| n° 23629 | Fiche technique | 20247 caractères | 20247 3392 Temps de lecture estimé : 14 mn |
14/05/26 |
Résumé: Récit historique, Nice sous l’occupation.
Si certains survivent, d’autres n’ont jamais cessé le combat. Héros dont personne ne connaîtra jamais le nom. | ||||
Critères: #chronique #drame #historique #rencontre | ||||
| Auteur : Patrick Paris Envoi mini-message | ||||
| Projet de groupe : Les petits secrets que l'Histoire vous a cachés |
Ouf ! Cette fois encore, grâce à son sourire, Marie est passée sans anicroche. Elle n’était pas rassurée. Pourtant, elle les connaît bien, les soldats qui contrôlent la sortie de la ville depuis bientôt deux ans, elle passe de l’autre côté une ou deux fois par mois. Ils ne pensent plus depuis longtemps à fouiller les sacoches de son vélo, et surtout pas le double fond de sa trousse d’infirmière. Son alibi est sans faille, elle va donner des soins dans un petit village perché dans la montagne, là où habitent ses grands-parents.
Toujours le sourire aux lèvres, un fichu sur la tête ou les cheveux au vent, la robe légère, aucun des soldats ne pourrait imaginer que cette frêle jeune fille va porter aux hommes du maquis, des nouvelles de leurs familles, le courrier de proches, et les ordres venus de Londres. Marie est confiante, ce qui ne l’empêche pas d’être vigilante.
Certains la draguent un peu, elle laisse faire en souriant, ne pas les encourager, mais toujours être gentille, c’est ce qu’elle a appris. Si certains sont trop pressants, elle part d’un rire cristallin en enfourchant son vélo.
Ses grands-parents ne manquent de rien à la ferme. Marie rapporte chaque soir de la viande et des légumes tellement difficiles à trouver en ville. Dans le sens du retour, personne ne fait plus attention à elle. Elle passe sans s’arrêter, sans oublier un petit salut aux soldats qui la suivent des yeux.
Son métier d’infirmière est un vrai sauf-conduit. Une fois, elle a même soigné un soldat qui s’était blessé au pied. Allemand, Italien ou Français, son devoir était de le soigner, elle n’a pas réfléchi. Elle n’en menait pas large, s’ils avaient été un peu plus curieux, ils auraient pu trouver les tracts à en-tête de la Croix de Lorraine caché dans sa trousse, entre deux paquets de compresses. Certains avaient été exécutés pour moins que ça. Elle avait entendu parler de deux lycéens qui, par jeu, par bravade, avaient lancé une poignée de gravier dans le moteur d’une jeep allemande. Arrêtés sur-le-champ, ils avaient été fusillés le soir même pour sabotage. Légende ou réalité, elle ne savait pas, mais elle devait être prudente.
Marie avait rejoint très tôt la résistance, sans trop savoir ni pourquoi ni comment, à l’instinct. Ce n’était pas la seule de la famille, son père, imprimeur de son métier, éditait des tracts et le journal Combat, journal du mouvement clandestin qui était en train de se mettre en place pour unifier les groupes de résistants. Et comme beaucoup de monde, ils écoutaient en cachette Radio Londres.
Quand elle rentrait les bras chargés de légumes, son père lui jetait un regard complice, tandis que sa mère, plus occupée à nourrir sa famille, lui disait immanquablement :
Pour ne pas inquiéter ses parents, Marie ne leur a jamais parlé de Georges, son agent de liaison, son amoureux. C’est à lui qu’elle remettait les tracs, les journaux et le courrier avant d’aller voir ses grands-parents.
Le soir, elle aimait s’enfermer dans sa chambre pour lire allongée sur son lit. Au fond de son armoire, elle avait retrouvé une pile d’illustrés qu’elle avait achetés en cachette avec son frère au kiosque devant l’église, quand sa mère papotait à la sortie de la messe. Elle dévorait avec le même sentiment d’interdit les aventures de Lili, Le Journal de Mickey ou Cœurs Vaillants, et même un exemplaire des Pieds nickelés que lui avait prêté son cousin.
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Marie est une femme moderne, elle se veut libre. Elle a appris à conduire, ça pouvait servir un jour, même si sa famille n’avait pas les moyens d’acheter une voiture. Elle s’est même mise à fumer, comme les hommes.
Encouragée par ses parents, elle a poursuivi ses études au lycée de jeunes filles de la ville. Bonne élève, appliquée, après avoir réussi son bac Math-Élem avec succès, elle décida de monter à Paris pour s’inscrire à l’école d’infirmière de la Salpêtrière.
Avec Charlotte, sa meilleure amie, elle partageait un petit studio à deux pas de l’école, au dernier étage d’un vieil immeuble. La vie de Paris les fascinait, elles ne faisaient pas les 400 coups, ce n’était pas son style, ni celui de Charlotte, mais un peu fofolles, elles aimaient aller dans les bars, au cinéma, et flâner le long de la Seine, pour profiter de leur liberté. Elles riaient en voyant les jeunes gens se retourner sur leur passage, quand le vent faisait voleter leur robe.
Son diplôme en poche, Marie alla travailler dans une petite clinique du quartier, tandis que Charlotte choisit un grand hôpital. Elles se voyaient moins, d’autant que Charlotte s’était mise en ménage avec un jeune homme qui habitait leur immeuble. Marie se retrouva seule dans leur studio.
Le travail ne manquait pas, les journées étaient longues. Parfois les nuits aussi, longues, trop longues, souvent Marie devait courir pour ne pas rater le dernier métro.
La guerre a éclaté, les Allemands sont entrés dans la capitale. Avec Charlotte, elles sont allées sur les Champs-Élysées, le spectacle était terrifiant, que leur réservait l’avenir ?
Rapidement, la France fut coupée en deux.
Suite aux lettres affolées de ses parents. De peur de ne plus pouvoir les revoir avant longtemps, Marie décida de rejoindre la maison familiale, en zone libre, avant que le franchissement de la ligne de démarcation ne soit interdit par l’occupant.
Un soir, elle prit donc un train, gare de Lyon. Le métro déversait dans la gare un flot ininterrompu de voyageurs ayant certainement pris la même décision qu’elle, la gare était noire de monde, les trains pris d’assaut. Les soldats allemands patrouillant sur les quais lui faisaient froid dans le dos. Le voyage fut pénible, quinze heures dans un train bondé, surchauffé, des gens assis sur leur valise dans le couloir. Elle avait eu la chance de trouver une place sur une banquette de troisième classe. Mais comment dormir avec tous les bruits, les cris des enfants, avec l’odeur de sueur et de tabac mélangée à celle des pique-niques improvisés qui lui soulevait le cœur ?
Elle avait l’impression que toute la France fuyait. Enfin, tous les Parisiens. Son voyage aller avait été bien plus tranquille.
Lorsqu’une envie pressante se fit sentir, elle n’osa pas se lever de peur de perdre son siège, jusqu’au moment où, n’y tenant plus, elle demanda à son voisin, un vieux monsieur qui devait avoir au moins 50 ans, de lui garder la place. Difficilement, elle put se frayer un chemin dans le couloir qui menait aux toilettes. Beurk ! Depuis combien de temps ces lieux n’avaient-ils pas été nettoyés ? Sûrement avant le début de la guerre.
Elle retrouva sa place avec plaisir. Le monsieur était très gentil, il engagea la conversation, lui parla de sa vie, de sa famille qu’il allait rejoindre. Sans savoir pourquoi elle se méfiait, elle pensa « trop poli pour être honnête ». Elle avait raison, en arrivant, il lui proposa de la revoir, de dîner le soir même avec lui. Heureusement, venus l’attendre, ses parents étaient sur le quai. Poliment, elle le remercia et partit sans répondre à son invitation. Il n’insista pas.
Elle avait ramené toutes ses affaires dans deux lourdes valises. La maison était loin. Son père décida de prendre un des fiacres qui attendaient les clients devant la gare. Marie était ravie. Enfant, elle rêvait déjà de ces attelages, fascinée par les chevaux alignés qui raclaient leurs sabots sur les pavés. C’était un des fiacres qui, couverts de fleurs, défilaient sur la promenade des Anglais lors du Carnaval. Combien de fois s’était-elle imaginée être l’une de ces princesses lançant des fleurs aux spectateurs !
Chez ses parents, elle s’installa dans sa chambre de jeune fille, « juste pour quelques jours, en attendant mieux », leur dit-elle. Les quelques jours durèrent plusieurs mois. Le travail ne manquait pas, tous les hôpitaux avaient besoin de personnel, elle trouva rapidement un poste à l’Hôpital Saint-Roch en plein centre-ville, elle aurait préféré Lenval, l’hôpital pour enfants, mais il était trop loin.
Quelques mois plus tard, la zone libre ne le fut plus. Les Allemands venaient de franchir la ligne de démarcation, occupant toute la France. Impossible de circuler dans le pays sans motif valable, impossible de sortir de la ville sans justificatif, sans l’ausweis délivré par la police allemande.
C’est alors que Marie reçut une terrible nouvelle de Paris. Sa meilleure amie, Charlotte, qui rentrait au petit matin de son service de nuit, avait été victime d’un attentat visant un officier allemand dans le métro, une fusillade s’était ensuivie. Victime innocente, elle était là au mauvais moment.
Un soir dans son atelier, Marie discuta avec son père de la vie à Paris, de l’occupation, de l’armée en déroute. Lui se préoccupait de son avenir, il lui confia travailler dans la clandestinité, pour la résistance. Voulant elle aussi s’engager, très vite, elle fit le lien entre la ville et ceux qui avaient fui dans la montagne pour continuer la lutte.
Elle allait donc toutes les semaines en visite chez sa grand-mère dans l’arrière-pays, munie de sa carte d’infirmière, mais, depuis que les soldats allemands avaient remplacé les soldats italiens, elle devait être encore plus prudente.
C’est ainsi qu’elle fit la connaissance de Georges. La peur rapproche. Au fil de leurs rencontres, une tendre relation s’est rapidement nouée entre eux, sans jamais oser s’avouer leur amour, pour ne pas se faire trop d’illusions sur l’avenir, de peur que la guerre ne les sépare.
Bien sûr, ils passaient des heures dans les bras l’un de l’autre, ils s’étaient embrassés, caressés. Mais, compte tenu de son éducation, elle savait qu’elle devait attendre.
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Originaire de Toulon, Georges avait fait l’école normale d’instituteurs. Affecté dans un petit village de l’arrière-pays niçois, il aimait montrer aux enfants les bienfaits de la nature.
La guerre a bousculé sa vie, il ne pouvait pas rester les bras croisés. Beaucoup d’hommes se sont réfugiés dans les bois pour échapper au STO en Allemagne. Sa fonction d’instit l’en dispensait et lui permettait de circuler sans trop attirer l’attention. Le jour, il faisait l’école aux enfants, la nuit, il faisait le lien entre les différents groupes cachés dans la montagne.
Il a vite été séduit par Marie lorsqu’elle lui apportait le courrier tant attendu. Très impressionné par le courage de cette frêle jeune fille, il savait ce qui arriverait si elle se faisait prendre. Peu à peu, cette admiration se transforma en un amour qu’il tenait bien caché. Il pensait à elle jour et nuit, et attendait sa venue avec impatience.
Jusqu’au jour où il a osé la prendre dans ses bras pour l’embrasser.
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Surprise ! Un matin, alors que Marie s’était couchée à l’aube après une nuit de garde à l’Hôpital, sa mère, tout excitée, vint la réveiller : elle avait de la visite, chose inhabituelle qui, sur le moment, l’inquiéta.
Dès qu’elle le vit, elle retrouva immédiatement son sourire. Georges était devant elle. Sans faire attention à la présence de ses parents, elle se jeta dans ses bras, et fut bien obligée de faire les présentations. Sa mère a fait la grimace, mais son père s’est de suite bien entendu avec celui qui devait devenir son gendre.
Elle n’osa pas lui demander le pourquoi de sa venue en ville. Son séjour devait être de courte durée, il risquait à tout moment d’être arrêté. Elle ne savait pas ce qu’il faisait de ses journées, ni qui il voyait. Pompeusement, il lui avait dit dès leur première rencontre : « Ne pas savoir est la meilleure des protections. Moins tu en sauras, mieux ce sera pour nous deux. » Ce qui, bien sûr, ne la rassura pas.
Un jour où elle ne travaillait pas, ils décidèrent de se promener en ville. Marie voulait faire découvrir les lieux de sa jeunesse à son amoureux, lui faire visiter sa ville, celle qu’elle aimait, « faire l’Avenue » avec lui comme tous les Niçois, comme elle le faisait avec sa mère. L’Avenue, c’est l’avenue de la victoire, la rue commerçante qui traverse la ville reliant la gare à la place Masséna.
« Faire l’Avenue », c’était regarder les vitrines de mode, les photos des films sur la façade des cinémas, les gens attablés aux terrasses de cafés toujours bondés, mais, pour sa mère, c’était surtout l’occasion de rencontrer une tête connue et de papoter.
Passant devant le Cinéac, ils se laissèrent tenter par le dernier film de Marcel Carné, « Les Visiteurs du soir ». Ils le regardèrent blottis dans les bras l’un de l’autre, rêvant d’un amour parfait, dans un monde en paix.
En sortant, Marie voulut aller chanter avec Georges, toujours une habitude lui rappelant sa jeunesse. À l’intersection de l’Avenue et du Boulevard, le trottoir s’élargissait, laissant la place aux chanteurs des rues, très souvent une femme accompagnée d’un accordéoniste, distribuant les partitions au public qui formait un grand cercle autour d’elle. Tout le monde reprenait le refrain en chœur, avec entrain. C’était la seule façon de connaître les chansons de Tino Rossi ou de Charles Trenet entendues à la TSF au travers du grésillement du poste. Petite, Marie aimait chanter à tue-tête, attirant tous les regards, malgré les regards de sa mère qui n’arrêtait pas de la tirer par la main.
Elle est déçue, aujourd’hui, pas de chanteur des rues, pas d’accordéoniste. La foule est dense, silencieuse, les gens parlent à voix basse. L’Avenue, toujours très fréquentée, est noire de monde. Fait exceptionnel, même la chaussée est envahie par les piétons, tous vont dans le même sens. La foule ne s’écarte que pour laisser passer le tramway, dont une petite cloche annonce l’arrivée.
Emportés par le mouvement, Marie et Georges arrivent près de la place Masséna, Marie s’arrête net, elle se cramponne au bras de Georges en poussant un cri étouffé :
Marie reste figée, incapable d’en dire plus. Georges suit son regard. Deux hommes sont suspendus aux lampadaires qui encadrent l’entrée de la place, les corps bougent lentement sous la pression du vent. La foule est muette, personne n’osant rompre le silence.
Les Allemands viennent d’exécuter deux jeunes hommes, sûrement des résistants, ils les ont pendus bien en vue, pour servir d’exemple. Sous le soleil de plomb de ce mois de juillet, en plein centre-ville, leur but est d’impressionner la population. La peur se lit sur tous les visages. Les hommes se signent, les femmes pleurent en retenant leurs enfants.
Qui est-ce ? Des noms circulent à voix basses, Séraphin, Ange, mais qui est qui ? Ni Marie ni Georges ne les connaissent, peu importe, comme tout le monde, ils ne peuvent détacher leurs yeux de ce spectacle morbide. Marie frissonne, elle leur a peut-être un jour porté du courrier, des nouvelles de leur famille, ou des ordres venus d’en haut. Serait-elle responsable de ce qui leur arrive ?
Ceux qui savent murmurent leur histoire. Responsables locaux, avec leurs hommes, ils ont participé à des attaques de convois ennemis, leur infligeant de lourdes pertes. Arrêtés en représailles suite à une de leurs actions, tout le village a été réuni, un homme est sorti des rangs et a désigné Ange et Séraphin comme de dangereux communistes.
Petit à petit, la rue se vide, tous rentrent chez eux la tête basse. Marie serre fort la main de Georges, et le suit jusqu’à son hôtel. La peur d’être un jour séparés à tout jamais, lui fait oublier son éducation et balaye tous ses scrupules.
Au petit matin, ils se jurent fidélité.
Deux jours après, il lui annonce devoir retourner dans son village. Pour éviter les soldats, il passera de nuit à travers champs. Elle ne dormit plus jusqu’au jour où elle le revit enfin pour lui donner le courrier habituel.
Depuis ce jour, quand elle allait dans la montagne, elle passait de moins en moins de temps chez ses grands-parents.
La guerre venait de prendre un tournant décisif, les nouvelles de Normandie pouvaient faire espérer une fin prochaine, mais personne n’osait y croire. Pourtant, Marie et Georges décidèrent de se marier dès la fin du conflit.
Celui-ci prit l’habitude de venir rendre visite à sa future belle-famille chaque fois qu’il venait en ville, mais pas question de loger sous le même toit que Marie, la future belle-mère veillait. Ils avaient peur que leur fille ne soit veuve avant de se marier.
Marie aussi avait peur, peur en passant devant les soldats, peur pour son père, peur pour Georges.
D’ailleurs, tout le monde avait peur en voyant défiler les soldats allemands et en entendant le bruit des avions américains et anglais venir lâcher leurs bombes pour entraver les mouvements de l’ennemi, sur les ponts, les gares ou l’usine à gaz qui alimentait la ville. Personne ne savait où les bombes allaient vraiment tomber, et les abris étaient rares.
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Ce soir, tard dans la nuit, en revenant de l’hôpital où elle était de garde, Marie vit de la lumière dans l’atelier d’imprimerie de son père, il devait sûrement avoir un travail urgent à terminer. Elle décida d’aller l’embrasser et de lui tenir compagnie. Elle constata avec une pointe d’anxiété que la porte était restée grande ouverte. En entrant, elle poussa un cri, découvrant l’atelier dévasté, les rames de papier éventrées, les lettres en plomb éparpillées sur le sol, les étagères renversées. Elle avança sur la pointe des pieds, appelant son père à voix basse. Dans la pièce du fond, nouveau choc, les machines avaient été détruites. La peur au ventre, elle avançait lentement. C’est alors qu’elle vit son père à terre. Retrouvant ses réflexes d’infirmière, elle se précipita pour lui prendre le pouls et constater qu’il avait cessé de vivre. Ses nerfs lâchèrent, elle éclata en sanglots.
Ses yeux, encore embués de larmes, parcoururent l’atelier. Elle comprit très vite. Tous les exemplaires du journal clandestin, tous les tracts avaient disparu, cela ne faisait aucun doute, il venait d’être exécuté. Sans penser qu’elle risquait aussi sa vie, elle étendit son père et courut jusque chez elle prévenir sa mère.
L’enquête, vite bâclée, n’aboutira jamais.
Quelques semaines plus tard, les combats cessèrent, les forces étrangères rendirent les armes. Le peuple était en liesse, des drapeaux français flottaient à toutes les fenêtres.
Toujours en deuil, Marie s’unit à Georges dans une stricte robe noire.
L’après-guerre n’était facile pour personne, mais pour un jeune couple qui s’installe, ce n’en était que plus difficile, d’autant que le ventre de Marie commençait à s’arrondir. Georges avait demandé une nouvelle affectation en ville, mais d’ici là, il devait assurer sa classe dans la montagne. Cette fois, c’est lui qui faisait l’aller-retour pour retrouver sa belle.
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ÉPILOGUE
Cette histoire est une fiction basée sur des faits réels.
Si vous allez à Nice, regardez au bout de l’avenue Jean Médecin, anciennement avenue de la Victoire. À l‘entrée de la place Masséna, sur l’immeuble de briques rouges qui borde l’avenue, deux lampadaires sont toujours en place. Une plaque commémorative rend hommage à Séraphin Torrin et Ange Grassi arrêtés à Gattières, village de l’arrière-pays. Résistants pendus pour l’exemple, ils sont honorés chaque année par les Niçois, afin que le sacrifice de leur vie ne s’éteigne jamais.
Quelques mois avant la libération de la ville, un imprimeur de Nice a été retrouvé mort dans son atelier dévasté. Il imprimait clandestinement le journal Combat.
Les machines avaient été détruites à coups de masse, les rames de papier et tout le matériel d’impression éparpillés sur le sol. Au milieu gisait le corps de l’imprimeur, une balle dans la nuque. L’enquête prouvera que, dénoncé par un « patriote », il a été abattu par la Milice, par des Français. Personne ne fut inquiété.
Pour préparer le débarquement en Provence, de novembre 1943 jusqu’au 15 août 1944, les raids aériens américains et anglais se sont multipliés dans le Var et les Alpes-Maritimes, dans le but de détruire les voies de communication et les sites stratégiques.
Le 26 mai 1944, en provenance de Corse et d’Italie, plusieurs bombardiers américains larguèrent leurs bombes sur Nice et Saint-Laurent-du-Var, causant la mort de plus de 300 personnes parmi la population civile.
Marie et Georges ont-ils existé ? Certainement. Eux ou d’autres. Ces oubliés de l’Histoire, héros anonymes, héros au quotidien dont personne ne connaîtra jamais le nom.