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n° 23634Fiche technique20203 caractères20203
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Temps de lecture estimé : 15 mn
19/05/26
Résumé:  Un drame et la vie qui bascule...
Critères:  #drame #nonérotique #dystopie
Auteur : Jane Does      Envoi mini-message

Projet de groupe : Journal_intime
Un jour... une heure...

Un courrier ce matin du directeur de la prison arrive dans ma boîte. Qu’est-ce qu’il me veut encore, ce type ? Il n’a pas été fichu de garder correctement mon mari, et maintenant, il m’écrit. Je décachette l’enveloppe à l’en-tête de la maison d’arrêt où Damien a mis fin à ses jours. Gorge nouée, les larmes qui affluent entre mes cils embrumés, je décrypte plus que je ne lis les mots par lesquels, le bonhomme m’invite à aller récupérer les effets personnels de mon mari. Six mois dans les geôles de la République pour avoir blessé un voleur qui s’était introduit dans notre maison… et il y a quinze jours… la catastrophe.



Sept mois plus tôt



Mon mari se redresse dans le lit et tend l’oreille. Puis, d’un coup, convaincu que j’ai raison, il saute sur le sol. Drôle de voir mon homme nu qui court vers la porte. Je lui crie des mots, mais lui ne m’écoute déjà plus. Nous dormons à l’étage et les sons qui me parviennent proviennent de la salle à manger et du salon. Je reste en retrait, terrorisée par l’idée qu’un voleur ou plusieurs se sont introduits chez nous. Je ne songe pas un seul instant à prendre mon portable pour appeler la police. Et au rez-de-chaussée… des éclats de voix me remontent. Damien est sans doute face à l’intrus et les bruits sont plutôt des cris désormais. Un affrontement entre mon mari et celui ou ceux qui sont entrés par effraction dans notre maison ?


Je descends prudemment les escaliers et… Damien est au pied de ceux-ci, les mains couvertes de sang appuyées sur la poitrine d’un inconnu. Près de lui, un type gigote, couché sur le sol.



Damien est agenouillé auprès du loustic qui saigne abondamment. Il maintient sur le torse du gars une sorte de point de compression et paraît affolé.



Enfin je parviens à réagir. Et mon doigt appuie sur les touches pour composer le numéro du SAMU. J’explique mon cas et le gars me demande un tas de détails. Je n’ai aucune idée du genre de blessure dont souffre notre agresseur. Et c’est Damien, vers la bouche de qui je porte l’appareil qui explique à l’autre au bout du fil, de quoi il retourne, sans pour cela cesser son geste de survie. Et voilà, comment une petite dizaine de minutes plus tard, pompiers et flics débarquent à notre domicile. Le médecin et les soigneurs prennent en charge le blessé et mon homme est prostré dans un coin, avec un policier qui reste à ses côtés. Il est toujours nu, et je vais lui chercher un peignoir, pour lui rendre un peu de dignité.


Le blessé est évacué et l’heure est désormais aux explications. Nous sommes donc priés de nous vêtir décemment et nous devons suivre les flics qui nous emmènent au commissariat pour tirer au clair cette affaire.


Séparée de Damien, je raconte le peu que je sais de cette histoire, répète sans relâche que c’est moi qui ai alerté mon mari sur le bruit provenant des pièces à vivre de notre maison. Les policiers me questionnent également sur le déroulé de l’altercation entre le voleur et Damien… mais là, je n’ai rien à leur dire, puisque je n’ai véritablement rien vu. Toutes mes paroles sont mises noir sur blanc et je suis abandonnée là dans la salle d’interrogatoire. Ce n’est que plus tard qu’une femme en uniforme vient m’informer que Damien, lui, est en garde à vue. Je ne pige pas trop, mais la nana me raconte que c’est la procédure en cas de blessures corporelles. Et elle m’invite à rentrer chez moi. Depuis cette nuit-là, je n’ai plus revu mon mari.


Le juge chargé du dossier ne croit pas à sa version de l’autodéfense et il est mis en examen pour tentative d’assassinat ou de meurtre, je ne saisis pas bien la différence. Et de mon côté, le même juge me signifie que je suis à mon tour soupçonnée de complicité dans cette affaire. Le monde à l’envers, quoi ! Et j’ai interdiction de communiquer avec mon mari de quelque manière que ce soit. La terre entière s’arrête de tourner rond pour lui et moi. Je ne pige pas cette justice qui nous broie un peu plus chaque jour.



Quinze jours plus tôt


Neuf heures du matin, et mon portable sonne sur la table du salon. Le nom de mon avocate s’affiche sur l’écran. Peut-être enfin pour m’annoncer une bonne nouvelle ? La libération de mon homme ? Je veux y croire en décrochant avec espoir.



Le silence m’étouffe. Pourquoi ne veut-elle rien me dire au téléphone ? La demande de mise en liberté transmise au juge d’instruction a encore été refusée ? C’est forcément ça qu’elle veut m’annoncer. Je suis inquiète, mais pas… au point de hurler. Ils vont bien finir par se rendre compte que Damien n’a fait que se défendre et défendre notre maison, après tout. Je me morfonds cependant dans l’attente de l’avocate. Et elle est à ma porte une vingtaine de minutes plus tard. À sa mine, je me dis que ce n’est pas un simple rejet de la libération de mon mari qui l’amène. Elle a une gueule fermée, tendue, et je sens de suite que ça ne tourne pas rond.



L’avocate ne dit plus rien. Son teint est cireux, et sans doute que le sang qui reflue de mon visage me montre dans un pareil état. Lentement, les mots font leur chemin en moi. Je ne peux pas me résoudre à croire ce que je viens d’écouter, d’entendre ! Non ! Et tout chez moi craque. Une loque, je suis sur le point d’un coup de m’écrouler. En fait, toutes mes forces s’évanouissent et je ne suis plus qu’une poupée de chiffon qui glisserait sur le carreau de ma cuisine si Maître Laétitia Grégoire ne se précipitait à mon secours en glissant une chaise sous mes fesses. Ma tête entre les mains, je sanglote sur le coin de la table. Comment tout ça est possible ? Nous vivions heureux et tout se délite autour de nous… de moi qui me prends en pleine face cette affreuse nouvelle.


Damien… pourquoi avoir fait un tel geste si définitif ? La prison ! Nous savions bien, lui et moi, qu’il n’avait rien à y faire. De plus, notre voleur est depuis longtemps dans la nature, sans avoir été plus inquiété que cela. Le monde à l’envers, oui, je maudis ce type, le juge et cette justice qui me vole mon bonheur. Dès que mon conseil a rempli sa mission, celle de m’avertir, elle se retire sans bruit. Me voilà face à mes démons et mes doutes. Mes sanglots n’y changeront rien et je suis dans le déni le plus pur. Impossible de me faire à cette idée que je ne reverrai plus mon amour. Comment ceci serait-il possible ? Non ! Non ! Non et non ! Et même décédé, je n’ai pas le droit d’aller le voir.


Les jours qui suivent sont de vrais cauchemars. Je suis un zombie qui survit plus que je ne vis. J’oublie les repas, je suis dans un rêve perpétuel. Je lui parle, et arrive même à lui crier dessus. Oh Damien… vingt ans de vie commune et nous sommes séparés par la faute d’un vulgaire malfrat, un voleur sans envergure que tu as en plus aidé à remettre sur pied ! Je ne peux pas croire que plus jamais, je ne te serrerai dans mes bras, que tous nos beaux projets s’envolent avec ton âme, par un geste malheureux. C’est… au-dessus de mes forces. Et le passage dans le bureau du juge qui m’annonce avec une sorte de sourire que l’action de la justice est éteinte… Heureusement que Maître Grégoire me retient… ce mec est une ordure !



Retour au présent


Là, la lettre de la maison d’arrêt qui tremble dans mes mains, c’est la dernière chose à laquelle je m’attendais. Il me reste donc encore quelques bribes de mon mari, par le biais de ses affaires qui vont m’être remises. Pas question que j’affronte le regard de ces salauds qui n’ont pas su seulement faire correctement leur boulot. Est-ce si compliqué, en vérité, de faire des rondes, de s’assurer que tout va bien pour ceux qu’ils sont chargés de surveiller ? Mon conseil préconise d’engager des poursuites contre l’administration pénitentiaire. Le pot de fer contre le pot de terre, quoi. Mais, par principe, je vais aller au combat. Et Maître Grégoire va aussi me représenter pour la récupération des effets personnels de mon Damien.


J’ai trop de haine contre ces gens-là ! Mieux vaut que je reste sagement chez moi. Et c’est à l’issue de la cérémonie des obsèques de mon mari que je reçois donc le sac contenant quelques vêtements, son alliance, et les courriers échangés avec son représentant, un autre avocat que le mien. Mais dans le fond du sachet, un bloc de papier à lettres anodin. Et… en parcourant les premières pages, je peux voir que Damien, pour tromper son ennui derrière les barreaux, a écrit ce qui lui passait par la tête. Alors, un peu pour le retrouver, oublier mon chagrin, voire le retenir encore quelques instants en vie dans ma caboche, je débute la lecture de ce qu’il a couché sur le papier. Et dès les premières lignes, je sens son désespoir qui transpire dans ses mots.



Feuillet un


Je ne comprends pas ce que je fiche ici. Pourvu que tu ne souffres pas trop, ma Louise, de cette situation. Mais, bon Dieu, chaque jour qui passe, tu me manques davantage, mon amour. C’est inhumain de me faire payer les mauvaises actions d’un autre. Ce type… que faisait-il dans notre salon ? Oh, Louise, si tu savais combien j’ai peur de ce qui nous arrive. Pourquoi nous ? Pourquoi suis-je là ? Et ce juge ! La justice, ce n’est pas ça ! Je n’ai fait que me défendre et voilà où ça mène d’être trop gentil.


Encore une chance que ce gars ne soit pas mort dans notre bagarre. Combien de temps vais-je devoir être séparé de toi, ma Louise ? Il y a des cris aux fenêtres depuis la tombée du jour jusqu’au lever du soleil. Impossible de vraiment dormir. De temps en temps aussi, des hurlements montent d’on ne sait où, on jurerait que des loups sont dans la place. Et les sons se propagent plus la nuit, ce qui rend encore plus effrayante cette solitude. Mon Dieu ! Ma Louise, je veux croire qu’ils ne vont pas te mettre aussi en cellule.


Je vais te raconter… trois mètres sur quatre, un lit, une table. Rien d’autre et je ne vois personne. Enfin si, les surveillants et les personnels de la prison. Mais je n’ai rien et tourne en rond dans cette cage où la fenêtre ne se contente pas d’être munie de barreaux. Non ! Ils sont en plus doublés d’une sorte de grille. Les autres appellent cela du métal déployé ! Il paraît que c’est pour interdire de se passer des trucs d’une cellule à l’autre. Tu parles ! Les grillages sont troués de partout et, dès la nuit tombée… des morceaux de draps font voyager des objets ou des sachets… mon voisin de la cellule à côté dit que ce sont des « yoyo ». Si beaucoup finissent dans le concertina, une sorte de barbelé qui surmonte les murs, un s’est accroché dans ma grille.


Incroyable ! Mais le sachet qui était au bout contenait un morceau de cannabis. La ronde passait et le gars qui l’a envoyé m’a demandé de le planquer. Tu te rends compte… je suis le complice d’inconnus qui traficotent de la drogue. Même dans ce lieu très fermé, elle circule partout. C’est sur les toilettes que le surveillant de nuit m’a vu. Oui… rien ne sépare cet endroit du reste de la cellule. Bonjour la vue et les odeurs. Mais comment faire autrement ? Demain… j’irai en promenade, le gars du shit veut me parler. C’est con, mais la loi ne semble pas celle de la vie courante ici. Enfin… merde. Je suis déjà dans la mouise jusqu’au cou… tu me manques terriblement, ma Louise.



Feuillet deux


J’ai dû arrêter d’écrire hier soir. Les gardiens ont coupé les lumières. Ça ne calme personne et ça rend encore plus glauque ma cellule. Ce matin, le maton a tapé dans la porte pour me réveiller. Il m’a dit que je serais « extrait ». Je ne sais pas seulement ce que ça veut dire et c’est mon voisin qui m’a renseigné. Je vais aller au palais de justice pour voir mon juge. Il va peut-être me libérer. Si seulement, j’ai tellement besoin de toi, Louise. Ton corps me manque et durant mes nombreux réveils nocturnes… je te jure qu’il m’arrive malgré tout d’avoir une trique d’enfer, rien qu’en t’imaginant nue dans notre lit.


Voilà ! Je rentre du palais et pas question de libération. Le juge veut me voir aller jusqu’à la cour d’assises et il m’a notifié une plainte de notre voleur. Il se porte partie civile… c’est encore moi qui vais devoir lui payer des dommages et intérêts ! Tu crois ça, toi ? Comme j’aimerais savoir là ce que tu deviens. Bon… je dois encore ranger mon crayon… j’ai droit à une fouille de cellule.


Une heure ! La fouille a duré une heure et j’ai eu la trouille qu’il déniche le shit de l’autre détenu. Un coup à en prendre pour quelques mois de plus. Mais bon ! Sans doute n’ont-ils pas mis un zèle excessif dans leurs recherches, à moins que ce ne soit ma planque qui soit très bonne. Je dois me débarrasser de cette merde au plus vite. Pas envie de me faire pincer encore une fois, à la place d’un autre. C’est de plus en plus insupportable. Déjà deux mois, ma chérie, et pas un seul courrier ou une preuve de vie de ta part. Je hais cette justice qui me vole ma vie. Merde ! J’en ai marre et j’ai de plus en plus envie de me taper la tête au mur. Pourquoi personne ne veut me parler ou m’écouter ?



Troisième feuillet


Quatre mois… et j’ai cessé de me faire mal en écrivant ce qui me tient tant à cœur. Mais malgré tout, c’est bien là, devant ma page blanche, que je me sens de nouveau un homme. Parce que durant tous ces jours qui défilent, je suis plus un animal qu’un être humain. Je rêve de quoi ? Une simple poignée de main, un vrai bonjour lancé avec sincérité. Tout est neutre, impersonnel, tout le monde se fiche bien de ce que nous devenons et sans rire… pour un peu, je deviendrais plus délinquant qu’à mon arrivée ici. Mais il y a ton souvenir, ma Louise. Je veux tenir le coup pour toi. Je ne sais pas quand je sortirai de cette ratière, mais je garde un moral inébranlable. Je ferme les yeux quand tout ne va pas bien et je danse dans tes parfums. Ils sont ancrés en moi et je me raccroche à des petits riens, des détails qui me reviennent.


Tu te souviens ? Ta petite robe bain de soleil… celle fleurie que j’ai craqué en me précipitant trop pour te l’arracher plus que te l’enlever. Eh bien, elle m’apporte des images qui me réconfortent. Mais ça me fait mal de resonger à tous ces moments heureux. Je ne sais pas s’ils reviendront et puis… depuis tout ce temps que dure mon absence, un autre ne m’a pas encore remplacé ? Mes idées noires sont là ! J’en ai parlé à l’infirmier… je verrai le médecin lors de son prochain passage. Il ne fait que des vacations ici. J’ai besoin d’un truc pour dormir et j’en dégote grâce au type pour qui j’ai mis en sécurité sa came. Il m’a refilé une dizaine de cachetons pour dormir. Il peut m’en procurer d’autres si besoin !


Louise… je t’aime d’aussi loin que ces murs peuvent me le révéler. Louise, mon amour… comme je voudrais écouter le son de ta voix. Elle s’efface de ma mémoire comme celles de tous ceux que j’ai aimés et qui ne sont plus là. Mais toi… tu ne dois pas, tu ne peux pas me quitter comme ça. Je n’y suis pour rien… Je crois qu’il vaut mieux que j’arrête d’écrire des conneries sur mon papier à lettres. Tant pis ! Je veux juste te revoir ou me rappeler de ton sourire. Et de tes yeux… oui ! Ceux-là aussi, ils me hantent à chaque fois que j’ouvre les paupières… Louise, ma belle Louise… je t’aime !



Quatrième et dernier feuillet


Louise ! Tu es tout pour moi et c’est décidé, je vais te rejoindre. Je vais m’évader d’ici ! Non, ne crains rien ! Tout est mieux que de crever à petit feu dans ce cube de béton où je suis privé de tout, sans raison. Une nuit qui aura mis à mal des années de bonheur. Mon fournisseur m’a fait passer de quoi faire une belle fête. Un vrai feu d’artifice pour saluer ce salaud de juge et niquer cette société qui se dit justicière. Mais avant tout cela… je veux te dire encore et encore que je t’aime. Et que tu comptes plus que tout pour moi, ma Louise.


Ils m’ont pris la seule chose à laquelle j’attachais une certaine valeur. La liberté, la maison, l’argent, tout cela n’est rien sans le plus précieux des trésors, TOI ! Et puisque l’ultime punition, c’est de me priver de la source de mon existence en nous interdisant de nous serrer dans les bras l’un de l’autre, alors, je n’ai plus vraiment d’espoir. Mon avocat est venu me voir. Je viens d’être renvoyé devant les assises et maintenu en détention jusqu’à ce que la cour se réunisse. Ça peut encore prendre un an ou deux. Tu m’imagines encore privé de toi, loin de ton amour durant des mois et des mois ? Je n’en peux plus.


Notre voleur, lui, est passé au tribunal… deux mois avec sursis, voilà la peine que les juges lui ont infligée et moi… je vais pourrir ici des années sans doute. Est-ce que tu crois vraiment, ma Louise, que c’est ça la justice ? Mais, si j’ai tenu jusqu’à ce soir avec le secret espoir que nous nous reverrions, je sais désormais que je n’ai plus le droit de t’imposer cette injustifiable attente. Je t’aime assez pour te demander de refaire ta vie. Oublie-moi, trouve-toi un gentil monsieur pour te donner tout l’amour dont tu as besoin. De mon côté, je vais me libérer de mes chaînes… mais je t’emporte avec moi, grâce à tous les beaux souvenirs qui sont gravés dans ma mémoire…


Je t’aime, ma Louise, et… je vais m’endormir avec ton sourire… Peut-être que le son de tes éclats de rire va m’accompagner… dans mon voyage. Le yoyo, ce soir, est dans ma cellule et non pas à l’extérieur de la fenêtre. Je t’embrasse mon amour et… merci pour toutes ces années de bonheur… je t’aime, ma Louise… jusqu’à mon dernier souffle.



Final


Mes mains froissent les papiers et je suis sans forces. Rien de pire ne pouvait m’arriver. Damien me crie son amour et celui-là entre par tous les pores de ma peau. Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais plus comment prendre ce monde de fou. Machinalement, je plie les feuilles qui sont les dernières traces de vie de celui qui, jusqu’au bout, m’a crié son amour. Que me reste-t-il ? Cette vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Comment surmonter ce genre d’épreuve ? Le juge a levé les mesures qui m’imposaient de circuler sans son accord… quelle importance, puisque grâce à toute cette boue remuée, mon seul amour m’est définitivement retiré ?


Je me demande comment certaines personnes peuvent encore dormir la conscience en paix, chaque nuit après avoir créé tant de misère… mais la terre, elle, continue de tourner, sans se préoccuper de rien. Je sais que je vais désormais me battre pour rendre une vraie justice à mon Damien. Peu importe si j’y tue le peu d’énergie qui me fait encore tenir debout. Notre amour vaut bien plus que tous les trésors de la planète… ma guerre, ou mieux, ma croisade commence là, avec ces quelques derniers mots d’un homme qui a su me donner tant de bonheur.