| n° 23714 | Fiche technique | 48728 caractères | 48728 8712 Temps de lecture estimé : 35 mn |
20/07/26 |
Résumé: Un week-end chez mes parents, dans le village de mon enfance, et je croise une femme avec qui j’étais au primaire... | ||||
Critères: #coupdefoudre #rencontre #personnages #fellation fh gros(ses) taille | ||||
| Auteur : Bernard l'ermite (Bernard l’ermite) Envoi mini-message | ||||
À trente ans, j’avais une liste de conquêtes qui s’étirait sur plus d’une décennie. Des filles croisées au lycée, à la fac, au boulot, en soirée. Certaines étaient magnifiques. Le genre de femmes qui font tourner les têtes dans la rue et dont les amis disent : « Elle est vraiment super, celle-là, tu ne devrais pas la laisser filer. »
Sauf que… je n’essayais jamais de les retenir. Au contraire, c’est moi qui m’échappais telle une anguille, glissant hors de leurs bras avant qu’elles aient pu refermer le moindre piège. Mon instinct de survie ! Le mariage, les gosses, la maison avec le barbecue le dimanche, ce n’était pas pour moi. Je tenais à ma liberté, comme un alcoolique tient à sa bouteille, et n’avais aucune envie de créer des liens sur le long terme.
x--o--x
Un samedi de printemps, je prends la route pour aller voir mes parents, qui vivent toujours dans le village qui a bercé mon enfance, au bout d’une départementale sinueuse. Trois cent cinquante habitants, un café-épicerie-journaux-dépôt de pain qui ferme à dix-huit heures, et le silence qui prend le dessus dès qu’on coupe le moteur.
Je me gare devant la maison familiale, sors de la voiture, m’étire. Une odeur bizarre flotte dans l’air, mélange subtil d’herbe fraîchement coupée par la tondeuse du paternel et des relents du tas de fumier du voisin. Ma mère m’attend sur le seuil, un torchon à la main, le visage fendu d’un sourire aimant.
L’après-midi passe tranquille. Quelques questions quand même : « Pourquoi n’es-tu pas venu avec cette jolie blonde que tu nous avais présentée la dernière fois ? » Vers dix-sept heures, je descends chez dame Odette pour acheter le pain que ma mère a oublié.
C’est là que je tombe sur Sophie Lomeau, une fille du patelin. Elle était à l’école primaire avec moi, pas exactement dans la même classe, car elle doit avoir un ou deux ans de plus, mais dans la même cour de récré. Cela fait des années que l’on ne s’est pas croisés. Elle me repère avant que je la voie.
Elle me saute littéralement dessus. Bras écartés, corps propulsé vers moi comme si elle était montée sur ressorts. Pour moi, c’est un choc, je recule d’un pas, en sentant deux petites mains se refermer sur mes bras. Elle doit lever la tête pour me regarder, et je dois baisser la mienne, elle ne m’arrive même pas aux épaules. Parce que Sophie Lomeau mesure un mètre cinquante à tout casser. Même avec ses baskets à semelles compensées, elle doit tendre le cou pour que je la bisouille.
C’est un petit bout de femme. Une petite boulotte. Des joues bien pleines, rondes, un peu rouges, qui gonflent quand elle sourit, et elle sourit tout le temps ! Et une poitrine proéminente qui tend son t-shirt dès le premier regard. Accessoirement, elle doit aussi avoir des poignées d’amour, si j’en juge par ses fesses rebondies qui remplissent son jean, sans complexe.
Sinon, aucun charme particulier, rien qui accroche. Des cheveux châtains, filasses, des yeux marron cochon. Elle n’est pas laide non plus. Juste… Sophie Lomeau. L’image qu’on se fait d’une fille simple de la campagne.
Sa voix est aiguë, un peu nasale, avec cet accent de la région qui laisse traîner les voyelles. Elle parle vite, comme si les mots devaient absolument tous sortir avant de me voir partir.
Elle sort un papier de sa poche, un ticket de caisse froissé, et griffonne un tél. et une adresse au dos. Elle me le tend. Je le plie en deux et le glisse dans la poche arrière de mon jean.
Mais à cet instant, je n’ai pas spécialement envie de me retrouver en tête à tête avec elle. Mais un mot gentil, ça ne mange pas de pain.
Sur ces bonnes paroles, je paye la grosse Odette, et rentre dare-dare chez mes parents.
Je mange, discute un peu, regarde la télé avec mon père. Le soir arrive trop vite à la campagne. Plus aucun bruit, plus de lumières, la vie s’arrête d’un coup. À vingt et une heures, il n’y a plus âme qui vive dans les rues, et pas grand-chose à faire dans les parages.
Je dors dans ma chambre d’ado, allongé sur le lit étroit, les mains derrière la tête. Le plafond a les mêmes défauts que quand j’étais gamin, le papier peint n’a pas changé. Rien ne changera jamais, le temps s’est arrêté sur mon enfance, avec ma collection de figurines qui s’étale toujours au-dessus de la penderie.
Je viens ici pour me ressourcer, pour me changer les idées, mais le fait est que je m’ennuie. Alors, mon esprit divague sur les problématiques du moment, les contrats qui ne sont pas signés, les clients mécontents. Et aussi sur mes amours actuelles. Maryline et Fatima. Avec la première, c’est bientôt fini. Avec la seconde, ça prend déjà une bonne tournure. Elles sont toutes les deux belles, intelligentes, spirituelles, dynamiques et branchées. Le genre de nanas avec qui il faut assurer !
C’est alors que je repense au ticket de caisse que j’ai balancé dans la poubelle, pour éviter qu’il ne finisse au lavage avec le pantalon.
x--o--x
Je sonne chez elle à vingt-deux heures passées. Juste pour discuter, si toutefois elle ne dort pas encore. Sincèrement, je n’ai aucune idée derrière la tête, surtout pas celle de la baiser. Je ne vois pas pourquoi je fricoterais avec cette fille grande comme trois pommes, alors que j’en ai des bien plus jolies qui m’attendent dans la capitale.
La seule chose qui m’attire, c’est qu’elle est plutôt sympa et très cool. Je vais pouvoir être moi-même, pour une fois.
Sophie m’ouvre la porte, vêtue d’un long t-shirt qui, apparemment, lui sert de chemise de nuit et qui lui tombe jusqu’aux genoux. Un groupe de hard rock lui recouvre la poitrine. Elle est pieds nus, cheveux défaits.
Elle me fait entrer dans le séjour, rempli d’une multitude de babioles et de peluches. Un décor un peu kitsch, une guitare folk. Une vague odeur de haschisch flotte dans l’air.
Sur la table basse, au milieu des exemplaires de Hard Rock Magazine, quelques bouquins plus sérieux, « Bonjour tristesse », « J’irai cracher sur vos tombes », « L’amant ». Françoise Sagan, Marguerite Duras, j’en ai déjà entendu parler évidemment, probablement très chiant, je suis un piètre lecteur…
Elle éclate de rire.
Elle revient avec un grand sourire et un pack de douze, me tend une canette, dégoupille la sienne et s’assoit près de moi, relax. Très près, trop près, presque cuisse contre cuisse. Elle est si petite que ses pieds touchent à peine le sol.
Elle parle. Beaucoup. Du travail à la mairie qu’elle avait trouvé dans un bourg voisin, mais elle s’est fait virer quand « l’autre » est revenue de son congé maternité. De son chat qui est mort il y a quelques mois, empoisonné par des chasseurs. De la maison qu’elle a achetée avec un prêt sur vingt ans.
Les mousses défilent.
J’essaie de me remémorer qui ça peut être… Mais aucune idée ou alors très vague. Impossible de me rappeler son prénom, c’est de l’histoire ancienne.
Et, devant mon air contrit, elle éclate à nouveau de rire.
Je ne sais pas trop comment ça commence. Est-ce la bière ou la proximité ? Peut-être que c’est moi qui pose négligemment une main sur sa peau. Peut-être que c’est elle qui se penche en premier et me caresse à travers la chemise. Le fait est qu’à un moment, mes doigts se retrouvent sur la cuisse nue de Sophie Lomeau et qu’elle ne recule pas. Au contraire, elle glousse et tend la bouche vers moi pour réclamer un baiser.
Je ne réponds pas. Ma main remonte. Elle glousse encore. Sa tête bascule en arrière sur le dossier du canapé. Ses yeux se ferment. Ses joues rosissent.
Et voici que je la pelote comme un goujat. Car c’est bien ce que je fais, on dirait un ado mal dégrossi, affamé par des années de disette. Je ne tarde pas à relever le t-shirt, elle m’aide à le retirer. Et je pétris son opulente poitrine avant de la lécher, de la téter, tandis que mes mains palpent ses bourrelets, tâtent son cul.
Sophie a l’air particulièrement heureuse d’être le sujet de mes attentions. Elle glousse, elle gémit, elle s’exprime… Pas du tout farouche. Dans un mouvement qui me surprend, parce que j’ai l’habitude de plus de retenue – ce jeu de cache-cache que font les femmes quand elles veulent être désirées – elle se tourne vers moi, vient à cheval sur mes cuisses, ses mains attrapent mon visage, sa bouche trouve la mienne. Elle m’embrasse comme si elle avait soif de moi, goulûment, avec un bruit de succion humide.
Puis elle descend vite, sans transition, sans un regard. Elle s’agenouille entre mes jambes, ses mains fondent sur la ceinture de mon jean. Je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit. Ma bite est déjà à l’air, à moitié dure entre ses doigts, et elle me prend en bouche comme si elle était en manque.
Elle me pompe, littéralement. Pas de succion délicate, pas de léchage artistique. Sa tête va et vient, ses lèvres serrent, sa joue creuse puis se bombe. Un bruit de piston, le « glou glou » obscène et régulier d’une bouche avide. Sa main droite tient la base, sa main gauche s’accroche à ma cuisse. Je regarde sa chevelure folle monter et descendre, et je sens le bout de ma queue taper au fond de sa gorge, presque à chaque fois. Mais elle ne faiblit pas, ne s’étrangle pas, elle doit avoir l’habitude. Ses gestes sont ceux d’une femme qui sait ce qu’elle fait et qui n’a pas l’intention de s’arrêter avant d’avoir eu ce qu’elle veut.
À ce rythme, je ne vais pas tarder à jouir. Je suis dur comme du bois. Mais elle s’arrête juste au bon moment, relâche ma bite, redresse la tête, me regarde, ses yeux sont vitreux, sa bouche entrouverte, ses lèvres gonflées, une affamée qui lèche lascivement mon sexe luisant avec le bout de sa langue, pour bien me montrer à quel point elle a envie…
Ensuite, elle se relève, retire d’un geste sa culotte pour dévoiler une chatte fournie. Ça faisait longtemps que je n’en avais pas vu d’aussi « naturelle ». Puis elle se tourne, me présente ses grosses fesses bien blanches, et se penche vers la table basse.
Mais je n’ai pas de préservatifs. Je n’en ai pas amené. Je ne pensais pas en avoir besoin. Pour moi, Sophie Lomeau, c’était juste une copine avec qui j’allais discuter. Je lui fais part de mon malaise, ça n’a pas l’air de beaucoup la perturber.
Et c’est ainsi que, faisant fi des règles de protection élémentaires, je m’enfonce en elle. Non seulement son con humide m’offre généreusement l’hospitalité, mais en plus il m’aspire. Alors, je la fourre avec vigueur. Elle répond à mes coups de reins par ses coups de fesses, et ahane de concert. À ce rythme-là, le plaisir monte très, très vite. La jouissance est irrépressible, d’autant plus que je sens ses muscles se contracter.
Je n’ai plus la force de tenir. Je sens le jus monter, cette contraction au bas du ventre, cette chaleur qui irradie. J’accélère encore. Mes coups de reins deviennent courts, secs, profonds. La jouissance s’empare d’elle quand elle me sent venir.
Je m’épanche longuement. Ma bite pulse, Sophie savoure. Je me vide, jusqu’à la dernière goutte. Ensuite, je reste en elle, le souffle court, les mains encore agrippées à ses hanches. Ma bite ramollit lentement, glisse, ressort avec un bruit de succion. Un filet de foutre coule le long de ses cuisses, goutte sur le parquet.
Elle se redresse, se retourne, me regarde. Son visage est rouge, ses cheveux collés aux tempes, elle est radieuse.
Elle fait une pause, mais ses yeux ne me quittent pas.
Sacré tempérament, cette fille. Plutôt grassouillette, mais pas moche. Toute petite, c’est vrai… mais plutôt plaisante.
En tout cas, elle est insatiable. Cette première fois n’était pour elle qu’un apéritif. Elle veut le repas complet. Et le dessert en plus.
Elle me traîne jusqu’à sa chambre. Un lit double, un couvre-lit à fleurs, une commode avec un miroir ovale. Elle termine mon déshabillage dans l’urgence. Son corps est petit, rond, mou par endroits, un ventre bombé, des seins qui tombent un peu, des cuisses qui se touchent. Pas un corps de magazine. Pourtant, elle me fait de l’effet.
Elle veut essayer toutes les positions. Elle me fait mettre sur le dos, s’embroche sur moi, devant, derrière, me chevauche en rebondissant, ses seins qui ballottent à chaque coup, ses mains plaquées sur mon torse. Puis elle se met à quatre pattes, la tête dans l’oreiller, le cul en l’air. Puis sur le côté, une jambe levée. Puis, debout, appuyée contre le mur, je la soulève par les fesses. Chaque position est une variation sur le même thème : « ta bite dans ma chatte ». Le claquage des chairs, les bruits humides, les gémissements. Elle est bruyante, très bruyante. Des « oui » qui deviennent des cris qui deviennent des mots plutôt triviaux, des mots qu’elle ne devrait pas dire, mais qu’elle dit quand même.
Et puis, vers trois heures du matin, entre deux positions, elle se tourne, s’allonge sur le ventre, écarte ses fesses de ses deux mains et regarde par-dessus son épaule.
J’hésite une seconde. Pas par dégoût, mais par surprise. C’est rare qu’une femme soit aussi directe. Mais je pose mon gland contre l’entrée de son petit trou. Elle est étroite. Sèche. Je crache dans ma main, enduis mon gland, pousse. Lentement. La tête passe. Elle émet un son, un sifflement entre les dents, un « ssss » qui n’est ni douleur ni plaisir, mais un peu des deux en même temps. Alors j’avance. Centimètre par centimètre.
J’y vais lentement d’abord, puis plus vite. Puis le rythme s’installe. Un bruit encore plus obscène. Elle gémit différemment, plus grave et plus bestial. Sa main droite a glissé sous son ventre et elle se frotte la chatte en même temps. Je sens ses doigts à travers la paroi, qui pressent ma bite par l’intérieur. Je ne tiens plus. Je jouis encore. En elle. Dans son cul. Un nouveau jet, moins abondant, mais tout aussi intense, qui lui fait cligner des yeux et serrer ses dents.
Au petit matin, la lumière filtre par les volets. Je me réveille enlacé à cette petite grosse, mes bras autour de sa taille, mes jambes mêlées aux siennes. Les draps sont humides, de foutre, de cyprine, de sueur. Le tissu colle à la peau. L’odeur est forte, c’est celle du sexe qui a duré toute la nuit.
Mon téléphone se met à sonner.
Je le cherche à tâtons, le trouve sur la table de nuit, perdu sous un paquet de mouchoirs sales. L’écran affiche un nom, une femme, plus qu’une amie, une prétendante, Fatima. Je serais fou de ne pas décrocher, je dois avoir la voix pâteuse.
Je ne dis pas précisément où. Encore moins avec qui. Mais le mensonge reste fluide, automatique, simple réflexe de célibataire endurci.
Je m’apprête à raccrocher, quand je sens une bouche avide sur ma bite. Sophie s’est réveillée. Sans un bruit, sans un mot, elle a glissé sous les draps pour me sucer, pendant que j’étais au téléphone. Sa bouche est chaude, humide, et elle avale ma queue avec une application qui prouve qu’elle est parfaitement consciente de ce qu’elle fait. Sa tête bouge sous le drap. Le tissu ondule.
Mais ma bite durcit dans la bouche de Sophie, qui accélère. Le bruit de succion est audible et je pousse le drap du coude pour l’étouffer, le téléphone plaqué contre mon oreille, le coude écrasé contre le matelas.
Sophie a écarté le drap pour respirer. Ses yeux marron espiègles fixent les miens. Sa bouche ne lâche pas ma bite. Elle en veut vraiment, cette coquine.
Je raccroche au milieu d’une phrase de ma correspondante et laisse tomber le téléphone sur l’oreiller. La bouche de Sophie est autour de moi, chaude, mouillée, patiente, ses yeux marron relevés vers mon visage avec cette expression de faim tranquille que je commence à connaître. Je pose la main sur sa nuque, glisse les doigts dans ses cheveux, et pousse mon bassin vers elle. Elle prend tout, jusqu’à la base, gorge profonde, rythme régulier, la langue qui plaque le frein à chaque remontée. Je jouis en moins de deux minutes, mes hanches qui se cabrent, le souffle coupé, et elle avale sans ralentir, pompe jusqu’à la dernière goutte, puis relève la tête en s’essuyant le coin des lèvres avec le dos de la main.
Elle remonte contre moi, pose sa tête sur mon torse, sa cuisse droite entre mes siennes. Je sens la chaleur de sa chatte contre ma peau, encore mouillée, toujours prête.
Le samedi passe dans le lit. Je n’en sors que pour pisser, boire un verre d’eau, et manger les biscuits qu’elle a sortis d’un placard de la cuisine. Elle me suit partout, complètement nue, ses seins qui ballottent dans tous les sens. Dès que je m’assois, elle vient se caler contre moi, sa main retrouve mon sexe, le masse, le ranime. Je bande encore, même épuisé, même vidé. Elle s’empale dessus sans préambule, à califourchon, les mains sur mon torse, et me chevauche avec une régularité mécanique, les yeux mi-clos, la bouche ouverte, des petits gémissements qui montent à chaque descente. Je la regarde, ses hanches qui roulent, la sueur qui perle entre ses seins, et je ne pense à rien d’autre qu’à la chaleur visqueuse de sa chatte autour de ma queue.
Le dimanche après-midi arrive trop vite, d’autant plus que j’ai dû repasser chez mes parents pour les rassurer, qu’ils voient que je ne suis pas mort…
Maintenant, je dois partir. Nous le savons depuis le matin, mais je repousse le moment, le corps de Sophie reste collé au mien, sa tête dans le creux de mon épaule. Elle a les yeux grands ouverts, me regarde comme si elle attendait quelque chose.
Elle ne bouge pas. Je devrais dire quelque chose, une phrase de circonstance, je vois des larmes couler sur ses joues. Elle s’accroche à mon cou, colle son front contre mon torse, et reste là, ses doigts serrés sur ma nuque.
Mais je décolle ses doigts un par un, l’embrasse sur le front, et sors.
x--o--x
Deux mois passent. J’ai presque oublié ce week-end de folie. Pas totalement, j’ai parfois l’impression d’avoir été un peu salaud, quand je revois les larmes rouler le long de sa joue.
Mais je suis passé à autre chose. Maintenant, il y a Fatima, une relation naissante, assez torride… mais rien à voir avec Sophie. Pour impressionner ma nouvelle conquête, je lui ai parlé de Marguerite Duras. Elle m’a posé quelques questions, j’ai bégayé et suis passé pour un con.
Un mardi matin, ma secrétaire se penche sur mon bureau.
Sophie Lomeau, mais qu’est-ce qu’elle me veut, celle-là ? Cela fait si longtemps. Ma collaboratrice me regarde, alors je décroche.
Je reste froid, limite indifférent, malpoli. Certes, on s’est bien amusés, mais inutile de revenir là-dessus. C’est de l’histoire ancienne.
Sa voix est directe, sans tremblement. Je reste silencieux une seconde, puis :
Je sens quelque chose se tordre dans mon ventre.
À vrai dire, pas grand-chose. Certes, je l’ai baisée sans capote, j’ai joui en elle comme l’abruti que je suis, et pas qu’une fois… Mais elle était d’accord, si je ne m’abuse, c’est même elle qui l’a demandé… Et puis, je n’ai même pas pensé au môme, plutôt au Sida ou à la chaude-pisse.
Je regarde par la baie vitrée de mon bureau, les toits de la capitale, la vue plongeante sur le parking. Ma secrétaire est retournée à son poste, mais je sens bien qu’elle tend l’oreille de loin, qu’elle scrute mes expressions.
Devant mon manque d’empressement, je sens une pointe de déception dans sa voix. Mais que croyait-elle ? Que j’allais exploser de joie à cette nouvelle ? Elle raccroche la première.
Je repose le combiné, fixe l’écran de mon ordinateur. Putain de salope. J’ai l’impression qu’elle m’a tendu un piège, qu’elle a tout calculé, préparé, qu’elle m’a fait un enfant dans le dos…
Quel connard je suis ! Juter dans la première chatte qui se présente, comme si je ne savais pas qu’il fallait faire gaffe. Après une décennie de conquêtes, je dérape comme un ado, dès le premier soir. C’était juste pour s’amuser, juste une parenthèse, un truc sans importance, un week-end agréable dans un village pourri. Sauf que la parenthèse est en train de se refermer sur moi.
J’essaie de me concentrer sur les dossiers, les chiffres, les réunions, mais le mot revient sans cesse, « enceinte », « enceinte de moi », j’ai du mal à imaginer les deux nichons sur pattes affublés d’un gros ventre. En tout cas, il est encore temps d’avorter. C’est d’ailleurs le seul choix possible. Quoi qu’il en soit, si elle a besoin, je ferai ce qu’il faut, je suis prêt à l’aider, financièrement, logistiquement, à l’accompagner, à payer, à être là. Ce problème a une solution évidente, propre, nette, sans bavure. Nous avons commis la bêtise ensemble, nous allons la réparer ensemble, je ne suis pas une ordure.
Le samedi arrive. Je prends la route, les champs de colza des deux côtés de la départementale, l’odeur de terre humide par les fenêtres baissées. J’ai un discours tout prêt, des arguments, et même des chiffres : le coût d’un enfant, la charge mentale, la réalité d’une mère célibataire de trente et un ans.
Je me gare devant chez elle, sonne. Elle ouvre, en robe légère, pieds nus, un large sourire aux lèvres. Rien ne se passe comme je l’avais imaginé…
À peine rentré dans la maison qu’elle m’enlace, qu’elle se blottit contre moi, son corps plaqué au mien. Je ne sais même pas pourquoi je lui donne ma bouche lorsqu’elle me réclame un baiser, pourquoi je lui caresse le visage, pourquoi je glisse ma main dans ses cheveux, pourquoi je l’aime, pourquoi je suis fou d’elle. C’est tellement naturel, tellement évident entre nous. Dire que je m’apprête à tromper Fatima et que je m’en contrefiche !
Je sens ses seins à travers le tissu, la chaleur de son ventre, et le discours se disperse comme un fétu de paille. Elle m’attire vers la chambre, défait ma ceinture, s’agenouille, et je la laisse faire, la regarde prendre ma queue dans sa bouche, ses yeux relevés, cette faim que j’avais oubliée, mais que mon corps reconnaît, comme un réflexe. Je bande dur, la soulève, la pousse sur le lit, relève sa robe, et la pénètre sans rien dire. Elle est déjà trempée, complètement ouverte, je la pistonne avec une violence qui me surprend, mes hanches qui claquent contre les siennes, le bruit mouillé des chairs, ses gémissements aigus.
Je la tiens par les poignets, la plaque, la baise comme une bête, juste le besoin, la friction, la chaleur. Je jouis en elle, profond, long, et elle se contracte autour de moi, un orgasme qui la fait hoqueter, le dos cambré, la bouche ouverte.
Ensuite, repos des guerriers !
Elle rit, sa tête sur mon épaule, ses doigts qui dessinent des cercles sur mon torse.
Je ne ris pas. Mais je bande déjà à nouveau, ma main descend sur sa cuisse, remonte, trouve sa chatte trempée de sperme et de cyprine. Je la doigte, deux doigts, lentement, et elle écarte les jambes, les yeux mi-clos.
Alors je la prends, la retourne, la pénètre par-derrière, et elle gémit dans l’oreiller, ses reins cambrés, ses fesses offertes. Le bruit de nos chairs, les cris remplissent la chambre, et je ne pense plus à rien, juste la chaleur, la pression, le mouvement.
Le repos des guerriers. Allongés côte à côte, le plafond en vue, le silence de la maison autour de nous. Elle parle la première.
Je tourne la tête, la regarde. Elle est sérieuse, mais très sereine. Pas de larmes, pas de théâtre, juste une certitude posée dans son regard. Je la trouve convaincante… et résolue. Je n’essaie même pas de la contredire.
Mais maintenant que les choses sont dites, elle redevient chaude, sa main retrouve ma queue, la masse doucement, et je sens déjà le désir remonter…
Nous passons le week-end au lit, comme la fois précédente. Je la prends dans la cuisine, contre le frigo, en levrette, sa robe relevée. Je la prends dans la douche, l’eau qui coule sur nos corps enfiévrés, mes mains agrippées à ses hanches. Je la prends sur le canapé, elle, à califourchon, ses seins qui rebondissent à chaque mouvement, ses cris qui résonnent dans le salon. Je jouis en elle chaque fois, parce que c’est évident, le sperme coule sur ses cuisses, sur les draps, sur le canapé. Et elle avale, elle essuie, elle sourit.
Le lundi soir, quand je rentre chez mes parents pour récupérer mes affaires, ma mère est dans la cuisine, en train de plier du linge.
Le ton est sec, presque moqueur, mais il y a autre chose dans sa voix, une surprise, une curiosité. Je ne réponds pas, monte dans ma chambre d’adolescent, m’allonge sur le lit. Le drap est propre, froid, sans odeur de sexe. Je ferme les yeux et sens encore la présence de Sophie, sa peau, sa bouche, sa chatte autour de moi. Ma mère ne croit pas si bien dire. Cette fille me rend amoureux.
À peine rentré à Paris, je contacte Fatima pour lui dire que tout est fini. Ça ne l’étonne qu’à moitié, vu que je n’ai pas envoyé un seul message durant tout le week-end et n’ai même pas daigné répondre à ses appels.
Les semaines suivantes, j’appelle ma chérie, matin, midi et soir. J’écoute sa voix, ses histoires de boulot, le livre qu’elle lit en ce moment, ce qu’elle aimerait que l’on fasse ensemble la prochaine fois. Elle a bien raison, on ne va pas faire que baiser quand même !
Je projette de la faire venir à la ville. Un week-end, d’abord, puis peut-être plus. J’imagine son corps dans mon lit, sa chatte, sa bouche, ses cris dans l’appartement. Le temps passe. Les semaines s’empilent. Les rendez-vous s’enchaînent au bureau, les dossiers, les réunions et, chaque soir, je compose son numéro, entends sa voix, et quelque chose se desserre dans ma poitrine.
Le délai pour avorter rétrécit, chaque jour qui passe nous rapproche du point de non-retour. Mais à chaque fois que l’on se retrouve, c’est le feu d’artifice et l’on a autre chose à faire que d’évoquer ce sujet. Et puis, sa décision est prise… et la mienne aussi : j’aimerais beaucoup la voir mère, être avec elle ce jour-là.
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Sophie m’appelle un soir, plus sérieuse que d’habitude. Elle a un rendez-vous, pour une échographie. Douze semaines et trois jours, précise-t-elle, comme si j’avais besoin de connaître le compte exact.
Mon premier réflexe, c’est de dire que je suis submergé par le travail, que je ne peux pas en semaine.
Je pourrais objecter que faire toute cette route pour voir une tache sur un écran, ça ne va pas servir à grand-chose… Mais je comprends aussi que c’est important pour elle. Elle n’aurait pas demandé, si ce n’était pas le cas. Parfois, j’ai l’impression de la connaître depuis toujours.
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Mercredi matin, je suis dans la salle d’attente de la gynéco avant elle. Je lève les yeux de mon magazine, un truc sur la déco, que j’ai pris au hasard pour faire genre. Je suis le seul homme, la salle d’attente est remplie de femmes.
Mais la voilà. Sophie, jean troué, bottes de motarde éraflées, et ce blouson en cuir usé qui lui donne des allures de rockeuse des années 80. Ses cheveux sont en bataille, comme si elle venait de se battre avec son oreiller. Elle a les joues roses, le nez un peu rouge à cause du froid. « Haute comme trois pommes », comme elle dit d’elle-même, mais avec des formes généreuses qui remplissent son pull oversize. Toujours pas de maquillage, elle n’en met jamais.
Elle s’arrête net en me voyant. Ses yeux, toujours un peu moqueurs, s’écarquillent.
Pas de « Oh, Pascal ! » pas de « Je n’y croyais pas ! ». Juste un « Putain », avec ce ton à la fois surpris et amusé qui lui est si typique.
Je me lève, un peu gauche. Elle avance vers moi, se jette sur moi, me saute au cou, me roule une pelle devant toutes ces femmes.
Elle hoche la tête, un sourire en coin.
C’est vrai qu’elle gère. 31 ans, pas de diplôme, des petits boulots en intérim, mais elle lit Balzac dans le car et peut tenir une heure sur la chute de l’Empire romain. Et surtout, elle a décidé, seule, que cet enfant, elle le garderait. « Même si t’en veux pas, Pascal. Même si t’es pas prêt. Moi, je le suis. »
Elle éclate de rire.
Nos cuisses se touchent. Je sens la chaleur de son corps à travers le tissu. Elle hausse les épaules.
La doctoresse n’est pas déconcertée par le look de Sophie, elle doit en voir de toutes les couleurs. Elle nous fait entrer dans son cabinet, où l’odeur d’antiseptique se mélange à celle, plus délicate, de son parfum. C’est une femme d’une cinquantaine d’années, des cheveux courts grisonnants, des lunettes au bout du nez. Elle me jette un regard.
Sophie répond à ma place, en prenant ma main, à m’en faire rougir.
Sophie se déshabille sans gêne, s’allonge sur la table, les mains croisées sur son ventre déjà arrondi. Mais je ne suis pas sûr que ce soit à cause de la maternité, en tout cas pas uniquement.
Je me place près de sa tête. Elle attrape ma main, la serre. Ses doigts sont courts, un peu calleux. Des mains de travailleuse.
La sonde glisse sur son ventre. Et puis… ce bruit.
Un toc-toc-toc rapide, comme un métronome affolé.
Sophie retient son souffle.
La doctoresse sourit.
Sophie lâche ma main, porte les siennes à sa bouche. Ses yeux brillent d’émerveillement.
Je ris, un peu nerveux. Elle me regarde, soudain sérieuse.
Cet échange doit être un peu surréaliste pour la gynéco. Elle doit sûrement penser que notre couple n’est pas bien solide.
Dehors, l’air pique un peu. Sophie boutonne son blouson jusqu’au cou, enfonce ses mains dans ses poches.
Nous prenons la direction du parc, sans nous presser. Les feuilles mortes volent autour de nous.
Elle me lance un regard noir.
Je ris. Elle me donne un coup de coude dans les côtes.
On s’embrasse en pleine bourrasque, un long baiser qui n’en finit pas pour sceller notre union, avant de reprendre notre marche. Elle glisse son bras sous le mien, se colle à moi de façon naturelle.
Je ris, le cœur léger. Et on part, côte à côte, vers ce futur qui nous attend.
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Les choses prennent une tout autre tournure quand je propose à Sophie de venir passer une fin de semaine dans la capitale. Elle accepte sans hésiter, avec une joie non dissimulée. Je crois que je pourrais lui demander la lune, elle serait partante. Nous convenons qu’elle passera me chercher au bureau, le vendredi en fin d’après-midi, et que nous irons ensemble jusqu’à chez moi. C’est le plus simple pour elle, vu l’heure d’arrivée de son train.
Le jour dit, vers dix-sept heures, je suis à mon bureau, devant mon écran, quand je la vois arriver dans l’espace ouvert. Elle porte un blouson en cuir, un t-shirt « Trust », un jean sombre et des baskets usées. Ses cheveux sont tirés en arrière, pas de maquillage, pas de bijou. Elle marche droit vers moi et se suspend carrément à mon cou pour m’embrasser. La discrétion, c’est pas son fort. Un vrai baiser, avec la langue, qui dure assez longtemps pour que le silence tombe autour de nous.
Je sens les regards. Thomas, à ma gauche, a arrêté de taper sur son clavier. Karim, en face, fixe son écran avec un intérêt soudain pour son tableur. Céline, la chef de projet, passe la porte à ce moment-là, s’arrête une seconde, puis continue son chemin avec un sourire qu’elle a du mal à cacher.
En soi, il n’y a pas de problème. Ils en ont vu défiler des filles qui venaient me chercher au sortir du boulot. Des stagiaires en talons, des collègues d’autres boîtes en tailleur, des brunes élégantes qui me faisaient des bises légères et attendaient sagement que je les rejoigne près de la machine à café. Mais le look et la désinvolture de la petite bonne femme détonnent.
Je sais ce qu’ils pensent. Je le lis dans la façon dont Thomas esquive mon regard quand il se retourne. Dans la façon dont Karim se racle la gorge. Ils doivent se dire : « Mais qu’est-ce qu’il lui trouve ? Il est tombé bien bas. Il fréquente un boudin maintenant ? Il sortait avec cette brunette sophistiquée il n’y a pas si longtemps, avant ça, il y avait cette blonde qui travaillait dans le mannequinat, et maintenant débarque cette fille qui ressemble à une caissière de Leader Price ».
Je fais fi des sourires en coin. Je ramasse mes affaires, ferme mon ordinateur, enfile ma veste. Sophie m’attend patiemment près de la porte, les mains dans les poches de son perfecto, le visage illuminé vers moi. C’est comme si elle n’avait pas vu les regards, ou alors qu’elle s’en fout.
Nous nous engouffrons dans le métro où miss Lomeau reste collée à moi, son épaule contre mon bras, sa hanche contre ma cuisse, debout dans la rame bondée de dix-sept heures trente.
À peine entrés dans l’appartement, je la pousse contre le mur de l’entrée. Elle rit, je l’embrasse alors qu’elle laisse tomber son cuir. Puis elle m’aide à retirer son jean, sa culotte vient avec. Et je la baise avec entrain, là, contre le mur du couloir, puis sur le canapé du salon, ses affaires éparpillées sur le sol. Elle s’accroche à moi, les ongles plantés dans mon dos.
Après avoir bien joui, elle relève la tête et me regarde avec un demi-sourire.
Je ne réponds pas tout de suite. Je la regarde, ses cheveux en bataille, ses joues rouges, cette façon qu’elle a de me défier avec malice. Pour toute réponse, je lui pince les fesses. Elle pousse un cri et se débat en riant.
Le soir venu, nous sortons en boîte, comme je le fais d’habitude les vendredis soir. Sophie s’est changée. Elle a sorti un top noir de son sac à dos, un truc simple qu’elle enfile par-dessus une jupe un peu ras la touffe qui ne cache rien de ses gros cuisseaux. C’est ce que j’aime chez elle, elle n’a honte de rien, cette nana.
Nous descendons à pied jusqu’au bar où mes potes se retrouvent toujours, un endroit sans prétention avec des tables branchées et une piste de danse minuscule au sous-sol.
Sophie se déchaîne sur la piste, ce n’est pourtant pas son type de musique. Je la regarde depuis le bar, une bière à la main. Elle danse comme si elle était seule au monde, les yeux fermés par moments, les bras levés, ses hanches qui balancent.
Je la présente à mes amis. Eux aussi sont estomaqués que je sorte avec cette fille. Ils ne disent rien, ne font aucun commentaire, mais je le vois dans leurs regards. Cette façon de regarder Sophie puis de détourner le regard, trop vite. Julien lui serre la main avec un sourire poli. Seb lui fait un signe de tête. Ils se demandent quelle mouche m’a piqué, si je ne suis pas devenu fou. Dire que j’ai largué Fatima pour ça !
Amandine est là, elle aussi. Une fille avec qui je suis sorti il y a de ça quelques mois. Elle est assise au bar, un verre à la main, les jambes croisées. Elle regarde Sophie avec dédain, un regard qui descend du top noir vers la grosse paire de fesses, puis qui remonte, lentement, comme si elle prenait des mesures. Elle se demande sans doute si ces nichons sur pattes ont des talents cachés.
Sophie ne la voit même pas. Elle est retournée danser. Pendant qu’elle s’éclate sur la piste, Mathieu me prend à part. Il m’attire vers le bout du bar, loin du bruit.
Mathieu hoche la tête, un sourire ironique.
Pour lui, sortir avec ce genre de filles, c’est forcément une passade sans importance. Une amie d’enfance débarquée de province, un peu de chair fraîche pour cette fin de semaine, on n’en parle plus lundi. Il tape sur mon épaule, histoire de dire « Profites-en bien ! ».
Le soir suivant, on zappe mes potes. Je préfère l’emmener écouter du jazz au Quartier latin. Nous descendons dans un petit club sous terre, des caves voûtées en pierre, des bougies sur les tables, un contrebassiste qui joue seul sur scène. Sophie ignore tout de cette ambiance. Mais apparemment, elle aime bien. Elle écoute, la tête penchée, ses doigts qui tapent la table en rythme. Elle ne fait pas semblant d’aimer, elle ne fait pas semblant de comprendre. Elle écoute, c’est tout. Déjà durant la journée, elle a été émerveillée par l’exposition que nous sommes allés voir au Grand Palais. Et elle n’a même pas trouvé ringarde, la balade en bateau-mouche. Elle a même dit « romantique ».
Après le set, nous remontons en surface. La nuit est tiède. Nous marchons le long de la Seine, les pieds sur les pavés des quais, l’eau noire qui bouge lentement en contrebas. Les réverbères se reflètent dans le fleuve. Sophie marche près de moi, son bras contre le mien. Elle ne parle pas. Elle regarde l’eau, les ponts, les façades de l’autre rive.
Je la regarde. La lumière des réverbères tombe sur son visage, dessine l’ombre de son nez, de sa mâchoire. Elle n’est pas belle, pas laide non plus. À ce moment précis, je sais que je vais passer ma vie avec elle, sans trop en connaître les raisons. Simplement parce qu’elle est différente des autres et qu’elle me convient trop bien.
Quand suis-je tombé amoureux de cette fille ? Je me le demande en marchant. Dès le départ, il me semble. Sa façon d’être, son naturel, cette façon de traverser la pièce entièrement nue, cette façon de danser les yeux fermés. Elle s’émerveille de tout, elle est toujours heureuse, une crème, cette femme !
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Quelques semaines plus tard, j’invite ma chérie à dîner chez mes parents.
Depuis un certain temps, ma mère est inquiète que je vienne aussi souvent les voir, et surtout que je passe mes fins de semaine avec cette Sophie Lomeau.
Elle me l’a fait remarquer au téléphone, avec cette voix mesurée qui cache mal son agacement. « C’est sûr qu’elle est très gentille, mais quand même un peu simplette », « Faut dire qu’elle n’a pas fait d’études », « Et ses parents étaient de pauvres gens », « Elle n’a jamais quitté le patelin, elle n’a pas trop détoné dans la capitale ? » « Je crois bien qu’elle est à nouveau au chômage ». Elle trouve mille et une raisons pour m’écarter de cette relation qui lui semble anormale.
Et vu que je leur ai déjà présenté d’autres femmes, des femmes avec des diplômes, des carrières, des projets de vie, mes parents doivent se demander pourquoi je suis soudain accro à une fille aussi commune, aussi bête, aussi simplette. Parce que c’est ce qu’ils pensent d’elle. Je le sais. Je le vois.
Le dîner ne se passe pas bien. Très tendu dès le début. Ma mère a pourtant fait un effort, un rôti de porc, des haricots verts, une tarte aux pommes. Mon père sert l’apéritif sans regarder Sophie. Sophie, elle, mange de bon appétit, répond aux questions quand on lui en pose, ne cherche surtout pas à briller. Elle dit qu’elle travaille actuellement à l’usine de bonbons, un intérim durant quelques mois.
Elle hoche la tête. Mon père boit. L’horloge de la cuisine tic-tac.
Mais je ne me laisse pas faire. Avec Sophie, c’est du sérieux. Lorsque je me lève pour aller chercher du pain, je l’embrasse devant eux pour bien leur faire comprendre qu’elle n’est pas rien pour moi, je multiplie les petits gestes à son égard et les petits clins d’œil complices. C’est certain qu’ils ne m’ont jamais vu aussi attentionné envers une fille. Ça doit les perturber.
Je parle de nos projets communs, des vacances, des voyages. Ma mère écoute en coupant ses haricots verts en petits morceaux réguliers. Mon père se ressert un verre de vin.
Et puis, entre le fromage et le dessert, j’annonce :
Le silence qui suit est physique. Il a un poids, une texture. Ma mère pose son couteau sur la table, fixe son assiette. Le verre de vin du paternel reste en l’air, à mi-chemin entre la table et sa bouche. Personne ne respire. Ils sont comme deux ronds de serviette.
Mon père se lève, va vers le buffet, prend une autre bouteille de rouge et se ressert généreusement. Il ne dit rien, mais n’en pense pas moins. Le niveau de la bouteille baisse régulièrement.
Ma mère ne dit plus un mot. Elle se lève, débarrasse les assiettes du fromage, va chercher la tarte aux pommes dans la cuisine. Elle revient, la pose sur la table, coupe les parts, les distribue. Ses gestes sont précis, mécaniques. Elle ne nous regarde pas. Elle regarde la tarte, le couteau, les parts qui tombent dans les assiettes.
Sophie mange sa part de tarte. Elle ne dit rien non plus. Elle a compris ce qui se passe, ce qu’ils pensent, ce qu’ils ne diront pas. Elle attend, incroyablement patiente, pleine de diplomatie, je l’adore. Je la regarde avec tendresse. Pas grave tout ça, l’important c’est qu’on soit ensemble.
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Épilogue
Quelque temps avant la naissance d’Ariane, j’ai quitté mon travail dans la capitale et j’ai trouvé un emploi à Laval, certes moins prestigieux et moins bien rémunéré. Mais c’était à seulement une demi-heure de chez ma chérie.
Par la suite, nous avons beaucoup investi dans sa maison, pour en faire un endroit cosy et agréable.
Avec Sophie, nous avons eu quatre beaux enfants. Et nous avons quand même vécu presque 23 ans ensemble, avant de divorcer d’un commun accord. Mais nous nous voyons encore régulièrement, ne serait-ce que lors de repas familiaux.
Ma mère, trop heureuse d’avoir quatre petits bambins, est devenue copine comme cochonne avec sa belle-fille, et m’a même fait la gueule lorsque nous nous sommes séparés.