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n° 23670Fiche technique25043 caractères25043
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Temps de lecture estimé : 18 mn
22/06/26
Résumé:  Élise va avoir 40 ans et, pour 2026, sa bonne résolution est d’écrire un journal pendant un mois.
Critères:  #journal #réflexion #confession
Auteur : Élise Selby  (Apprentie entremetteuse de mots)      Envoi mini-message

Projet de groupe : Journal_intime
Confessions intimes

1er janvier 2026


Quelles vont être mes bonnes résolutions 2026 ?


Trente-neuf ans cette année, je vais franchir le cap des trente-neuf ans. C’est ma dernière année avant d’entrer dans la quarantaine. Putain de merde, ça me fait mal au cul de l’admettre, mais ça me pèse au jour le jour. J’ai l’impression d’avoir gâché mes années passées. Des regrets ? Non. Mais des désillusions, énormément.


Je me suis appliquée, les mois précédents, à écrire des textes, des histoires avec ou sans sexe basées sur mes traumas. En fonction de mon affect du moment, j’ai griffonné les émotions ressenties à travers des mots. Car il y avait ce manque après l’arrêt de ma thérapie. C’est moi qui l’ai voulu, je sais. Mais j’avais sans cesse ce besoin d’exprimer mes fantasmes, de balancer mes envies, d’extérioriser toutes ces paroles qui restent la plupart du temps cloîtrées en moi.


J’aime l’art et les livres depuis l’adolescence, même si, pour moi, ça ne demeure qu’un passe-temps et pas un gagne-pain. Les livres ont souvent été une aide, la lecture m’a apporté des sentiments que je n’arrivais pas à avoir dans ma fichue vie.


J’ai toujours eu un lien particulier avec la littérature. En écrivant mes propres récits érotiques, j’ai en quelque sorte ravivé la flamme de mes premiers émois. La première fois que je me suis masturbée, c’est en lisant un bouquin olé olé, chapardé dans la bibliothèque de ma mère. J’avais trouvé, ce jour-là, toute une collection de vieux livres cochons planquée derrière une pile de romans beaucoup plus respectables.


Isolée dans ma chambre, le livre dans la main gauche, les doigts en éventail pour caler la couverture et le pouce planté dans la reliure. La main droite posée entre mes cuisses, le bout des phalanges plongées dans un autre type de reliure. À cet instant, je ne m’imaginais pas qu’un jour je serais capable d’écrire ce genre d’histoire affriolante et suggestive.


Cette année : j’ai besoin de plus. J’admets que, parfois, je m’interroge de savoir si mes propres textes ont ce pouvoir-là : faire jouir quelqu’un avec mes mots ne serait pas pour me déplaire. Même si ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de voir, le supposer est plutôt excitant. Sans en avoir le talent, j’ai toujours ressenti la nécessité d’écrire.


J’en ai pris conscience au cours des séances avec ma psychothérapeute. Parce que oui, j’avoue, j’ai consulté des psys, plusieurs fois. Je suis fière maintenant de le dire, même si avant je pensais que consulter faisait de moi une folle. Mais c’est un sujet dont je reparlerai sûrement plus tard.


Bref, il est temps pour moi de savoir ce que ça vaut, de savoir si c’est à la hauteur, j’ai envie de m’enrichir, d’avoir des retours et surtout de l’aide pour m’améliorer…


Si un jour j’ose franchir le pas.



8 janvier 2026


Cette semaine, j’ai cherché des sites d’histoires érotiques. Je ne pensais pas qu’il y en avait autant que cela, même si le web est majoritairement gangrené par le porno. J’imagine que ça ne devrait plus m’étonner, c’est juste que je ne me suis toujours intéressée qu’au support visuel qu’internet pouvait offrir, les vidéos, les photos…

Bref, tu vois le genre.


Je suis à deux doigts de passer le cap, reste à trouver sur quel site, mais avant ça, il me faut un pseudo qui me caractérise. Je ne tiens pas à ce que ma famille sache que j’aime la sodomie. Je dois en choisir un qui n’est pas connecté directement à ceux que j’utilise déjà ou ceux qui appartiennent au bon vieux temps. Je n’ai pas envie que ma vie perso se mélange à mes écrits coquins et que mon expérience de créatrice de contenu se mêle à celle-ci.


Je veux que ma singularité se reflète aux travers, sans tomber dans le cliché, que ce soit évident sans l’être. Je vais commencer par les basiques, chercher l’inspiration pour ce nom de plume à travers ce que je suis et ce que j’ai été.


Comme je l’ai déjà écrit, je ne suis plus une jeunette. Je suis mariée, mais en sursis, sans enfant, mais avec beaucoup d’animaux. J’ai toujours vu mon corps comme une chose atypique, je ne vais pas y aller par quatre chemins, je le déteste. Pas que je me trouve moche, non, mais je n’ai jamais été jolie…


J’ai un physique quelconque sans grand atout, je suis tout juste dans la moyenne partout, un gabarit un peu standard, classé dans les petits modèles. Je suis madame tout le monde, votre gentille voisine, votre collègue sympa, la donzelle que vous croisez à la salle de sport et qui ne parle à personne. Je suis celle avec qui l’on échange sans jamais fantasmer dessus.


Je suis issue d’un melting-pot édulcoré, avec énormément de roux du côté maternel, des origines italiennes du côté de ma grand-mère et une intrusion asiatique flagrante du côté paternel, mais officieux, car non déclaré. Vive les joies du cocufiage !


Donc, me voici, un petit bout de femme mesurant moins d’un mètre cinquante, le visage menu avec une mâchoire carrée, des taches de rousseur et les paupières tombantes sur de minuscules yeux bleus. J’ai hérité d’une peau pâle avec un sous-ton jaune doré de mon patrimoine génétique asiatique. Grâce, ou à cause du mélange détonant khméro-méditerranéen, j’ai une chevelure mi-longue noire et raide, mais une pilosité un peu trop excessive à mon goût.


Désolée pour les amoureux du naturel, mais je ne vous cache pas que je ne suis pas une adepte du poil ; je préfère quand c’est bien lisse. Sur moi, je trouve ça disgracieux et négligé, donc je passe régulièrement chez l’esthéticienne.


J’aime prendre soin de moi et je dépense une petite fortune en produits de beauté par mois. J’affectionne toute sorte de prestations dites de bien-être, massages, spas, acupunctures, coiffures, épilations, gommages. Ça peut paraître superflu pour bien des gens, mais c’est vital pour ma santé mentale. Ça m’aide à accepter de subir les outrages du temps, car j’ai l’impression de faire quelque chose et de ne pas juste l’endurer sans broncher. Mais je ne vous cache pas que la première fois que je me suis fait faire le maillot, je transpirais à grosses gouttes.


De base, j’ai une sainte horreur que l’on me touche, peu importe l’endroit. C’est tout bonnement une agression physique, donc l’épilation pubienne a été une grande étape pour moi. J’ai mis du temps à me lancer, à arriver à avoir la volonté d’assumer mes envies, même si j’en avais marre du rasoir qui entaille ma peau. C’était une demande que je repoussais toujours à la prochaine séance.


Ça faisait plusieurs années que j’allais chez elle pour les aisselles, les sourcils, les jambes. Ça me tord les boyaux, d’admettre que j’ai du poil aux pattes. C’est plus fort que moi. Et pour tout avouer, je n’y suis pas parvenue, en fait, à prendre mon courage à deux mains.


C’est au cours d’une discussion sur les futures vacances que le sujet est venu sur le devant de la scène. On parlait plage et bikini, emplettes et shopping. Elle me posa la question fatidique de savoir si j’étais du genre petit ticket de métro ou buisson soigneusement taillé. Elle a été surprise et perturbée par ma réponse, de constater que je rasais tout. Elle souligna rapidement qu’elle faisait aussi ce genre de prestation, avec un ton moins folâtre comme si elle s’était sentie blessée.


Un peu penaude, je n’ai pas su comment réagir, j’ai prononcé un « pourquoi pas » et incarné l’ingénue en sortant la carte du « je ne savais pas ».


Trois ou quatre jours plus tard, j’étais allongée, le cul nu, sur sa table à me faire épiler le minou et le sillon interfessier. Je peux vous dire que ce jour-là, j’ai été beaucoup moins bavarde que pendant les séances où elle redéfinit mes sourcils. Bon, depuis, je le vis mieux, mais c’est toujours bizarre de discuter potins quand une main t’écarte les fesses pour retirer le duvet épars aux abords de ton anus.


Bref, je ne suis pas sûre que mon physique et mes débâcles sociales vont me servir à trouver mon pseudo. Je ne veux pas cette fois être réduite à une paire de tétons érigés ou une cambrure de reins débridée.



12 janvier 2026


Je suis quelqu’un qui fait confiance à son intuition, au côté pragmatique des relations sociales plutôt que de réagir en fonction des émotions de chacun, la mienne y compris. On me décrit froide et insensible, à cause de cela.


Mon MBTI est INTJ, ces quatre lettres ne sont pas suffisantes à exprimer ma singulière personnalité, mais c’est ce qui s’en rapproche au plus près. Ça me permet de mettre des mots sur ce que je suis, c’est ce côté « T » qui fait de moi quelqu’un de très terre à terre à la sensibilité presque scientifique.


J’analyse beaucoup, j’organise pratiquement tout, jusqu’à mes interactions humaines. Mais cette pratique a ses limites et ne fonctionne pas à tous les coups. Parfois, les sentiments prennent le dessus et je me retrouve complètement submergée. Quand je suis trop investie dans des relations interpersonnelles qui deviennent unilatérales, je perds pied, mes barrières s’effondrent. Je me replie sur moi comme un escargot dans sa coquille.


Je suis une louve, solitaire, qui ne se laisse pas approcher facilement. C’est pour ça que je ne donne pas souvent, car je n’ouvre pas ma forteresse sans effort. Mais lorsque je consens à ce qu’une personne pénètre dans ma bulle, à ce moment, je m’offre sans retenue. Je suis généreuse, investie jusqu’à l’extrême.


Car je suis toujours dans l’excès, quand j’enfonce un doigt dans un orifice, je me retrouve à plonger le bras tout en entier et ensuite le restant du corps si personne n’arrive à m’arrêter à temps. Je suis comme ça, il n’y a pas d’entre-deux. Je m’engage à 200 %, sinon rien. C’est génial quand c’est pour quelque chose de bénéfique, mais catastrophique à chaque fois que ça devient une addiction. Ça m’a joué bien des tours et, même si j’apprends de mes faux pas, ne pas me jeter la tête la première vers de nouvelles tentations n’est pas chose aisée au quotidien.


C’est pour ça que Le Démon est un de mes livres préférés ; la première fois que je l’ai lu, je suis restée coincée entre fascination et confusion. Subjuguée qu’un inconnu décrive aussi parfaitement ce que je vis presque chaque jour, mais perturbée de m’identifier à un personnage masculin autodestructeur, esclave de ses maux et de ses vices. Si bien que j’ai en outre fini par acheter le bouquin en anglais, dans sa langue d’origine, pour capter l’essence même de l’auteur à travers ses vrais mots.


Dans une autre vie, j’aurais voulu m’appeler Élise ; on ne choisit pas son nom de baptême. Donc, j’ai tendance à affubler les héroïnes de mes textes de ce prénom. Un peu comme Hubert Selby Jr, dont les protagonistes répondent souvent au nom d’Harry, c’est une sorte d’hommage en quelque sorte. C’est un écrivain que j’affectionne particulièrement, pas très académique, un peu brut, un peu trash, beaucoup de ses œuvres m’ont émue plus que de raison. Pas jusqu’à en pleurer, mais ressentie de manière plus viscérale.


Je le répète, mais l’art en général a toujours pris une part importante dans ma vie. J’ai tout essayé, le dessin, l’écriture, la musique, la peinture, la photographie et même la sculpture. Mais, dans mon cas, c’est devenu uniquement un exutoire. J’ai privilégié le savoir technique dans ma décision de carrière et l’orientation de mes études. C’est un choix de raison. Je n’ai pas suivi d’enseignement littéraire ou artistique poussé et je ressens très souvent les faiblesses à travers mes lacunes. Je n’ai pas de base solide et ma structure s’en retrouve fragilisée.


Mais grâce à ça, aujourd’hui, je suis technicien Méthode. Oui, technicien et pas technicienne. L’aberration de langue française et la prédominance du masculin pour tout. Je ne suis pas féministe à vouloir renverser le patriarcat. Ce n’est pas ça, c’est juste pour moi une reconnaissance légitime que je peux faire ce métier en tant que femme. Mais ils n’ont jamais été fichus de le changer sur ma fiche de paye. Ce n’est pas faute d’avoir demandé et même en n’étant que membre du CSE, je n’ai pas encore réussi à trouver qui il fallait « sucer » pour obtenir ce que je souhaitais.


En fin de compte, peut-être que Selby pourrait le faire comme patronyme ?



15 janvier 2026


Aujourd’hui, j’ai franchi le cap, je me suis inscrite. Le site n’est pas le plus beau de tous, il fait clairement « vieux website » d’il y a quinze ou vingt ans, mais le contenu semble mieux que sur la plupart des autres, où certains proposent des textes beaucoup trop axés inceste et zoophilie pour moi. Je suis ouverte d’esprit, mais j’ai mes propres limites.


J’ai déjà un écrit en tête, mais je ne pense pas qu’il soit assez bon et incendiaire pour un premier récit ; je n’ai pas envie de rater mon entrée en matière et faire mauvaise impression. La première fois, ça ne s’efface pas.


Pour stimuler la créativité, le site suggère d’écrire sur un thème précis : « les petits secrets que l’Histoire vous a cachés ». C’est plus intéressant de se lancer là-dessus pour une première proposition de publication. Moi qui raffole de l’histoire de la Chine ancienne, ce ne peut pas être qu’une coïncidence et je sais à l’avance de quoi je peux m’inspirer.


Mes textes sont des extensions de mon monde intérieur ; dans chaque histoire, dans chaque fantasme, il y a une part de moi. Ce que je suis, mon caractère, mes choix se retrouvent dans les protagonistes de mes récits. C’est mon héritage asiatique qui me parle à travers son épopée, son don pour la danse et son ambition de se sortir de sa vie misérable.


J’ai la fâcheuse tendance à n’écrire que des personnages féminins, c’est plus facile pour moi de m’incruster dans leur peau comme je les façonne en partie à mon image ou à celle que j’aurais aimé être. Pour une fois, l’héroïne ne s’appellera pas Élise, ça ne sonne pas très chinois.


Plus jeune, j’étais filiforme, fluette et hyperlaxe, je pouvais prendre littéralement mes jambes à mon cou. Mes parents m’ont inscrite à la danse, des cours généralistes plutôt axés musique contemporaine, j’étais assez douée, aidée par ma souplesse naturelle. J’étais déterminée et perfectionniste, comme maintenant, mais je n’aimais pas vraiment ça. J’ai toujours été très pudique et j’ai beaucoup souffert de la nudité dans les vestiaires. Je détestais déjà que l’on me touche à cet âge et, durant cette période, j’ai été servie, même si c’était en général avec bienveillance.


Et quand je revois les vidéos des représentations que la troupe faisait, je suis décontenancée par l’hypersexualisation de mon corps durant les « shows », les gestuelles trop suggestives, les poses lascives, les tenues moulantes trop échancrées à certains endroits.


Avec mes yeux d’enfant, j’en garde un bon souvenir malgré les efforts et la dureté des cours qui ont probablement fragilisé mon ossature plus vite qu’elle n’aurait dû. Mais avec mon regard d’adulte, je ne pense pas que j’aurais pu infliger ça à ma propre progéniture, pas à cet âge ; certaines choses sont pour moi réservées à une certaine maturité. Je n’avais pas conscience de tout cela, même à quinze ans.


Aujourd’hui, cette flexibilité a pour effet d’amener de l’arthrose, ce qui est beaucoup moins remarquable, pour le coup. Je garde cette souplesse à part entière, mais maintenant, elle côtoie la souffrance de mes articulations endolories. Ma morphologie a évolué aussi, avant j’étais taillée dans un tronc d’arbre, à présent, j’ai hérité des hanches des mamas italiennes, j’ai les cuisses qui se touchent en permanence, ce qui est super génial pour la transpiration.


Ça fait partie de mon mal-être quotidien, ce changement de physionomie me mine. Ma poitrine, qui n’a jamais été hyper imposante, vire actuellement au bonnet D avec l’âge. J’ai l’impression que la graisse s’accumule dans mon cul, mes seins ou mon ventre, quoi que je fasse. J’ai arrêté de porter des soutiens-gorge le plus souvent possible, pour le confort et surtout pour voir s’ils se muscleraient naturellement et tomberaient moins. Résultat des courses, aucun changement positif. Désolée pour la non-sensualité, je suis juste une femme de plus qui prend de l’âge.


Ce n’était pas prévu, mais cette histoire d’ambition démesurée, de cette soif de contrôler sa destinée, de sa libido envahissante et l’utilisation du corps féminin comme un levier me dessine plutôt bien. J’arrive à m’identifier à elle et j’espère que ma tentative de texte ne sera pas un échec.



24 janvier 2026


Voilà, j’ai terminé et envoyé mon texte, et je te confie que c’est délicat de se soumettre à un jugement. Je n’ai toujours écrit que pour moi, mais avec cette nouvelle étape, ce ne sera plus le cas. À première vue, ce n’est pas grand-chose, je n’essaie pas de publier un roman dans une maison d’édition. Ce n’est pas à la même échelle, mais pour moi, c’est un énorme symbole.


Je n’ai aucune compétence ni instruction littéraire, je n’ai rien fait pour ça. J’ai privilégié la survie au plaisir, j’ai préféré étudier pour trouver un métier rentable, être stable financièrement pour m’élever socialement et ne pas en souffrir. Mais du coup, à chaque fois que j’écris, le stress me gagne, je suis fébrile, j’ai peur de faire trop de fautes, d’être nulle.


J’aime énormément mettre en mots ce que je vis dans mon imaginaire, c’est jouissif, mais c’est un écueil de prendre conscience de la faiblesse de mes textes. Je constate des erreurs évidentes à la correction, je me sens honteuse et je me fustige de ne pas avoir fait assez attention. Je doute sans cesse, j’envie les autres, non par jalousie, mais juste parce qu’ils sont plus doués que moi. J’adorerais atteindre leur niveau, mais je n’y arrive pas. Peu importe la conviction et l’énergie que j’y mettrai, je n’y parviendrai pas. Moi, je n’évolue pas dans le même monde. Je gravite autour d’eux, avec la peur qu’un jour, je finisse par dériver de plus en plus loin vers l’espace froid et infini, ou qu’au contraire, j’explose en plein vol à force de trop vouloir m’approcher d’une étoile inaccessible.


J’écris mes récits systématiquement avec une démarche spécifique, en étant toujours à la recherche d’émotions fortes, c’est un besoin ainsi qu’un critère et le sexe en fait partie intégrante. Je ne me masturbe plus en lisant des livres, même si certaines histoires ont encore le don de m’émoustiller. Il arrive parfois que mes propres textes déclenchent quelque chose en moi, sans pour autant avoir le même impact. C’est pourquoi j’ai envie de savoir ce qu’ils valent vraiment, les faire exister autre part que dans mon monde, connaître le ressenti d’autrui sur mes publications.


Mes premiers écrits datent de ma première thérapie, ils étaient clairement mauvais, remplis de phrases chaotiques, de descriptions étoffées et inutiles, qui brisaient le rythme du récit. J’essayais d’en faire trop, même encore aujourd’hui, je pense. C’est sans doute une compensation de ma non-maîtrise du sujet, c’est cette envie de bien faire qui me bascule inexorablement dans l’excès.


Oui, l’excès est au cœur de mon existence, c’est aussi pour ça que j’ai suivi cette hypnopsychothérapie après une surenchère, une nuit de débauche qui avait ébranlé ma libido. Après ça, le sexe était devenu un besoin insatiable, j’ai laissé dériver mes pulsions jusqu’au moment où j’ai eu des problèmes. J’ai d’abord consulté une sexologue qui m’a ensuite orientée vers une de ses consœurs psychothérapeutes.


J’ai commencé à écrire pendant ces séances-là, sans vraiment pousser plus que ça l’expérience. Ce n’était que des morceaux de textes bâclés, je m’y suis remise réellement qu’après les consultations avec mon deuxième psy. Une histoire différente, mais aux conséquences aussi désastreuses, une débauche de sexe et une tromperie étalée sur plusieurs mois avec un amant virtuel. J’ai cru tout perdre, l’amour, ma vie de famille, mon statut social et ma façade de femme parfaite.


J’ai tenté de me raccrocher à ce que je pouvais ; j’avais besoin d’aide, de parler avec quelqu’un, mais ma première psy étant partie en retraite, j’ai dû en chercher un autre. J’aurais aimé trouver une femme encore, mais il n’y avait plus que des hommes de disponibles. J’ai opté pour le premier venu, le moins cher, quitte à devoir passer du temps pour dénicher le bon, j’ai préféré y aller crescendo avec les tarifs. Croyez-moi une thérapie, ça coûte cher.


La première séance fut compliquée, j’ai dû lui expliquer ce qui m’amenait là et déballer rapidement tous mes bagages devant lui. Exposer le fait que j’ai une relation complexe par rapport au sexe et parler de mes fantasmes et perversions. Lui, de son côté, a été très professionnel, il a posé très peu de questions ; il était surtout attentif et n’a jamais porté un seul jugement.


Je lui ai presque tout dit, à un détail près, que j’ai toujours fantasmé sur les psys, sur cette notion d’interdit et d’ascendant qui me faisait perdre les pédales. Je n’ai jamais transgressé les règles durant cette thérapie, nos relations sont restées platoniques du début à la fin et de patient à praticien. Mais je peux vous dire, dans mon imagination, il s’est passé des choses pas très catholiques. Il m’est arrivé plusieurs fois de me masturber dans ma voiture avant mon rendez-vous pour libérer une partie de cet inassouvissement sexuel.


J’ai toujours eu une libido assez prononcée et, au sortir de ce traitement, je me suis retrouvée dans une situation inédite du jour au lendemain. Mes besoins et mon appétit abondant se sont apaisés, trop même, si bien que j’ai souvent cette impression de vide, d’avoir perdu totalement mon envie. Interdite de tous médias à tendance érotique, c’est par l’écriture que je tente d’apprivoiser ce nouveau mode de fonctionnement. Depuis, je vois le sexe d’un autre point de vue, et maintenant, j’essaie d’exorciser mon passé, mon présent et mon futur à travers des mots pour récupérer mon équilibre.



31 janvier 2026


Mon texte a été lu. Il a franchi l’écueil du comité de lecture. C’est fait.


Après des décennies passées à la lisière du bassin, à trembler devant cette surface miroitante sans jamais oser y plonger, je suis enfin entrée. J’ai longtemps observé les nageurs aguerris fendre l’onde avec une aisance presque insolente. Je les ai haïs de se mouvoir si librement dans ce chaos liquide, je les ai adulés en secret, et je les ai enviés avec une douleur sourde qui me tordait les tripes. Pendant des années, j’ai pleuré au bord, convaincue que si je sautais, je coulerais immédiatement comme une pierre, sans même lutter, juste résignée à disparaître au fond comme le poids mort que je me pensais être.


Aujourd’hui, je suis dedans. Vivante. Dans cette bulle qui me semble encore tellement fragile.


Ce n’est encore qu’un petit bassin. J’ai pied. L’eau ne monte que jusqu’à ma poitrine. Ma tête reste hors de l’eau et je ne risque pas grand-chose, du moins en apparence. Pourtant, j’ai glissé en entrant. Mon cœur battait si fort que j’ai failli faire demi-tour au dernier moment, les larmes aux yeux. J’ai tenu bon, du bout des ongles. J’ai appuyé sur « envoyer » avec la sensation de me jeter dans le vide.



Je ne voulais pas faire de vagues. Je voulais juste raconter mon histoire avec sincérité. Je voulais simplement coller au plus près de la vérité. Mais j’ai tutoyé les limites, puis je les ai franchies, en érotisant trop mon personnage de femme-enfant. J’avais peur d’être jugée mauvaise, maladroite, inaboutie. Je m’étais préparée à l’échec, j’avais anticipé les critiques sur la qualité, sur le style, sur la construction. Je m’étais préparée à être refusée parce que ce n’était « pas assez bon ». Mais pas à ça. Pas à cette sensation étrange d’avoir pris ma première photo de classe… et de l’avoir ratée.


C’est stupide, je sais. Mais ça fait mal.


Mais ce n’est pas grave. J’ai l’habitude des mauvaises premières fois. C’est le résumé de ma vie.


J’ai passé toute ma vie à chercher désespérément le sens de mon existence, à essayer de mettre des mots sur ce qui m’échappait, à donner une utilité à cette vie que je n’avais ni demandée ni choisie. La peur de rater mon passage sur Terre me hantait : peur de ne jamais devenir celle que j’étais « censée » être, de ce pour quoi j’étais là. Peur de n’être, au final, rien du tout.


Aujourd’hui, je ne cherche plus.


Mais cette quête a laissé place à quelque chose de plus nu, de plus effrayant : le désir brut de laisser une trace. Je ne suis pas une vraie écrivaine, je me sens même souvent comme une usurpatrice. Pourtant, j’ai cette envie presque désespérée d’être lue. Que mes mots touchent une inconnue à des centaines de kilomètres. Que mon nom soit prononcé par des bouches que je ne rencontrerai jamais. Je veux exister sans exister vraiment : devenir une pensée, une émotion fugitive ou tenace dans l’esprit d’un autre, être une empreinte invisible, mais indélébile plutôt qu’un corps fragile rempli de failles.


J’aurais aimé publier un livre. Peu importe qu’on me chérisse ou qu’on me déteste, qu’on me trouve grotesque ou touchante. Même si l’on me hue, même si l’on me ridiculise. Au moins, je saurais que quelque chose de moi peut survivre. Que je peux continuer à vivre, sous une forme fragile et imparfaite, dans des phrases, dans une histoire, dans des souvenirs qui ne m’appartiendront plus !


Parce que c’est peut-être, finalement, la seule immortalité à laquelle je crois : celle des mots.


Et j’ai peur de ne pas y arriver.