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Temps de lecture estimé : 19 mn
26/05/26
Résumé:  Un couple part en vacances pour tenter de recoller les morceaux.
Critères:  #regret #adultère fh vacances sauna
Auteur : Selby  (Apprentie entremetteuse de mots)      Envoi mini-message
L'espoir

Cela fait presque trois ans que notre couple est en état végétatif. La passion s’est envolée depuis longtemps. Tout est entièrement de ma faute. J’ai la chance inouïe que notre mariage tienne encore debout après ce que j’ai fait : mon adultère a fait voler en éclat quinze années de vie commune.


La thérapie conjugale a réussi à combler un peu le fossé qui s’était creusé entre nous. Les séances nous ont appris à parler sans hurler, à écouter sans accuser. Mais la confiance ? Elle n’est plus qu’un souvenir lointain. Quant à notre vie sexuelle… elle est réduite à néant. Un désert silencieux où un simple frôlement devient gênant. Nous cohabitons comme deux colocataires polis qui partagent le même lit sans oser se toucher.


C’est pourquoi j’ai été si surprise quand il a proposé, un soir de novembre, que nous pliions bagage tous les cinq pour des vacances : nous deux et nos trois chats. Lui qui déteste partir de la maison, lui qui fuit le moindre changement, il voulait du jour au lendemain s’évader du quotidien. Quitter cette maison en travaux perpétuels qui nous étouffe un peu plus chaque jour. Se ressourcer, rien qu’en famille. Il avait déjà tout prévu, une location isolée au bord d’un lac, loin de tout. Moi, j’ai réservé un van aménagé pour que le voyage soit confortable, avec assez de place pour les chats et leurs innombrables affaires.


Pendant six mois, ce projet m’a semblé presque irréel, comme une promesse qu’on se fait sans y croire vraiment. Un rêve fragile que la réalité pouvait briser à tout moment. Mais ce matin, c’est le jour J.


Je referme doucement la porte derrière moi et descends l’allée. Le soleil se lève à peine, l’air est encore frais. Lui est resté à la maison pour faire le check-up final de la liste : croquettes, litière, jouets, médicaments, vêtements, tout ce qu’il faut pour que ce voyage ne tourne pas au cauchemar. Je l’imagine, penché sur la table de la cuisine, cochant chaque case avec cette concentration minutieuse qui lui est si particulière. C’est sa façon à lui de reprendre le contrôle, de s’assurer que rien ne nous échappera cette fois.


En roulant vers l’agence de location, je sens une boule se former dans ma gorge. Trois ans à marcher sur des œufs, à peser chaque mot, à me détester un peu plus chaque jour. Et maintenant, ce voyage. Est-ce une deuxième chance ou juste une parenthèse avant que tout ne s’effondre à nouveau ? Les chats, au moins, ne savent rien de nos silences. Ils seront contents de découvrir de nouveaux arbres à griffer et des fenêtres où s’allonger au soleil.


Quand je gare le van devant la maison, il m’attend sur le perron. Nos regards se croisent. Il y a toujours cette petite fissure dans le sien, cette ombre de doute qu’il ne parvient pas tout à fait à cacher. Mais il sourit. Un vrai sourire, timide et presque timoré.



Je hoche la tête, la gorge serrée. Nous chargeons le van en silence, côte à côte, comme avant. Les trois minous miaulent dans le van, curieux et un peu indignés. Quand tout est enfin calé, il grimpe côté passager et je m’installe au volant. Le moteur ronronne doucement.


Avant de démarrer, il pose sa main sur la mienne, un geste rare, hésitant. Je sens les larmes monter. Pour la première fois depuis longtemps, je ne les retiens pas. Je serre ses doigts, enclenche la première et prends la route. Derrière nous, la maison en travaux disparaît dans le rétroviseur. Devant, le lac nous attend, et peut-être, juste peut-être, un nouveau chapitre.



Les premiers kilomètres se passent dans un silence presque paisible. Le van ronronne, les chats observent l’horizon par les fenêtres grillagées. Le soleil caresse les champs. Lui regarde défiler le paysage, un léger sourire aux lèvres. Je me surprends à espérer que ce voyage sera vraiment un nouveau départ.


Mais la route nous rappelle vite que rien n’est jamais simple.


À peine cent cinquante kilomètres plus tard, le GPS se met à buguer. « Recalcul en cours… » répète l’exclamation synthétique pour la quatrième fois. Nous nous retrouvons sur une minuscule départementale oubliée, bordée de champs de maïs. Les panneaux sont illisibles, couverts de boue. Lui fronce les sourcils, consulte la carte sur son téléphone.



Le ton est léger, mais je sens une petite pique dans sa voix. Je serre le volant un brin plus fort. Avant que je puisse répondre, un miaulement strident éclate à l’arrière. Le silence qui suit est lourd. Le GPS finit par nous ramener sur le bon chemin, mais l’ambiance a changé. La culpabilité remonte, sournoise.


On s’arrête à mi-chemin, pour se dégourdir et manger un peu, les félins stressés préfèrent faire leurs toilettes. On est toujours dans les temps, mais on reste dans le van pour se restaurer pour rassurer nos animaux. De toute façon, la météo n’est pas à la fête, des ondées passagères arrosent gracieusement notre pare-brise. J’aurais aimé marcher, mais je n’ai pas le courage d’affronter cette petite bruine. Nos mains se frôlent. Un rire nerveux nous échappe en même temps.


Je passe à l’arrière pour calmer les chats, agités par le bruit de la pluie qui frappe le toit. Il fixe la vitre ruisselante.



Je souris malgré moi.



Cédric boucle sa ceinture, je prends ça pour un signe pour continuer l’aventure.


Après quatre heures de route, le van s’immobilise enfin devant la location. Notre hôte nous attend déjà sur le perron ; Cédric l’avait prévenu quelques minutes plus tôt par message. La vue qui s’offre à nous est encore plus époustouflante que sur les photos du site : le lac s’étend à perte de vue, entouré de collines boisées. L’air sent l’eau fraîche et la résine de pin.


Pendant que Cédric décharge le van, je m’occupe d’installer nos affaires à l’intérieur. Les chats, sortis de leurs caisses avec prudence, explorent les lieux. Ils semblent immédiatement séduits par les immenses baies vitrées qui ouvrent sur le paysage. Ils s’y postent comme des sentinelles, la queue frétillante, ils se sentent déjà comme chez eux.


Fatigués par la route et le stress du déménagement, nous n’avons aucune envie de ressortir. Nous commandons une pizza – rien de très local, mais ce soir, c’est exactement ce qu’il nous faut. Installés sur le canapé, nous mangeons en silence, laissant nos félins s’acclimater avec nous. Ils reniflent chaque recoin, sautent sur les fauteuils, marquent leur territoire d’un coup de menton. Pour la première fois depuis des mois, la maison résonne de petits bruits familiers : ronronnements, miaulements discrets, griffes sur le parquet. C’est presque apaisant.


Il est vingt-deux heures passées quand nous terminons le rangement et la découverte des lieux. La fatigue nous tombe dessus d’un coup. La douche attendra demain. Nous décidons d’aller nous coucher.


Comme à notre habitude depuis trois ans, nous nous déshabillons chacun dans notre coin, sans un regard. Lui garde son caleçon ample, moi je reste en simple culotte. Le lit, pourtant standard, nous semble soudain minuscule avec deux humains et trois chats. Encerclés par nos minous qui se collent à nous comme jamais, nous nous retrouvons pressés l’un contre l’autre, peau contre peau, presque malgré nous.


Le silence et la fatigue l’emportent. Cédric me souhaite une bonne nuit d’une voix basse, bascule sur le côté et me tourne le dos. Je fixe le plafond, le cœur serré par cette proximité inhabituelle.


La nuit n’est pas reposante. Le matelas inconnu, la literie différente, tout me dérange. Les chats, perturbés par le changement, restent collés contre nous – eux qui d’habitude préfèrent la solitude nocturne. Je me réveille sans cesse, entre deux ronronnements et un coup de patte.


À un moment, Cédric modifie sa position, probablement poussé par l’un d’eux. Soudain, sa peau chaude se plaque contre mon dos. Sa respiration lente et régulière vient mourir sur ma nuque. C’est le premier contact charnel qu’il pose sur moi depuis trois ans. Involontaire, certes, mais réel. Mon corps réagit malgré moi : je tends légèrement les fesses, cherchant instinctivement une possible érection nocturne. Rien. Son caleçon reste flasque, indifférent. Je me mords la lèvre, partagée entre la déception et une étrange tendresse. Même dans le sommeil, il garde une certaine distance.


Au petit matin, la lumière du lac filtre doucement à travers les volets. Les chats dorment encore, roulés en boule au pied du lit. Cédric n’a pas bougé. Sa main repose à présent sur ma hanche, inconsciente, chaude. Je reste immobile, osant à peine respirer, de peur de briser ce fragile équilibre.


Il finit par se réveiller. Ses doigts se crispent une seconde sur ma peau, comme s’il réalisait seulement maintenant où ils étaient appuyés. Il la retire, nos regards se croisent dans la pénombre.



Un silence. Puis il se redresse sur un coude. Ses yeux sont encore lourds de sommeil. Les chats s’étirent, sentant que la journée commence. Cédric passe sa main dans ses cheveux, hésite, puis la colle de nouveau sur ma hanche, volontairement. Je sens les larmes monter. Pour la première fois depuis trois ans, je pose ma main sur la sienne et la serre.


Dehors, le lac scintille sous le soleil levant, comme une invitation à reprendre doucement contact avec le monde. Les chats miaulent avec insistance, réclamant leur petit-déjeuner. Cédric se décolle de moi avec une certaine brusquerie, presque comme s’il regrettait déjà cette proximité irréfléchie. Il se redresse pour s’occuper d’eux, rompant l’instant fragile que nous venions à peine de partager.


Je profite de ce moment pour filer dans la salle de bains. Je prends une longue douche chaude, me lave avec soin, me pomponne plus que d’habitude. J’enfile un pyjama confortable, espérant secrètement qu’il pousse la porte et me rejoigne. Mais il ne le fait pas. Quand je sors, il a déjà déjeuné et m’attend patiemment. Il me demande, d’une voix un peu hésitante, si ça me tente de faire une randonnée aujourd’hui. Je hoche la tête, soulagée qu’il propose quelque chose ensemble. Il s’engouffre alors à son tour dans la salle de bain.


Avant de partir, je m’étais longuement interrogée sur les vêtements à emporter. Devais-je oser quelque chose de plus sexy ? Ou au contraire rester dans des habits sages pour ne pas risquer d’être mal interprétée ? La peur de ses gestes, de ses silences ou de ses jugements m’avait finalement poussée vers des choix confortables : féminins, mais discrets. Rien qui puisse être perçu comme une provocation ou une tentative maladroite de séduction.


L’avantage du van, c’est cette intimité mobile qu’il nous offre. Après avoir mangé au restaurant dans nos tenues de ville, nous nous arrêtons au départ du sentier. À l’abri des regards, rideaux tirés, nous nous changeons à l’arrière. Contrairement à hier soir où chacun se déshabillait dans son coin, cette fois nous le faisons côte à côte, dans un espace réduit qui rend l’instant presque intime.


Sa vision ne vacille pas. Il reste fixé sur mon visage, comme s’il craignait de franchir une limite invisible. Moi, en revanche, je ne me prive pas : dès qu’il se retourne, je laisse mon regard s’attarder sur ses fesses, sur la ligne de son dos, sur cette peau que je n’ai presque plus touchée depuis trois ans. Un mélange de désir et de nostalgie me serre la gorge.


Une fois prêts, nous nous mettons en route sur le sentier qui longe l’étendue d’eau. L’air est doux, chargé d’odeurs de pin et d’humus. Les chats, laissés à la maison avec de la nourriture et des jeux, dorment probablement déjà sur le canapé. Pour la première fois depuis belle lurette, nous marchons côte à côte sans que la quiétude soit pesante.


Au bout d’une heure, nous arrivons à un petit promontoire rocailleux offrant une vue magnifique sur le lac. Nous nous asseyons sur un rocher plat, un peu essoufflés. Cédric sort une bouteille d’eau de son sac et me la tend.



Je tourne la tête vers lui, surprise par cette confidence. Il a les yeux fixés sur l’eau. Je pose ma main sur la sienne, hésitante. Il entrelace ses doigts aux miens. Le geste est simple, mais il me semble immense. Nous restons un moment ainsi, main dans la main, à contempler le lac. Le vent subtil fait frissonner les feuilles autour de nous. Quand nous reprenons le chemin du retour, nos pas sont plus légers, presque synchrones.


De retour à la location, les chats nous accueillent avec des miaulements joyeux et impatients, tournant autour de nos jambes comme pour nous reprocher notre absence. Pendant que Cédric leur donne à manger, je prépare un thé. Pour la première fois depuis très longtemps, l’idée de la soirée qui nous attend m’intrigue un peu.



Bercés par cette nature généreuse qui nous ramène avec nostalgie vers les débuts insouciants de notre relation, nous enchaînons les balades les jours suivants. Nous explorons les massifs rocheux, découvrons des cascades cristallines, des points de vue vertigineux sur les lacs miroitants et des névés de neige résiduelle qui scintillent encore en altitude. Nous profitons pleinement de ces vacances, sans nous soucier de rien d’autre que l’instant présent. Nous abandonnons la cuisine et nous laissons séduire par les petits restaurants locaux, savourant des plats simples et délicieux.


Dans la maison, les habitudes évoluent doucement. La porte de la salle de bain est désormais ouverte. Parfois je le croise en sortant de la douche, une serviette autour de la taille ; parfois c’est lui qui m’aperçoit passer. Il n’y a aucun voyeurisme, juste la tranquille intimité d’un couple qui recommence à partager leur espace sans gêne.


Les contacts physiques se font plus fréquents. J’ose entrelacer mes doigts aux siens pendant nos promenades, déposer un baiser léger sur sa joue au retour d’une balade, ou laisser ma main s’attarder un peu plus longtemps sur son bras ou son dos. Je veille cependant à ne jamais franchir la ligne invisible qui pourrait tout faire basculer.


Lui reste plus réservé. La plupart du temps, je le trouve songeur, le regard perdu sur le lac ou sur un point lointain. Je vois qu’il cogite sans cesse, que les questions tournent encore dans sa tête. Je n’ose pas toujours lui demander à quoi il pense, de peur de briser la bulle fragile que nous avons créée.


Le beau temps est avec nous. En ce début avril, le mercure grimpe jusqu’à 25 degrés. La chaleur est douce, presque estivale. Un soir, après une longue randonnée, je délaisse mon pyjama et reste simplement en culotte dans la maison. Je me sens à l’aise, naturelle. Je ne sais pas s’il approuve ou s’il est gêné, mais il ne dit rien. Il se contente de me regarder parfois, plus longtemps que d’habitude, avant de détourner les yeux.


Je sais que je deviens plus entreprenante, presque insistante, mais je n’ai plus le choix. Notre séjour touche à sa fin ; demain sera déjà le dernier jour. Le temps presse, et je refuse de rentrer chez nous sans avoir tenté, une ultime fois, de briser le mur qui nous sépare.


Je prétexte avoir chaud pour prendre une douche tardive, pour mettre en valeur mon corps. Je m’épile les sourcils, je rase mes aisselles et éradique les poils disgracieux qui ont poussés plus bas, jusqu’à ce que ma peau soit douce et parfaitement lisse. Je veux qu’il me voie vraiment. Je souhaite qu’il me désire à nouveau, même si je sais à quel point c’est difficile pour lui.


Quand je sors de la salle de bain, je ne prends pas la peine de m’habiller. Nue, je rejoins la chambre où il est déjà allongé. Je fais mine de chercher quelque chose dans mon sac, tournant lentement sur moi-même, offrant mon corps à la lumière tamisée de la lampe de chevet. Je sens son regard sur moi, même s’il essaie de le dissimuler.



Il acquiesce d’un simple mouvement de tête, la voix neutre :



Pourtant, je vois bien qu’il remarque que je me suis apprêtée plus que de raison pour « seulement dormir ». Ses yeux s’égarent furtivement entre mes cuisses entrouvertes, une fraction de seconde à peine, avant de se détourner. Ce bref regard me donne un peu d’espoir.


Je m’allonge à côté de lui, assez près pour que nos peaux se frôlent. Le silence s’installe, lourd, mais pas hostile. Je décide de pousser un peu plus loin.



Il tourne légèrement la tête vers moi. Un sourire triste, presque résigné, étire ses lèvres.



Sa réponse est douce, mais je perçois la distance. Il m’aime, je le sais. Pourtant, quelque chose en lui reste verrouillé.


La nuit avance paresseusement, lourde et silencieuse. Allongée nue contre lui, je sens la chaleur de son corps tout proche, presque inaccessible. Encouragée par l’obscurité et le peu de temps qu’il nous reste, je me tourne vers lui. Ma main glisse avec une lenteur délibérée sur son torse, descend le long de son ventre, effleure la ceinture de son caleçon. J’ose aller plus loin, mes doigts caressent le tissu, cherchant un signe de vie. Je la sens, tiède et molle sous ma paume. Mais rien ne se passe. Aucune réaction. Aucune érection. Juste une immobilité presque douloureuse.


Soudain, dans un geste brusque, il se retourne et remonte la couette jusqu’à ses épaules, m’excluant d’un mouvement sec. Le message est clair : stop. Je reste figée, le cœur serré, nue et vulnérable dans le lit devenu trop grand. Le silence qui suit est assourdissant.


Quand je me réveille, la chambre est vide. Seuls les chats dorment paisiblement, roulés en boule au pied du matelas. La porte de la salle de bain est fermée. Je tends l’oreille : aucun bruit d’eau. La bouilloire siffle dans la cuisine. Je me lève sans prendre le temps de m’habiller et me faufile jusqu’à la pièce. Personne. Intriguée, je repars vers le salon. Toujours rien.


C’est alors que je le vois, dehors sur la terrasse. Il est debout, une tasse de café fumante à la main, seulement vêtu d’un tee-shirt et d’un short fin malgré la fraîcheur du petit matin. Son attention est concentrée sur le lac, les épaules légèrement voûtées. Il semble à des kilomètres de moi.


Je pousse doucement la porte-fenêtre et sors à mon tour. L’air vivifiant me fait frissonner. Il m’entend approcher, mais ne se retourne pas immédiatement. Quand il le fait, son visage est marqué par une fatigue profonde, et quelque chose de plus sombre dans le regard – une amertume mêlée de frustration, peut-être même une colère qu’il s’efforce d’étouffer.



Il soupire, boit une gorgée de café avant de répondre.



Il pose enfin les yeux sur moi, et je vois à quel point il est tourmenté. Pendant quelques secondes, il semble chercher ses mots, puis il force un sourire qui ne monte pas jusqu’à ses oreilles.



Je marque une pause, pour scruter ses réactions à chaud.



Il hoche la tête, touché par mon effort visible de sauver cette dernière journée.



Nous prenons le petit-déjeuner en silence à l’intérieur. Les chats tournent autour de nous, réclamant des caresses. Cédric est poli, attentionné, il me sert du thé et me demande si je veux du pain grillé. Mais ses gestes sont mécaniques, comme s’il jouait un rôle qu’il connaît par cœur sans plus y croire vraiment.


Vers onze heures, nous partons pour le restaurant. Le repas est excellent : vue sur le lac, service impeccable, plats raffinés. Cédric commande une bonne bouteille de vin et fait des efforts pour entretenir la conversation. Il me parle des paysages que nous avons découverts, des chats qui ont adoré la terrasse, des travaux qui nous attendent à la maison. Il rit même à un de mes commentaires. Pourtant, je remarque qu’il évite soigneusement tout contact physique : pas de main sur la mienne, pas de genou contre le mien sous la table. Dès que nos regards se croisent à peine trop longtemps, il détourne les yeux.


L’après-midi, la balade à cheval est magnifique. Le guide nous emmène sur des sentiers en hauteur, avec des vues à couper le souffle. Pour la première fois de la journée, je sens Cédric se détendre un peu. Le rythme lent du cheval, le grand air, le mouvement : tout cela semble apaiser quelque chose en lui. À un moment, il se rapproche de mon équidé et pose brièvement sa main sur ma cuisse, juste au-dessus du genou. Le geste est bref, presque timide.


De retour à la location en fin d’après-midi, couverts de poussière et de sueur. La tiédeur de la journée colle à notre peau.



Je suis surprise, mais j’accepte immédiatement, le cœur battant.


Nous entrons dans la grande salle de bain aux carrelages clairs. Je propose de l’allumer pendant que Cédric règle la température du jet. Sans un mot, il retire son tee-shirt, puis son short, et se glisse sous l’eau. Je fais de même, laissant tomber mon kimono. Nous nous retrouvons tous les deux nus sous le large pommeau.


L’eau chaude ruisselle sur nos corps, emportant la sueur et la poussière de la journée. Au début, nous restons côte à côte, silencieux, presque étrangers. Puis je me tourne vers lui. Mes yeux glissent lentement sur sa peau mouillée, sur les muscles de ses épaules, sur son buste qui se soulève au rythme de sa respiration. Il prend le gel douche, en verse dans sa paume et commence à se savonner. Ses gestes sont mécaniques, presque défensifs.


Je m’approche avec une douceur presque solennelle, je pose mes mains sur lui et prends le relais. Je lave son torse, ses bras, son ventre. Mes paumes descendent plus bas, glissent sur ses reins, puis sur ses fesses. Je sens ses muscles se contracter sous mes doigts.


Je continue, caressant son sexe avec tendresse, espérant, contre toute raison, une réaction. Il est lourd, tiède, mais reste complètement flasque. Rien. Aucune érection. Son corps ne répond pas. Son souffle s’accélère, mais c’est de frustration plus que de désir. C’est devenu une lutte. Il ferme les yeux, mâchoire serrée, et appuie soudain son front contre le mien. L’eau coule sur nos visages mêlés. Enlacés sous le jet, peau contre peau, dans une intimité cruelle où la passion n’arrive plus à naître. C’est à la fois sensible et douloureux.


Il m’embrasse sur l’épaule, d’un baiser presque désespéré. Ses mains se posent une dernière fois sur mon corps, comme pour le mémoriser, avant qu’il ne coupe brutalement le mitigeur.


Nous nous essuyons en silence, le poids des non-dits nous étouffe. Les serviettes autour du cou, nous entrons dans le petit sauna en bois. La chaleur nous enveloppe immédiatement, dense, suffocante, presque opprimante. Je m’allonge sur le banc supérieur, une jambe relevée pour éviter que mes cuisses ne se collent. Cédric s’assied en face de moi, assez près pour que mes orteils effleurent ses rotules. Il garde les genoux serrés, les mains posées dessus, comme pour cacher ce qui ne se manifeste plus. La sueur perle rapidement sur nos peaux. Le silence n’est brisé que par le craquement discret des pierres chaudes.


Au bout de quelques minutes, son regard coule sur moi. Il s’attarde sur mes seins luisants, sur mon ventre, sur mes cuisses entrouvertes. Je vois le désir lutter contre ses démons dans ses yeux. Les miens sont mi-clos. Je soupire, laisse mes doigts glisser distraitement sur ma peau humide, effleurant mon intimité. Je tends un pied vers lui, m’insinue entre ses mains, tentant désespérément de réveiller ce qui est mort.



Puis son intonation change. Elle devient plus faible, plus lourde, comme si chaque mot lui coûtait, les yeux brillants dans la pénombre rougeoyante du sauna.



Sa voix se brise net. Il passe une main tremblante sur son visage, comme pour chasser les images qui le torturent.



Le silence qui suit est abyssal. La chaleur du sauna devient presque insupportable. La sueur coule sur nos visages, se mélange peut-être à des larmes. Je reste nue, exposée, vulnérable, face à l’homme que j’aime et qui m’aime encore. À présent, je comprends vraiment l’ampleur de la blessure que je lui ai infligée.


Cédric se lève brusquement. Il me regarde une dernière fois, les yeux brillants de douleur et d’épuisement.



Il sort du sauna sans un mot de plus, me laissant seule dans la chaleur suffocante, dénudée, tremblante, avec pour unique compagnie le craquement des pierres et le poids écrasant de ce que j’ai détruit.


Dehors, la nuit tombe sur le lac. Notre dernière soirée de vacances vient de basculer dans quelque chose de définitif.