| n° 23657 | Fiche technique | 36038 caractères | 36038 6582 Temps de lecture estimé : 27 mn |
11/06/26 |
Résumé: Histoire d’une femme, d’un homme, le déroulé de faits qui mène à une rencontre. Une histoire comme chacun peut en vivre une... une histoire née des réseaux sociaux, si présents de nos jours ! | ||||
Critères: fh hplusag inconnu fsoumise hdomine | ||||
| Auteur : Jane Does Envoi mini-message | ||||
Le présent :
Un coup de klaxon ! C’est pour moi. Je prends mon sac, sors de chez moi et fais signe au chauffeur. Je traverse mon jardinet et m’approche du taxi. Galant, le conducteur quitte son siège et vient m’ouvrir la portière arrière, pour que je vienne poser mes fesses sur le siège moelleux. L’homme ensuite fait le tour du véhicule et se glisse de nouveau sous son volant.
Je sens que ma voix est enrouée. Un léger et subtil tremblement, une altération qu’il ne remarque peut-être pas. Mon cœur bat à tout rompre. Je pousse une sorte de soupir et la voiture s’ébranle dans le flot de la circulation versaillaise. Cette fois, je vais vers mon destin, vers je ne sais encore quelle folie ! Parce que je réalise, là, le derrière confortablement installé sur cette banquette, que je vais forcément faire la pire erreur de ma vie. Alors pourquoi est-ce que j’y vais ? Je suis incapable de réagir et me laisse bercer par le ronron du moteur. Je sens, par le biais du rétroviseur intérieur, peser sur moi les regards du conducteur. Mais il reste sagement silencieux.
— xXx —
Quelques semaines plus tôt :
Un samedi soir ordinaire et je me sens seule. Je fais le point sur à peu près tout depuis quelques jours. Impossible à définir ce qui me pousse à vouloir rompre, à tout prix, avec cette solitude dans laquelle je m’englue, soir après soir. Alors ? Ben, je suis de la génération « réseaux sociaux », et comme tous les gens de mon âge, ça fait bizarre, à vingt-huit ans, de dire cela, mais c’est sur mon ordinateur que j’imagine trouver une solution à mon problème. Un site de tchat sur lequel je viens tenter d’avoir une conversation « normale » en ce fichu samedi soir. Les messages échangés sont d’un niveau peu élevé et, lorsqu’un homme sous le pseudo de Stéphen m’interpelle, je songe que nous n’allons pas aller très loin dans la discussion.
Mais, à mon grand étonnement, celui-ci, d’une part, ne me tutoie pas d’emblée et, surtout, se montre très courtois, poli également. Et, finalement, les échanges, que je pensais vite écourter, nous permettent de faire connaissance virtuellement. Il faut dire que je suis peureuse de nature et que me jeter dans les bras du premier inconnu venu n’est pas vraiment mon truc. Mais j’avoue que le type, quarantaine finissante à ses dires, est sympathique et qu’il ne force pas le trait. Nous parlons de sujets tels que la peinture, la littérature et il me parait avoir autre chose en tête qu’une rencontre immédiate. Ce qui m’aurait fait le zapper immédiatement.
Là, lorsque nous nous saluons pour prendre congé, que je lève les yeux sur l’horloge de mon salon, je m’aperçois que nous venons de voler deux bonnes heures au temps et que je n’ai rien vu passer de ces minutes-là. Pour un peu, je regretterais presque que nous n’ayons pas échangé nos téléphones. Il est vrai qu’au cours de nos messages, il a laissé entendre qu’il revenait régulièrement sur ce site et que, finalement, c’était sans doute une manière déguisée de me faire savoir que je pouvais l’y retrouver. Je suis presque énervée, pour ne pas dire surexcitée, par ce long moment de bavardage avec ce fameux Stéphen.
Tant et si bien que le dimanche après-midi, dès mon déjeuner terminé, je me logue de nouveau sur le site en question. L’oiseau ne parait pas et j’ai droit à des avances plutôt directes de la part de pauvres types qui s’imaginent sans doute que toutes les femmes, les filles, qui viennent là sont des prostituées. Je me lasse et envisage rapidement de fermer mon PC quand un mot, émanant de Stéphen, tombe sur mon écran.
Évidemment, je réponds favorablement à cette demande, soulagée d’un coup de voir réapparaitre celui qui, la veille, m’a laissé un bon souvenir et nous reprenons notre verbiage là où nous l’avions abandonné. Tout est d’un coup moins triste autour de moi. Stéphen m’explique qu’il est seul depuis presque aussi longtemps que moi, qu’il travaille en banlieue et j’apprécie sa culture, sa manière de faire des phrases cohérentes, en un mot comme en mille, cet homme a quelque chose que les autres n’ont pas. Ça reste mystérieux, pour moi, cette alchimie qui se crée entre nous et, une fois encore, la soirée arrive trop vite. En revanche, nous convenons d’un rendez-vous le soir suivant et il en sera de même pour tous les soirs de la semaine.
Une sorte de relation épistolaire se met donc en place, et l’homme est affable, juste curieux ce qu’il faut et de mon côté, je ne saurais dire ce que je ressens. Une sensation d’exister ! Oui, c’est exactement ça, il me donne l’impression de s’intéresser à ma petite personne et ma solitude se fait moins oppressante, moins pesante. Il ne cherche pas, non plus, à obtenir à tout prix un rencard, et s’il nous arrive de loin en loin d’effleurer le sujet d’une rencontre moins abstraite, jamais il ne tente de m’imposer un quelconque calendrier. Il en apprend beaucoup de ma vie, je me livre petit à petit et je suppose que lui fait de même. Ainsi son prénom usuel est Marc.
— xXx —
Le présent :
Je suis perdue dans mes pensées et ne réalise que le chauffeur me parle que lorsqu’il réitère sa demande.
La voiture ralentit et finit par stopper devant un immeuble haut de plusieurs étages.
Il sort du véhicule et m’ouvre la porte. Je descends sur le trottoir, règle ma course et l’homme me jette un coup d’œil plus que prolongé. Est-ce que mon visage reflète cette angoisse grandissante qui m’habite ? En tout cas, il me lance un dernier sourire, me salue poliment et le taxi reprend sa route. Je suis donc devant le lieu où Marc m’a demandé de le rejoindre. Le bâtiment est cossu, signe d’une aisance financière de celui qui m’a fait venir ici. Je dois pourtant respirer un peu plus profondément pour calmer cette peur qui m’étreint depuis quelques secondes. Je sais que je me mens en pensant cela, parce que la trouille s’est invitée en moi depuis bien plus longtemps, depuis une conversation très équivoque que Marc et moi avons eue. C’est aussi pour cette raison que je sais que je vais faire une grosse connerie.
— xXx —
Flash-back sur la relation :
Si, soir après soir, je me dévoile au sens figuré du terme, lui me raconte sa vie, ses déboires, ses espérances et je me sens de plus en plus proche de ce qu’il dit ressentir. Lentement, il instille dans mon esprit une confiance qui ne se dément plus au fil du temps. Nous parlons ouvertement de choses plus intimes. Il s’ouvre également à ses désirs, ses attentes, qui sont bien éloignées de mes propres aspirations. Mais il a une telle verve, un tel bagout que ses mots finissent par m’envouter. S’il me raconte comment il vit, je ne retiens de tout ceci que ce qu’il aimerait vivre, s’il dénichait la compagne idéale. Nous nous parlons plus ouvertement de sexualité et il sait donc mon abstinence totale depuis mon dernier amant, c’est-à-dire au moins deux ans déjà.
Il a aussi parfois des questions qui devraient pourtant éveiller mes soupçons quant à ses aspirations générales et à sa vision d’une histoire d’amour. Stéphen, un pseudo pas choisi par hasard, mais je n’y entrave rien. Et un soir, il doit y avoir tout au plus deux semaines, il me parle enfin ouvertement de sa tendance à la domination, me laissant sous-entendre que je lui parais avoir des penchants de soumission. Ce qui n’évoque rien dans mon cerveau, si ce n’est qu’il m’est difficile de croire que deux êtres puissent s’attacher l’un à l’autre dans des phases perverses, et Dieu seul sait combien, dans mon esprit, dominance et soumission sont rejetées. Je l’écoute cependant avec attention et enregistre fatalement une bonne partie de ses paroles.
Marc n’est nullement insistant et ne m’impose aucunement ses points de vue. Il se borne à me les raconter, et me pose de temps à autre une question que je juge incongrue, mais à laquelle, béatement, je réponds simplement. Nous en arrivons donc au stade des confidences plus crues. Il est avide de tout connaitre de moi, dit-il. Comment je m’habille pour sortir, me demande s’il m’est déjà arrivé de ne pas porter de sous-vêtements, des détails qui devraient m’alerter, mais dont je ne prends pas ombrage. Et puis, un soir par jeu, il me met au défi de répondre à quelques questions plus intimes. Je dois être franche, ne pas hésiter sous peine d’un gage. Je ris de cette façon délurée de dialoguer et arrive le moment de la découverte de nos bouilles.
Il est le premier à mettre sa caméra en route et je découvre donc un homme bien charpenté, tempes plus sel que poivre. Il présente bien, une barbe et des cheveux bien taillés et il en vient à plaisanter sur les poils. Est-ce que j’en ai, si oui, où sont-ils situés ? Est-ce que je suis une adepte du tout lisse, ou du ticket de métro ? Et comme je réponds avec une fraction d’hésitation, tout de go, il me rappelle que j’ai droit à un gage. Bon ! Je ne me sens pas chaude, chaude pour lui donner mon accord, d’autant que je ne sais pas ce qu’il va me demander. Je tente de botter en touche et là, par contre, il se fait plus insistant. Oh ! Pas des ordres vraiment, mais plus une manière de m’amener là où il le désire, d’un ton presque implorant.
Si bien que je finis par lui répondre d’une voix blanche :
Stupéfaite, je le vois qui se redresse, se relève de son siège et il porte la main à sa braguette.
Pas le temps de dire un mot supplémentaire que déjà sa patte fait glisser le zip vers le bas. Quand sa main quitte l’endroit, son sexe bondit hors du tissu, diable trépidant hors de sa boite. Mes yeux sont là qui lorgnent sur la quille qui monte vers la ceinture, raide et hyper tendue. Et sa voix est bien plus posée pour me lancer :
Cet échange devient bouillant et j’hésite, ne sachant si je dois y mettre fin ou accéder à sa demande. Ça dure un long moment où, dans ma tête, un vrai chaos s’implante. Et puis, entre pouce et index, je dégrafe les quatre boutons qui maintiennent clos mon chemisier. Il a déjà une vue directe sur mon soutien-gorge en dentelle blanche. Il ne parle plus, attentif au moindre de mes mouvements. Comment puis-je faire cela ? Je ferme les paupières et, lentement, je relève les deux bonnets qui tiennent au secret mes lolos. Cette fois, les aréoles et leurs pointes centrales sont bien en évidence, sous l’œil rond de ma webcam. Marc émet un petit sifflement, il me complimente.
Un soupir à me fendre l’âme et d’un geste empressé, je range tout mon attirail. Mon visage est cramoisi par ce que je viens d’oser. Pas un seul instant, je ne songe pourtant que je viens de mettre le pied dans un engrenage vertigineux. Mon Dieu ! Tout ce que j’exècre sur la toile m’arrive à moi. Si Marc n’est plus un total inconnu, je ne peux, en aucun cas, dire que nous sommes déjà si proches. Il se passe cependant un truc très bizarre. Il réussit, alors que nous ne nous sommes jamais seulement frôlés autrement que par écran interposé, à me mettre le feu au corps. Il m’encourage, également, à aller visiter des sites dédiés à ce que je persiste à nommer : des déviances. En fait, il s’agit surtout de forum où des femmes décrivent, assez bien du reste, leurs jouissances dans une forme d’amour ou de sexe que je juge toujours très loin de mes propres aspirations personnelles.
Je dois vraiment admettre que certains récits me font un drôle d’effet et qu’il m’arrive de me sentir envahie par un besoin irrépressible de me caresser. Est-ce le but recherché par celui avec qui désormais je corresponds quotidiennement ? C’est lors d’une soirée où il « rate » notre rendez-vous prévu que je mesure le manque que cela provoque chez moi. Je me pose mille questions, étonnée d’abord, puis anxieuse de sa défection. Oui ! Je ne peux que constater la place que Marc prend dans mon existence, alors que nous ne nous sommes vus que de façon virtuelle. À sa réapparition le soir suivant, je n’ose pas lui parler de son silence de la veille. C’est lui qui me devance en me lançant presque joyeusement :
— xXx —
Le présent :
Je cherche le numéro de l’appartement de celui qui doit m’attendre. Mon doigt pointe sur le bouton de l’interphone. Une simple pression, à laquelle un grésillement répond avant qu’une voix masculine déformée ne me parvienne aux oreilles.
Si les mots qui me claquent dans les conduits auditifs sont suffisamment clairs, ma réponse est plus éraillée. L’émotion me gagne littéralement alors que je fais exactement ce qu’il vient de me prescrire. Un hall dans la pénombre où mes pas m’entrainent vers la porte de l’ascenseur qui dessert les étages. Celui-ci s’ébranle dès que mon index hésitant frôle le numéro quatre. Il n’est plus temps d’avoir des scrupules ou de faire preuve d’une trouille indicible. Je suis au pied du mur. Et le chuintement des portes qui s’ouvrent automatiquement dès l’arrêt de la cabine, me voici sur le palier de Marc. Un rai de lumière m’indique sans risque d’erreur l’endroit où je suis attendue.
Je n’en mène pas large alors que je pénètre dans l’entrée du bonhomme. Et il est enfin devant moi, ou plus vraisemblablement, c’est moi qui suis face à lui.
Je me défais de ce qui couvre mon buste et je sens peser sur mon corsage le regard trouble de mon hôte. Il se passe un bout de langue sur les lèvres, comme pour les humecter, et j’en déduis que l’examen de passage est validé.
Il rit, et quelque part, je me sens obligée de faire de même, histoire de me détendre. Nous traversons une salle à manger bien agencée, un boudoir élégant est là qui nous accueille. Deux fauteuils, un canapé avec une méridienne, une commode ou un meuble qui y ressemble et du menton, il m’invite à prendre place où je veux. Où poser mes fesses ? J’opte pour un des fauteuils, lequel est tourné vers le long divan. Marc se cale au milieu de l’assise, le dos plaqué contre le dossier de cuir roux. Il demeure silencieux, sans pour cela me quitter des yeux. Une façon particulière de jouer au chat et je suis la souris, sans aucun doute possible. Puis, soudain, sa voix fracasse le calme ambigu qui nous entoure.
Le mot est sec, coupant comme un morceau de verre. Il me crucifie sur place et, sans même m’en rendre compte, je me raidis sur mon crapaud. Mouvement qui n’échappe sûrement pas à la vigilance de celui qui me reçoit.
Il reste impassible, me fixant avec une certaine intensité qui me fait frémir. Il continue sur sa lancée et la question qui m’arrive est dans la droite ligne de ce qu’il vient d’énoncer.
Cette fois, c’est moi qui viens encore de lui répondre trop brutalement, comme si ça tombait sous le sens. Il est vrai que depuis quelques années, les amours se conjuguent différemment, les gens n’ont plus besoin de se cacher. Mon « non » trop agressif amène sur les lippes de Marc un sourire qui en dit long sur ce qu’il pense. Il ne fait cependant aucun commentaire, et reprend sans ambages.
Là encore, c’est trop abrupt, je le sens dès que le mot franchit mes lèvres. Nouveau sourire équivoque de Marc.
Voilà encore une réponse d’une originalité à toute épreuve. Je me fais l’effet d’un perroquet qui répète ce qu’il entend. Et l’homme se redresse. Il quitte la pièce sans se préoccuper de ce que je viens de dire. J’entends dans mon dos un bruit de verre, de porte de réfrigérateur qui s’ouvre et se ferme et lorsqu’il reparait dans mon champ de vision, une bouteille de bulles trône sur un plateau en compagnie de deux flutes. Une fraction de seconde encore et le muselet quitte le col de la bouteille, alors que d’un coup de poignet avisé, Marc fait sauter le bouchon. Malgré le fait que je m’y attends, le bruit me surprend tout de même.
Je suis hypnotisée par la couleur or du breuvage qui coule dans chacune des flutes. L’homme reste debout et je réalise qu’il est grand. Juste une affaire d’attention sans nul doute ! Et il me tend un des deux récipients où pétillent de fines bulles. D’un bras rapide, il lève son verre et m’invite à suivre son mouvement.
Tout en me dévisageant, l’homme me reverse une rasade de champagne et mes lèvres sont de nouveau humectées par ce breuvage divin. Lui en profite pour repousser la table basse qui sépare les fauteuils du sofa.
Je dois être rouge de honte et je baisse les yeux pour ne plus soutenir le regard de celui qui m’inflige un véritable interrogatoire. Je voudrais être une souris et dégoter un trou pour m’y cacher. Marc s’est maintenant assis mes pieds et il pose ses mains sur mes chevilles. Pas de tentative de caresses, non. Il s’agit seulement d’ouvrir mes jambes pour qu’il puisse mettre en appui son cou contre le rebord de l’assise sur laquelle je me tiens. Il me tourne délibérément le dos, pour éviter de lire la crainte dans mes yeux, cette panique qu’il m’inspire ? Peut-être ! Sa nuque repose contre mon fauteuil et sa chevelure, elle, se trouve plaquée contre ma jupe. Quant à ses paumes, elles réchauffent désormais mes orteils délicatement. Mes hauts talons ont pris le large.
— xXx —
Quelque temps auparavant :
Ça tourne en boucle dans mon crâne. Marc ne revient pas discuter avec moi. Et là, franchement, je mesure le vide que sa disparition laisse en moi. Il me manque pour de bon. Ne suis-je pas en train de tomber amoureuse de cet homme, qui n’est cependant encore pour moi que virtuel ? Nos seuls échanges étant ces contacts réguliers sur ce réseau social où nous communiquons. Les images sont là bien entendu, mais est-ce que ça remplace la présence de celui avec qui je dialogue quotidiennement ? Non ! J’imagine immédiatement que son refus de reprendre attache avec ma petite personne fait suite à mon rejet de céder à ses derniers caprices. Mais bon sang, combien la punition me montre à quel point je me suis entichée de ce gaillard !
J’ai toujours quelques bribes de phrases qui me tournicotent au fond du cerveau, en particulier ces dernières paroles avant qu’il ne coupe la communication. — « Lucille, tu sais comment me joindre ! Mais ne le fais que si tu es prête à t’engager un minimum. Pour ton et mon plaisir… » — inutile de dire que je déambule dans mon appartement vide et terriblement silencieux. Comment supporter ces murs qui m’enserrent dans ses griffes muettes ? Je suis mal dans ma peau et au fond de mon crâne dansent les derniers mots de l’homme qui, incontestablement, me manque. C’est totalement idiot, fou aussi. Comment et pourquoi me suis-je entichée d’une ombre ? Et surtout d’un homme dont les attentes sont si peu en adéquation avec les miennes ?
Folle ! Je suis folle, c’est sûr. Et je repense à toutes nos longues conversations, à ses impensables espérances. Petit à petit, j’arrive même à me persuader que je suis trop conne, que j’aurais pu essayer. Une fois au moins pour voir, pour comprendre. Peut-être aussi aurais-je pu le séduire, l’amener à m’aimer d’une manière plus conventionnelle ? Un vœu pieux qui, par instant, me traverse l’esprit. Là encore, je sais bien que je fais l’autruche, que c’est impossible, que les gens ne changent jamais. Mais allez savoir pourquoi, je mets en balance les avantages et les inconvénients. Le plateau de celle-là balance à mon sens vers l’envie d’être, l’espace d’une soirée, moins solitaire et mon cerveau obture le reste. Oui ! Je me berce d’illusions, je veux avoir foi en la nature humaine, en ma bonne étoile.
Lentement, dans ma caboche germe l’idée d’aller vers ce qu’il rêve de me faire faire. Et tout aussi graduellement, mes pensées glissent vers les dix chiffres de son téléphone, avec quelques démangeaisons pour ne pas saisir le mien immédiatement et m’avouer vaincue. Ma résistance fléchit au troisième soir sans nouvelles. Un dernier sursaut qui me secoue tout le corps au terme du cinquième jour et c’est bel et bien le vendredi, vers dix-neuf heures trente, que tout chez moi craque de partout. Avachie sur mon lit, dans ma main mon Android, mon index imbécile tapote les numéros de mon clavier téléphonique. Un silence juste perturbé par deux sonneries lointaines et une voix… celle de ce Marc qui répond.
Sur un papier, avec le palpitant qui joue des castagnettes dans ma poitrine, je griffonne sur un post-it : dix-sept rue Daumier, Paris Seizième ! C’est de nouveau un drôle de silence. La peur s’infiltre partout en moi. Je sais que je viens, que je vais commettre l’irréparable, mais il me reste une nuit pour y réfléchir ! Sera-t-elle bonne conseillère ? Rien n’est moins certain ! Je me glisse alors dans ma couche sans toutefois parvenir à m’endormir. Trop anxieuse, trop énervée, surtout trop excitée par ma démarche de crétine. J’ai le sentiment que je viens de sauter les deux pieds joints dans une monstrueuse imbécilité, que je vais être dévorée toute crue.
Mon Dieu ! Quelle nuit de cauchemar, mal vécue, longue au possible ! Et pour faire bonne mesure, un coup de chaud que je ne sais pas réprimer. Tous mes efforts pour faire le vide dans mon cerveau sont vains. Il est là, encore et toujours, ce Marc qui a une tout autre vision de l’amour que moi. J’arrive même à lui trouver des excuses, en imaginant que je peux le faire changer d’avis. Et au petit matin, traits tirés, je ne suis guère plus avancée. J’avoue que tout est déboussolé en moi. Mon corps ne semble plus vouloir m’obéir, et mes nerfs à fleur de peau, je dois passer un temps infini pour avoir l’air présentable à l’heure de ce fichu rendez-vous que je ne voudrais pas honorer.
Vêtements sexy, sous-vêtements neufs, maquillage plutôt réussi, je n’imagine absolument pas une seconde, que je peux reculer. Et je persiste à m’enfoncer dans la connerie qui se profile. Tant et si bien que voici le temps de saisir mon téléphone pour… commander ce taxi qui doit m’emmener rue Daumier. Et tout au long de la route, je suis encore hésitante ! C’est le chauffeur qui me tire de mes réflexions par ces quelques mots.
* — Madame, nous sommes dans la rue Daumier ! Devant quel immeuble dois-je vous déposer ?
— xXx —
La suite de la soirée :
Il me caresse les petons, se baisse et sa bouche vient baiser mes chevilles. Lentement, sans à coup, il ose et je laisse aller. Jusque-là, rien d’anormal, une sorte de crescendo dans l’ascension d’un plaisir diffus qui me coule dans les veines. Il s’aventure de plus en plus haut et me voici quasiment en transe. Les frissons se transforment en vagues de frémissements qui me surprennent. Les paupières closes, j’apprécie cette lente montée d’un plaisir trouble. Celui-là va de pair avec une humidification significative d’un endroit chez moi qui n’a sûrement plus transpiré depuis bien trop longtemps. J’aime ces attouchements lents, préludes à d’autres câlins plus profonds. C’est en fait ce que j’espère depuis que les paumes me frictionnent les gambettes.
Je sens simplement que Marc se retourne, bien qu’il ne se redresse pas. Sa voix chevrotante et néanmoins suave me rattrape.
Je n’ai pas de mots pour décrire le ressenti de ce que m’inspirent ces quelques mots. Bien sûr que je le désire, que je le veux plus que tout. Mais ce que lui veut est-ce bien compatible avec mes propres espoirs ? Suis-je d’accord pour le registre qu’il a proposé depuis que nous sommes en relation ? Comment trouver les bons arguments pour repousser cette trouille vertigineuse qui m’étreint les tripes ? Qui aussi, honnêtement, me donne une chaleur inconnue, incontrôlable et exquise. Alors, le borborygme qui sort de mon gosier peut aussi bien s’entendre par un oui autant qu’un non. Et des deux mots, Marc choisit forcément celui qui lui sied le mieux.
Je suis tétanisée par ce qu’il me demande, alors qu’il décolle son corps du fauteuil, dans le but évident de me faire suffisamment de place pour que j’obtempère. Et aussi bête que ce soit, mes jambes flageolantes arrivent à tenir mon corps en équilibre à la verticale. Il sait la partie à demi gagnée.
D’un coup, je me sens chavirée. Tout tourne autour de moi. Sont-ce bien mes doigts qui cherchent fébrilement la pression qui retient la ceinture de mon vêtement collée à ma taille ? Le tissu devient lâche, il glisse sous son propre poids vers le sol, encerclant mes chevilles qui font obstacle. Alors ? Eh bien, je soulève un pied, puis l’autre et c’est une de ses pattes qui repousse le chiffon loin de nous, sur le sol. Je suis en culotte, toujours le torse habillé. Me demande-t-il de dégrafer ma chemise ? Je ne sais plus trop, mais de nouveau, mes phalanges s’impatientent sur les boutons et finissent par les faire jaillir de leurs alvéoles.
Marc est resté genoux devant moi qui le surplombe. Il a un regard attendri, comme en extase devant mon corps de femme sur lequel ne demeure que l’essentiel. Juste assez de fringues pour être sexy sans avoir l’air complètement vulgaire ? Je me dis cela, mais qu’en pense-t-il vraiment ? Pas le temps de me faire une réponse muette que déjà sa bouille se plaque sur le triangle sombre qui me couvre le sexe. Je peux, à travers le fragile rempart, sentir le souffle chaud exhalé par sa bouche. Il renifle mes dessous, tel un chien de chasse sur la piste d’un gibier. N’est-ce pas ce que je suis, en fait ? Cette seule réflexion devrait me faire ruer dans les brancards et me faire bouillir.
Si je bous, ce n’est déjà plus de honte ou d’une quelconque peur. Non ! La chair de poule qui m’envahit a une cause bien plus profonde. Mon ventre, mon corps, ma tête, tout est comme poussé vers cet avenir qu’il me garantit. Et je sais que je vais succomber. Je suis là, dolente, vaincue et presque impatiente de subir ce qui m’est promis. Mes yeux se ferment comme pour ne plus voir, ne plus savoir et ce sont bien mes paumes qui, sur le sommet de son crâne, pressent son visage contre… mon sexe affamé qui pleure. La soirée prend une tournure que je n’ai pas anticipée, même si je l’ai appelée de tous mes vœux.
Ma nuit est à lui ! La nuit est à moi et le reste nous appartient. Pour le meilleur et pour le pire ?