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n° 23701Fiche technique24696 caractères24696
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Temps de lecture estimé : 17 mn
14/07/26
Résumé:  Dans le secret d’une Venise masquée, Zelda s’ouvre à des plaisirs nouveaux.
Critères:  #initiation #volupté fhhh exhib jeu attache fouetfesse
Auteur : Tristan B      Envoi mini-message
Dix petites pièces

L’eau du canal s’agita autour du débarcadère. Le « motoscafo », bateau-taxi aux vernis étincelants, accosta devant l’entrée du vieil hôtel, à deux pas de la place San Marco. Un immense portail de fer barrait l’accès de son parc ombragé. Zelda paya sa course. Sa main trembla lorsqu’elle tendit le billet au chauffeur.


Il lâcha son volant et, tandis qu’il stabilisait l’amarre, prit le temps de la considérer avec bienveillance. Ses yeux s’attardèrent quelque peu sur cette petite femme aux cheveux gris qu’éclairait un regard bleu de ciel. Il lui donna une petite quarantaine d’années et ne put sans doute s’empêcher d’imaginer, voire d’envisager, la pointe élastique de ses tétons tendus sous la finesse du tissu, ses fesses rebondies sur une chute de reins à damner un saint.



Elle rectifia sur un petit sourire.



Il lui rendit son sourire.



Le ronronnement du moteur disparut bientôt au coin d’une maison. Zelda alluma une cigarette. Elle était un peu en avance. Il s’en était fallu de peu qu’elle demandât au chauffeur de rebrousser chemin. Un peu tard à présent. Sans son téléphone portable, puisque telle était la consigne, les jeux semblaient faits.


Les jeux. Celui qui l’attendait lui serrait le ventre. Mais comment résister à cette tentation ? Un hasard, une rumeur et cette sorte de confrérie secrète qui, selon les chuchotements d’un marchand de masques vénitiens, lui feraient découvrir l’univers nouveau de son propre corps. « Le meilleur moyen de faire cesser la tentation est d’y succomber », avait-il dit avant que de l’inviter à s’abandonner.

Elle ne tira que deux bouffées. Le cœur n’y était pas. Elle serait bien restée encore un peu dehors. Mais septembre était frais et puis repousser le moment ne servait à rien.


Le vieux portail geignit un peu. Les pas de la jeune femme firent chanter le gravier du parc. La cour intérieure était vide. Nulle âme qui vive.


Alors Zelda mit le loup noir sur ses yeux. Un loup de cuir tout simple sans fioriture aucune. Elle ajusta la ceinture de sa gabardine et grimpa les deux marches du perron de l’entrée. Rien ne l’avait obligée à venir jusque-là. C’était son choix. Son propre choix. Elle devait l’assumer.


Du heurtoir de la vieille porte, Zelda frappa les trois coups convenus. Un anneau pris dans la gueule d’une tête hideuse. Elle tourna la poignée. La serrure grinça légèrement. Personne, bien entendu, ne l’attendait à la réception. Zelda examina la rangée de clés. Seule manquait la quatorze.


L’endroit était cossu. La moquette au sol assourdissait les pas dans l’escalier étroit qui distribuait les chambres. Tandis que Zelda avançait en silence, la main glissant sur la rampe usée, son ventre s’échauffait d’une chaleur nouvelle. Des tableaux de chasse ornaient les murs de l’étroit couloir du palier suivant. Huit, neuf, dix, onze, douze. Zelda aperçut bientôt la porte de la chambre quatorze. Les battements dans sa poitrine s’affolèrent soudain. Elle s’avança, aux aguets du moindre mouvement. Enfin tout près de l’entrée, elle écouta. Osant à peine respirer. Mais rien ne filtrait à travers la porte close.


Les chambres de l’hôtel étaient inoccupées. Les clés à la réception qu’elle avait aperçues en étaient la preuve. Ils étaient donc tous là.


La main de Zelda saisit enfin la poignée et la tourna lentement. La porte s’ouvrit.


Étrange lieu d’un plaisir non moins étrange que cette chambre d’hôtel. On eût dit plutôt une suite, car, juste après le vestibule d’entrée, l’espace s’ouvrait sur un grand salon. Le centre en avait été visiblement dégagé. Une lumière douce en éclairait son milieu.


Zelda prit une grande respiration et entra dans la pièce. Le pourtour était plongé dans l’obscurité. Mais on y devinait plusieurs silhouettes installées dans des fauteuils. Personne ne bougeait. Voir leurs visages était impossible. Malgré l’ombre qui enveloppait cette silencieuse assemblée, Zelda découvrit des masques inquiétants. Dix masques de sarabande aux faces hideuses et grimaçantes. Elle avança jusqu’au milieu de la pièce et attendit debout, le ventre noué par la peur. Debout dans ce silence épais, elle craignit tout à coup que sa respiration désordonnée ne trahisse son inquiétude.


Soudain, un froissement de tissu juste sur son côté rompit l’attente. Zelda ne put réprimer un sursaut lorsqu’une pièce lancée vint rouler à ses pieds. La pièce s’immobilisa bientôt sur le plancher de bois. Zelda tarda à se décider. Elle aurait tant voulu s’enfuir. Mais les jeux étaient lancés. Elle le savait.


Un nouveau froissement de tissu marqua l’impatience du donateur. Alors, lentement, Zelda s’exécuta. Elle porta ses mains à la boucle de sa ceinture et la défit. Elle dégagea un à un les boutons de sa gabardine et l’ouvrit. L’habit tomba à ses pieds. Zelda attendait quand, tout à coup, une main furtive subtilisa son habit. Elle fut tentée de protester, mais, décontenancée, n’en fit rien.


Une deuxième pièce tomba à son pied. Elle fit sauter du bout du pied l’un de ses escarpins. La troisième pièce eut raison de l’autre chaussure. Là encore, une ombre s’avança et s’en saisit.


Debout au milieu de la pièce, entourée de ces ombres, Zelda sentait monter la peur et le regret. Elle amorça un pas en arrière qui fit réagir l’assistance de frémissement de tissus et de murmures. Au second pas, la serrure de la porte claqua derrière elle. À double tour. Alors, Zelda revint lentement à sa place et, les mains jointes dans le dos, gonfla sa poitrine de défi.


Une pièce encore. Elle zippa, hésitante, la fermeture de sa jupe, la laissa glisser le long de ses jambes et la poussa du pied vers une ombre qui l’attrapa aussitôt.


Zelda eut soudain l’impression de pouvoir se regarder elle-même. Se contempler et admirer sa propre audace. Malgré la peur de jouer avec le feu. Cette femme masquée, en bas et culotte, chemisier blanc et cheveux gris coupés courts, c’était donc elle. Cette femme exhibée dont on monnayait l’effeuillage. Cette folle enfermée dans une chambre d’hôtel.


Une sorte d’impatience fit courir un léger murmure parmi les ombres spectatrices. Quelqu’un bougea dans son fauteuil et une nouvelle pièce glissa sur le parquet. Zelda porta les mains à son chemisier, en ouvrit chacun des boutons et dénuda ses épaules. Elle en dégagea les manchettes et le laissa glisser à ses pieds. On se leva derrière elle. Mais, cette fois, le spectateur masqué vint frôler sa nuque avant de prendre l’habit. Figée, Zelda osait à peine respirer. Le masque qu’elle aperçut était hideux et la silhouette massive. Une silhouette qui disparut bientôt et qui reprit sa place dans l’immobilité de la petite assemblée.


Zelda le savait, le jeu changeait de tournure. Les prochaines pièces achèteraient sa totale nudité. Et ce frôlement du spectateur masqué annonçait d’autres façons.


La pièce suivante ne tarda pas, mais, cette fois, on ne la jeta pas. L’un des membres de l’assemblée s’était levé. Campé devant elle, il déposa la pièce au sol, se redressa et attendit. Une main tendue. Zelda s’exécuta en rougissant, libérant sa poitrine de son écrin de dentelle. L’acheteur avança une main et, délicatement, lentement, effleura le téton du bout du pouce puis s’effaça. À nouveau, un murmure glissa dans l’assemblée. Les seins de Zelda les défiaient à présent. L’inconnu masqué rejoignit sa place sans attendre, les doigts fermés sur son trophée.


Zelda, à demi nue, livrée aux regards, entourée des pièces qui l’achetaient, figea sa respiration. À travers la semi-obscurité qui enveloppait la petite assemblée, Zelda venait d’apercevoir avec effroi des mains montant et descendant sur des vits tendus de désir. Une peur sourde mêlée d’excitation lui saisit le ventre.


Une nouvelle pièce aux pieds de Zelda. Elle roula l’un de ses bas, puis l’autre, se redressa et les tendit à bout de bras. Quelqu’un s’en saisit. Quelqu’un qu’elle n’avait pas entendu venir. Quelqu’un qui, de sa main, glissa tout au long de son bras et caressa son épaule avant de s’éloigner.


Quelqu’un se leva et se glissa dans son dos. Il resta derrière elle un long moment. Son souffle embrassait la nuque de Zelda. Un froissement la mit en alerte. Son corps se tendit lorsqu’un voile de tissu vint envelopper ses yeux par-dessus son loup de cuir. Elle leva les mains de surprise, mais le murmure de l’assemblée la figea aussitôt. Elle se résigna et attendit les poings serrés.


Subitement, une peur nouvelle l’étreignit. Ils étaient dix dans la chambre. En échange de la gabardine, des chaussures, des bas, du chemisier et des sous-vêtements, ils seraient bientôt huit à avoir payé une partie de l’effeuillage. Elle se demanda soudain ce que réclameraient les deux derniers spectateurs. Ce qu’ils attendraient qu’on leur livrât d’elle.


Mais la réponse à sa question resta en suspens, car le plancher craqua jusqu’à elle. Quelqu’un vint au plus près et fit rouler une pièce à ses pieds. Le dernier petit rempart à sa nudité venait d’être acheté. Zelda eut un instant d’hésitation que l’autre interrompit par un léger raclement de gorge. Il s’impatientait. Alors, lentement, du bout de ses doigts tremblants, Zelda fit glisser la fine dentelle de sa culotte le long de ses cuisses. Elle tomba sur ses chevilles. D’un mouvement de pied, elle la poussa bientôt sur le plancher de bois qui craqua à nouveau. L’acheteur venait d’en faire son trophée.


Totalement nue au milieu de la pièce, les yeux aveugles, Zelda porta les mains à sa poitrine et, cuisses serrées, attendit à nouveau. Créature convoitée, elle était à présent totalement livrée à l’appétit des regards.


Le temps passa sans que rien ne bougeât autour d’elle. Elle restait là, immobile et offerte, inquiète toutefois du sort que lui réserveraient les deux acheteurs restants. Quand, soudain, on bougea dans la chambre. Quelqu’un marchait lentement vers elle. Or, nulle nouvelle pièce n’avait été jetée à ses pieds. Elle était prête à se rebiffer lorsqu’on lui saisit les mains. Elle laissa l’inconnu les amener délicatement à lui. Ce fut alors qu’une pièce glissa dans sa main droite et qu’on referma ses doigts. Quelque chose venait d’être payé. La neuvième pièce de monnaie. Zelda était à leur merci. Volontairement vendue à cette assemblée sans visages. Pourtant, le contrat initial n’était que d’effeuillage. Zelda eut soudain le sentiment d’un piège pouvant se refermer sur elle. Cette idée lui noua l’estomac tout autant qu’elle gonfla sa poitrine. Les sexes tendus qu’elle avait aperçus pouvaient à tout moment réclamer d’autres plaisirs. Même si le marchand de masques vénitiens lui avait assuré le contraire, Zelda eut peur.


La nudité la liait à ces hommes masqués, ne faisant d’elle que ce pantin mû par les fils invisibles de ce jeu hors du temps. Un pantin que quatre mains accompagnèrent au sol en une danse étrange ne lui laissant d’autre choix que de s’exécuter.


Allongée sur le dos, les deux bras tendus au-dessus de sa tête, fermement maintenus aux poignets par deux mains puissantes, Zelda sentit étrangement monter le désir. Sa respiration creusa son ventre en vagues affolées. Mais la crainte restait tapie en elle. Les jambes serrées à s’en faire mal, elle frissonna quand deux autres mains vinrent se poser sur ses hanches pour les caresser lentement. Elles étaient larges, chaudes, rugueuses. Le ballet dura longtemps. Très longtemps, tandis que se desserrait l’étreinte à ses poignets. Les mains qui les tenaient glissèrent le long de ses bras enfin libérés. Des bras que Zelda maintint au-dessus d’elle pendant qu’ondulait son corps célébré par les effleurements. Des effleurements gourmands qui, pourtant, laissaient vierge de leurs assauts l’épicentre du désir de leur victime.


L’assemblée assise autour s’anima d’un murmure quand la respiration sonore de Zelda emplit enfin la pièce. Les quatre mains venaient de migrer lentement vers son ventre ondulant. La folie du désir charnel y montait en vagues successives. Les lèvres de son sexe gonflaient d’une impatience nouvelle. Une douce liqueur s’en échappait à présent tandis que les pointes de ses tétons réclamaient d’être mordues. Elle bascula entre deux mondes, le corps arqué par l’orgasme. Alors, à son cœur défendant, Zelda lâcha l’étreinte de ses cuisses et les ouvrit. Elle désira soudain ce qu’elle n’était pas venue chercher. Être prise et crier.


Le jeu n’était pas celui-là. Et elle le savait.



* * *



Les bruits de moteurs de motoscafi montant du Grand Canal par la fenêtre ouverte sortirent Zelda de sa torpeur lorsqu’elle émergea. Elle porta ses mains à sa nuque et défit le lien de son bandeau. Un instant troublée, sa vue s’ouvrit sur une pièce vide, sur les dix fauteuils autour d’elle au cuir encore froissé. Sur l’accoudoir de l’un d’eux, une petite masse de tissu. Zelda se redressa et tenta de se lever. Mais ses jambes flageolantes ne purent la soutenir. Elle mit du temps à retrouver l’énergie qui la mena jusqu’au fauteuil. Elle n’y trouva que sa gabardine délicatement pliée. S’en couvrant précipitamment, elle chercha, mais en vain sa ceinture.


La chaleur dans son ventre n’était pas encore éteinte. Zelda s’était offerte, mais en vain. Les effleurements avaient duré jusqu’à lui faire perdre la tête. Jusqu’à perdre la raison. Jusqu’à prendre le risque ultime qu’ils lui avaient refusé. Sa peau parfumée de semences portait les traces des plaisirs expulsés.


Les pièces de monnaie encore au sol marquaient les étapes de son effeuillage. Zelda les ramassa et les glissa dans sa poche. Il en manquait une sur les dix annoncées. Elle fouilla l’endroit à la recherche du reste de ses vêtements, mais sans succès. La peur la saisit alors. Rentrer au petit matin, dans cette tenue. Sa gabardine si courte et sans ceinture.


Elle quitta la chambre et descendit l’escalier. Sur le perron de l’hôtel, la fraîcheur du petit matin lui agrippa les jambes. Le tissu de son habit s’ouvrait obstinément aux mouvements de sa marche. Elle traversa l’allée jusqu’au portail de fer. Les gravillons sous ses pieds lui faisaient mal. La brume troublait les bords du petit canal. Le bateau-taxi attendait déjà. Le même qu’à l’aller. Elle s’installa sur la banquette arrière. Le chauffeur était le même qu’à l’aller.



Il la regardait dans le rétroviseur. Elle fut gênée qu’il pût deviner sa nudité sous sa gabardine. Elle s’efforça de lui sourire.



Le motoscafo traversait Venise d’un train de sénateur. Le chauffeur ne semblait pas pressé. Il était très tôt. Ils étaient seuls sur les canaux. La tête appuyée sur son bras, Zelda regardait passer les façades. Elle était soucieuse. Le jour allait se lever sur sa nudité à peine dissimulée et ses pieds nus.


Le chauffeur interrompit sa rêverie.



Zelda fronça les sourcils et tendit la main. Le petit sac en papier qu’elle découvrit contenait ses effets. Elle les serra contre sa poitrine.



Le chauffeur lui adressa un gentil sourire.



Zelda ne put cacher son étonnement.



Il baissa son rétroviseur.



Zelda ôta sa gabardine et enfila ses habits au plus vite. Elle venait de mettre ses escarpins lorsque le bateau-taxi stoppa contre le débarcadère. Elle s’avança vers le chauffeur et lui tendit un billet. Il leva la main.



Elle n’eut pas le temps de faire deux pas qu’il la rappela.



Zelda fit volte-face. Il lui tendait la main.



Elle s’approcha. Une pièce de monnaie. La dixième. Elle leva les yeux, interloquée.



Mais déjà le moteur vrombissait. Le bateau-taxi s’éloigna sur le sourire radieux de son chauffeur.


Qu’avait payé la dixième pièce ? Zelda devinait la réponse à cette question. Elle était nue et à leur merci. Ils l’avaient honorée, mais sans la pénétrer. Les traces sur sa peau et cette odeur sauvage, c’était cela le prix. Souillure ou offrande ? Comment savoir ?


Le jour se levait. Deux balayeurs se retournèrent au passage de cette jeune femme pressée traversant la place San Marco.


Zelda jeta les dix petites pièces sur le plateau du meuble d’entrée de son appartement. Elle se dévêtit en hâte et se jeta sur son lit, un sourire radieux dessiné sur ses lèvres.




* * *



À la fenêtre de son hôtel, Zelda contemplait la nuit s’annonçant sur Venise. Cette journée à flâner dans le quartier de Rialto s’était largement colorée de son sourire. Et les regards des hommes qu’elle avait croisés en avaient dit long sur son bien-être. Si heureuse qu’elle était de la tournure que prenait ce séjour à Venise. Ce petit club secret était le chef d’orchestre de ses plaisirs. Ces plaisirs auxquels elle pensait ne plus croire en arrivant en Italie. Auxquels elle pensait ne plus avoir droit.


Zelda regarda sa montre. Il était temps. Se remémorant les consignes qu’un petit mot glissé sous sa porte avait égrainées et résolue à payer les dix pièces gagnées l’avant-veille. Elle devait se rendre à nouveau au bord du Grand Canal et attendre dans l’obscurité de la porte cochère indiquée.


Zelda s’apprêta comme ordonné et attendit la nuit noire pour quitter son hôtel. La gondole glissa bientôt jusqu’à l’endroit convenu. L’homme qui la menait portait le masque sombre au long nez crochu de Polichinelle.



Le ton était sec et le regard de l’homme sans délicatesse aucune.


Comme la fois précédente, Zelda frappa les trois coups convenus au heurtoir de la vieille porte de l’hôtel. Elle tourna la poignée et entra, hésitante. Personne, bien évidemment, à la réception. Elle examina la rangée de clés. Seule manquait la quatorze, cette fois encore. L’escalier menant à l’étage. La rampe usée par les passages répétés. Aux murs, les tableaux de chasse avaient été remplacés par une multitude de masques vénitiens. Autant d’étranges regards observant Zelda tandis qu’elle montait l’escalier recouvert de moquette brune. Le couloir distribuant les chambres était faiblement éclairé. Le numéro 10 qu’elle aperçut sur l’une des portes lui coupa la respiration. Un frisson lui parcourut l’échine. Dix. Elle se rappela qu’ils seraient dix autour d’elle dans quelques instants. La robe claire qu’elle portait finirait en lambeaux avant que son corps entravé ne devienne le jouet de leurs appétits. Dix. Une folie qu’elle avait acceptée par son simple silence. Dix. Un nombre qui la laisserait offerte ou humiliée, transpirante et épuisée au bout de cette étrange nuit. Alors, Zelda s’avança et posa la main sur la poignée de la chambre 14.


Debout entre les deux poteaux de bois sombres, Zelda n’eut pas longtemps à attendre. Les silhouettes autour d’elle, plongées dans la pénombre, avaient chuchoté lorsqu’elle était entrée. Elle avait pris cela pour un hommage. Elle était attendue.


Quelqu’un se plaça derrière elle. Elle n’eut pas le temps de réagir que déjà on fixait de larges bracelets de cuir à ses poignets. On étira ses bras vers le haut des poteaux. Cliquetis de mousquetons. Elle resta quelques instants immobile à tenter de calmer sa respiration.


Une ombre se leva, glissa jusqu’à elle. Elle portait un joli masque vénitien et, à sa façon de marcher, Zelda devina qu’il s’agissait d’une jeune femme. Elle avait de jolies mains. Des mains qui tenaient une paire de ciseaux. Pareils à ceux des couturiers. Et des yeux brillants de malice sous l’écran de son masque. Le froid des ciseaux entama sans tarder son lent cheminement sur la peau de Zelda. Les lambeaux de tissu s’ouvrirent bientôt en longues échancrures. Écartelée au bout de ses liens, Zelda mordait sa lèvre pour ne pas gémir. Les ongles de la jeune femme griffaient par endroits les rondeurs de son corps. À ces endroits où les sens sont en éveil. Où l’épiderme est si sensible qu’une simple chatouille peut être douloureuse. Son habit tomba en lambeaux à ses pieds. Le soutien-gorge qui parait sa poitrine tomba lui aussi, tranché net.


L’ultime coup de ciseau coupa les lanières du string sur les hanches de Zelda. Le bout de dentelle tomba au sol. Ultime rempart de la pudeur. Elle était à nouveau livrée aux appétits. Offerte aux fantasmes.


Alors, la jeune femme masquée ramassa le tissu et le porta à son nez. Elle se tourna vers l’assemblée et hocha de la tête. Puis, elle s’effaça et quitta la pièce. Les dix silhouettes sombres gardèrent l’immobilité un long moment. Tous portaient des masques de carnaval. Tous plus effrayants que les uns que les autres. Leurs habits étaient sombres et sobres. Ce fut là que la peur de Zelda gagna la partie. Infime tout d’abord. Puis tapie au fond de sa poitrine. Insupportable. Elle se tendit au bout des liens.



Sa voix, suppliante, se perdit dans le silence de la Chambre 14. Alors, deux hommes se levèrent et saisirent les bracelets de cuir aux poignets de Zelda. L’un d’eux chuchota à son oreille.



Zelda aurait tant voulu s’enfuir. Mais elle prit une grande respiration qui gonfla sa poitrine et creusa ses reins.



Les deux hommes suspendirent leurs gestes. Les mots de Zelda furent à peine audibles.



On tendit à nouveau ses bras. Celui qui venait de parler lui caressa tendrement la joue et fit signe à l’autre de s’éloigner comme lui. Zelda ferma les yeux et attendit, immobile.


Enfin, le cuir d’un fauteuil crissa. L’un des dix voyeurs venait de se lever. Zelda le sentit s’immobiliser quelque part derrière elle. Elle sut alors que le jeu allait commencer. Qu’ils seraient dix à venir honorer le contrat. Qu’elle devenait, à cet instant, le jouet de cet engagement. Elle inspira profondément, ouvrit les yeux et figea ses muscles dans l’attente. Elle savait qu’elle en était capable. Elle avait payé des dix pièces posées sur le comptoir de la réception ce qui allait venir.


La première déflagration déchira le silence. Un coup dans l’air. Zelda serra les dents. Le jeu commençait.


Soudain, un sifflement traversa la pièce et la lanière de cuir cingla son dos et entoura son buste. La brûlure lui arracha un cri. Une longue ligne ardente. Un serpent de feu qui lui coupa la respiration et prit son temps avant de s’estomper.


On murmura autour d’elle. Zelda, mordue par la douleur, se tortillait encore au bout de ses liens. Celui qui venait de la fouetter passa devant elle avant de s’asseoir. Il tenait à la main la ligne de cuir qu’il confia à son voisin.


Le feu sur la peau de Zelda finit par s’effacer. Mais ce ne fut qu’un court répit. Celui qui venait de se lever s’immobilisa dans son dos. La lanière de cuir claqua dans l’air une fois encore avant que de s’abattre sur sa chair. Juste à l’instant de la nouvelle brûlure, le ventre de Zelda s’emplit d’une chaleur qu’elle n’aurait jamais soupçonnée.


La troisième zébrure ne tarda pas, car l’homme qui la traça se hâta de prendre place. Il resta un long moment à observer cette jolie trace qui s’estompa bientôt sur la peau délicate. La suite fut plus lente à venir. L’assemblée savourait la vue du corps de Zelda rayé de fines brûlures se trémoussant de plaisir et de douleur. La peau de Zelda coulait de transpiration.


Au neuvième coup, un violent orgasme la saisit et un jus d’amour jaillit d’entre ses cuisses. Le cri rauque qui monta de sa gorge figea le dernier de ces amants masqués qui se préparait. Visiblement excité, il prit le temps d’armer son geste avant que de marquer la peau. Sans doute un peu plus fort que les autres.


Zelda, en larmes, essoufflée, comblée, pantelante, réussit à leur jeter un regard de défi. Elle murmura, suppliante.



Ce matin-là, à la terrasse du café « Al Leon Bianco », près du Campo de l’Arsenal, Sandra prit la commande d’une jolie jeune femme au sourire incroyable. Au détour d’un geste, la robe de la belle cliente dégagea son épaule. Une fine zébrure s’y traçait, délicate. Le ventre de la serveuse s’échauffa aussitôt. Leurs yeux se croisèrent.


Lorsque Sandra revint, quelques instants plus tard, déposer le plateau, Zelda y découvrit un petit papier élégamment plié. La serveuse lui adressa un clin d’œil malicieux et se campa dans son dos.

Zelda se mordit la lèvre de gourmandise et déplia le mot. « Trahit sua quemque voluptas… chacun est entraîné par son penchant ». La serveuse y avait ajouté son numéro de portable.


Zelda ferma les yeux. Sur un souffle chaud au plus près de sa nuque, elle dégusta les mots susurrés par la serveuse.


« Toujours de douleur le plaisir s’accompagne ».