| n° 23683 | Fiche technique | 9513 caractères | 9513 1716 Temps de lecture estimé : 7 mn |
02/07/26 |
| Présentation: Un texte très court de moins de 10.000 signes. | ||||
Résumé: Il est parfois judicieux de ne pas arriver à l’heure... | ||||
Critères: #tranchedevie #rupture | ||||
| Auteur : Patrik Envoi mini-message | ||||
| Collection : 9999 maxi |
Inspiré d’un écrit que ma femme a pu lire sur sa tablette et qu’elle m’a relaté. Bonne lecture :)
Une fois de plus, tandis que j’arrive dans le restaurant, je suis en retard. Hélas pour moi, mon métier me réserve toujours des surprises de dernière minute, à cause des (re) négociations urgentes, des contrats à fignoler, les oublis plus ou moins intentionnels et parfois des clients qui marchent sur la corde raide, sans toutefois l’admettre.
Le restaurant réservé (haut de gamme) est tout à fait dans le style de Romain, mon petit ami, avec qui je compte bien me marier prochainement. Il est mon type d’homme, il coche quasiment toutes les cases, mais parfois, il a la manie de vouloir tirer la couverture à lui.
Nous ne serons pas seuls en face à face, je le déplore, des amis sont présents. Mais après, la nuit sera à nous deux, Romain et moi.
Je m’approche un peu plus, j’entends alors distinctement la voix de Gilles :
Interloquée, je ralentis, je m’écarte un peu du centre de l’allée, tout en continuant néanmoins à me diriger vers la table, lorsque j’entends à nouveau la voix (cette fois-ci) moqueuse de mon petit ami :
Exception faite de Gilles, les autres convives ont ri.
Daniella, Mady, Arthus et Martial, des soi-disant amis avec qui je suis allée en vacances, fait des week-ends, des soirées, plein de choses. J’en suis restée clouée sur place !
Je viens de constater que celui que je croyais être l’homme de ma vie n’a pratiquement aucun égard pour moi, alors que je l’ai aidé plus d’une fois dans son parcours professionnel. Gratuitement, par amour.
En proie à une rage froide, j’avance posément vers la table.
C’est Mady qui découvre la première ma présence. Elle pâlit aussitôt, aucun son ne sort de sa bouche. Son voisin blanchit, lui aussi. Intrigué, Romain se retourne dans la direction que Mady regarde. Il blêmit à son tour, ayant vite compris qu’il avait intérêt à rattraper immédiatement ses malheureuses paroles blessantes !
Arrivée devant la table, sans prononcer un seul mot, j’ôte lentement ma bague de fiançailles lentement que je laisse choir dans son verre, sans doute rempli par un grand cru.
« Gling » a fait la bague en cognant contre le fond.
Mais ça a fait finalement plus de bruit qu’une énorme bombe.
Toujours debout, j’affiche un visage impassible, totalement pro, froid :
Romain est très embêté, il sait que j’ai entendu sa dernière phrase, mais il ignore si j’étais là un peu avant. Je connais déjà d’avance son numéro : il compose son meilleur visage, police ses manières, espérant faire passer ça pour une blague un peu limite.
Peut-être espérait-il que je m’effondre, que je pleure, afin de passer pour un consolateur, mais je viens de passer mentalement en revue le dossier « Romain », et malgré mes sentiments pour cet homme, je constate avec dépit que le dossier est pourri. On dit qu’avant de mourir, on revoit toute sa vie en une fraction de seconde. Là, c’est ma relation avec Romain.
Tandis qu’il se recompose un bon visage, je le prends de vitesse :
Les autres invités ne comprennent pas, ils regardent Romain, qui a sans doute enjolivé les faits pour se faire mousser. Seul Gilles ne semble pas trop étonné, il observe. Martial ouvre la bouche, le premier :
Romain ne répond rien. Il est en train de réaliser ce que sa « plaisanterie » va bientôt lui coûter. J’explique avec une pointe d’ironie :
Puis je m’adresse spécifiquement à l’ex-homme de ma vie :
Il commence sérieusement à paniquer :
Sans attendre sa réponse, je lui tourne le dos, puis je m’éloigne royalement vers la sortie.
Une bonne semaine plus tard, sans s’être annoncé, Gilles débarque impétueusement dans mon bureau. Entre-temps, Romain a essayé de me contacter, mais j’avais décidé de faire du télétravail à partir d’une chambre d’hôtel. Je suis revenue tout juste ce matin. Je me demande comment Gilles a pu savoir, j’avais exigé que personne ne sache mon retour à l’agence.
La première chose qu’il me demande est :
Posant ses mains sur mon bureau, se penchant vers moi, il demande :
Il fronce des sourcils :
Bien que son visage reste assez impassible, je constate un éclair de soulagement. Avant qu’il ne dise quelque chose, je lui pose la question :
Je m’étonne :
Fidèle à une de ses habitudes, Gilles ne me cache rien :
Un épisode que j’ignorais. Gilles sourit puis chantonne à moitié :
Je le regarde fixement :
Nous nous regardons longuement, puis je romps le silence :
Je suis franchement étonnée :
Il envoie son argumentation :
Je grimace. Décidément, même si Gilles s’est absenté quelques années, il semble s’être documenté à mon sujet. Contournant mon bureau, il s’approche de moi :
Sa proposition me sidère, mais à bien y réfléchir… Je suis arrivée tardivement au fameux repas qui a tout déclenché. Mais cette fois-ci avec Gilles, vais-je arriver à temps ou trop tard ?