Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 23627Fiche technique27546 caractères27546
4749
Temps de lecture estimé : 19 mn
12/05/26
Résumé:  Quand une rencontre vient perturber ses habitudes, elle risque bien de se laisser prendre à son propre jeu.
Critères:  #psychologie #érotisme #initiation #occasion #voyeur fh inconnu voiture telnet cérébral voir exhib caresses pénétratio jeu
Auteur : Aventurine      Envoi mini-message
L'aguicheuse de la station-service

L’intérieur de la camionnette sent le caoutchouc et le dégrippant. Les parois sont entièrement tapissées de casiers de bois brut ornés d’outils hétéroclites. Au fond, un large coffre fait du même bois constitue une sorte de banc de fortune, partiellement recouvert d’une couverture bleu roi. Par les portières arrière béantes, le beau plombier bondit à l’intérieur du véhicule et me saisit délicatement la main pour que je fasse de même. À demi-voûté à cause de la hauteur réduite, il me fait face et repousse quelques longues mèches de cheveux noirs. Posant deux mains puissantes sur sa combinaison blanche, il tire vivement sur l’encolure et découvre son buste jusqu’à la ceinture. La magie des boutons-pression…


Une chaîne dorée scintille sur la toison sombre de son torse, jolie moquette suffisamment fine pour laisser voir le galbe des pectoraux. L’inconnu me reluque à hauteur de la poitrine : oui, moi aussi, je vais défaire un bouton, puis plusieurs, de mon chemisier. D’un geste, il ôte les manches de sa combinaison, qu’il laisse pendre de sa taille, puis retire mon chemisier. J’ai vu juste. Je savais que ce vêtement de travail masquait une musculature à se pâmer.


En silence, l’éphèbe empaume mes seins lourds qu’il malaxe généreusement et s’empare sauvagement de mes lèvres. L’odeur du jeune mâle m’électrise, un mélange corsé d’après-rasage et de sueur. Malgré moi, mon bassin cherche le contact du sien, et je le trouve. La protubérance ferme qu’il presse plus fort contre mon ventre me fait perdre tout contrôle. Saisissant ses biceps arrondis et hâlés, je le fais reculer doucement jusqu’au fond du véhicule. Il s’assied sur la console de bois, jambes largement écartées. Dans son pantalon il plonge une main et en extrait un engin de circonférence appétissante. Étendard dressé vers moi, l’artisan sexy me laisse le loisir de le regarder, passant à nouveau une main dans ses cheveux de jais. Face à lui, je fais tomber précipitamment au sol jupe et culotte et m’avance, avide de le gober.


Pourtant, alors que je me penche vers l’objet de ma convoitise, il m’arrête en me saisissant par les cheveux. Surprise, je me redresse. Il a ôté en un éclair ses chaussures et le bas de sa combinaison. Puis, toujours assis devant moi, il avance une main vers ma vulve et se met à l’explorer habilement du bout des doigts. Le contact me fait fermer les yeux brièvement et, quand je les rouvre, l’autre main de l’inconnu est occupée à masser son sexe turgescent. Je le regarde se masturber, immobile, les mains posées sur ses épaules puissantes pour stabiliser ma position semi-voûtée et contrôler les tremblements qui se mettent à agiter mes jambes. Peinant à maîtriser mon excitation, je lui saisis le poignet pour retirer sa main. L’envie d’enserrer mes doigts autour de son mandrin est tellement forte. À nouveau, il m’interrompt, se dégage et, plaquant ses paumes sur mes fesses, m’entraîne contre lui.


Il veut garder le contrôle. C’est ainsi que je me retrouve à califourchon sur lui, les genoux pressés sur la surface dure, que la fine couverture ne parvient pas à faire oublier. Les cuisses ouvertes de part et d’autre de ses hanches, je sens son gland proéminent juste à l’entrée de ma vulve et me raidis. Sa bouche prend à nouveau possession de la mienne et il me pénètre. Me remplit. La pression de cette colonne de chair massive qui s’immisce vaillamment au creux de mon ventre m’est inédite, l’intensité des frictions contre les parois de mon sexe, affolante. À en juger par sa délicatesse, il a sans doute craint que l’ouvrage soit douloureux pour moi. Désormais, enhardi par l’humidité qui rend l’étreinte extrêmement glissante, il empreint ses va-et-vient d’une vigueur sauvage. Dans mes cuisses, la tension se fait presque douloureuse malgré le plaisir. Subitement, il se retire et m’enlace pour m’installer à genoux devant la console, avec pour tapis improvisé sa combinaison délaissée au sol. Agenouillé derrière moi, il plaque son dos contre le mien et sa bouche contre mon oreille.



Accoudée sur la couverture, je pense d’abord « non » à l’instant où son énorme chibre s’insinue dans mon sillon. Sa main glisse devant moi pour réveiller mon clitoris, qui envoie à mon cerveau embrumé puis à ma bouche ces quelques mots implorants :



Je me retourne un peu et le vois humidifier ses doigts de salive, qu’il vient poser en massage sur mon orifice. La caresse est chaude, de plus en plus insolente. Malgré une certaine appréhension, je ne peux m’empêcher de glisser ma main entre nous pour empaumer son épaisse érection, jusqu’à ce que je sente un abondant filet tiède tomber sur son sexe. Bientôt, il plaque son gland entre mes fesses et pousse, précisément sur l’ouverture. L’objet de son assaut glisse et ouvre la voie…



*****



Je sursaute. Fin de ma rêverie éveillée. Sur la table, une main d’homme a surgi de nulle part et pose un gobelet de café fumant près de la mienne.



La voix est grave, le ton doctoral et teinté de sarcasme. À regret, je cesse d’observer l’objet de mon fantasme. Un camion d’artisan plombier-chauffagiste démarre face à nous et disparaît hors de vue.



En me tournant légèrement, je découvre l’auteur de l’apostrophe, qui se tient près de moi derrière la petite table. Sans me regarder, il tente d’allumer sa cigarette avec un briquet récalcitrant. Parvenant enfin à tirer sa première bouffée, il répète :



Aspirant longuement sur ma propre cigarette, je peine à masquer ma gêne.



Un léger sourire se dessine sur le visage anguleux.



Ne sachant comment poursuivre, j’avale d’un trait le reste de mon café tiède et fais mine de m’éloigner. L’inconnu reprend :



Je me sens démasquée. La remarque du sans-gêne me fait tout de même sourire à nouveau.



L’inconnu acquiesce avec un haussement de sourcils. Le vert de ses yeux me frappe. Leur couleur me paraît inhabituelle, presque artificielle.



Je marque une pause. Mon interlocuteur me répond par un hochement de tête compréhensif, mais ne commente pas. Les iris émeraude me scrutent avec intérêt.



Le rouge me monte aux joues. J’hésite entre le gifler ou partir sur-le-champ.



L’inconnu n’a pas touché à son café et écrase son mégot dans le cendrier posé entre nous. Je guette une expression moqueuse ou incrédule sur son visage, mais il continue de me dévisager d’un air perplexe.



Je jette un œil à l’inconnu qui, me semble-t-il, a rougi et arbore à cet instant un air réjoui.



Le silence s’établit entre nous pendant quelques instants. Nos regards se posent sur la scène qui se joue face à nous. Je feins de ne pas avoir entendu la question et poursuis :



Tournant vivement la tête dans sa direction, je lève les yeux au ciel et m’esclaffe :



L’homme en costume ouvre le clapet du réservoir, puis se concentre sur la borne de paiement. Ainsi occupé, il ne soupçonne pas que chaque détail de sa personne fait l’objet d’un examen des plus attentifs. J’enregistre la finesse de ses traits et la grâce singulière de ses mouvements. J’observe ensuite ses doigts interminables se poser sur la gâchette du pistolet. Lentement, le manche émerge de son support et, lentement, j’avale une gorgée de mon café trop chaud. Le froid vif commence à se faire sentir et je fourre mes mains dans les poches de mon duffle-coat. Yeux Verts me dévisage à nouveau.



Le « Mouais » qui me parvient pour toute réponse semble peu convaincu.



Je prends le silence qui règne près de moi comme une invitation à continuer de parler. Comme si l’écho de mes pensées lui était parvenu, le client lève soudain la tête dans notre direction. Je meurs d’envie de lui sourire. Mon petit jeu est toujours resté sans conséquence et il n’est que rarement repéré. Je me plais à m’y livrer dans l’ombre, c’est là l’essentiel de son intérêt. Pourtant, il m’est arrivé d’oser un clin d’œil, un sourire. Arrête, tu vas t’attirer des ennuis, voilà ce que me hurle ma conscience dans ces moments-là. Il m’arrive de porter lascivement à mes lèvres ma cigarette en braquant mes pupilles sur un visage qui me plaît. Certains m’ont remarquée, bien sûr. Certains ont feint de ne pas me voir ou se sont contentés d’esquisser un sourire contenu. D’autres se sont peut-être prêtés à la même distraction que moi, imaginant mes formes sous une robe ou reluquant mes jambes. Évidemment, je n’en saurai jamais rien.


Pour une fois, troublée par la compagnie inédite qui partage ce moment, je cesse de me laisser porter par mon imagination. L’homme en costume remonte dans son véhicule et s’apprête à repartir.



Ce dernier lâche un léger soupir, mais esquisse un sourire. J’en profite pour admirer la jolie rangée de dents blanches luisant entre ses lèvres, et ses cheveux gris frissonnant sous un léger souffle de vent. Sous son manteau ouvert, j’aperçois le col d’une chemise rayée émergeant d’un pull en cachemire rose pâle. Très classique, mais élégant.



Nos regards se croisent brièvement, puis s’orientent à nouveau vers notre terrain de jeu. Un point pour Yeux Verts. Aucune cliente en vue. Je risque, d’un ton feignant la surprise, mais suffisamment doux pour ne pas le brusquer :



Perplexe, je tente de mieux cerner mon camarade de jeu.



J’hésite avant d’ajouter :



Yeux Verts me fusille alors du regard et je crois voir ses joues rosir. Peut-être suis-je allée trop loin. Je m’excuse immédiatement.



Marquant une pause, il fait tinter des clés au fond de la poche de son manteau. Signe de nervosité ? Puis il reprend soudain, un sourire illuminant à nouveau son visage :



Je me mets à rire. Mince, il me plaît, ce type.



Je sens alors une idée germer dans mon esprit et ma langue la formule avant que j’aie le temps de la tourner sept fois dans ma bouche :



Yeux Verts me dévisage, paraît troublé et passe une main sur sa mâchoire rasée de près. Enfin, en fronçant les sourcils, il sonde toutes ses poches et finit par extraire de son jean un ticket de péage tout chiffonné et un stylo.



J’acquiesce avec enthousiasme, me dandinant d’une jambe sur l’autre, autant pour réchauffer mes pieds gelés que pour masquer mon embarras. Le stylo danse élégamment sur le papier, il me tend le ticket avec désinvolture et se racle la gorge. Juste après avoir constaté que ses joues n’étaient pas rougies juste par le froid, je tourne les talons, contournant la boutique d’un pas pressé pour rejoindre ma voiture. Sur ma nuque, le poids de son regard me fait agréablement frissonner.


À nouveau seule, je pose les yeux sur le tracé bleu élégant redonnant vie au ticket délaissé. Un numéro banal, suivi de « Xavier ».


Yeux Verts s’appelle Xavier. Il a dû oublier, comme moi, de me demander mon prénom. Après tout, je ne suis peut-être vraiment pour lui qu’une tordue qu’il n’aura pas envie de recroiser.


Je démarre et conduis lentement jusqu’à la pompe 4, idéalement située face à la boutique. À travers le pare-brise encore embué, je devine le sourire de Xavier, qui a placé son téléphone sur la petite table. Mes doigts composent son numéro avec hésitation et j’insère mes écouteurs. Je ne sais pas vraiment ce qu’il va trouver à me dire et il est trop tard pour y réfléchir. Juste une sonnerie et sa voix retentit à l’autre bout du fil, grave et assurée :



Un coup d’œil dans le rétroviseur intérieur. Personne derrière moi. Parfait. J’émerge de l’habitacle et insère ma carte bleue dans le lecteur, luttant pour garder mon naturel. Au bout de quelques secondes, la voix de Xavier me parvient :



Un silence. Je sélectionne mon carburant sur l’écran tactile, tendant l’oreille. La pause se prolonge, alors je saisis mon téléphone et lui conseille, balayant d’un regard mes environs proches :



Xavier marque une pause. Face à moi, je le vois fermer les yeux quelques instants, accoudé à la petite table, comme pour mieux s’imprégner de la scène qu’il me décrit. Ce faisant, il ne remarque pas le client qui le dévisage brièvement en sortant de la boutique. Enfin, il poursuit d’une voix posée :



Je laisse échapper un petit rire en insérant le pistolet dans le réservoir.



Une autre cliente, en fait. Je fais mine de peiner à refermer mon réservoir et me concentre à nouveau sur la borne, comme pour imprimer un reçu.



Xavier s’interrompt. Je tente d’apaiser ma respiration, emballée par l’excitation qui me submerge. Certaine qu’il a deviné ce que ses mots provoquent en moi. Ne trouvant plus de prétexte pour m’attarder, je regagne mon véhicule. En fermant la portière, je m’aperçois que, dans mon trouble, j’ai oublié de regarder quel montant je viens de dépenser. Tant pis. Une somme folle, de toute évidence. Au bout du fil, le silence. Puis, à nouveau, sa voix, dont le rythme semble dopé par une énergie nouvelle.



Tu sens mes lèvres dévorer les tiennes et mes paumes enrober ta poitrine. Sur le satin, puis en dessous. Juste pour le plaisir de sentir poindre tes seins. Tes jambes se serrent plus fort autour de mes reins et tu cherches à ôter ma chemise, bouton par bouton… Imagine-moi te faire languir un peu… Me dégager de ton étreinte quelques instants, reculer d’un pas et juste te regarder, haletante, perplexe… frustrée. J’ôte rapidement ma chemise et te dévoile mon torse… Imagine-le tel que tu le désires…


J’éprouve l’envie de me dévêtir face à toi, sans te laisser me toucher. Pendant que je défais ma ceinture, j’observe chacune de tes réactions. Tu te trémousses légèrement sur la planche de l’îlot, tes mains errent sur tes cuisses, près de tes seins, mais n’osent pas s’égarer là où la tension est la plus vive.


Ensuite, je déboutonne mon jean pour te montrer à quel point j’ai envie de toi. D’un geste, je baisse mon pantalon jusqu’à mi-cuisses. Tu fixes les formes étranges de mon boxer, malmené par mon érection. Mon sexe est presque douloureux et je le libère… Je baisse mon boxer aussi vite que je l’ai fait pour mon pantalon, car je suis pris par une vive pulsion d’exhibition. Brute, bestiale. Placer ma nudité juste sous tes yeux m’excite énormément. Je veux tes yeux sur mon corps, pour y lire du désir…



Derrière moi, une deuxième voiture se place dans la file. À travers le pare-brise, je distingue l’autre cliente articuler des mots inaudibles en gesticulant impatiemment.


La voix de Xavier se teinte d’une sensualité qui m’excite de plus en plus. Je l’observe à travers le pare-brise, incertaine qu’il puisse me voir vraiment. Le téléphone vissé à l’oreille, il regarde pourtant dans ma direction.


Je suis nu devant toi. Immobile, je te laisse regarder mon corps, mon torse, les courbes de mes abdominaux. Tu fixes mon sexe que je sens de plus en plus dur et je me demande s’il est à ton goût visuellement. J’imagine ce qui se passe entre tes jambes… L’humidité qui envahit tes recoins obscurs. À ce moment-là, tu as envie de jouer à l’exhibition, toi aussi… Tu retires ta nuisette d’un geste, tu dévoiles tes seins sans aucune pudeur. Tu me cherches… D’un petit saut léger, tu es descendue de ton perchoir. Ton petit short est tombé sur le parquet. Sous le satin, tu es nue.


J’imagine une fine toison surmontant élégamment ta fente. J’entends ta respiration qui s’accélère encore. Comme maintenant. Je n’y tiens plus, je t’enlace et presse mon bassin contre ton ventre. Imagine ce que tu ferais maintenant. Est-ce que tu saisirais mon sexe que tu n’as pas pu encore toucher, pour sentir sa chaleur, apprécier sa raideur ? Est-ce que tu m’entraînerais à genoux juste devant toi, pour que ma langue découvre quel goût tu portes en toi, après le chocolat ?


La scène qui s’imprime de plus en plus nettement dans mon esprit s’évanouit d’un coup, avec les appels de phares impatients qui clignotent alors dans mes rétroviseurs.



J’entends le bip de fin d’appel, juste après deux coups de klaxon furieux. Entre mes jambes, la tension est tellement intense qu’elle frise la douleur. Je mets le contact et avance, apercevant dans mon rétroviseur les portières des deux véhicules s’ouvrir simultanément.



*****



Je viens de rentrer d’une journée ponctuée de rendez-vous professionnels laborieux. Même pas envie de retirer mon tailleur pour enfiler une tenue plus confortable… L’appel de mon canapé a été le plus fort. Une semaine s’est écoulée. Depuis ma rencontre avec Xavier, je me suis arrêtée sur la même aire d’autoroute. Ce jeudi-là, je n’ai pas failli à mes rituels, mais mon jeu habituel ne m’a pas absorbée comme à l’accoutumée.


Pendant une semaine, son prénom a résonné périodiquement dans mes oreilles, comme un mantra obsédant. Ma mémoire m’a harcelée de visions de son regard émeraude et des bribes de sa voix grave. Mon imagination s’est jouée de moi, de plus en plus vicieuse, me projetant épisodiquement des images de son visage souriant, puis de sa silhouette, de son torse, puis de son sexe et de mille gestes et situations torrides. Une étrange obsession.


Il m’appelle demain, m’a-t-il dit par SMS. Par messages, il me dit qu’il pense à moi, que c’est bizarre. Il me dit qu’il s’entraîne à rêvasser tout éveillé, qu’il me racontera finalement à quoi il pense quand il se masturbe. Il me demande si j’ai arrêté la cigarette et les applis de rencontres. Il me demande d’imaginer notre premier rendez-vous. Puis le second. Et me promet que, très bientôt, je me lasserai de jouer à l’aguicheuse de la station-service.