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n° 23706Fiche technique23038 caractères23038
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Temps de lecture estimé : 17 mn
16/07/26
Présentation:  Qui est coupable ?
Résumé:  « Cette fois, je veux du fric. Du fric. Sinon je vais devoir bazarder la caisse et dormir dehors. Du fric. »
Critères:  #humour #policier
Auteur : Pattie  (Innocente)            Envoi mini-message

Projet de groupe : Polar and Co
Dernier témoin

Gabriel gara sa voiture en face de la villa. Enfin : sa bagnole se posa à grand bruit, tache dans le paysage propre de la banlieue. Avant de sonner à la porte, il prit le temps de faire le point sur l’objectif : « Cette fois, je veux du fric. Du fric. Sinon je vais devoir bazarder la caisse et dormir dehors. Du fric. »


L’homme qui ouvrit la porte était visiblement fatigué. Cernes sous les yeux, pli amer au coin de la bouche.



Gabriel fut happé par le bras comme si son hôte s’accrochait à une bouée, et tiré à l’intérieur. Il fut piloté jusqu’au salon et assis sur un fauteuil. Cossue, la bicoque, nota-t-il au passage.



Gabriel inspira et se lança d’une traite :



L’homme se leva et alla chercher son carnet de chèques. Gabriel allait protester que ça pouvait attendre d’avoir commencé le travail mais il se rappela : la voiture. Les nuits dehors. Il rangea le chèque dans la poche de son jean. Si son client pouvait se le permettre, qui était-il pour s’y opposer ?



Monsieur Valcroix hésita.



Son interlocuteur le regarda d’un air choqué. Gabriel songea au chèque.



Monsieur Valcroix hésita.



Gabriel se pencha en avant pour encourager son client à partager des confidences qui semblaient croustillantes. Enfin… importantes.



Il s’adossa au canapé, visiblement épuisé par son aveu. Gabriel, sentant bien qu’il fallait dire quelque chose, surtout à 90 euros de l’heure, murmura :



Monsieur Valcroix baissa la tête.



Monsieur Valcroix se redressa, les yeux brillants :



Précautionneusement, songeant à son joint de culasse à l’agonie, Gabriel répéta :



Il résista à l’envie de toucher le chèque dans sa poche.



Le regard de monsieur Valcroix se fit acide.



Monsieur Valcroix baissa la tête. Quand il regarda Gabriel, ses joues étaient rouges de honte.



Monsieur Valcroix le regarda, rempli d’effroi :



Il le regarda dans les yeux.



Monsieur Valcroix sourit. Son visage avait perdu dix ans.



Il enfouit son visage dans ses mains.



Gabriel se pencha en avant.




* * * * *



Gabriel encaissa le chèque, se dirigea vers le garage et prit rendez-vous pour sa voiture. Puis il s’assit sur un banc, carnet en main, pour noter ses hypothèses.



  • — Les Enfants de la Rédemption
  • — Le père Kristian


Après un instant d’hésitation, il ajouta :



  • — Julien Valcroix


Sait-on jamais. D’habitude, c’est le mari. Ça ne l’arrangeait pas, il pouvait peut-être en tirer encore quelques sous. Mais les statistiques sont formelles. Il appela son ancien collègue au commissariat pour en savoir davantage sur la secte de son client.




* * * * *



Le lendemain, très tôt, après avoir escaladé le grillage de la piscine municipale déserte pour prendre une douche, il se présenta à l’église indiquée par Julien Valcroix. Il se glissa sur un banc et regarda autour de lui. Le prêtre officiait, l’église était presque vide, quelques bigotes. La messe finie, il alla le voir.



L’homme sourit.



Il sortit sa carte professionnelle de détective et la présenta au prêtre.



Ils se retrouvèrent dans une pièce attenante à la sacristie. Le prêtre sortit d’un sac une baguette de pain, un bocal de pâté, un Opinel, un thermos de café. Tout en partageant ce repas il raconta :



Gabriel n’espérait pas résoudre l’affaire si vite.



Le prêtre reprit une bouchée de son sandwich, la mâcha lentement.




Muni de l’adresse, Gabriel alla sonner chez Katia. Personne. Alors il sonna chez le docteur Klaus. Une femme, les yeux rouges, lui ouvrit.



La femme eut un sanglot.



Elle sanglota de plus belle. Gêné, Gabriel murmura :



Madame Klaus se reprit.



La femme, essuyant ses yeux, lui montra une porte près de l’entrée. Gabriel laissa le battant ouvert pour ne pas éveiller de soupçons et observa la pièce. Sur le bureau, un agenda. À la page de samedi, le dernier rendez-vous : Katia, 20 h. « Ben tiens », pensa-t-il.



Gabriel compatit encore un peu à la douleur de madame Klaus, puis se rendit à la bibliothèque.



Elle lui apparut dans un rayon de soleil, assise à une table, plongée dans un livre. La lumière s’accrochait à ses cheveux, rebondissant sur ses lunettes, c’est pour ça qu’il était ébloui. En une seconde il avait l’ensemble, le serre-tête koala, le tee-shirt vert pomme, la jupe rose indien, les chaussures bleu électrique. Elle sourit à son livre et il tomba amoureux. Ou alors c’était le manque de sommeil ?


Il s’approcha, timide.



Elle s’arracha à son livre et le regarda :



Elle le toisa, haussa un sourcil réprobateur.



Il rougit jusqu’aux oreilles.



Elle éclata de rire. Des étudiants se retournèrent, surpris. Elle le regarda plus attentivement. Sourit. Jeta un œil sur la pendule.



Il la suivit. De toute façon, il l’aurait suivie. Elle l’entraîna dans une pièce à l’écart. Elle prit un panier-repas dans le petit frigo. L’interrogea du regard.



Elle rouvrit le frigo, attrapa un sachet plastique et le lui tendit.



Il aurait pu jurer solennellement sur ce qu’il avait de plus cher – sa voiture – que jamais il ne trahirait ce secret mais il jugea plus judicieux de rester coi.


Elle commença à manger. Il continua à la regarder. Elle leva un sourcil interrogateur.



Il se concentra. Le joint de culasse. Il cessa de se perdre dans les yeux malicieux et parla à son sandwich.



Elle rit. Le cœur de Gabriel fit un bond.



Gabriel hésita.



Gabriel répéta plus fort.



Elle posa ses yeux sur lui. Elle finit par dire :



Son regard était inquiet.



Elle soupira.



Gabriel ne répondit pas. Elle fit la grimace.



Gabriel ne voulait pas y croire, c’était hors de question. Cependant, il devait poursuivre ses questions.



« Non, c’est vous, la femme que je recherchais, vous seule, depuis toujours », pensa Gabriel.



Katia sursauta.



Elle fouilla et le lui tendit.



Cybèle, ce moment dans les toilettes était merveilleux. Voici mon numéro. Appelle-moi.


Ils se regardèrent. Gabriel se perdit dans ses prunelles.





Madame Klaus n’était pas là. Ils se replièrent chez Katia. Elle ôta ses chaussures, les laissant dans l’entrée, poussa un soupir de délivrance. Elle se tourna vers lui en souriant.



Elle se rapprocha. Il pouvait sentir son odeur, de la verveine et de la sueur.





Et Gabriel se réveilla ébloui sur le tapis du salon. Il caressa du regard Katia qui dormait près de lui. Il déplaça une mèche de ses cheveux. Elle ouvrit les yeux… et poussa un cri.



Elle regarda autour d’elle, paniquée :



Elle se releva d’un bond.



Elle s’enroula dans un plaid et sortit de la maison en courant, pieds nus. Gabriel resta là, bouche bée. Puis il se leva et courut à la fenêtre : il vit Katia s’engouffrer dans un taxi qui l’emporta loin de lui. Il resta prostré. Mais son cerveau se mit en marche, alors il réagit. Il sonna à la porte de madame Klaus, priant pour qu’elle soit rentrée. Elle l’était.



Et il fonça, sans attendre la réponse. Elle le suivit, stupéfaite. Il fouilla dans les tiroirs, avisa l’ordinateur.



Il trouva le dossier, l’ouvrit, lut. Il contempla madame Klaus, effondré.



Il sortit de la maison, se mit au volant de sa voiture. Son téléphone sonna.



Il raccrocha. Réfléchit. Démarra la voiture. Son téléphone sonna de nouveau.



Gabriel eut une pensée émue pour son joint de culasse.



« Passons nos derniers moments ensemble », dit-il à sa voiture en la démarrant.



* * * * *



Il se gara devant la bibliothèque et attendit. Au matin, Katia descendit du bus. Il l’arrêta avant qu’elle entre, elle lui sauta au cou. Un peu raide, un peu désespéré, il lui dit qu’il avait à l’entretenir de quelque chose d’important, la guida jusqu’à sa voiture et la ramena chez elle. Après qu’elle eut appelé son travail pour indiquer qu’elle était malade, elle se tourna vers lui, le regard gourmand. Il s’éloigna, inspira et parvint à prononcer les mots, même s’ils lui arrachaient le cœur au passage : le TDI…



Elle resta sans voix, puis :



Elle éclata de rire et le cœur de Gabriel s’éparpilla. Mais il persista.



Elle se troubla.



Katia le regarda, les yeux ronds. Puis la pensée la frappa.



Elle fondit en larmes et le cœur de Gabriel s’y noya.



Il la prit dans ses bras et enfouit son visage dans ses cheveux.






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