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n° 23680Fiche technique18482 caractères18482
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Temps de lecture estimé : 13 mn
29/06/26
Résumé:  Dans Asturion, sexe et reproduction sont gamifiés : badges, scores, consentement par interface. Jérôme et Sabine, deux cadres parisiens, vivent cette logique de performance — jusqu’à ce qu’une présence nocturne mystérieuse, le « maître des songes », commence à troubler leurs certitudes.
Critères:  #société #érotisme #sciencefiction #lieupublic fh rousseurs couple train toilettes amour
Auteur : reveurlejour      Envoi mini-message
Le maitre des songes

Jérôme, un jeune homme sans histoire, se réveilla soudainement de son rêve. Il pataugeait dans une mare brunâtre nauséabonde dont le parfum aurait pu réveiller un ours en hibernation. De sa bouche se dégageait une odeur fétide, celle des lendemains d’orgie passés à ingurgiter des kilos de chair, et à se taper des dizaines de prétendantes du bal d’Asturion. Sur son corps, le reste de jutes, de liqueurs corporelles et autres sécrétions malodorantes.


Jérôme était sonné, rassasié, et pourtant il avait encore faim. Il cherchait l’amour dans cette vie fade, où tout le monde le poussait tout le temps à travailler plus, manger plus, saliver plus, sécréter plus, baiser plus. La valeur de l’homme se mesurait au nombre de corps qu’il avait embrochés.


Il se leva de son lit puis se dirigea à toute allure vers la salle de bain. Dès qu’il franchit la porte, un haut-le-cœur monta. Il vomit ses entrailles dans le lavabo. Ceci fait, il passa un peu d’eau sur sa figure, prit une bonne douche, s’habilla et sortit de chez lui tiré à quatre épingles.


Il s’en alla au labeur, lunettes Gucci, pantalon Armani, puant l’Homme de Jean-Paul Gaultier.


Dans le métro bondé de la ligne 1, les corps se pressaient dans l’odeur mêlée de sueur et de parfums de luxe. Jérôme consulta machinalement son interface :


8 h 12, trois rendez-vous ce matin, objectif quotidien à 60 %.


C’est alors qu’il la croisa : parfum Chanel numéro 5, collants noirs satinés, jupe mi-longue ajustée.



***



Leurs regards se croisèrent. Sabine sentit quelque chose, mais quoi ? Un picotement. L’interface réagit avant elle. D’un clignement, le scan social se déclencha.


L’interface s’illumina : Jeune Meneur Dynamique. Le camembert vira au vert fluo, potentiel de richesse dopé aux hormones, score de fertilité excellent.


Ces chiffres la traversèrent. Elle connaissait cette sensation, ce mélange de désir et de… comptabilité. Trente partenaires ce mois-ci. Il lui en fallait trente-cinq pour le badge Or. Elle regarda Jérôme à nouveau. Il n’avait pas bougé, attendait, habitué lui aussi à ce temps de latence. Le temps que les interfaces se parlent, que les scores s’alignent. Un flash lui traversa l’esprit : le mois dernier, dans les toilettes de son bureau, ce moment où elle avait… Non. Pas le moment. Les indicateurs étaient verts.


À Charles de Gaulle-Étoile, elle ne se posa plus de questions. Le badge Or. Il lui fallait le badge Or.


Elle le tira par le col et s’en alla avec lui dans les allées abritées, loin des regards. Juste avant le début des opérations, une interface s’ouvrit sur chacune de leurs lunettes. C’était le fameux formulaire de consentement.



Vous consentez à ce rapport : Oui, Non

Vous consentez à fournir vos données de performances : Oui, Non

Vous consentez à optimiser la reproduction et l’économie d’Asturion : Oui, Non



Sabine répondit Oui machinalement à ces trois questions, sans même les lire. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois où elle avait vraiment lu une de ces cases avant de cocher.


Jérôme était déjà dur, le badge Rousse Pulpeuse l’excitait au plus haut point. De si bon matin, il anticipait ce shoot de dopamine, cette extase, cette réussite.


Sabine l’introduisit en elle, et les balancements des corps commencèrent. Elle fermait les yeux, et aimait ressentir le va-et-vient de ses cheveux dans l’air, les frottements autour du collant retroussé, puis ce corps qui la possédait. À droite de son champ de vision, l’interface continuait d’afficher des jauges vertes qui se remplissaient à mesure que le plaisir montait, comme si chaque frisson avait un prix et une valeur.


Mais soudain, son corps se rebella avant qu’elle ne comprenne pourquoi. Un réflexe plus fort qu’elle, qui ne lui demanda pas son avis. Jérôme s’arrêta, interloqué.


Son interface afficha maintenant :



Erreur de communication, challenge en attente de validation



Sabine sentit la panique monter – elle ne pouvait pas se permettre cet échec, pas maintenant qu’elle avait la chance de cocher la case d’un meneur. Elle reprit la main sur la situation, mécaniquement, pour que les chiffres redeviennent verts.


En sentant qu’il allait jouir, Sabine l’expulsa d’elle. Jérôme en fut étonné, c’était très rare que ça arrive.


À la fin, Jérôme obtint le badge Grande Rousse Pulpeuse et elle le badge Jeune Commandant Dynamique. Le Grand Maître serait fier d’eux.


Sabine s’était encore comportée comme une vilaine égoïste. Elle ne savait pas pourquoi. Comme le mois dernier, son corps avait résisté avant qu’elle ne le ramène à l’ordre. Bon, ni vu ni connu, tout le monde avait joui, les compteurs étaient verts, mais en elle, ce sentiment amer. Elle avait bien consenti, elle devait être fière de servir. Mais qu’est-ce qui clochait avec elle ? Ces questions lui faisaient honte. Elle était censée ressentir ce bonheur biologique, celui de se reproduire, de jouir, et, en contrepartie, elle aidait Asturion à assurer un futur souhaitable. Un futur pur, loin de tout envahissement.


Les badges obtenus, Sabine prit les coordonnées de Jérôme, c’était toléré, on pouvait se faire son réseau professionnel ainsi, non ?


Dans le métro l’emmenant à la Défense, Sabine ne comprenait pas, ça faisait six mois qu’elle n’arrivait plus à se laisser aller complètement après un rapport. Six mois qu’elle n’arrivait plus à aller au bout sans forcer. Six mois à feindre et à tricher, la jouissance devait être utile, non ?


Sabine fut sortie de ses rêveries, l’interface venait de clignoter, un message se fit entendre dans son oreillette : «


30 partenaires dynamiques, bientôt un heureux événement, merci pour ton aide ! Grâce à toi, nous renouvelons les âmes, merci !


Elle en restait confuse, elle avait les remerciements, ressentait clairement du plaisir, mais se sentait tellement coupable, le pire c’est qu’elle ne savait pas pourquoi elle se comportait comme une criminelle.



***



Le travail se déroula sans encombre. De temps en temps Jérôme pensait à Sabine. Elle était étrange, cette fille, la belle jeune cadre parisienne. Mais quel comportement, c’était la première fois depuis longtemps qu’une partenaire s’était montrée aussi pressée d’en finir. Il pensait que c’était son rôle de donner, d’offrir, de perpétuer l’espèce. C’était le message des sages. Enfin, lui, il avait adoré cette rencontre, puis ni vu ni connu, il avait joui.


17 h, fin de la journée, il regardait son dashboard :


43 partenaires, 34 jouissances, Vous êtes un winner !


Tous les indicateurs étaient au vert. Mais Jérôme avait encore ces images de cauchemar en tête.


La nuit dernière, il avait transpiré comme un veau. Le maître des songes lui avait rendu visite, l’interface avait capté qu’il était en train de douter, qu’il se posait des questions existentielles. Il avait toujours connu le dashboard, les bilans en fin de journée, les félicitations.


Ces primes versées en fin de mois, et cette jouissance de puissance, il devait être le meilleur, meilleur cadre, meilleur amant, et devait maximiser sa jauge de bonheur.


Mais au fond de lui il sentait cette fuite dans les idées.

Ces pensées défaitistes : à quoi bon, à quoi bon tout ça !

Mais lui, il adorait posséder, accumuler. Ces costards Armani, ce sourire qui claque, la grosse cylindrée le dimanche. Il adorait sentir l’adrénaline.


Mais depuis six mois, ça ne lui faisait plus rien, des indicateurs verts, et une putain de mélancolie qui le rongeait.


Depuis trois mois, il recevait ces visites nocturnes, le maître des songes.


Personne ne savait comment c’était possible. La technologie avait avancé, mais pas à ce point.


Se téléporter, pirater et empoisonner les rêves, même les scientifiques les plus érudits ne pouvaient l’expliquer. Ça restait un mystère, une rumeur tenace remontant à un vieux culte d’élite oublié, dont plus personne ne savait vraiment ce qu’il en restait. Pour nous autres, c’était de la sorcellerie, de la vraie magie.


Le maître des songes s’invita donc pour évaluer la situation et éduquer l’individu perdu que Jérôme était devenu.


Depuis deux mois, il se réveillait en sueur, il puait la pisse, c’était repoussant.


Chaque semaine, il était obligé d’aller incognito à la laverie laver ses deux couettes. C’était digne d’un SDF naufragé.


Était-ce ça le message du maître des songes ?


Si tu ne crois plus, la vie te paraîtra bien vide. On ne peut pas arrêter le train, et ceux qui n’y montent pas s’épuisent à le regarder filer.



***



Sabine se réveilla dans les vapes. Les cheveux emmêlés, les paupières flétries. Elle s’était tout de même couchée tôt, mais toute la nuit, elle avait rêvé de lui, rêvé de Jérôme. Elle ne savait pas pourquoi, de la honte, de la reconnaissance, une envie de réseauter ?


Cette fois, elle en avait marre de réfléchir, elle prit son téléphone et lui envoya un message :



Salut beau brun, je t’avais croisé il y a un mois, nous nous étions « amusés » à la station Charles de Gaulle-Étoile, ça te dit de prendre un café ensemble ?



Dès que le message s’envoya, elle ressentit un coup de massue lui tomber sur la tête, elle était dorénavant avachie, affalée sur son canapé, sa robe de chambre à moitié débraillée.


C’était le maître des songes qui avait débarqué.


Sabine. Ton corps t’appartient, on est d’accord. Mais n’oublie pas ce que tu dois à Asturion. Ceux qui oublient leur dette finissent par s’oublier eux-mêmes.


Sabine se réveilla de son cauchemar. Elle s’était encore faite dessus. L’air honteux, elle partit prendre une douche chaude pour chasser ces odeurs de pisse qui embaumaient son salon.


13 h 30 : BIP, BIP


Ah Sabine, je me souviens, j’avais vraiment trop aimé notre « échange », c’est vrai que ça ne ressemblait pas à d’habitude.

Ça te dit qu’on se voie ce soir ? Tu peux venir chez moi après le travail.



Sabine était trop contente, elle avait assuré le coup. Elle voulait le faire craquer et, cette fois, elle voulait aller au bout, il le fallait. Avait-elle le choix ? Elle balaya d’un revers de la main cette pensée. À quoi bon aller contre l’ordre établi, personne ne va contre sa nature. Non ?


18 h Trinity, ils s’étaient donné rendez-vous dans ce bistrot branché de la Défense.



Ce soir, elle voulait se laisser porter, ne pas se prendre la tête, ne pas résister. Devant elle, Jérôme était souriant, à l’aise, prévenant. Sur leur table, leurs mains se sont retrouvées. À un moment, l’interface s’alluma pour eux deux :



Consentez-vous à cette relation hétérosexuelle ? Oui, Non

Consentez-vous à suivre votre performance ? Oui, Non

Consentez-vous à…



Sabine valida les trois phrases, elle voulait se laisser aller, elle ne voulait plus se prendre la tête, elle ne voulait plus du maître des songes. En plus, il lui plaisait non ? Un leader dynamique, que veut le monde ?


Elle commanda un shooter de tequila et goba le tout avec la fameuse traînée de sel. Elle ne voulait penser à rien.


Non, elle n’arriverait pas à patienter jusqu’à chez lui. Elle le prit par son col, et le tira jusqu’aux toilettes.


Elle n’arrêtait pas de se répéter : « Les sensations, pense à ton corps, ne pense pas au reste, laisse-toi aller. Les meneuses, ça fonce. »


Jérôme était bien dur.

Elle baissa son tanga, retroussa sa jupe, s’adossa au mur et invita Jérôme avec le plus beau des sourires. Dans sa tête, elle n’arrêtait pas de répéter la même rengaine : « Surtout, reste dedans, reste dedans. » Tout au long des va-et-vient, des allers-retours, de cette verge qui rentrait et ressortait, elle se disait « dedans, reste dedans. Tout dedans. »


Et là, elle la sentit pulser, dans un mouvement chaotique, une convulsion nerveuse, celle qui mouille à l’intérieur.


Sabine était bien étourdie, au propre comme au figuré. Sa démarche commençait à tanguer, tous ces mouvements l’avaient mise dans tous ses états. Mais durant tout le chemin en métro, elle resta songeuse.



Au moins, c’était fait et, si tout se passait bien, dans quinze jours, elle irait au Menstrous Center. Là-bas, elle ferait son devoir de citoyenne, faire don de son œuf au maître des songes.


Elle ne voulait pas d’enfant, non ? Ce n’était pas comme si on l’avait obligée à être mère, non ? Là, le deal, c’était le don, et c’était pour le bien d’Asturion.


Le métro filait dans les tunnels. Sabine regardait son reflet dans la vitre noire.


Cette femme aux cheveux défaits, au mascara légèrement coulé, c’était elle. Ou ce qu’il en restait. Son interface vibra doucement. Un message du système :



Félicitations ! Probabilité de conception : 87 %. Rendez-vous au Menstrous Center confirmé dans 14 jours. Asturion te remercie pour ton engagement citoyen.



Elle posa sa main sur son ventre. Peut-être que quelque chose était en train de se former là-dedans. Quelque chose qu’on lui prendrait. Quelque chose qu’elle avait consenti à donner. N’est-ce pas ?


À côté d’elle, un homme en costume consultait son propre dashboard :


52 partenaires ce mois-ci. Badge Platine qui brillait sur son profil

.


Il souriait, fier, épuisé. Un peu plus loin, une jeune femme pleurait silencieusement, sa jauge de bonheur clignotant en rouge sur ses lunettes. Personne ne la regardait. Les échecs n’intéressaient personne.


Sabine ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, elle revit la scène : elle et Jérôme, leurs corps mécaniques, les jauges qui se remplissaient. Et ce moment précis où son corps avait failli se rebeller à nouveau. Ce réflexe qui refusait, cette révolte muette des tripes. Mais elle avait tenu bon. Elle s’était forcée. Pour le badge. Pour Asturion. Pour ne plus voir le maître des songes.



***



Chez lui, Jérôme se doucha longuement. L’eau chaude coulait sur son corps, emportant l’odeur de cette journée. Il regardait l’eau savonneuse disparaître dans le siphon. Son interface avait confirmé :


Nouvelle performance enregistrée. Badge validé. Satisfaction garantie.


Pourtant, quelque chose clochait. Il repensait à Sabine. À la façon dont elle s’était crispée au moment crucial. À ses yeux fermés. À cette phrase qu’elle murmurait en boucle :



Jérôme s’assit sur le bord de la baignoire, l’eau ruisselant encore sur son dos. Pour la première fois depuis des années, une question stupide lui traversa l’esprit : et si tout ça n’était qu’un immense mensonge ? Les badges, les jauges, les scores, le bonheur. Et si le bonheur ne se mesurait pas ? Et si on leur avait menti depuis le début ? Il secoua la tête. Non. Impossible. Des millions de gens participaient au système. Des millions de gens ne pouvaient pas se tromper. Le maître des songes veillait. Asturion protégeait. Les indicateurs étaient verts.


Mais cette nuit-là, quand il s’endormit, l’interface capta quelque chose d’inhabituel dans ses ondes cérébrales. Une anomalie. Un début de doute. Le maître des songes serait informé.



***



Deux semaines plus tard, Sabine poussa la porte du Menstrous Center. Un bâtiment blanc, aseptisé, aux couloirs qui sentaient le désinfectant et la résignation.



Une femme en blouse blanche, sourire commercial, tablette à la main.



Sabine hocha la tête.



Dans la salle d’attente, une dizaine de femmes. Certaines très jeunes, d’autres plus âgées. Toutes avec le même regard un peu absent. Toutes avec la même interface clignotant doucement sur leurs tempes.



Sabine s’allongea sur la table d’examen. Le néon au plafond bourdonnait légèrement.


L’infirmière parlait d’une voix douce, presque maternelle, du genre qu’on emploie pour calmer un enfant.



Sabine pensa : « et si je me levais maintenant ? Et si je sortais d’ici en courant ? »



Sabine rouvrit les yeux. Sur son interface, un message venait d’apparaître :



Activité cérébrale anormale détectée. Évaluation psychologique recommandée. Le maître des songes a été notifié.



Trop tard. Elle était déjà dans le système. Ils savaient. Ils savaient toujours.



Sabine ne se leva pas. Elle ferma les yeux et laissa faire, comme on laisse faire quand on a déjà compris qu’on n’a jamais vraiment eu le choix.


Elle pensa à Jérôme. Se demanda s’il pensait encore à elle. Se demanda s’il dormait bien la nuit. Se demanda s’il avait, lui aussi, ce goût amer dans la bouche au réveil. Se demanda combien de temps il leur restait avant que le maître des songes ne vienne tous les chercher.


Elle pensa : « peut-être que la prochaine fois, je dirai non ».



***



Quelque part dans les serveurs d’Asturion, un algorithme nota deux anomalies ce jour-là.



Dossier 47829-JSM : Jérôme. Doutes récurrents. Performance en baisse. Recommandation : intensification des visites nocturnes.



Dossier 53047-SMR : Sabine. Résistance embryonnaire. Comportement suspect. Recommandation : surveillance rapprochée.



L’algorithme classa les dossiers, les archiva avec des millions d’autres. Parce qu’il y en avait toujours. Des Sabine. Des Jérôme. Des corps qui résistaient malgré eux. Des âmes qui refusaient de consentir complètement. Le système les repérait. Les corrigeait. Les rééduquait. Et la plupart du temps, ça fonctionnait. La plupart du temps…


Cette nuit-là, dans tout Asturion, des milliers de personnes se réveillèrent en sueur. Des milliers de personnes eurent le même cauchemar. Des milliers de personnes sentirent cette odeur de pisse, cette honte, cette peur. Le maître des songes faisait son travail, redresser, éduquer, ramener dans le rang ceux qui doutaient.



***



Mais dans un appartement de la Défense, Sabine resta éveillée. Elle n’avait pas peur du cauchemar. Elle avait peur de ce qui viendrait après. Elle prit son téléphone. Composa un message pour Jérôme.



Tu dors ?



Trois petits points clignotèrent. Il était réveillé lui aussi.



« Non. Toi non plus ? »

« Non. »

« Tu penses à quoi ? »



Sabine hésita. L’interface enregistrait tout. Chaque mot. Chaque pensée. Mais peut-être que ça valait le coup. Peut-être qu’il fallait oser.



Je pense qu’on pourrait être plus. Que tout ça.



Les trois points clignotèrent longtemps. Puis s’arrêtèrent. Puis revinrent.



Rendez-vous demain. Parc de la Villette. 14 h. Éteins ton interface.


Sabine regarda le message. Son cœur battait. C’était de la folie. Pure folie. Mais pour la première fois depuis six mois, elle souriait. Un vrai sourire. Sans badge. Sans jauge. Sans validation.