| n° 23711 | Fiche technique | 15287 caractères | 15287 2744 Temps de lecture estimé : 11 mn |
19/07/26 |
| Présentation: Hommage à celle par qui tout a commencé. | ||||
Résumé: Un compagnon de jeunesse retrouvé. | ||||
Critères: #journal fh fsoumise attache | ||||
| Auteur : Line (Auteur débutante, inspirée, passionnée, épanouie.) Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Journal_intime |
Et si tout commençait par une fin cette fois…
Je ne trouve pas de sac, mais un carton attire mon regard, un vieux carton tout abîmé, il doit au moins avoir quarante ans, vu l’état. Y a écrit « £ivres » dessus, la première lettre est un peu plus effacée que les autres, mais je me doute que ce ne sont pas des bouteilles millésimées d’un bon cru. J’ouvre quand même, sait-on jamais, pour fêter le départ pour notre pèlerinage en bécanes dans les Balkans.
Raté ! Dommage, pas de bouteille en vue, mais des livres. Ça sera moins festif !
Euh des livres érotiques ! Collection Harlequin. Elle lit ça ? me suis-je demandé, étonné.
Y en a une sacrée pile et, au milieu, un carnet plus petit qui n’est pas de la même collection. Je le sors. Sur la couverture jaunie par le temps, c’est écrit « Journal Intime de Line », d’une main d’adolescente pas encore sûre d’elle.
J’ouvre la première page :
« Toi & Moi pour découvrir le monde »
Elle a un journal intime ? Cette réflexion m’étonne encore plus que la collection de livres.
C’est secret un journal ? Elle ne m’en voudra pas si je feuillette vite fait.
Je continue de chercher son sac du deuxième œil.
J’ouvre au hasard entre deux pages.
~ 10 mai 2022 ~
Mon cher journal, mon vieux JIL, nous voici de nouveau réunis après ces si longues années sans se voir.
Je ne t’ai pas oublié, comment j’aurais pu, toi qui as été mon confident, mon allié, ma bonne conscience, mon contradicteur bien souvent. Loin de toi, j’ai vécu de belles aventures et d’autres moins sympas, je te les raconterai peut-être un jour, mais aujourd’hui, je veux te parler de celle qui m’a permis de te retrouver, toi fidèle compagnon de ma jeunesse perdue.
Aujourd’hui, je suis chez ma grand-mère, mais elle n’est plus là. Tout paraît vide sans elle, c’est difficile, mais le devoir doit l’emporter sur les états d’âme. Sa maison va être vendue.
Je suis là, assise sur le vieux plancher du grenier, entourée de toiles d’araignées et de cartons poussiéreux qui renferment tant de trésors d’une vie inachevée.
Elle est partie, j’ai du mal encore à le réaliser, c’était si soudain. Celle chez qui je passais mes vacances quand j’étais gamine, celle avec qui j’ai partagé des souvenirs gravés à jamais et que tu gardes précieusement sur tes pages.
Mon cœur se serre, mes yeux s’humidifient, je retiens un sanglot dans ma gorge, elle n’aurait pas voulu que je sois triste. Elle était la joie, le bonheur, toujours souriante malgré une vie plus que difficile à beaucoup de périodes de sa vie, mais elle m’a transmis la force de se battre, de garder espoir même dans les jours les plus sombres parce que le soleil finit toujours par revenir après les tempêtes.
La mort l’a emportée, je lui en veux de me l’avoir arrachée alors que nous avions encore tant de choses à nous dire, tant de questions à poser, tant de belles aventures à nous raconter. Ma grand-mère me manque…
Mon sanglot retenu me brûle la trachée, je ne le laisse pas s’exprimer, je suis plus courageuse que lui. Je tente de le corrompre en chantant. Elle aimait chanter, souvent, tout le temps, je continuerai pour elle, pour qu’elle vive encore à travers moi.
Un carton devant moi, il attend sagement que je l’ouvre, que je le laisse respirer, s’exprimer et délivrer ce qu’il garde précieusement depuis toutes ces années.
« Livres » est écrit au feutre noir sur le dessus. Je décolle facilement le scotch qui a perdu son collant avec le temps, il a laissé le superflu disparaître pour ne garder que l’essentiel. Je rabats un côté, puis le second. Une pile de livres s’élève depuis le fond de cette boite mystérieuse.
Le premier ne m’évoque aucun souvenir, Charmes éternels. Le second, pas plus. Elle ne m’avait jamais parlé de ces petits livres de poche dont les couvertures et les pages laissent penser qu’ils ont été lus et relus un bon nombre de fois. Ils en paraissent d’autant plus intéressants à mes yeux. Celui-ci possède un petit papier en marque-page.
Page quatre-vingt-quatre. Le coin est corné en haut, un deuxième repère pour ne pas oublier de relire ces paragraphes.
Marie se tient là, debout, face à cet homme qu’elle vient de rencontrer. Leurs regards enflammés remplacent tous les mots du monde. Ils n’ont pas besoin de plus pour se comprendre, ils vont s’aimer comme ils se sont connus : étrangement, fougueusement et libérés.
Louis caresse la joue de Marie, comme pour la rassurer, elle sourit. Il s’avance et l’embrasse, sur la joue d’abord, ses lèvres douces sur sa peau tiède leur donnent à tous les deux des frissons. Louis continue ses baisers, dans le cou, puis il descend sur sa gorge…
La mienne se noue de nouveau. Ce n’est pas mon sanglot étouffé, mais ce récit qui se profile sous mes yeux.
Un livre érotique ! Même plusieurs, un carton plein ! Ici ? Chez ma grand-mère !
L’étonnement laisse place à la curiosité, cette page quatre-vingt-quatre me rappelle, me supplie de revenir l’ouvrir, de la laisser revivre ses instants partagés avec ma grand-mère. Elle veut revivre à travers mes yeux, à travers ma voix, à travers mon imagination nouvelle.
… Marie est vêtue d’une petite robe en mousseline assez fine laissant apparaître ses tétons fermes et fiers. Louis n’hésite pas longtemps pour laisser glisser la bretelle d’un geste délicat de la main. La seconde bretelle tombe également d’un geste sûr et maîtrisé. La robe tout entière disparaît des regards.
Louis, muet, reste coi devant le physique parfait de Marie. Il l’admire, il l’envie, il l’adule et n’a qu’un désir : que ce désir soit réciproque.
Les courbes généreuses et féminines se laissent découvrir par les doigts habiles de son futur amant…
Un bruit claque soudain derrière moi. Je suis extirpée de mon récit. Ce sursaut me surprend, j’étais totalement plongée dans ce texte, leur histoire devenait mienne. Je comprends maintenant le marque-page.
J’étais partie pour une minute de lecture. Minute qui se transforme vite en heure, ce livre est captivant. L’intrigue n’est pas redoutable, mais les personnages sont attachants et la narration érotique, que je découvre, me passionne à mon grand étonnement.
J’arrive rapidement à la dernière page avec une seule envie : découvrir un autre livre, d’autres aventures, peut-être retrouver les mêmes personnages.
Soudain, le même bruit claque de nouveau. Cette fois, je prends le temps de regarder, c’est la fenêtre qui hésite entre rester ouverte ou se fermer avec les courants d’air. Je vais aller lui dire ce que j’en pense de me déranger.
Je me lève, les jambes endolories par les heures de lecture et par l’excitation dégagée par les mots. J’ai la tête qui tourne, je me suis relevée trop vite, je pense. Je prends appui contre un petit guéridon, ma jambe vacille, le meuble tressaille, le tiroir glisse, tombe au sol.
Je m’accroupis pour remettre de l’ordre, il faudra bien finir par regrouper les affaires pour le déménagement. Des stylos, des calepins et un petit paquet.
C’est un petit livre, je dirais, emballé dans une enveloppe kraft. J’ouvre, par curiosité.
Je le reconnais celui-ci ! Tu étais donc là, gardé religieusement dans le guéridon qui avait trôné toute sa vie dans le salon de la maison. Elle ne m’en avait jamais rien dit, mais elle t’avait là, à portée de main, à portée de relecture peut-être. Un honneur d’imaginer qu’elle avait lu mon journal intime, peut-être relu, voire corné des pages comme dans ses petits livres secrets.
Grand-mère, tes livres deviennent les miens, nous continuerons toutes les deux ces aventures érotiques et tu pourras être fière de moi.
Ma lecture est interrompue par Line.
Elle arriverait maintenant, je ne saurais quoi dire. Pris la main dans le carnet, ça prend perpette ça ? Rupture assurée, pèlerinage annulé pour motif de haute trahison et d’espionnage. Finie la petite vie tranquille avec la plus belle des rouquines. Bienvenue le célibat et les cafés froids du matin, les yeux encore collés par les nuits glacées.
Mais la curiosité a cette perfidie qui m’enverra dans les tréfonds d’une geôle noire, comme la colère que Line aura en avalant la clé à tout jamais.
~ 2 janvier 2023 ~
Ah c’est l’année où on s’est connus. Me dis-je dans l’excitation de découvrir si elle a écrit quelque chose sur moi, un peu égoïstement, j’avoue.
Coucou JIL :)
Aujourd’hui, je prends la plus grande décision de toute ma vie ! Je plaque tout, je redémarre de zéro ou presque, mais ne t’inquiète pas, tu restes avec moi.
Les hôpitaux, les patients ingrats, les « hep j’attends depuis une heure qu’on s’occupe de mon panaris », je n’en peux plus, je sature, je vais perdre mon âme. La fougue de l’infirmière de mes premières années est bien loin, elle a été étouffée par le chaos, la misère, la violence. Sarajevo me hante encore malgré les heures à discuter avec mon psy. Mon casque bleu me manque encore malgré les heures à supplier Sandman.
Je commence le premier jour du reste de ma vie. Mon nouveau boss m’attend pour le debrief. Je vais devenir la serveuse la plus irlandaise du pub du coin ! C’est peut-être ma rousseur qui a pesé dans la balance, mais peu importe, ils m’attendent !
À tout’
~ 3 janvier 2023 ~
Ohlala JIL, c’est le plus beau jour de ma vie, ce boulot est vraiment extra, tout le monde est super sympa, serviable, joyeux. T’imagines pas comment ça me change des murs tristes et des draps blancs.
Et tu veux savoir quoi ? J’ai croisé un gars, un musicien. Je ne l’avais jamais vu, pourtant il bosse juste à côté, dans la petite boutique de musique.
Mais comme je suis passé par derrière pour aller aux vestiaires, l’entrée des artistes qui porte bien son nom tiens ! Il était là, adossé à sa porte, il m’a dit « Salut », j’ai dit « Salut ». Pas grand-chose tu vas me dire, mais y a un truc qui est passé, je sais pas expliquer mais j’ai hâte de lui redire « Salut ».
Tu vas me prendre pour une ado amoureuse de son voisin et tu n’aurais pas tort, je crois.
Le niveau de décibels plus élevé dans sa voix me tétanise et me fait lâcher le livre. Le bruit retentit sur le sol. J’espère que je l’ai pas abîmé, sinon je suis foutu, ce sera la preuve irréfutable de ma haute trahison ! Cafés froids, yeux collés, on rediffuse l’épisode.
Je reprends le livre, il est ouvert sur une double page avec quelques dessins qui m’interpellent : des chiens, un soleil, un char entre deux paragraphes.
~ 10 mai 1995 ~
Mes souvenirs sont un peu confus, JIL, mais je vais essayer de te raconter le principal de cette journée qui a failli être ma dernière sur cette Terre.
Onzième jour à Sarajevo.
L’infirmière référente me donne un jour de repos exceptionnel pour mon anniversaire. J’ai quartier libre pour cette journée. Je vais sur Sniper Alley, donner à manger aux chiens errants, mes petits protégés qui me connaissent bien maintenant.
Soudain, un tireur isolé me prend pour cible…
J’ai pas le temps de terminer la phrase que j’entends les marches de l’escalier. C’est Line, elle monte d’un pas décidé. Elle va me tuer. Mais les mots tournent dans ma tête : 1995, Sarajevo, Sniper Alley, le char.
« J’y étais moi aussi ! La rue, mon char, le sniper et la fille rousse que j’ai sauvée ! Pourquoi elle parle de tout ça dans son livre ? Le char c’est mon char ? » me dis-je tout bas, sans l’ombre d’un doute avec l’envie de savoir.
Pas le temps. Elle non plus, elle n’a pas de doute, elle est là, sur le pas de la porte, décidée, convaincue.
Je pose délicatement le livre sur la table de chevet comme on pose les armes devant un sniper qui vous a pris pour cible.
Elle cache un truc derrière son dos. C’est le café froid ?!
Elle ne relève pas ma parole. Elle a une autre idée en tête.
Elle se tourne, ses mains déjà sanglées, elle attend que je m’occupe d’attacher le reste de son corps. Cette idée est plus sympa que le café froid, mais l’envie de lui parler de son journal me démange sévèrement.
Et en même temps, je la regarde, elle est nue, là devant moi. La courbure de ses hanches appelle mes mains. La rondeur de ses fesses n’attend qu’un effleurement pour frémir. Sa peau bronzée commence à muer en chair de poule. Je suis sûr qu’elle imagine déjà la suite. Et moi, je suis là, je réfléchis, je cogite, je suis devenu fou !
Allez mec ! T’attends quoi ? Qu’elle fasse le taf toute seule ? Mes pensées me pressent !
Je m’avance, enfin, je soulève Line, elle accentue son souffle, elle est chaude comme un volcan qu’on réveille à coups de dynamite.
Je la dépose sur le lit telle une offrande, une fleur de lotus à peine éclose, sur le ventre. Les Dieux sont conquis. Moi qui pensais que j’allais finir torturé, les rôles s’inversent.
Mes doigts saisissent la corde, je la glisse délicatement entre ses cuisses, ses lèvres mouillées frôlent ma peau. La corde remonte sur ses hanches, elle sait où se placer par habitude. Puis je la roule autour de ses genoux, de ses pieds et je termine la boucle pour revenir au nœud à ses mains.
Line me regarde avec envie, sans un mot, elle s’offre entièrement et librement à moi. Je la prends sauvagement, je suis son samouraï, elle est ma Geisha. Nos corps ne font plus qu’un. La fusion des In-Yō est parfaite.
Dans un dernier élan, je m’écroule à côté d’elle, satisfait et comblé, car je sais qu’elle l’est également.
Elle me regarde, le volcan reste en éveil et il me reste de la dynamite pour une seconde éruption. Je desserre les liens qui libèrent le lotus épanoui. Line m’embrasse, me sourit et bascule sur moi quand soudain son regard croise celui de JIL. Elle stoppe net ses intentions coquines.
Elle saute du lit avec le carnet dans les mains et dévale les escaliers.
J’entends la bécane de Line qui démarre, elle va partir sans moi ! J’enfile mes fringues rapidement. Mon sac m’attend à côté de la porte, la petite poche est ouverte et laisse entrevoir le gardien des secrets.