves pas ça profondément perturbant ?
Green : Mais personne ne te lèche, toi. Pourquoi ça t’angoisse ?
Sugarcoat : Parce que j’aime pas l’idée d’être enfermé dans une salle sombre avec cent personnes qui glougloutent du beurre fondu. C’est une question de santé mentale.
Green : C’est toi qui as proposé qu’on planque dans un cinéma la semaine dernière.
Sugarcoat : Ouais, mais c’était un cinéma d’art et essai. Ils servent du thé. Et des biscuits bio. Des trucs civilisés, quoi.
Lola : Sugarcoat, un biscuit bio, c’est juste un cookie qui a perdu espoir.
Green : C’est exactement ça. Le pop-corn est un aliment culturel. Il représente un rituel moderne. La plupart des spectateurs ne le consomment même pas par faim, mais par association sensorielle.
Silence. Tout le monde se tourne lentement vers Green.
Sugarcoat : Tu veux dire quoi, là ? Que le pop-corn, c’est psychologique ?
Green : Oui. C’est une madeleine de Proust industrielle. Un conditionnement collectif basé sur l’odeur, la texture et le bruit de mastication. Un phénomène sociologique.
Lola : Ok, wow. Green vient de donner un TED Talk sur le pop-corn.
Sugarcoat : Attends ! Tu veux dire que les gens ne veulent pas manger du pop-corn… ils veulent revivre un souvenir ?
Green : Exactement.
Sur l’autoradio se lance : The Clash – The Magnificent Seven
Sugarcoat tapote sur le tableau de bord en rythme sur l’intro de la chanson.
Lola chantonne :
Ring ! Ring ! It’s 7 a. m.
Move yourself to go again
Cold water in the face
Brings you back to this awful place
Sugarcoat :
Donc si tu changes la forme du pop-corn, tu changes l’expérience ?
Green : Potentiellement.
Sugarcoat : Genre un pop-corn en carré ?
Green : Ou en losange.
Lola : Ne donne pas d’idées à Sugarcoat. J’ai déjà peur de ce qu’il va inventer.
Sugarcoat : Non mais imagine ! Pop-corn version cubes parfaits. Ou pop-corn sans bruit. Ou pop-corn… violet.
Lola : Violet ? Pourquoi violet ?
Sugarcoat : Parce que c’est stylé, Lola ! Tu rentres dans la salle, t’as des gens en train de manger du pop-corn violet, et bam ! Direct, tu sais que t’es dans un film cool. Et puis ça me fait penser à Prince.
Green : Les doigts seraient violets après, non ?
Sugarcoat : Ouais ! Des gens avec les doigts violets, ça créerait une ambiance mystérieuse.
Green : Ce serait terriblement toxique, surtout.
Sugarcoat : Ouais bon, ok… Alors du pop-corn qui change pas la couleur des doigts, mais qui a l’air violet. Comme… holographique.
Green : Sugarcoat, t’inventes une drogue là, pas du pop-corn.
Lola : Bon, ça suffit. On reste focus : on entre, on récupère les preuves, s’il est là, on récupère Tito, personne meurt et ensuite, vous parlerez de pop-corn jusqu’à la mort si ça vous chante.
Sugarcoat : Promis. Mais juste une dernière question, Lola. Juste une.
Lola (soupir) : Quoi encore ?
Sugarcoat : Tu prends quoi, toi, au cinéma ? Pop-corn salé ? Sucré ? Ou tu fais partie de ces gens étranges qui prennent un paquet de bonbons genre… des Dragibus ?
Lola (sans hésiter) : Je prends rien.
La voiture se fige un instant dans le silence.
Sugarcoat : Comment ça « rien » ?
Lola : Rien. Je regarde le film. Je suis pas là pour m’alimenter.
Sugarcoat (horrifié) : Tu… tu vas au cinéma… sans rien manger ?
Green (fasciné) : C’est… impressionnant.
Sugarcoat : C’est pas impressionnant, c’est psychopathique !
Lola : Sugarcoat, je t’assure… si j’avais envie de tuer quelqu’un, je choisirais une méthode plus propre que le pop-corn.
La voiture tourne dans une ruelle sombre. L’ambiance redevient sérieuse. Green range son téléphone et froisse l’emballage de pop-corn vide. Sugarcoat observe la pluie sur la vitre.
Sugarcoat : Bon… On y est.
Lola : Ouais. Et rappelez-vous, pas de beurre fondu dans cette histoire. Juste nous, et ce qu’on est venus rechercher.
La voiture s’arrête. Les phares s’éteignent. Silence.
La mission commence.
Fin de l’intermède…
Ils entrèrent dans la ruelle latérale qui menait à l’entrée arrière de la fabrique. Depuis la porte de l’entrepôt entrouverte, ils entendaient distinctement : Gary Glitter – Rock ‘n’ Roll Part 2
La musique martelant la tension d’un rythme presque militaire.
Lola leva les yeux au ciel :
Green vérifia ses armes.
La porte grinça. Ils pénétrèrent dans la fabrique. L’odeur d’huile, de poussière et de métal chauffé remplissait l’air.
Ils avancèrent. Chaque pas résonnait, accompagné mentalement par Rock ‘n’ Roll Part 2, dont les riffs semblaient tirer les murs vers eux.
Au fond de la salle, ils aperçurent Tito, assis sur une caisse, attaché, mais vivant. Il sourit faiblement à Lola.
La bataille n’avait pas encore commencé. Mais déjà, le rythme battait comme un tambour de guerre.
CHAPITRE 8 – SCÈNE D’ASSAUT
La fabrique abandonnée vibrait toujours sous les riffs de Rock’n’roll Part 2 qui s’échappaient de la vieille chaîne hi-fi dans le hall principal. Les gouttes de pluie coulaient à travers les toits percés, traçant des lignes argentées sur le béton.
Lola fit signe à Sugarcoat et Green de s’arrêter derrière une pile de caisses.
Green leva un doigt, impassible :
1…
2…
3…
Ils surgirent simultanément dans le hall, armes prêtes.
Au fond, les silhouettes des ravisseurs, masqués, armes en mains, se figèrent.
Une voix claire et moqueuse surgit :
Lola reconnut Rico «Deux Doigts» Alvarez, l’un des sbires de Harrow, chef du groupe de sécurité du Chœur. L’autre était Gino Stromboli, un tueur du clan Parizzi.
Le premier tir éclata. Bang. Deux Doigts fut projeté contre le mur. Gino Stromboli plongea au sol. D’autres types armés arrivaient en courant.
Tout le monde se mit à l’abri derrière des caisses, des piliers, ou ce qu’ils trouvaient. Sugarcoat esquiva en se jetant derrière un bureau, un rire nerveux sur les lèvres :
Le rythme de la bataille suivait presque naturellement et toujours Gary Glitter – Rock ‘n’ Roll Part 2, comme un cœur mécanique martelant le sol. Chaque coup de feu, chaque explosion de verre se mêlait aux riffs qui fuitaient depuis les enceintes du hall.
Green entra dans un corps-à-corps avec un sbire. Calme, efficace, mouvements précis, le truand s’effondra sans bruit.
La musique s’arrêta, le morceau était terminé. Wild Cherry – Play that funky music s’enchaîna. Sugarcoat se mit à taper du pied, puis armé d’un vieux pistolet, il se mit à tirer à intervalles réguliers, chantonnant :
Tito, encore attaché à une caisse, profita de la confusion. Il se libéra avec une agilité surprenante.
Lola se jeta vers lui :
Le combat devint un ballet chaotique, presque musical, coups, tirs, cris, métal qui s’entrechoque. Chaque mouvement ponctué par la bande-son improvisée rock puis funk fusionnant en un chaos narratif.
Sugarcoat fit un bond sur une caisse, criant :
Green, sérieux comme un juge, tira un dernier coup pour neutraliser un assaillant armé d’un bâton. Lola coupa à l’aide d’un couteau les liens de Tito.
Tous trois se précipitèrent vers la sortie arrière. Tito à leur côté, essoufflé mais souriant.
Dehors, la pluie battait toujours, le chaos sonore continuait, mais une chose était sûre, ils avaient repris le contrôle… pour le moment. Et Tito était libre.
Lola lança un regard à Sugarcoat :
Et au loin, les sirènes de la ville se rapprochaient, annonçant que la guerre pour le vinyle n’était pas terminée.
CHAPITRE 9 – Stevie Wonder – I Wish (the original version)
Le loft de Lola vibrait d’une énergie étrange, un mélange de stress, de café froid et de beats rétro. Le vinyle n’était pas encore en sécurité… pour l’instant.
Tito étalait ses cartes et des croquis de la fabrique abandonnée sur la table.
Sugarcoat faisait les cent pas, tapant des mains sur le rythme de « I Wish »
Lola leva un sourcil :
Green, impassible, passa en revue les plans de la fabrique sur une tablette :
Il leva les yeux vers Lola :
Lola fit tourner ses clés dans ses doigts, un sourire sec sur les lèvres :
Chic – Le Freak débuta doucement sur la chaîne hi-fi, son groove funk remplissant le loft d’une énergie motivante.
Tito attrapa la galette noire et la serra contre lui :
Green ajouta, froid :
Sugarcoat leva les mains :
Lola soupira :
La nuit s’épaississait dehors. Le quatuor regardait la ville à travers les grandes baies vitrées. Les lumières des immeubles, les néons des bars fermés, la pluie sur l’asphalte… Tout s’alignait comme un scénario écrit pour un film qu’ils étaient en train de jouer en vrai.
SUGARCOAT – Vous avez déjà remarqué que tous les bars branchés donnent des noms débiles à leurs cocktails ? Des noms qui n’ont rien… mais alors rien du tout à voir avec ce qu’ils sont réellement ?
LOLA (soupir) – Sugar, je t’en prie. Pas ce soir.
SUGARCOAT – Genre : «Sunset Dream», «Purple Whisper», «Neon Love»… On dirait des parfums, pas des boissons.
TITO – C’est parce que ça vend mieux. Si tu commandes juste « un rhum-coca », ça n’a aucune poésie.
SUGARCOAT – Poésie ? Tito, on parle d’alcool, pas d’un recueil de Rimbaud.
GREEN – Le but d’un nom, c’est d’indiquer clairement ce que contient le verre. « Néon Love », ça ne veut rien dire. Personnellement, je préfère les noms fonctionnels : « whisky », « bière », « eau ».
SUGARCOAT – Et le mec se demande pourquoi il est célibataire.
GREEN (imperturbable) – Je ne suis pas célibataire. Je suis sélectif.
TITO – Sélectif ?! Mec, tu refuses même les glaçons parce qu’ils « modifient la structure moléculaire du liquide ».
GREEN – C’est scientifiquement exact.
SUGARCOAT – Tu vois ? C’est pour ça que tu devrais boire un « Purple Whisper ». Tu t’ouvres l’esprit.
GREEN – Je préfère garder mon esprit intact. Et mon estomac aussi.
LOLA – Sérieux les gars ? Les cocktails ?
SUGARCOAT – C’est important ! La vie est une question de détails.
LOLA – Eh bien, finissez vos dissertations. Dans cinq minutes, je veux tout le monde opérationnel.
SUGARCOAT (à Tito, à voix basse) – Je t’avais dit que c’était un « Purple Whisper » qu’elle buvait en secret. Regarde-la, elle a l’âme d’un poète refoulée.
LOLA – Je t’entends, Sugarcoat. Et si tu continues, je vais faire de toi un cocktail que personne ne commandera jamais.
SUGARCOAT – Non mais sérieusement, Tito. Regarde, le Bloody Mary, ça ne ressemble pas à du sang. Ça ne ressemble pas à Mary. Ça ressemble à un potage de tomate qui aurait passé un mauvais moment.
LOLA – C’est juste un nom.
SUGARCOAT – Non. C’est plus qu’un nom. C’est un mensonge identitaire. Tu mets ce truc dans un verre et il te dit « Je suis sanglant ». Mais il n’a jamais vu une goutte de sang de sa vie. C’est au moins de l’usurpation d’identité culinaire.
TITO – C’est de la vodka et du jus de tomate, Sugar. Personne ne lui demande de passer un interrogatoire.
SUGARCOAT (attitude outrée) – Et le Mojito, hein ? Faudra un jour m’expliquer pourquoi ce machin porte le nom d’un petit animal imaginaire qu’on dirait inventé par un gamin de cinq ans. « Maman, je veux un mojito ! » Non. Un mojito, ça devrait être un animal qui vit dans les arbres et qui mange des feuilles fluorescentes.
GREEN – Ça vient du mot « mojo ». Un charme. Un sort. Un talisman.
SUGARCOAT – Et voilà. Encore un truc qui promet de la magie… alors que tout ce que tu reçois, c’est un type en chemise hawaïenne qui écrase des feuilles dans ton verre en te disant : « Faut taper doucement sinon ça mérite pas l’appellation mojito… »
TITO – Les barmans ne parlent pas comme ça.
SUGARCOAT – Ah, mais si. J’en ai vu un qui parlait aux glaçons. Je l’ai entendu murmurer : « Désolé, les gars. Aujourd’hui, vous allez mourir pour un mojito. » J’te jure. Le type avait une conscience écologique inversée.
GREEN (sourire en coin) – Sugar… t’as déjà pensé à juste boire un verre sans analyser la mythologie derrière ?
SUGARCOAT – Impossible. Tu veux un autre exemple ? Le Sex on the Beach. Le truc le plus mensonger jamais inventé. Je veux dire… qui a eu cette idée ? Parce que je peux t’assurer que rien dans ce verre ne rappelle :
1. Le sexe
2. Une plage
3. Une raison logique d’associer les deux.
TITO – C’est un cocktail sucré. C’est tout.
SUGARCOAT – Non, Tito. C’est une promesse non tenue. C’est un verre qui dit : « Hé, regarde-moi, je suis sulfureux, je suis exotique, je suis… sexy. » Et puis tu le goûtes. Et tu réalises que t’es juste en train de boire un yaourt tropical qui aurait pris une mauvaise direction dans la vie.
LOLA – Et toi, Sugarcoat… tu boirais quoi, si tu pouvais renommer un cocktail ?
SUGARCOAT – Ah ! Je suis ravi que tu poses la question. J’ai pensé à un truc. Écoutez. Un mélange de bourbon, de citron vert, de soda au gingembre et d’un trait de sirop d’érable. Je l’appellerais… Le Bad Décision.
GREEN (sèchement) – Pourquoi ?
SUGARCOAT – Parce que c’est exactement ce que tu vas prendre après en avoir bu trois.
LOLA – J’aime bien. Et toi Green ?
TITO – Honnêtement ? Je prendrais juste un whisky. Et je l’appellerais « Whisky ».
SUGARCOAT – Ah t’es d’un romantisme, toi. C’est fou.
(Petit silence. Sugarcoat fixe Lola, Green et Tito comme si une illumination venait de l’atteindre).
SUGARCOAT – Vous savez le pire cocktail ? Le pire, du pire ?
LOLA – J’imagine que tu vas nous le dire.
SUGARCOAT – Le Manhattan. Pourquoi ? Parce que jamais de la vie tu ne devinerais ce qu’il y a dedans. Un Manhattan devrait contenir, des taxis jaunes, du bruit, un type qui hurle qu’il est en retard au travail, un mec prétentieux qui raconte sa vie, des péquenots en goguette. NY quoi !
TITO – Y a du vermouth et du whisky.
SUGARCOAT – C’est bien ce que je dis. Aucune cohérence thématique.
(Mama Jade entre)
MAMA JADE – … et moi qui pensais que vous étiez en train de parler boulot. Je vois que j’avais tort.
SUGARCOAT – On parlait d’art, Mama. Du grand art. La philosophie des cocktails.
MAMA JADE – Ouais. Je vous écoute depuis le couloir. Et si j’ai bien compris… Vous êtes en train de dire qu’un Mojito est un animal triste ?
SUGARCOAT – Exactement.
MAMA JADE – Bon. Allez. Venez. Vous avez du vrai travail.
Lola inspira profondément.
Et ils quittèrent le loft, avec le rythme de la nuit et de la musique en ligne de mire, prêts pour le dernier acte de cette guerre urbaine.
En attendant l’ascenseur, Sugarcoat dit à Tito :
SUGARCOAT – Tu t’es déjà demandé pourquoi les cafés ont des noms italiens qui veulent rien dire ? Genre «grande». Grande, ça veut dire grand. Mais c’est pas le plus grand. Le plus grand, c’est Lungo Pourquoi ils disent pas simplement « petit », « moyen », « grand » ?
TITO – Parce que ça fait chic.
SUGARCOAT – Non, ça fait confusion. Un jour, j’ai demandé un café « normal ». La barista m’a regardé comme si j’avais insulté sa famille.
TITO – C’était peut-être le cas.
SUGARCOAT – Et t’as déjà vu quelqu’un finir un Lungo ? C’est un seau de café. Un seau !
TITO – Toi, t’en serais capable.
SUGARCOAT – Parce que je suis un survivant. Et parce que je me fais vingt kilos de caféine par semaine. Mais moi, je prends des expressos.
TITO – Espresso.
SUGARCOAT – Quoi ?
TITO – Espresso… on dit pas expresso, on dit espresso. C’est de l’italien.
LOLA – Oui, bon, on se reconcentre les gars.
CHAPITRE 10 – The Temptations – Papa was a Rollin’ Stone
La nuit était épaisse, presque liquide, et les néons cafardeux jetaient des éclats jaunâtres sur les murs fissurés. Le QG du Chœur se dressait devant eux. C’était une vieille usine transformée en forteresse urbaine, avec portes blindées, caméras.
Lola, qui s’était garée quelques mètres plus loin observait la façade, le regard froid. Green qui était sorti en repérage réintégra la voiture.
Il désigna une ruelle sur le côté :
Ils se mirent en marche. Chaque pas résonnait comme un battement de basse. La tension était palpable. Les murs semblaient respirer. Un bruit métallique attira leur attention, une porte s’ouvrait au loin battue par le vent, laissant filtrer un faisceau de lumière.
Ils s’infiltrèrent. Les couloirs étroits sentaient l’huile, la poussière et la menace.
Curtis Mayfield – Move On Up s’échappait d’une vieille radio oubliée sur un bureau, créant un contraste absurde avec le danger qui les entourait. Sugarcoat ne put s’empêcher de taper du pied.
Au fond, ils trouvèrent la salle principale. Le vinyle était là, posé sur une table sous une lumière crue. Tito, en retrait, ne quittait pas le disque des yeux.
Soudain, les sbires du Chœur surgirent de toutes parts. Le chaos éclata.
Green neutralisa le premier homme avec un mouvement précis, tandis que Sugarcoat tirait de manière désordonnée mais efficace, ponctuant ses gestes d’un rire nerveux.
Le groove de KC & The Sunshine Band – (Shake Shake Shake) Shake Your Booty se mit à vibrer dans la pièce, donnant une énergie presque surhumaine à l’équipe. C’était juste Sugarcoat qui venait de lancer le morceau sur son téléphone.
Tito bondit sur la table, attrapant le vinyle et le protégeant comme une relique sacrée.
Lola tira derrière elle, couvrant Sugarcoat qui reculait maladroitement, et Green neutralisa un dernier assaillant avant que la porte arrière ne cède.
Ils se précipitèrent dans la nuit. Les sirènes se faisaient entendre au loin, mais ils avaient le vinyle. Ils avaient survécu.
Une fois dehors, sous la pluie, Lola leva les yeux au ciel :
Sugarcoat sourit, haletant :
Tito serra le disque contre lui :
Green, calme comme toujours, observa la ville :
Le vent emporta les derniers accords de funk, et au loin, Shake Your Booty semblait vibrer encore, comme une promesse de batailles futures.
ÉPILOGUE FINAL
La pluie avait cessé, laissant la ville luisante sous les néons et les lampadaires tremblants.
Lola, Tito, Sugarcoat et Green se tenaient sur le toit d’un parking vide, observant l’étendue urbaine.
Tito serrait toujours le vinyle, intact et sacré.
Green, les mains dans les poches, ajouta :
Le vent emporta les premières notes de The Clash – Train in Vain provenant d’un appartement de l’immeuble d’en face, et cela semblait annoncer à la fois la fin et la promesse de nouvelles histoires. Tito leva le vinyle au ciel :
Lola tourna la tête, un instant nostalgique :
Sugarcoat éclata de rire, tandis que Green, impassible, observait la ville avec un mélange de prudence et de satisfaction.
Ils descendirent du toit, la pluie passée laissant place à une ville prête à vibrer encore. Le vinyle était sauvé. Les ennemis repoussés. La musique, elle, continuait de jouer, comme toujours, indomptable.
Personne ne sut jamais vraiment d’où venait le vinyle. Mais ceux qui eurent la chance (ou la malchance) de l’écouter parlèrent toujours de la Face A en premier, comme on évoque un souvenir trop beau pour être vrai. Un enregistrement de soul music inconnu. Brut, chaud, vivant. Une voix féminine, profonde, presque tremblante au début, puis sûre d’elle, portée par une section rythmique minimale, basse ronde, batterie feutrée, cuivres retenus comme un secret. La chanson n’avait pas été enregistrée dans un studio clinquant. Ce n’était pas un enregistrement live non plus. C’était juste un moment suspendu.
Les connaisseurs jurèrent qu’il s’agissait d’une chanteuse disparue à la fin des années soixante-dix, jamais créditée, jamais pressée officiellement. Une performance unique, enregistrée une nuit, dans un lieu dont personne ne retrouva jamais la trace.
Un chant d’amour, de colère et de dignité, de la soul pure, sans calcul, capable de faire pleurer un homme armé ou d’arrêter une bagarre net, dans un bar.
Puis venait la Face B. Là, ce n’était pas de la musique, juste une voix, froide, calme, enregistrée à son insu certainement. Il n’y avait aucun doute sur l’identité de celui qui causait, William Harrow, le Maire de la ville, candidat au Sénat. Un enregistrement clandestin, sans montage, sans effet, des phrases coupées, des silences lourds, des mots qu’on ne prononce jamais en public.
Il parlait du contrat passé avec le Chœur, de financements occultes. Il donnait des noms, des dates, des montants. La preuve irréfutable qu’il n’était qu’un pantin bien habillé, à la solde d’une organisation qui tirait les ficelles depuis l’ombre, utilisant la musique, les clubs, les artistes et la rue comme monnaie d’échange.
Un disque capable de faire danser une ville entière… ou de la faire tomber.
Lola ne l’écouta qu’une seule fois, en entier. Face A, puis Face B. Ensuite, elle rangea le vinyle dans sa pochette noire, sans étiquette, sans titre, comme au premier jour. Certaines vérités méritaient d’être protégées. D’autres, lâchées au bon moment.
La ville, elle, continua de tourner. Mais plus jamais tout à fait sur le même tempo.
THE END
GÉNÉRIQUE FINAL – STYLE TARANTINO AVEC CASTING
Bande-son finale : The Clash – Train in Vain
Fond noir. Lettres blanches apparaissent au rythme avec le beat, parfois en clignotant comme des néons sur les murs de la ville
• Réalisé par : Laetitia A
• Scénario : Laetitia A
• Directeur de la photographie : Laetitia A
• Montage : Laetitia A
• Cheffe costumière : Laetitia A
• Maquillage & coiffure : Laetitia A
Bande originale (dans l’ordre d’apparition)
• The Meters - Cissy Strut
• The Rolling Stones – Jumping Jack Flash
• Bill Withers - Ain’t No Sunshine
• Parliament - Give Up the Funk
• Frankie Smith - Double Dutch Bus
• Edwin Starr - War
• Blondie - One Way or Another
• Talking Heads - Psycho Killer
• Prince - Kiss
• James Brown - The Payback
• The Sugar Hill Gang - Rapper’s Delight
• Led Zeppelin - Kashmir
• The Clash - The Magnificent Seven
• Gary Glitter - Rock ‘n’ Roll Part 2
• Wild Cherry - Play that funky music
• Stevie Wonder – I Wish
• Chic- Le Freak
• The Temptations – Papa was a Rollin’ Stone
• KC & The Sunshine Band ~ (Shake Shake Shake) Shake Your Booty
• The Clash - Train in Vain
MESSAGE FINAL
Merci pour votre attention. La musique ne s’arrête jamais. Les vinyles survivent plus longtemps que les hommes. Et parfois, le chaos est la seule mesure de style.
BONUS
Le générique s’arrête. Trois personnages du film, Lola, Mama Jade et Sugarcoat sont dans un restaurant, assis dans un box, tard dans la soirée.
Banquettes rouges, néons violets, jukebox qui joue un vieux morceau de la Motown (par exemple, The Supremes – Where did you love go
Lola sirote un café. Mama Jade mange une tarte au citron. Sugarcoat trifouille les paquets de sucre comme s’il cherchait un code secret.
La salle est presque vide. Une atmosphère suspendue.
SUGARCOAT – Vous savez ce qui me rend fou ? Les files d’attente.
LOLA – J’en étais sûre. Tous les deux jours, tu trouves un nouveau truc qui te rend fou
SUGARCOAT – Non mais Lola… la file d’attente, c’est la preuve que la société est un mensonge organisé.
MAMA JADE – Bébé, si tu veux de la tarte, commande-la. Pas la peine de faire une révolution.
SUGARCOAT – Non mais laissez-moi développer. Pourquoi on fait confiance à la file d’attente ? Pourquoi on se dit : « Oh, il y a des gens devant moi, donc j’attends. » Sans vérifier ? Sans négocier ? Sans s’interroger sur qui a inventé ça ?
LOLA – Sugarcoat, on attend parce que sinon c’est le chaos. Parce qu’on n’est pas des animaux.
SUGARCOAT – Si, justement. Regarde un troupeau de moutons, ils font aussi la queue. Et personne ne leur a demandé leur avis. On est conditionnés comme eux.
MAMA JADE (mêlant philosophie et ironie) – Les moutons sont peut-être plus polis que toi.
SUGARCOAT – Non mais écoutez-moi. Imagine un monde… un monde où la file d’attente n’existe plus. Où on arrive dans un magasin, et au lieu de faire la queue, on vote.
LOLA – On vote ? Pour quoi ? Pour qui passe devant ?
SUGARCOAT – Exactement ! Un système démocratique instantané. Tu scannes ton visage, tu expliques pourquoi t’es pressé, « J’ai un train dans trois minutes. », « J’accouche bientôt. », « J’ai vraiment envie de pisser », « Je meurs de faim. » Et hop ! L’algorithme décide !
MAMA JADE – Sugarcoat, bébé, personne veut d’un algorithme qui calcule qui doit pisser en premier.
SUGARCOAT – Mais si ! C’est la liberté ! La vraie !
LOLA – C’est la guerre civile, oui. Tu imagines ? Un gars passe devant toi parce que « l’algorithme a décidé ». Tu l’étrangles avec sa ceinture.
SUGARCOAT – Pas si tout est transparent. Si l’algorithme t’explique « vous êtes moins pressée que lui, Lola ».
LOLA – Si une machine me dit que je suis moins pressée que lui, je prends un marteau.
MAMA JADE – Amen.
Sugarcoat soupire comme s’il portait toute la bêtise du monde sur ses épaules.
SUGARCOAT – Bon. Et les files d’attente où les gens laissent un espace d’un mètre entre chaque personne ? C’est quoi cette peur de se rapprocher ? Tu veux entrer dans le supermarché, mais t’as l’impression d’attendre un bus invisible.
LOLA – Ça s’appelle le respect de l’espace personnel.
SUGARCOAT – Le respect de quoi ? On est déjà compressés dans le monde entier. À quoi ça sert de laisser un mètre entre deux humains ? C’est ridicule.
MAMA JADE – Ça sert à éviter d’entendre la respiration des gens. Certaines respirations devraient être interdites.
LOLA – Jade a raison. Il y a des respirations criminelles. Pareil pour les haleines ou les odeurs de transpiration.
SUGARCOAT – Ok, mais dans les magasins de vêtements ? Pourquoi les gens font la queue pour une cabine d’essayage alors que la moitié des cabines sont vides ?
LOLA – Parce qu’elles sont fermées.
SUGARCOAT – Et pourquoi elles sont fermées ?
MAMA JADE (imperturbable) – Parce que t’as encore cassé la serrure la dernière fois.
SUGARCOAT – C’était un accident ! J’essayais juste un pantalon trop serré !
LOLA – Tu as arraché la poignée. Et la porte. Et la cloison.
SUGARCOAT – Le pantalon était très serré.
La serveuse approche. Elle a l’air blasée du monde entier.
SERVEUSE – Vous prenez autre chose ?
SUGARCOAT – Vous avez de la tarte à la noix de pécan ? Sans file d’attente ?
La serveuse le regarde, puis regarde Mama Jade, qui hoche la tête d’un air navré.
SERVEUSE – … Je vous l’apporte.
Elle s’en va en marmonnant.
MAMA JADE – Sugarcoat, bébé, au lieu de réinventer la société, tu devrais juste admettre que t’aimes pas attendre.
SUGARCOAT – Bien sûr que j’aime pas attendre. L’attente, c’est la preuve qu’on n’a pas le contrôle.
LOLA – Personne n’a le contrôle. C’est ça, la vérité.
Sugarcoat fixe Lola. Pour la première fois, il se calme.
SUGARCOAT – Peut-être. Mais j’aimerais bien un monde où on fait la queue parce qu’on le choisit, pas parce qu’on nous a dit de le faire.
Mama Jade lui caresse la nuque d’un geste de tendresse rare.
MAMA JADE – Tu sais quoi, bébé ? Le jour où tu construis un monde… je réserverai la première place dans la file d’attente. Rien que pour toi.
Sugarcoat sourit. Un sourire léger, fragile.
SUGARCOAT – Merci Mama.
La serveuse revient avec la tarte. Elle la pose sans un mot. Sugarcoat prend une bouchée. Il ferme les yeux.
SUGARCOAT – Ok. Je reformule : la seule file d’attente légitime… c’est pour cette tarte.
LOLA – Amen à ça.
Mama Jade éclate de rire. Le genre de rire qui fait vibrer la nuit.
Et puis tiens… et si vous regardiez la bande-annonce ?
BANDE-ANNONCE BLOODY VINYLE
Voici la bande-annonce, en voix-off, images mentales ultra-visuelles, cut rapides, humour noir, punchlines, funk et violence stylisée.
Imaginez la musique « Cissy Strut » – The Meters en fond
FONDU NOIR
Bruit d’un vinyle qui tourne. Un craquement. La basse commence.
VOIX-OFF GRAVE – Dans une ville où chaque deal a sa bande-son… et où une erreur peut coûter plus qu’une vie… une femme est prête à tout pour remettre le disque à l’endroit.
CUT : LOLA MARQUEZ AVANCE, DÉTERMINÉE
Plan serré sur son regard. Néons. Fumée. Elle charge un revolver chromé.
LOLA (voix posée) – On fait ça propre. Rapide. Et personne respire trop fort.
CUT : SUGARCOAT QUI SOURIT COMME UN SALE GAMIN
SUGARCOAT – Promis. Je respire seulement en stéréo.
Explosion derrière lui. Il ne se retourne pas.
VOIX-OFF – Ils ne sont pas des héros. Ils sont pires. Ils sont compétents.
CUT : TITO FRACASSE UNE PORTE DE SON ÉPAULE
J’ai toqué. Pas ma faute si elle a pas répondu.
CUT : MAMA JADE TIRE UNE BOUFFÉE D’UN CIGARETTE LONGUE COMME SON REGARD
Ma famille ? C’est simple, tu touches un des miens, je t’enterre et je choisis la playlist
Elle claque des doigts. Plan sur cinq types qui s’effondrent.
Changement de musique : Magnificent Seven – The Clash
CUT : VOITURE POURSUIVIE PAR MOTOS
SUGARCOAT – Quelqu’un veut bien me dire pourquoi ils tirent UNIQUEMENT quand je parle ?! »
GREEN – Parce que c’est le moment où tu fais le plus de bruit.
CUT SÉRIE D’ACTIONS
• Lola se bat dans un ascenseur.
• Sugarcoat démonte un fusil en se chronométrant.
• Green hurle « MOVE ! » en fonçant en voiture dans un entrepôt.
• Tito encaisse un coup, sourit, et dit : « Mauvais choix, amigo. »
• Mama Jade inspecte un vinyle.
GREEN (calme, énigmatique) – Ce disque… c’est pas qu’un disque. C’est une déclaration de guerre.
VOIX-OFF – Un vinyle maudit. Une vendetta orchestrée. Une équipe aussi dysfonctionnelle qu’inarrêtable.
CUT : LOLA RELÈVE LA TÊTE, LE VISAGE ENSANGLANTÉ MAIS CALME
On finit ce qu’on a commencé. Et après… je veux un milkshake.
GROSSE EXPLOSION
VOIX-OFF (plus bas, plus cool) – Lola Vega… Bloody Vinyle.
TITRE À L’ÉCRAN, LETTRAGES BLEUS FUNKY
Musique finale : Train in Vain – The Clash
Plan final : Lola de dos marche dans une rue, sacoche sur l’épaule, le soleil se lève devant elle.
PROCHAINEMENT SUR VOS ECRANS – INTERDIT DE NE PAS BOUGER LA TÊTE SUR LE RYTHME
Je laisse aux lecteurs la possibilité de choisir les actrices et acteurs de leurs choix pour les rôles de Lola, Tito, Sugarcoat, Mama Jade et Laurel Green…