Je suis à un mariage, et m’ennuie un peu. C’est le mariage d’un neveu, lui et sa femme ont plus de trente ans, et déjà deux enfants, je ne vois vraiment pas pourquoi ils passent devant Monsieur le Maire.
J’ai trois frères et sœurs, et ils ont tous des enfants, qui eux-mêmes font des enfants, et se marient, curieusement généralement dans cet ordre. Ce sont souvent les enfants qui apportent les alliances aux parents lors de la cérémonie. Heureusement, nous ne sommes pas très religieux dans la famille, les curés n’aiment peut-être pas, donc on échappe en général à la messe.
Par conséquent, j’ai un ou deux mariages de neveu ou nièce par an. Ce n’est pas déplaisant, cela me permet de rencontrer toute la famille, et en général on y mange bien, nous sommes à cheval sur ce sujet.
Ce soir cela s’éternise un peu, on y danse, ce qui ne m’enthousiasme pas vraiment. Je crois que je ne suis pas le seul, je vois à une table une femme un peu esseulée, curieusement elle n’est pas scotchée à son téléphone.
Par désœuvrement et par curiosité, je m’approche, «bonsoir mademoiselle », même si elle a certainement plus de vingt ans.
Le regard noir en retour en refroidirait plus d’un, en tout cas me freine un peu. On me répond quand même un « bonsoir », tout sec.
Je lui demande si je peux joindre mon désœuvrement au sien, à deux ce sera plus léger à porter, ce qui me vaudra l’amorce d’un sourire, sourire très beau.
- — Mais asseyez-vous, c’est fatigant de lever la tête pour parler.
- — Je vous remercie, je ne souhaitais pas vous prendre de haut.
- — Adepte des jeux de mots ?
- — Certainement pas, je suis très mauvais à ces jeux-là.
On ne peut pas dire que l’accueil soit très enthousiaste. Mais elle sourit, et continue :
- — Alors, vous draguez comment ?
- — Je n’ai pas l’habitude de draguer, en général, je me laisse draguer.
- — Très bien, on sera deux, moi, je ne drague jamais.
Je crois que je commence à l’amuser, son sourire s’élargit, il est de plus en plus beau.
- — C’est pour cela que nous sommes célibataires tous les deux.
Là, je m’avance un peu, juste pour rire, mais c’est elle qui attaque :
- — Moi peut-être, mais vous ? Vous n’avez pas un harem de femmes à votre disposition ?
- — Oh non, 100 % célibataire.
- — Et chaste ?
- — Euh non, je ne suis pas moine. Et vous ? si je peux me permettre.
- — Je permets. Moi aussi je suis célibataire, et je ne suis pas nonne.
Ouf, échange sur le fil, mais on progresse. Creusons un peu :
- — Mais je n’ai pas l’heur de vous connaître.
- — Moi, je vous ai repéré, vous êtes du côté du marié.
- — Donc, vous vous êtes du côté de la mariée.
- — Pas tout à fait, je ne suis ni d’un côté ni de l’autre, mais très vieille amie intime de la mariée, et invitée à ce titre.
- — Mais le « vieille » n’est pas très joli, « très ancienne amie » serait plus mignon, ou alors en plus sophistiqué « de longue date ».
Je ne sais pas qui drague qui, mais cette conversation est amusante, et je n’ai jamais échangé comme cela avec une femme rencontrée depuis cinq minutes. Elle continue :
- — Mais vous êtes quand même un peu vilain macho de m’aborder ainsi.
- — Macho vraiment pas, aucune de mes conquêtes n’a utilisé ce terme, vilain je ne sais pas, c’est à vous de me le dire.
- — C’est vrai, dans votre costard, vous êtes pas mal, il faudrait voir sans l’uniforme.
- — Je peux enlever la chemise si vous le souhaitez.
- — Pas ici, cela ferait quand même mauvais genre.
Derrière « pas ici », flotte l’idée « peut-être ailleurs » … elle est très subtile, je suis vraiment scotché par cette femme, et je ne connais même pas son prénom ! Alors continuons :
- — Je ne suis pas adepte des bons mots, mais du bon mot, le mot juste. D’une manière générale, j’aime beaucoup la langue française, elle est tellement riche, on peut exprimer tellement de choses.
Sur cette idée c’est elle qui relance, mais dans une direction surprenante :
- — Bien d’accord, par exemple, les gens sont souvent tellement vulgaires au lit.
- — …
- — Oui, les mots usuels sont souvent tellement tristes et quelconques.
- — Vous voulez parler de « con », « cul » ou autre ?
- — Exactement, c’est vous les hommes qui utilisez ces mots, mais on peut dire la même chose d’une manière bien plus jolie.
Ben alors, qui drague qui maintenant ?
- — Remplacer con par chatte, par exemple ?
- — Vous voyez, vous faites des progrès.
- — Mais je n’ai peut-être pas votre culture sexuelle. Et pour la verge de l’homme ?
- — Si elle est au repos et pendouille, ça ne peut être que zizi, c’est dans la culture française depuis longtemps.
- — Et si elle est toute raide ?
- — Je ne sais pas, je n’ai pas d’idée toute faite. Un macho, un jour, m’a parlé de sa saucisse, je l’ai trouvé ridicule (lui et sa saucisse), il n’est pas resté longtemps dans mon lit.
- — J’aime bien le vit, c’est très chargé d’histoire.
- — C’est un peu pédant, vous essayez d’étaler votre culture.
- — Pourquoi pas sucre d’orge.
- — C’est mignon, ça se suce, se lèche…
- — Mais ça ne décharge pas.
- — Il reste raide plus longtemps, mais on s’égare…
C’est vrai que l’on s’égare un peu, c’est coquin, mais je crois qu’on s’amuse tous les deux. Alors je continue, on verra bien :
- — Et le clitoris alors, c’est aussi un terme presque médical.
- — Oui, mais on a l’abréviation clito, c’est plus joli.
- — Certains parlent de bouton d’amour.
- — Ce n’est pas très heureux, je suis contre : on appuie dessus et la femme est censée crier de plaisir ?
- — Fellation aussi est un vilain mot, bien trop technique, alors que faisons-nous (sous-entendu que faites-vous) à la place ?
- — Je le lèche ou je le suce est trop plat, moi je lui rendrais hommage.
- — Mieux, je le flatte.
- — Ça, ça me plaît bien.
Pour rester dans le même registre, je m’avance un peu plus sur ce terrain glissant.
- — Et cunnilingus, dans son genre, est assez spécial.
- — Dans les expressions très imagées, moi, j’aime bien brouter le minou.
- — Le faire ?
- — Oui, non, enfin là, on parle des expressions.
- — Et le faire ?
- — Mais ça, c’est intime.
- — Oui mais, vous aimez ?
- — Le faire ou le dire ?
- — Les deux
- — L’expression est très jolie, j’aime bien le faire, c’est personnel, mais je ne me cache pas que j’aime aussi recevoir.
Là, c’est très franc, je ne m’y attendais pas.
- — Mais je vous rassure, je ne suis pas lesbienne, juste « bi ».
- — Je ne suis pas inquiet, je ne me sens pas agressé dans ma virilité par les lesbiennes, mais en vilain macho, je préfère les « bi ».
- — Et vous, vous êtes mono ou bi ?
- — Vous soulevez une grosse question que je me pose moi-même. Jusqu’à récemment, j’étais un mâle vilain macho normal, mais ces derniers temps, je me demande si je ne devrais pas essayer le « bi »
- — Vous devriez, moi, cela m’a beaucoup apporté.
- — L’amie « intime » de la mariée a un rapport ?
- — Vous êtes perspicace ; je ne m’en cache pas, nous avons le même âge, et avons fait les premières grandes découvertes à 18 ans entre nous deux, avant d’expérimenter le sexe du mâle.
Amusantes, ces dames, inviter son ancienne amante à son mariage. Comme je ne me sens pas trop au clair sur ce sujet, j’enchaîne vite fait :
- — Cela amène d’autres mots, d’autres techniques et orifices.
- — J’aime bien tout ça, mais c’est dommage les mots sont si moches.
À retenir, on ne sait jamais, elle aime ça ! Alors je continue :
- — À la base, on a le petit trou.
- — Ça, ça va, c’est tout mignon, contrairement aux apparences.
- — Il y a aussi la feuille de rose.
- — Je ne sais qui a inventé cette expression, elle est délicieuse.
- — Le mot ou la chose ?
- — Les deux.
- — Puis il y a les mots moches : sodomie et cul.
- — Une idée ?
- — Le petit trou, on peut le contenter. Et la chatte aussi.
- — Vous n’avez pas mieux ? Il manque l’idée de remplir, d’envahir.
- — Là c’est vous qui êtes macho.
- — Comme nous sommes vraiment honnêtes dans nos ressentis, il me manque l’idée de pénétration, vous n’êtes pas bi, vous ne connaissez pas la plénitude de sentir son partenaire en soi.
- — Alors restons sur « pénétrer », ce n’est pas nécessairement agressif.
Il y a une petite pause dans nos échanges, je crois que nous sentons tous les deux que nous allons très loin, mais apparemment, elle aime cela, moi aussi bien sûr.
Maintenant, c’est elle qui relance :
- — Il y a aussi les positions : missionnaire, levrette ou chevauchée, par exemple.
- — Le missionnaire n’est probablement pas la position préférée des femmes, avec le poids de son partenaire sur soi.
- — Nous ne parlons pas de la préférence des femmes, mais des mots.
C’est vrai, j’oublie, je me laisse emporter par l’ambiance.
- — Missionnaire, je trouve le terme tellement rigolo que je suis pour le garder.
- — Je suis assez d’accord. Par ailleurs, détrompez-vous, cela peut être très agréable de sentir la puissance du mâle sur soi.
- — Levrette, cependant, n’est pas très joli, se comparer à des chiennes en chaleur.
- — Détrompez-vous encore, cela peut, en certaines circonstances, être un piment, se dévergonder et s’offrir comme une chienne en chaleur donne une jouissance trouble. Si vous étiez bi vous connaîtriez cette sensation.
- — Ça continue, j’ai tout faux. Je suppose cependant que la préférée des femmes est de chevaucher, dominer l’homme.
- — Oui et non, c’est très « jouissif » pour la femme, mais je suis aussi tombé plusieurs fois sur des hommes coincés, qui se sentaient dévalorisés dans cette position.
Je ne lui fais pas remarquer que maintenant, c’est elle qui s’égare dans les sensations et oublie le vocabulaire. Cependant, je n’ai pas été très bon dans cet échange, faut que je me rattrape.
- — « Mont de venus » aussi est joli, même si peu de gens connaissent.
- — Un peu trop romantique pour moi.
- — Vous n’êtes pas du tout romantique ? Un clair de lune sur une mer calme, à deux sur le sable de la plage ?
- — Romantique ou érotique ?
- — Cela peut être les deux.
- — Pour l’érotisme, la plage n’est pas le plus indiqué, le sable mal placé est un tue-libido.
- — D’accord, j’ai déjà donné moi aussi, mais revenons à mon « mont de vénus ».
- — Chez moi, c’est plutôt le mont Chauve.
- — Avec sorcières et sabbat ?
- — Tout, et Satan qui vient distribuer des sucres d’orge.
- — Et tout cela au pluriel ?
- — Bien sûr, un sabbat ne se fête pas tout seul.
- — J’irai bien participer…
- — Qui sait, peut-être un jour…
Il faut préciser que tous ces échanges ne sont pas aussi rapides. Entre une observation et le retour s’écoule souvent cinq secondes, je ne pense pas que l’on cherche la bonne réponse, mais l’un comme l’autre, je crois que nous faisons fonctionner notre imagination. Tout ceci est très suggestif, elle a les yeux qui brillent, et le sourire aussi.
- — Mais je réalise, il n’est alors pas possible de le brouter si le minou est tout nu ?
- — Non, mais on peut faire beaucoup d’autres choses.
- — Un mont de vénus glabre peut être un petit coussin très confortable.
- — Je pensais à mieux que cela, une langue agile peut apporter le septième ciel…
Cela commence à devenir un peu chaud, je ne sais comment cela se passe dans sa culotte, mais moi je commence à être à l’étroit dans mon pantalon. Alors, équivoque pour équivoque, enfonçons le clou.
- — Cela dépend peut-être des femmes, clitoridienne ou vaginale…
- — Je n’ai jamais vraiment compris la distinction, une langue pointue et un suçon sur le clito et je grimpe aux rideaux, et, n’ayons pas peur des mots, de grands coups de queue qui buttent au fond de ma matrice me font crier en trente secondes…
J’appelle cela un mode d’emploi, je crois qu’elle comme moi imaginons maintenant que nous terminerons la nuit dans le même lit, ce qui n’est pas pour me déplaire, et j’espère à elle non plus.
Mais pour l’instant nous somme sauvés par le gong, on nous propose de sortir sur la terrasse, pour voir un feu d’artifice en l’honneur des mariés. Nous traînons un peu des pieds, et on se retrouve au tout dernier rang des invités.
Il est tard, et il commence à faire frais, et je vois tout de suite qu’elle n’est pas à l’aise dans sa robe légère. Alors, macho mais galant, je retire ma veste pour la poser sur ses épaules. C’est la première fois que je la touche, et j’ai un petit choc électrique, petite sensation de félicité.
Elle me regarde, avec son sourire encore plus resplendissant, pour un merci tellement chaleureux, je reste sans voix et sans force.
Elle recule pour se coller devant moi, je m’aperçois qu’elle est un peu plus petite que moi, elle lève les yeux pour regarder le spectacle, et appuie sa tête sur mon épaule. J’ai ses cheveux devant moi, je ne résiste pas, je les embrasse, doucement, délicatement, elle ne se dérobe pas.
Elle prend ma main pour la poser sur sa poitrine, que je devine sans soutien-gorge. Je la caresse doucement sous ma veste, les pointes durcissement. Elle se frotte un peu à moi, surtout les fesses.
- — Je crois qu’il y a un sucre d’orge coincé derrière moi…
Que voulez-vous répondre à ça. Alors je pose l’autre main sur son ventre, toujours sous la veste, heureusement il fait très sombre, et nous sommes au dernier rang. Elle continue :
- — Je crois qu’il y a une chatte qui a faim.
- — Elle a envie de sucrerie ?
Elle ne répond pas, mais se retourne pour m’embrasser goulûment, et comme j’ai maintenant la main sur ses fesses, j’appuie pour presser mon sucre d’orge sur son bas-ventre.
Mais le feu d’artifice se termine, les gens vont se retourner, il faut se séparer.
Nous profitons de la bousculade pour nous diriger discrètement vers la sortie et nous éclipser, j’ai une chambre à l’hôtel juste à côté…
Et je ne sais toujours pas comment elle s’appelle.