Cette histoire se déroule aux USA, ce qui la rend plausible. Elle est inspirée de divers textes (sans doute générés par IA) qui exploitent le même canevas. J’ai donc imaginé ma version. Bonne lecture :)
Heather et Allan
Depuis une flopée d’années, je travaille pour Allan. Je le connais depuis un bon bout de temps, l’université pour être précis. J’ai mis en place toutes les procédures de sa boîte et aussi son système informatique. Ces derniers temps, j’ai constaté une modification dans son comportement à mon égard. J’ai une petite idée de ce qui risque de survenir car, finalement, je connais mon boss mieux que lui-même.
- — Hello, Dany !
- — Hello, Heather !
La jeune femme qui vient d’entrer dans mon bureau, aux parois de verre, est la nouvelle épouse de mon cher patron, la quatrième sur la liste (sans compter les maîtresses). Heather est à la fois belle, gentille mais naïve. Pour la conquérir, Allan lui a sorti le grand jeu. Elle n’a pas résisté bien longtemps.
Pourtant, j’avais suggéré à Heather de ne pas trop croire aux promesses mirobolantes d’Allan qui ne la voyait que comme un trophée à conquérir. Mais trop amoureuse, elle est passée outre. Maintenant, elle déchante, la lune de miel ayant été assez courte, elle a vite compris (car elle n’est pas bête) qu’elle était une sorte d’accessoire de décoration que son mari exhibe pour faire saliver les autres.
Durant quelques minutes, nous discutons d’un peu de tout. Puis Heather me demande :
- — Au fait, mon mari est bien là ? Il m’avait dit qu’il ne bougeait pas.
- — Oui, il est dans son bureau.
Avant qu’elle quitte mon bureau, je lui demande :
- — C’est bien ce soir que tu rejoins ta famille, sur la côte Ouest ?
- — Oui, je prends l’avion dans quelques heures.
- — Et Allan ne t’accompagne pas ?
Elle soupire :
- — Il a décidé que c’était une perte de temps. Pourtant, il aurait pu profiter pour se reposer un peu, ça lui aurait fait du bien, mais bon, je crois que tu le connais depuis plus longtemps que moi.
- — Oh oui ! Je pense que des vacances te feront aussi du bien.
Pour toute réponse, elle se contente de sourire. Avant qu’elle ne se retourne, j’ajoute :
- — Ah ! Au fait, Heather, Allan est avec son fils, Melvin…
- — Merci de me prévenir. Bon, faut que j’y aille. Bye, Dany !
- — Bye, Heather.
On ne peut pas dire que les rapports entre Heather et Melvin soient au beau fixe : le fils ayant du dédain pour cette belle jeune femme qui est légèrement plus jeune que lui. Je pense que c’est en réalité de la jalousie. Il se serait bien vu au bras de sa belle-mère, et dans les mêmes draps qu’elle. Mais c’est son père qui l’a doublé.
Le fils du directeur
En milieu d’après-midi, je suis convoqué dans le bureau d’Allan. Son fils, Melvin, est présent, assis sur le côté, un peu mal à l’aise, contrairement à son père qui est capable de soutenir, mordicus, devant une assemblée de savants émérites que la lune est juste un grand miroir dépoli accroché à la voûte du ciel.
Ce que je pressentais est en train de se dérouler sous mes yeux. Je pensais qu’il y aurait quand même une période de transition, de passation. Comme à son accoutumée, mon boss n’y va pas avec le dos de la cuillère, m’expliquant qu’à mon âge, je suis devenu obsolète et décati, alors qu’il est un peu plus vieux que moi. Mais la logique formelle et Allan ne sont pas génialement compatibles.
Malgré cette mauvaise nouvelle, je reste impassible ; je résume flegmatiquement :
- — Donc, tu donnes ma place à ton fils, si j’ai bien compris.
- — Oui, il est de la nouvelle génération, il sera plus efficace que toi.
- — Si tu le dis…
Mon déjà ex-directeur (puisqu’il m’a dit que j’étais viré sur-le-champ) s’attendait à une réaction nettement moins cool de ma part. Voire à des suppliques. Un peu déstabilisé, il continue :
- — Melvin consultera la doc, ça suffira.
- — La doc ? Je te signale que tu ne m’as jamais laissé le temps de la rédiger, tu disais que c’était inutile !
Il me regarde fixement, il tique, ne s’étant pas attendu à cette possibilité :
- — Je pensais que tu l’aurais quand même rédigée chez toi…
- — Oui, c’est ça, en dehors de mes heures de travail, gratuitement ! Ben voyons ! Et pourquoi l’aurais-je fait ? Tout est dans ma tête.
Apprenant l’absence de protocole écrit, le fils s’inquiète un peu :
- — Il n’y a pas de documentation quelque part, pas de procédures établies ?
- — Non, ton père ne voulait pas en entendre parler.
N’aimant pas être pris en faute, Allan s’agace :
- — Eh bien, rédige-les maintenant !
- — Je te rappelle que tu viens de me virer avec effet immédiat.
- — Euh, je… Bon, tu restes jusqu’à ce soir.
Je me mets à rire franchement :
- — En même pas une demi-journée ? Demande à ton diplômé de fils, il te dira que c’est impossible, même si on ne doit passer que le plus gros en revue !
Aussitôt, le père se tourne vers son fils qui confirme :
- — Dany a raison… il faut plusieurs jours pour notifier toutes les procédures principales et le minimum vital du système.
- — Et comme tu viens de me virer, il y a cinq minutes, tout ce que je dois faire maintenant, c’est embarquer mes affaires dans un carton. Bon, il faut que j’y aille puisque je ne suis plus employé ici, bye !
Sans demander la permission, je sors du bureau pour aller dans le mien. Deux minutes plus tard, mon ex-employeur pointe le bout de son nez :
- — Ah non, ton ordi, tu le laisses ici !
- — Je te signale que c’est mon ordi perso. J’ai même une photocopie de la facture. Il a été acheté avec mes sous.
L’extirpant d’une chemise (je suis méthodique), je lui mets sous le nez la facture en question. Son fils s’en empare, l’examine et lâche :
- — Pas de doute, c’est bien son ordinateur, il a le droit de le reprendre.
- — Mais tout ce qu’il y a dessus appartient à la société, non ?
D’un ton docte, j’explique :
- — Le code est aussi sur le serveur, ainsi que le reste. On appelle ça le mode client-serveur. Mais si tu m’empêches de reprendre ce qui est à moi, tu sais très bien comment ça va se terminer devant un tribunal.
- — Tu me menaces ?
- — Je te dis simplement que tu ne gagneras pas, puisque c’est mon ordinateur. À moins que tu ne me le rachètes.
- — OK, je t’en donne 300 dollars.
Connaissant mieux la valeur des choses, son fils intervient avant que j’ouvre la bouche :
- — Son ordi coûte beaucoup plus que ça…
- — 500 ?
- — Plus…
- — 700 ?
Je coupe le dialogue père-fils en lâchant d’une voix enjouée :
- — 100 000 dollars et l’ordi est à toi.
- — Quoi ? 100 000 dollars ? T’es fou ou quoi !
- — Eh ! La loi de l’offre et de la demande. Tu es libre de refuser. De toute façon, cet ordi n’est pas à vendre, puisque c’est le mien.
Il est tellement sidéré que j’ai le temps de mettre mon portable dans mon carton, d’ajouter deux-trois trucs, puis de me diriger vers la sortie :
- — Bye Allan ! Et bon courage à toi, Melvin !
Je le connais assez pour savoir qu’il n’a pas enregistré notre conversation, du moins dans mon bureau. Et je ne pense pas que son fils ait eu le réflexe de le faire. De toute façon, vu le ton employé, ceux qui écouteront notre conversation penseront tout de suite à une plaisanterie pas forcément de très bon goût. Mais quand on se fait virer sans prévenir, on a des circonstances atténuantes.
Pour éviter qu’il me rattrape dans l’immeuble, je prends une autre sortie que l’officielle. Le temps qu’il réalise qu’il s’est trompé de chemin, je serai déjà noyé dans la foule de la rue.
Horlogerie
Je ne panique pas, je savais que ça finirait par arriver tôt ou tard ; de plus, j’ai des économies, de quoi voir durant plusieurs mois. Je sais aussi que je peux aisément rebondir ailleurs, mais je ne vais pas le faire tout de suite. Avant, il me faut un peu de repos bien mérité, il y a longtemps que je n’ai pas pris de vacances, ça me fera du bien. Ce qui ne m’empêche de donner quelques coups de fil…
En ce qui concerne mon ex-boîte, je sais exactement comment les choses vont se dérouler dans les jours qui viennent et même plus précisément dans moins d’une semaine. C’est moi qui ai tout mis en place ou presque, donc je connais très bien l’horlogerie interne de l’entreprise, et ce n’est pas un jeunot comme Melvin qui va réussir, surtout sans mode d’emploi. La théorie, c’est bien beau, mais la pratique avec ses hauts et ses bas, ses relations humaines, c’est autre chose.
Donc je laisse faire, le temps joue pour moi.
Deux jours après mon éviction non méritée, mon smartphone sonne, c’est Allan. Je réponds d’un ton cynique :
- — Hello Allan, tu te languis déjà de moi ?
- — Arrête ton char, Ben Hur ! Y plus rien qui fonctionne !
- — Déjà ? Eh bé, ça va plus vite que prévu !
- — Comment ça ?
Je suis moqueur :
- — On appelle ça des procédures et, si tu ne respectes pas les procédures, si possible dans le bon ordre : un puis deux puis trois, si tu mets la charrue avant les bœufs, fatalement, ça marche moins bien.
- — Tu te fous de moi ?
- — Oh juste un peu. Tu n’as même pas laissé le temps à ton fils de se familiariser à mes côtés pendant qu’il était encore temps. Non, tu l’as parachuté à ma place sans parachute. Et après, tu t’étonnes que ça fasse une grosse tache sur le sol…
Je sens qu’il est embêté :
- — Il m’avait affirmé qu’il allait s’en sortir, fingers in the nose !
- — Et tu l’as cru, toi qui dis toujours que les jeunes diplômés sont des bullshits ambulantes ?
- — Euh…
Ayant l’avantage, je prends l’initiative :
- — Bon, coupons court : on se rencontre dans le petit parc que tu connais bien, près de la statue du vaillant pionnier, car il y a des choses qui ne se discutent pas au téléphone.
- — Attends, attends, tu ne vas quand même pas me…
- — Tu n’es pas en position pour me dicter quoique ce soit, Allan. Cinq heures PM précisément. Bye.
Je raccroche, je peux me le permettre, c’est moi qui mène la danse. Et je n’ai pas prévu de répondre à ses futurs appels. Moi, je sais appliquer une procédure dans les règles de l’art, et il devra suivre à la lettre celle que je lui impose, sinon…
Un petit parc
Comme convenu unilatéralement, nous nous rencontrons dans un petit parc proche de mon ancien lieu de travail. Tout de suite, Allan attaque dans le vif du sujet :
- — C’est pour cette raison que tu n’as rien dit quand t’as été viré ?
- — Bien sûr ! Je savais exactement comment les choses allaient se dérouler. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces.
- — Il faut que tu reviennes !
- — Tu m’as viré !
- — Je te réembauche et je t’augmente !
J’affiche un large sourire :
- — Je ne reviendrai pas, démerde-toi autrement. Sache que j’ai déjà monté ma petite boîte, elle s’occupe justement de solutionner certains types de soucis entrepreneuriaux.
- — OK, j’ai pigé. Tu demandes combien de la journée ?
- — Je ne travaille pas à la journée, je vends juste un ordi.
- — Un ordi ?
De loin, je lui montre une photo de mon ordinateur sur l’écran de mon smartphone :
Il éructe :
- — Tu te fiches de moi ?
- — Pas du tout… l’ordi, c’est la clé.
- — Comment ça ?
- — Pour que tu comprennes mieux, on va dire que c’est l’ordi qui possède le mot de passe pour certaines choses stratégiques, et sans mot de passe, tu ne passes pas. Et tu constateras que je n’ai pas augmenté le tarif. Pour preuve, j’ai enregistré notre conversation quand tu m’as foutu dehors.
À cette annonce, il grimace :
- — Tu n’avais pas confiance en moi ?
- — Oui, aucune confiance en toi ! D’ailleurs, j’avais raison : tu m’as viré sans aucun égard. Mais je savais déjà ce que tu allais faire et dire quand tu m’as convoqué.
Il affiche un petit sourire pervers :
- — Et si comme toi, j’ai enregistré notre conversation ? Celle de maintenant ?
- — Ça m’étonnerait énormément, t’es pas doué pour ce genre de truc.
- — Ah oui ? Moi aussi, je sais me servir d’un smartphone !
- — Ton fils a dû galérer pour que tu saches t’en servir ! Bon, ce n’est pas tout ça, mais j’ai autre chose à faire.
Je le plante sur place. Il est tellement ahuri qu’il ne pense pas à me courir après (ce qui lui ferait faire un peu d’exercice). Allan est trop habitué à ce qu’on plie devant lui. La désinvolture, il ne sait pas gérer. Peut-être qu’il l’a fait ensuite, mais j’avais déjà disparu, noyé à nouveau dans la foule. Je vais continuer à souffler le chaud et le froid, faisant en sorte qu’il ne comprenne rien de rien à ma façon d’agir.
De plus, j’ai quelque chose d’assez urgent à faire qui n’attendra pas son bon vouloir.
Smartphones
Un peu moins de deux heures plus tard, j’ai droit à un coup de fil venant de mon ex-employeur. Au ton de sa voix, Allan est furieux :
- — T’as fait quoi à mon smartphone ? Il ne fonctionne plus !
- — Moi, je n’ai rien fait ! Je ne l’ai même pas touché, tu ne l’as même pas montré. Tu as peut-être fait une fausse manip, tu n’as jamais été doué avec la technologie.
- — Mon fils vient de me dire que c’est comme si on avait effacé tout le contenu ! T’as utilisé un effaceur à distance, un truc comme ça ?
- — Si j’avais utilisé un effaceur, comme tu dis, mon smartphone aurait été effacé lui aussi, puisqu’en général, ça fonctionne dans un certain rayon. Or, rappelle-toi, je m’en suis servi devant toi.
J’entends la voix de Melvin en arrière-plan :
- — Il a raison : son smartphone aurait été effacé lui aussi…
- — Il ne peut pas le protéger ?
- — Tu m’as dit que Dany t’a montré une photo sur son appareil, il n’était pas protégé. De plus, comme ce genre d’appareil fonctionne avec un rayonnement électro-magnétique, il aurait fallu qu’il enferme son smartphone dans une sorte de coffre-fort en plomb.
Amusé, j’interviens :
- — Ton fils a parfaitement raison. Or tu ne m’as pas vu me balader avec un coffre-fort à roulettes !
- — Tu te fous de moi ?
- — Demande à tous les experts, ils te diront tous la même chose que ton fils. Et on n’a pas encore inventé le rayon de la mort pour smartphone. Remarque, peut-être que si, mais ça doit être ultra-secret et un gros bazar qui prend de la place !
Visiblement agacé, il se répète :
- — Tu te fous vraiment de moi !
- — Écoute, je ne vois pas pourquoi je devrais te caresser dans le sens du poil, après toutes les années que j’ai passées à faire fructifier la boîte, et tout ça pour que tu me vires du jour au lendemain afin de me remplacer par ton fils qui n’a aucune expérience pratique.
- — Justement, il faut que tu lui expliques !
- — Tu as dit que j’étais dépassé, obsolète et autres adjectifs du même acabit. Puisque tu connais tout sur tout, joue donc les profs auprès de ton fils.
Mon ex-patron s’adoucit un peu :
- — Bon, bon, j’admets que… je ne connais pas tout… mais si le système ne se remet pas correctement en route, l’entreprise risque très gros !
- — Tu aurais peut-être dû réfléchir un peu plus aux conséquences, et mieux aménager mon remplacement, ma transition avec ton fils. Ce que tu as fait à la place, c’est comme si tu avais viré en cours de route le chauffeur du bus pendant qu’il roulait, sans personne capable de le remplacer.
Allan est acculé :
- — Je te propose un deal : tu reviens en tant que consultant, tu remets le machin en route et tu formes Melvin, et tu seras payé grassement.
- — As-tu oublié que je ne cours pas après l’argent ? Tu me l’as assez reproché. De plus, mon avion part dans peu de temps.
- — Ton avion part ? Comment ça, ton avion part ?
- — Eh oui, j’ai décidé de prendre quelques vacances. Je n’en ai pas pris depuis longtemps, on se demande bien pourquoi, n’est-ce pas, Allan ?
- — Ah non ! Tu annules !
Au même moment, un jingle retentit.
- — Désolé, Allan, mais comme tu l’as sûrement entendu, je dois me présenter à l’embarquement.
- — Ah non ! Tu…
Mais j’ai déjà coupé la conversation, puis je mets mon téléphone en mode avion, ce qui est d’ailleurs obligatoire en pareil cas.
Miroir
Quand je reconnecte mon smartphone le lendemain, un peu avant midi (heure locale), après un trajet en avion et une bonne nuit de récupération, je constate qu’il y a plein d’appels et de messages. Je sais très bien qui les a envoyés. Je téléphone directement au bureau d’Allan. Si jamais il n’y est pas, je suppose que son fils a mis en place une redirection sur son nouveau smartphone.
À la première sonnerie, il décroche, puis entendant ma voix, il éructe :
- — T’étais passé où, son of bitch !
- — M’insulter n’arrangera pas tes affaires. Je te signale qu’on doit couper les communications quand on est dans un avion.
- — Et tu es où, là ?
Je me la joue royale :
- — Ça ne te regarde pas, Allan, tu n’es plus mon employeur, pas même un client ou un fournisseur ! Je passe mes vacances où tu veux, en Amérique, en Europe, en Asie, au Pôle Nord ou ailleurs. Mais si ça t’amuse, la prochaine fois, tu peux demander à faire tracer mon appel. Tu constateras que je ne suis pas à proximité.
Il peut toujours essayer, mais je sais faire transiter mes appels de telle façon qu’on ne puisse pas me localiser facilement. Les réseaux, ça me connaît. Radouci, Allan demande :
- — Mais ? Et le système !?
- — Comme je suis bon et généreux, je vais t’informer qu’il existe une procédure d’urgence qui débloque le tout, sans aucune perte, ça fonctionnera en mode sans échec, mais ça ne gère pas tous les détails.
- — C’est quoi cette procédure ? C’est combien ?
- — C’est gratuit.
Un silence de plomb s’installe. Interloqué, n’y comprenant plus rien, Allan demande :
- — C’est… gratuit ?
- — Oui, ça débloque la machinerie, mais seulement pour cinq jours exactement. Juste de quoi te prouver ma bonne foi.
- — Et on fait comment pour débloquer le bazar ?
- — Ton fils est présent ?
J’entends la voix de Melvin en arrière-plan :
- — Oui, je suis là…
- — Très bien : logue-toi avec le user et le password de ton père, va dans la racine, puis tu verras un dossier à mon prénom. Dedans, tu y trouveras un fichier qui s’appelle Melvin_01.
- — Comme mon prénom ?
- — Exactement ! Ton père ne me croyait pas trop quand je lui avais dit que je savais ce qu’il mijotait. Bon, tu lances cet exécutable, et ça repart pour cinq jours. Ah oui, tu verras d’autres prénoms, une cinquantaine, je te déconseille de les lancer sans savoir ce que c’est. Certains programmes sont néfastes.
Je perçois une nette appréhension dans sa voix :
- — Néfastes comment ?
- — Il y en a un dans le lot qui réinitialise tout à zéro, d’autres sont des machins de maintenance, et si tu ne sais pas quels paramètres mettre, tu peux faire du dégât.
- — Il y en a un qui remet tout en place définitivement ?
- — Peut-être que oui, peut-être que non.
Je ne vais quand même pas lui offrir la solution sur un plateau. Mon interlocuteur essaye de se la jouer finaude :
- — Et si j’analyse le contenu de ces fichiers ?
- — Tu es prié de ne pas confondre un programme compilé, donc en binaire, avec un simple batch en mode texte ! Me comprends-tu ?
- — Eh shit !
- — Je vois, ou plutôt, j’entends que tu as compris.
J’entends le fils discuter avec le père. Celui-ci lâche quelques jurons bien sentis. C’est sa voix que j’entends à nouveau :
- — T’avais tout prévu, big bastard !
- — Tu t’enfonces, Allan, tu t’enfonces !
J’entends son fils dire à son père que je suis en position de force et qu’en cinq jours, on ne pourra pas deviner à quoi servent les divers programmes. Sauf si on embauche à prix d’or une grosse équipe d’informaticiens. Je ne crains pas grand-chose, car il faudrait que ceux-ci sachent en quoi j’ai écrit tout ça. C’est là un de mes petits secrets.
Voyant qu’il est coincé, Allan est obligé de composer. Il change de conversation :
- — Je ne sais pas comment tu as fait pour mon smartphone, et les personnes que j’ai consultées ne sont pas capables de me donner une explication fiable. Mais au fond de moi, je suis persuadé que tu y es pour quelque chose. J’ai perdu des tas de choses importante, son of bitch !
- — Dans ce cas, explique-moi comment tu as pu voir une photo sur mon smartphone ?
- — Tu as peut-être activé ton rayon de la mort juste après !
- — Hahaha ! Au fait, tu es sur quoi ? Un téléphone du bureau ou un smartphone ?
- — Un nouveau smartphone, pourquoi ?
Je vais dans la salle de bain, je m’approche du miroir au-dessus du lavabo. Je lance la visio puis je bascule en mode haut-parleur :
- — Mets-toi en mode visio…
- — Euh… (Allan)
- — Je m’en occupe. (Melvin)
Peu après, je vois les deux visages de mes interlocuteurs. Allan fronce des sourcils :
- — T’es où ? On dirait une chambre d’hôtel, mais pas du bas de gamme.
Je ne réponds pas à sa question, je tends mon smartphone face au miroir :
- — Regarde : mon smartphone, tu vois, il fonctionne ! Tu m’as assez charrié sur le fait qu’il était dépassé pour que tu ne le reconnaisses pas.
- — Et si tu en avais acheté un autre ?
- — Regarde bien, Allan : on constate nettement qu’il n’est pas neuf. Et il serait facile pour des experts de prouver que c’est bien le mien depuis quelques années. De ce fait, tu perdras à coup sûr s’il te prend la fantaisie de m’attaquer à ce sujet.
À ce moment, Melvin dit à son père :
- — Il y a bien un programme à mon nom…
- — Eh bien, lance-le !
- — Et si c’était un piège ?
Je refais face à mon smartphone. Sur l’écran, je vois qu’Allan se tourne vers moi :
- — Tu veux toujours 100 000 dollars pour ton ordi qui est la clé ?
- — Quelle clé ?
- — La dernière fois, tu m’as dit que ton ordi était le mot de passe.
- — Décidément, tu ne sais pas quoi inventer pour tenter de me piéger ! Je parie que notre conversation est enregistrée, n’est-ce pas ?
Le rictus qu’il affiche parle pour lui. Je vois qu’il ne comprend plus rien. L’histoire de la clé sur l’ordi est en réalité un canular pour le faire bisquer. Là aussi, s’il m’attaque à ce sujet, je peux facilement prouver que c’est faux, qu’il affabule. Et le témoignage de son fils n’y changera rien, car on pensera qu’il tient avec son père. Je continue :
- — Je sais que tu es un adepte des coups tordus, tu l’as prouvé plus d’une fois quand nous travaillons ensemble. Je peux même faire la liste maintenant, clients, fournisseurs, contacts, comme ça, tu pourras la réécouter à ta guise.
- — Euh non, non…
- — Bon, tu as cinq jours devant toi. D’ici là, je te recontacterai. Et le jour J, je demanderai à ton fils de lancer autre chose.
Allan espère :
- — La manip définitive ?
- — Je vois que tu as le sens de la plaisanterie !
- — Ce petit jeu va durer longtemps ?
- — Jusqu’à ce que tu acceptes mes conditions.
- — Et lesquelles ?
J’affiche un sourire amusé :
- — Tu le sauras en temps voulu. Mais je te rassure, ce ne sera pas de l’argent.
- — Mais quoi alors ? (mine incrédule)
- — Tu le sauras en temps voulu. Entretemps, dans deux heures environ, pour te mettre dans le bain et te faire comprendre que tu n’as pas intérêt à me jouer un sale tour, je t’envoie une première vidéo. Comme ça, tu sauras sur quel pied danser. Allez, bye !
Sans attendre une quelconque réponse, je coupe sans complexe, posant ensuite mon smartphone sur une petite étagère de la salle de bain.
En terrasse
Je souris : Allan et Melvin ne sauront jamais comment j’ai fait mon coup pour le téléphone dans le parc. Pourtant, c’est si simple d’imprimer une photo sur un transparent, puis de la coller sur l’écran d’un vieux smartphone identique au mien, mais HS, surtout quand on la montre de loin.
Ravi de laisser mijoter Allan dans son jus, je sors de la salle de bain. Puis je vais sur la terrasse inondée de soleil. Je me penche sur un transat sur lequel se prélasse une jeune femme en maillot de bain :
- — Ton mari sera bientôt mûr à point pour accepter le divorce à ses torts.
- — T’es sûr de ton coup ?
- — Que peut-il faire d’autre, sachant que j’ai sous la main divers témoignages de ses infidélités et son système entre mes mains ?
- — Et il n’a rien sur nous ?
- — Il n’a même pas imaginé que toi et moi…
Puis je l’embrasse.