| n° 23615 | Fiche technique | 12335 caractères | 12335 2106 Temps de lecture estimé : 9 mn |
03/05/26 |
Résumé: Le fantôme d’Isabeau de Prignac et Tristan, le jeune comte, animent de leurs soupirs endiablés les couloirs du château. Étrange malédiction dont ils savent s’accommoder. Mais à quel prix ? | ||||
Critères: #fantastique #sorcellerie #fellation #fsodoh fh amour hgode | ||||
| Auteur : Tristan B Envoi mini-message | ||||
« C’était tremblant, c’était troublant. C’était vêtu d’un drap tout blanc. » Le fantôme – Georges Brassens – 1966
Elle se rappelle vaguement ce qui est arrivé. Mais le souvenir de la douleur s’est évaporé avec le temps. Juste une étrange sensation par moments.
Ces mots-là, elle s’en souvient très bien. Celui qui les a prononcés est mort fou. Et elle n’y est pas pour rien, elle doit bien l’avouer.
Ce matin, le jour est à peine levé que l’on s’affaire à la porte de sa prison. Un prêtre est là qui la conjure de demander pardon à Dieu. Le bourreau est là aussi. Elle reconnaît ses mains et ses yeux fous. Il était là, cette nuit-là. Il soulève sa cagoule et lui crache à la figure tandis que le prêtre à genoux débite sa dernière prière.
On la traîne jusqu’au milieu de la place. Les spectateurs sont nombreux. Ils l’injurient et lui lancent des légumes pourris au visage. Sa robe est souillée. Sa robe de bal. Celle qu’elle aimait tant et qui empeste la merde, la pisse et la semence.
L’échafaud est tout proche à présent.
Je vais mourir. J’ai à peine dix-huit ans et je vais mourir. J’étais, il y a peu, dans les bras de la princesse de Montauban.
Elle se souvient.
Le parfum de ses cheveux roux emplissait ses narines. Ses doigts dansaient en elle et leurs âmes s’envolaient. Mais son époux les avait surprises.
Le bourreau lui attache les mains dans le dos et passe la corde autour de son cou. Il serre. La corde se tend. Elle inspire une dernière fois. La foule est immobile, silencieuse. Soudain, la trappe s’ouvre sous ses pieds.
Isabeau. Isabeau de Prignac. Elle aime à se répéter son nom. Elle erre dans les couloirs du château depuis si longtemps déjà. Ce devrait être sa punition sans doute. Mais elle se plaît ici. La nuit y est son domaine.
Elle joue parfois à faire bouger les rideaux, à éteindre des bougies, à déranger le chat. Ceux qui habitent là s’étonnent alors et puis haussent les épaules.
Tout cela leur semble amusant. Mais savent-ils la malédiction qui la tourmente et dont ils devraient se méfier ?
Il devait être midi lorsque la somptueuse Harley-Davidson 1200 Knucklehead type 74 de 1946, robe rouge et noir et sacoches de cuir, traversa l’allée centrale bordée de platanes et d’ifs centenaires. L’homme qui en descendit quitta son casque et ses gants avant de grimper les marches du perron quatre à quatre.
Il déboula en trombe dans les cuisines du rez-de-chaussée.
Le chef cuisinier s’avança vers lui.
Quelques instants plus tard, le jeune comte remercia chaleureusement l’équipe des cuisines, un plateau de fines victuailles dans les mains.
Les commis souriaient déjà discrètement. Le chef fronça les sourcils, pour le principe.
Le jeune comte lui posa la main sur l’épaule.
La cuisine s’égaya d’applaudissements. Edmond sourit enfin et remercia le comte.
Il devait être quinze heures lorsque le jeune comte, après avoir astiqué amoureusement sa moto, s’assoupit dans le grand fauteuil de cuir de la bibliothèque. Il avait laissé la fatigue l’envahir insidieusement, tandis que ses yeux parcouraient les poèmes de Verlaine. S’assoupir. S’assoupir enfin. C’était de cela qu’il avait besoin. Et le sommeil vint.
Belle, diaphane, alanguie sur la méridienne Chesterfield en velours vert canard de la tante Héloïse. Il venait d’ouvrir les yeux. Il lui sourit.
Elle lui sourit à son tour.
Elle glissa jusqu’à lui plus qu’elle ne s’approcha. Ainsi font les fantômes. Du moins, celui-ci.
Il la regarda. Sa beauté était saisissante. Le voile blanc qui la couvrait ne cachait rien de ses formes. Les formes généreuses et fières de ces dames d’antan telles qu’il se plaisait à les imaginer. Elle posa sur lui son regard d’un bleu magique.
Elle le chevaucha et posa sur ses lèvres le plus chaud des baisers qu’il lui fût possible. Puis elle le regarda.
Isabeau de Prignac lui scella la bouche d’un doigt en souriant. Elle fit tomber le voile blanc qui lui couvrait les épaules et fit jaillir ses seins. Il fondit sans retenue aucune sur ses tétons. Elle poussa un long gémissement qui fit tanguer les flammes des chandelles de la pièce tandis qu’il se nourrissait d’elle. Il jeta ses habits aux quatre coins du salon. Ils s’ancrèrent l’un à l’autre en criant de bonheur.
Les recoins du château renvoyèrent les échos de leurs ébats tandis qu’elle s’empala sur lui puis qu’il lui dévora l’intimité. Leurs cris traversaient les cloisons et les étages.
Elle courut dans les couloirs, le défiant de la rattraper s’il voulait abuser d’elle comme il en rêvait. Bien sûr, elle finit comme toujours par ralentir le pas pour qu’il la rejoignît. Alors, il décida du lieu et de la façon. Elle devait lire dans ses pensées, car elle se tenait toujours prête et le satisfaisait.
Puis, le jeu changea et, d’un geste d’elle, il se trouva ligoté à un fauteuil. Alors, ainsi à sa merci, il put la contempler des minutes durant prendre en bouche son sexe et l’amener sans répit aux portes du lâcher-prise sans en franchir le seuil.
Lorsqu’il fut à bout, elle le laissa s’épancher en elle tandis qu’elle s’offrait en levrette. Il retomba sur elle – affalée au sol et comblée –, lui demandant en chuchotant un peu de répit avant de poursuivre. Mais elle usa, comme à son habitude, d’un de ses tours de fantôme pour lui rendre la vigueur dont elle avait besoin. Et le jeu reprit.
Essoufflés de plaisir, ils ne virent pas le temps passer, désorientés par leur gourmandise.
Ce fut l’imposante horloge du salon qui les alerta. Au premier coup, le fantôme d’Isabeau eut un regard différent. Au deuxième, son étreinte sur le buste du jeune comte qu’elle chevauchait se fit plus empressée. Au troisième, il leva les sourcils et se fit suppliant.
Le sourire qu’elle lui adressa au quatrième coup de l’horloge voulait dire « c’est ainsi » et ce fut à partir du cinquième que son image se fit évanescente. Le jeune comte ne put retenir une larme de dépit lorsqu’au douzième coup, l’horloge marqua la disparition de ce fantôme aimé. La pièce portait encore les marques de désordre et les parfums coupables de leurs ébats endiablés, mais il était seul à nouveau.
La fin de la nuit et la journée suivante ne furent qu’une longue et mélancolique attente. De temps à autre, un rideau bougeait sans le moindre courant d’air ou bien le chat sursautait sans raison. Alors, le jeune comte souriait.
Il ne comprenait pas cette fuite au milieu de la nuit. Isabeau restait énigmatique. Il souffrait de cela.
Le jeune comte erra dans les jardins et les dépendances du château à la recherche d’une réponse à son tourment. Ce fut vers midi qu’une idée germa en lui. Une idée qui lui vint lorsque le vieux coq déboussolé entonna son chant du réveil.
Le soir suivant, Isabeau réapparut. Plus belle encore, si cela était possible aux yeux du jeune comte. Ils ne tardèrent pas à se jeter l’un sur l’autre. La seule pièce de la veille ne leur suffit pas, cette nuit-là. Il l’entraîna partout dans le château. Des combles aux oubliettes, tantôt l’éveillant de sa langue, tantôt l’attachant aux baldaquins d’un lit pour la doigter, la fesser ou la pénétrer. Il n’était pas de reste, car, experte dans le déduit, elle savait répondre à ses attentes et, par la magie de ses pouvoirs, relancer sans cesse ses forces et ses appétits.
Au moment fatidique, l’horloge du salon se rappela malheureusement à eux. Mais le jeune comte, cette nuit-là, sembla moins triste aux premiers coups qu’elle fit tinter. Isabeau en parut surprise.
Ce fut au sixième coup de la pendule, alors qu’au loin dans la campagne sonnèrent les douze coups du clocher du village qu’elle comprit. Elle se recula d’un bond. Il avait osé décaler l’heure de la pendule.
Ce qu’il vit alors lui coupa le souffle.
À une éternité de là, alors qu’Isabeau sanglotait au fond de son cachot en attente de son exécution, une vieille femme lui avait rendu visite. Elle n’était autre que la gouvernante, alliée secrète de la princesse de Montauban. Sa princesse de Montauban. Son amour éternel. Isabeau fut surprise de la voir là, en ce lieu si sordide. La vieille gouvernante avait ses entrées à la prison.
La vieille femme, dont les pouvoirs occultes étaient bien connus, lui promit la protection de la princesse de Montauban en échange du sortilège ultime qui frapperait Isabeau après cette mort inéluctable qui l’attendait le matin à venir. Une éternité dans les couloirs du château. Ce serait à ce prix que le mari outragé et cruel expirerait avant que de faire vivre à sa jeune épouse infidèle l’enfer de la vengeance.
Par amour, l’affaire fut scellée et Isabeau accepta le sort qui serait le sien et qui lui permettrait de côtoyer sa belle princesse quelques années encore. Et de l’aimer chaque nuit juste avant minuit.
Juste avant minuit, car alors se transformerait son corps jusqu’au matin suivant. La face sombre du sortilège. Une transformation qui la doterait à l’heure dite d’un attribut masculin de belle taille et des appétits qui l’accompagnaient.
Ne voulant pas faire subir à sa belle princesse les outrages de désirs masculins, Isabeau, devenue fantôme, disparaîtrait ainsi au milieu de chacune des nuits d’amour qu’elles partagèrent en secret. Leur amour traversa ainsi les années.
Mais ces années passèrent et la princesse de Montauban fut emportée par le temps limité des vivants, après une vie heureuse bercée par la magie de cet amour secret.
Le jeune comte ébahi observait avec circonspection ce vit gonflé d’un désir naissant dans l’entrejambe de son amante.
Isabeau sourit à la question.
Tristan fit mine de s’approcher. Isabeau tendit la main pour le stopper.
Le jeune comte s’avança pourtant. Sa nudité encore brillante de transpiration de leurs ébats éveillait chez le fantôme un désir que sa verge désormais tendue ne pouvait dissimuler.
Il se tourna et s’offrit ostensiblement. Incapable de se retenir, elle s’approcha de lui et le saisit par les hanches. Il frémit un peu. Elle le pénétra lentement tandis qu’il se cambrait déjà de plaisir. Le jeune comte apprit ainsi à être pénétré. Il partagerait dorénavant avec son amante, nuit après nuit, cette sensation nouvelle. Sa façon à lui de la comprendre, elle. Ainsi commencèrent pour eux des amours incroyables.
Je me dois de compléter mon récit et de vous livrer ici cette part de magie qu’il serait dommage de vous taire. La magie de l’éternité des amours véritables.
Car, le jeune comte, Tristan dit de Montauban (pardon de vous l’avoir caché), et Isabeau de Prignac ne pouvaient savoir que ces nouvelles amours d’après minuit conféraient à l’amant ainsi livré l’éternité auprès de son fantôme aimé.
Ainsi, le jeune comte et sa belle fantôme s’aimeront-ils jusqu’à la fin des temps qui, soit dit entre nous, n’ont pas de fin. S’offrant différemment avant et après les douze coups de minuit.
Les nuits au château s’animent depuis lors de leurs cris endiablés et heureux. Et ce, jusqu’au petit matin. Si vous passez par là, laissez-les donc tranquilles.
Et visitez tous les vieux châteaux qui s’offrent à vous. On ne sait jamais.
Ces belles dames de jadis sont de satanées polissonnes !