Une gentille histoire plutôt classique et largement plausible. Il faut savoir cueillir les opportunités. Bonne lecture :)
Dames en détresse routière
Ce jeudi soir, après le boulot, Danielle repart chez elle avec Sylviane, sa passagère et collègue dont l’appartement est sur sa route, une bonne façon de bavarder de tout et de rien, et aussi de décompresser. Quelques kilomètres plus tard, la conductrice se met à pester :
Le moteur faisant un étrange bruit, la vitesse chutant, Danielle gare au plus vite sa voiture sur le bas-côté. Sortant du véhicule, elle sent une odeur de brûlé et constate qu’une fumée blanche sort du pot d’échappement.
Saisissant son smartphone, Danielle soupire :
- — J’ai pas le choix, j’appelle mon ex, il habite à deux pas. De plus, il s’y connaît en voiture, et au pire, son copain d’enfance est garagiste.
- — Ton ex va venir t’aider ?
- — Nous sommes peut-être divorcés, mais nous sommes restés en assez bons termes, surtout quand nous ne nous éternisons pas l’un à côté de l’autre.
Comme quelqu’un décroche au bout de la ligne, Danielle se focalise à présent sur sa conversation :
- — Allo, Alain ? Bonjour, c’est Danielle…
- — Je sais, c’était écrit sur mon smartphone. Que me vaut l’honneur de ton appel ? Un souci avec les enfants ?
- — Non, pas les enfants. Je suis en panne sur la nationale, juste à côté du restau routier.
- — Quel type de panne ?
- — Ben, ça a fait tikeutikeutik, puis plus de moteur. De plus, ça sent le brûlé. Ah oui, de la fumée blanche derrière…
- — Houlà, ce n’est pas bon signe ! Bouge pas, j’arrive dans cinq minutes.
- — Ne t’en fais pas, j’ai pas prévu de bouger ! À tout de suite et merci d’avance.
Satisfaite, Danielle coupe la communication :
- — Et voilà, il arrive.
- — C’est étonnant ! Aucun de mes ex ne lèverait le petit doigt pour moi.
- — Vingt ans de mariage et deux enfants, ça change un peu la donne.
Sylviane s’étonne :
- — Vingt ans ?
- — Dix-neuf ans et neuf mois, précisément.
- — C’est long !
- — Oui, surtout vers la fin !
La passagère s’approche un peu plus :
- — Je savais que tu avais été mariée, mais j’ignorais que ça avait duré si longtemps. Tu n’en parles jamais.
- — Tu sais, la plupart des gens n’aiment pas trop parler de leur échec, bien qu’avec Alain, je reconnais que c’est un demi-échec.
Quelques minutes plus tard, une voiture noire s’arrête à la hauteur des deux femmes, puis un grand bonhomme blond et barbu en sort. Danielle fait les présentations :
- — Bonjour Alain, je te présente Sylviane, une nouvelle collègue de travail.
- — Enchanté.
- — Sylviane, je te présente Alain, mon ex.
- — M…moi de même…
Sylviane est visiblement étonnée par l’ex de sa collègue, voire subjuguée. De son côté, à l’inverse, Alain n’est nullement ému par la jeune femme. Il se dirige aussitôt vers la voiture en panne. Il soulève le capot avant, puis il jette un rapide coup d’œil :
- — Vu l’odeur, c’est du tout vu : joint de culasse.
- — C’est facile à réparer ?
- — Tout dépend s’il ne s’agit que du joint de culasse, mais dans certains cas critiques, il arrive que le moteur soit bousillé en même temps.
- — Si ce n’est que le joint, ça coûte cher ?
Se redressant, l’ex annonce :
- — La pièce en elle-même n’est pas chère, moins de cinquante euros, du moins pour ton modèle de voiture. Le souci est le temps pour réparer : au moins trois-quatre heures, car il faut enlever le moteur, et il faut du matos.
- — Ton copain Denis peut faire quelque chose ?
- — Je vais voir ça avec lui, pas le choix, je n’ai pas ce qu’il faut. Dans ce cas, il me faudra ta carte grise et ta clé de voiture.
- — Pas de souci, comme je les ai sur moi, je te donne tout ça.
Alain referme le capot :
- — Bon, prends ce qui est important et verrouille ta voiture. Je vais te reconduire chez toi.
- — Et ma collègue ? Elle habite sur ma route…
- — Je te rassure, je ne vais pas la laisser sur le bas-côté.
Danielle monte devant, et Sylviane derrière. Les deux ex discutent tout à fait normalement, ce qui étonne la jeune femme, se demandant pourquoi ils ont divorcé, car bien des couples s’entendent moins bien, du moins en apparence.
La voiture arrive devant chez Sylviane qui remercie le chauffeur.
- — Pas de quoi. Je suppose que je viens vous récupérer demain matin.
- — Demain matin ?
- — Ça m’étonnerait que la voiture de Danielle soit réparée d’ici là.
Un peu étonnée, la jeune femme consulte du regard sa collègue :
- — Enfin, si… si c’est possible…
Celle-ci répond d’une façon assez désinvolte :
Toujours étonnée, Sylviane regarde la voiture s’éloigner, se demandant franchement quelle est la nature exacte de la relation entre ces deux-là.
Chez Danielle
Visiblement, en se revoyant, l’ancien couple ne s’en est pas tenu à un simple verre autour d’une table. En témoignent un lit dévasté et deux corps nus restés entrelacés sans se lasser. Englué contre son ex-épouse, les mains baladeuses, Alain soupire :
- — T’es toujours aussi chipie, toi !
- — C’est comme ça que tu m’aimes !
- — Je te signale que nous sommes divorcés depuis presque deux ans.
Saisissant le sexe de son ex, Danielle riposte aussitôt :
- — Ah oui ? Ose me dire que t’as pas envie de moi !
- — Sauf erreur de ma part, il me semble bien que tu sors depuis quelques mois avec un bonhomme et même que vous vivez parfois sous le même toit.
- — Je ne le nie pas. Mais toi, ne nie pas que tu éprouves toujours quelque chose pour moi !
L’homme lâche un demi-aveu :
- — Est-ce bien réciproque ?
- — Tu sais très bien de quoi il en retourne !
Sans complexe, Danielle branle ostensiblement la colonne de chair de son ex. Puis, mutine, elle donne quelques coups de langue bien appuyés sur le gland frémissant. Se laissant toutefois faire, Alain soupire :
- — T’es en réalité une sacrée garce ! Mais bon, il faut croire que j’ai un gros faible pour les garces dans ton genre.
- — Ah oui, quel genre de gros faible ?
On dit que l’esprit est fort, mais que la chair est faible. Danielle et Alain le prouvent très aisément en s’offrant l’un à l’autre avec une passion qui ne semble pas être éteinte malgré les années qui passent et la rupture légale.
Intéressée
Le lendemain, au boulot, alors qu’elles sont toutes les deux en train de boire un café dans la salle de pause, Sylviane demande à Danielle :
- — Pourquoi vous avez divorcé ? Vu comment tu le regardes et vu comment il te regarde…
- — Au lit, aucun problème, mais on ne savait plus vivre dans la même pièce. Lui et moi, c’est amour et haine.
Remuant son café, Sylviane tique :
- — T’exagères pour la haine !
- — Bon, amour et agacement, ça te convient mieux ? Si je fais le point, j’ai épousé mon amant. Avec le recul, c’est Michel qui aurait dû être mon mari, et c’est Alain qui aurait dû être mon amant.
- — Michel, c’est l’entrepreneur avec qui tu sors ?
- — Oui, c’est lui. Michel est nettement plus reposant, c’est certain. C’est marrant, Michel et Alain sont diamétralement opposés. Physiquement, mon ex a tout du Viking et mon actuel a tout de l’Italien.
Sylviane s’amuse de cette comparaison :
- — Oui, ton ex ressemble en effet à un Viking ! Je l’imagine bien avec un casque à cornes et une grande hache !
- — Évite l’image du casque à cornes…
- — Dois-je comprendre que tu n’as pas toujours été très sage ?
- — C’est une élégante façon de le dire. Remarque, lui aussi, n’a pas toujours été très sage comme une image. Surtout après une grosse dispute… mais bon…
La jeune collègue devient rêveuse :
- — En tout cas, ton ex est vraiment beau ! J’ai été étonnée !
- — Ah ça, je mentirai en disant le contraire. Le pire est que ce salaud s’améliore en vieillissant, c’est injuste !
Tout en regardant ailleurs, Sylviane demande à voix basse à sa voisine :
- — Tu crois que j’ai une chance avec ton ex ?
- — Eh bé ! Comme tu y vas !
- — Il est libre, non ? Et tu n’es plus avec lui, puisque tu as divorcé.
On peut rester très intime avec quelqu’un dont on a divorcé, c’est le cas ici, entre Alain et Danielle. Songeant à hier soir, épisode qu’elle a oublié de raconter à sa collègue, Danielle explique de façon assez neutre :
- — Alain a parfois des aventures ci et là, mais en effet, on peut dire qu’il est effectivement libre. Il t’intéresse à ce point-là ?
- — Ce… c’est vraiment mon genre d’homme…
- — Je suis mal placée pour te contredire !
Sylviane argumente :
- — Et puis… je te ressemble un peu, il y a donc une probabilité pour que je sois aussi son genre de femme.
- — Je ne sais pas si c’est un avantage de me ressembler, même qu’un petit peu ! Et je préfère te prévenir tout de suite : Alain risque de te trouver trop jeune.
Entendant ces propos, Sylviane s’étonne :
- — Trop jeune ?
- — Il a toujours visé des femmes de son âge.
- — T’es plus jeune que lui, non ?
- — À peine deux ans. Et toi ?
- — Ben, il a quel âge ?
- — Il a eu quarante et un ans le mois dernier.
La jeune femme hausse des épaules :
- — J’en ai trente-deux, donc neuf ans d’écart, c’est pas la mer à boire, même pas dix ans !
- — T’as trente-deux ans ? On t’en donnerait moins que ça ! C’est quoi ton secret ?
- — Ça doit être génétique. Même maintenant, ma mère paraît toujours très jeune, à tel point que mon père peut passer pour le père de ma mère, alors qu’ils sont nés tous les deux la même année.
Danielle soupire bruyamment :
- — Mon ex qui embellit au fur et à mesure des années, toi qui parais plus jeune, décidément, tout ça est trop injuste !
Évitant l’écueil que la vie ne réserve pas les mêmes bénéfices à tout le monde, Sylviane recentre la conversation :
- — Si je tente ma chance auprès de ton ex, tu ne m’en voudras pas ?
- — C’est mon ex, ce n’est plus mon mari.
- — Oh, on ne sait jamais…
Danielle pose sa main sur l’épaule de sa collègue :
- — Dans ce cas, bonne chance ! Tel que je connais Alain, il risque de te considérer comme une gamine !
- — Mais j’ai trente-deux ans !
L’ex d’Alain tapote sur l’épaule de sa jeune collègue :
- — Je sais, mais je connais mon oiseau. Donc si tu veux avoir une chance, il va falloir que tu y ailles de bon cœur. N’attends pas qu’il vienne à toi, ce serait peine perdue, tu risques d’attendre jusqu’à la Saint Glinglin !
- — En clair, tu insinues que je dois lui faire du rentre-dedans ?
- — En quelque sorte… mais sans trop abuser quand même. Mais ne te fais pas d’illusion, tu devras lui mettre les points sur les i sur le fait que tu flashes pour lui.
Cette réponse rend la jeune collègue dubitative. En général, la plupart des hommes adorent quand une femme plus jeune qu’eux s’intéresse à leur cas. Et là, Alain est l’exception qui confirme la règle, la vie est mal faite !
- — Tu crois que je devrais m’habiller et me coiffer autrement ? Pour me vieillir un peu ?
- — Ne te donne pas tout ce mal, Sylviane. Tu es comme tu es. Et si tu triches dès le départ, ça se terminera sans doute assez mal.
Un peu déprimée, Sylviane soupire : décidément, comme l’a déjà dit sa collègue, c’est trop injuste ! Néanmoins, en fin d’après-midi, elle aura le plaisir de revoir Alain, se disant qu’elle aurait bien aimé être à la place de Danielle durant toutes ces années.
Voiture réparée et Coca
Lundi, en début d’après-midi, Alain téléphone à son ex pour lui annoncer :
- — C’est bon, ta voiture est réparée. T’as eu du bol, le moteur n’a pas morflé. Je viens te chercher au boulot vers dix-sept heures et je te dépose chez Denis.
- — Merci d’avance. Au fait, pourrais-tu me laisser d’abord chez Denis, puis déposer Sylviane chez elle ? Je ne voudrais pas trop la faire attendre chez le garagiste. Ainsi, tu n’auras pas à venir me déposer chez moi.
- — Ça ne me dérange pas de venir te rechercher…
Danielle sourit :
- — Bien sûr que ça ne te dérange pas, gros cochon ! Mais ce soir, Michel sera là. Pas besoin de te faire un dessin, n’est-ce pas ?
- — Non, pas besoin. OK, je déposerai ta collègue.
- — Sois gentil avec elle, s’il te plaît.
Haussant un sourcil, Alain s’étonne :
- — Je suis gentil avec elle, il me semble.
- — Tu l’impressionnes un peu.
Danielle est contente d’elle, elle vient de fournir une belle occasion à sa collègue. Après, c’est à elle de faire le nécessaire. Mais elle a des doutes sur les chances de réussite de sa jeune collègue auprès de son ex. Et puis, si elle réussit son coup, Danielle risque de perdre un bon amant qui la connaît sur le bout des ongles.
À ce propos, elle se dit qu’il ne faudrait pas que Michel soit au courant. Et si son ex se case avec sa copine, ça résoudrait ce genre de problème.
Comme convenu, après être venu chercher les deux femmes, Alain se dirige chez le garagiste auquel il dit bonjour, après avoir déposé son ex. Puis il poursuit son déplacement pour ensuite déposer chez elle Sylviane. Celle-ci essaye de nouer la conversation avec son chauffeur, mais comme le trajet est très court, elle arrive à peu de choses.
Pour augmenter ses chances, elle propose à Alain :
- — Ça vous dit de boire un petit quelque chose avant de repartir ?
- — Ne vous embêtez pas avec ça.
- — Pas même un petit café ? Ou une bière ?
Mains sur le volant, Alain semble plongé dans ses pensées. Soudain, se tournant vers sa passagère, il demande :
- — Vous avez du Coca normal ?
- — Oui, j’ai ça au frigo.
- — Dans ce cas, banco.
Sylviane se met à espérer.
Quelques jours plus tard
Sylviane et Alain se sont revus deux fois, en tout bien et tout honneur. Elle a pu décrocher des rendez-vous avec l’homme de ses rêves, mais à chaque fois, il ne se passe pas grand-chose ! La jeune femme est partagée entre deux sentiments contradictoires : oui, Alain la respecte et c’est très bien, mais elle aurait aimé plus d’initiatives et être modérément bousculée.
Sylviane n’a pas dit clairement à Alain qu’elle craquait pour lui, mais l’a laissé sous-entendre. Elle a dû prendre son courage à deux mains pour lui demander quand ils pourraient se revoir pour discuter, le prétexte étant son avenir professionnel à elle, ses choix futurs à faire. L’ex de Danielle a accepté, sans montrer ni joie ni ennui.
Le courant est bien passé lors du premier rendez-vous, ils se sont tutoyés très vite. Sylviane n’a pas osé faire du rentre-dedans, elle s’est contentée de son alibi professionnel et reconnaît qu’Alain lui a donné des conseils judicieux.
Elle a la curieuse impression que le quadragénaire passe le temps avec elle. Personne ne l’attend chez lui, sauf parfois les enfants dont Danielle et Alain ont la garde partagée. Mais ceux-ci arrivent à l’âge où ils aiment commencer à aller voir ailleurs.
- — C’est dingue, ça ! En général, les hommes matures adorent que les jeunettes s’intéressent à eux, et il a fallu que je tombe sur l’exception qui confirme la règle !
Sylviane aurait aimé se rapprocher un peu plus d’Alain lors du précédent week-end, mais c’était son tour pour la garde des enfants, ce qui ne simplifie pas les choses.
Jamais deux sans trois, ce mardi en fin d’après-midi (soit un peu plus d’une semaine après le Coca), Sylviane et Alain se baladent dans un parc proche du domicile de la jeune femme. La conversation vient de rouler sur l’âge en règle générale. Voyant que rien ne bouge et sentant qu’une partie du problème flotte dans l’air, recentrant le sujet sur elle et lui, Sylviane expose son point de vue :
- — Je pense qu’un écart d’âge, c’est une broutille. Certains couples ont même vingt ou trente ans d’écart, et ça fonctionne bien pour eux. Pourquoi cette fixation sur une différence d’âge ?
- — Pour avoir les mêmes références, les mêmes repères.
Sylviane s’offre le luxe d’un petit coup de griffe :
- — Ça ne t’a pas suffi avec Danielle…
- — C’est une erreur de jeunesse que je ne regrette pas… Je crois que nous nous sommes mariés trop jeunes, bien trop jeunes, sans trop réfléchir au lendemain. Mais j’ai eu de bons moments et de beaux enfants.
- — Et une vie assez agitée…
- — Pas faux… À la réflexion, peut-être que nous aurions pu rester ensemble, en faisant un certain effort chacun de notre côté, avec plein de hauts et aussi de bas. Mais ça aurait duré combien de temps en plus ? À moins d’avoir trouvé un bon compromis… Peut-être avons-nous loupé le coche quelque part…
Alain est assez direct, ça fait partie de son charme. Sylviane grimace ; à prime vue, il est toujours plus ou moins amoureux de son ex. Essayant de ne pas être trop acerbe, la jeune femme lâche un peu désabusée :
- — En clair, tu l’aimes toujours…
- — Aimer ? Je ne sais pas, je ne pense pas. Elle m’attire toujours, c’est certain, elle me fait un effet fou, c’est viscéral, et contraire à ce que me dicte ma raison. Mais je suis réaliste quant à ma relation avec mon ex. De plus, je ne sais pas si beaucoup de femmes accepteraient un homme comme moi, plongé dans ce genre de situation.
Sylviane saisit illico la perche qui lui est tendue :
- — Je veux bien en prendre le risque !
Alain regarde la jeune femme avec étonnement :
- — Tu ignores dans quoi tu mets les pieds…
- — Je le sais très bien. J’ai déjà pesé le pour et le contre.
- — Tu ne connais de moi que ce que Danielle a pu te dire. Tu as une vision faussée.
À ces mots, la jeune femme réagit assez vivement :
- — Dis carrément que tu ne veux pas de moi !
- — Je n’ai pas dit ça, je veux simplement t’éviter des désillusions.
- — Tu es trop bon !
Sylviane retient qu’il n’a pas rejeté complètement sa candidature avec son « je n’ai pas dit ça », ce qui est un faible espoir. Rebondissant sur la phrase de la jeune femme, Alain se met à afficher un large sourire :
- — Je sais, ça finira par me nuire ! Pour en revenir à toi et moi, merci de t’intéresser à ma personne. Je reconnais que… que tu es attirante, mais je te trouve néanmoins un peu trop jeune.
- — Je sais, nous en avons parlé, il n’y a même pas cinq minutes. Nous n’avons que neuf ans d’écart, c’est pas rédhibitoire !
- — Neuf ans qui en paraissent quinze… voire plus…
- — Eh bien, si tu fais un effort pour te rajeunir, et moi, un effort pour me vieillir, ça devait aplanir ce problème !
Alain se met à rire de bon cœur :
- — Hahaha ! Pas idiot !
- — Mais ne te coupe pas la barbe, je trouve que ça te va nettement mieux que rien.
- — Comment sais-tu ça ?
La jeune femme se tortille sur place :
- — Euh… Danielle m’a fait voir une photo de toi imberbe.
- — Ah d’accord… Si elle et toi vous vous associez, je ne vais pas faire le poids !
- — Tu résistes bien, Alain !
- — Je fais ce que je peux.
La nouvelle donne en main, Alain est en train de cogiter, d’évaluer la situation. Il avait bien deviné qu’il était l’objet de l’attention de la jeune femme, mais parfois on devine mal, on se fait des illusions. Maintenant, les choses sont claires.
Avec Danielle comme maîtresse, ça le fait très bien, même si elle vit à moitié avec Michel. Ils se voient assez souvent, et font donc assez souvent l’amour à deux, sans avoir les désagréments de la vie quotidienne. Ils se connaissent par cœur. Bien sûr, il n’en dispose pas comme il veut et quand il veut, mais dans l’ensemble, ça reste une position assez gagnante.
À condition que le dénommé Michel ne se doute de rien.
Avec Sylviane, il ne sait pas dans quoi il s’engage. Est-ce que cette jeune femme peut remplacer Danielle ? Est-ce qu’ils peuvent cohabiter ? Il ne sait pas, c’est le flou artistique. Le gros point positif est que la jeune femme semble décidée à ce que ça fonctionne. De plus, elle est attirante, une sorte de Danielle en plus jeune, mais pas exactement pareille.
Mais faut-il vraiment choisir, là tout de suite ? Le temps qui passe peut être un allié.
Auprès du chêne
Un peu plus loin, le couple s’arrête dans un recoin pour mieux discuter. Posant la main contre un gros chêne, Alain confie sans fard :
- — Je pense qu’avec toi, ce serait plus… calme, moins mouvementé, plus serein. Ce qui n’empêcherait pas les coups de folie.
- — J’espère bien que tu n’es pas un homme plan-plan !
- — J’aime parfois des périodes de calme. L’agitation, c’est bien de temps à autre, mais c’est épuisant à la longue.
- — Tu as l’art de souffler le chaud et le froid.
Toujours en appui contre l’arbre plus que centenaire, Alain se penche sur Sylviane :
- — Je suis un homme avec ses qualités et ses défauts, avec son côté pile et son côté face.
- — En clair ?
- — Que je ne suis pas un saint.
- — Ça, je le sais. Je te rassure, je ne t’idéalise pas.
- — Tant mieux. Néanmoins, je te rappelle que jeudi de la semaine d’avant, tu ne m’avais jamais vu.
La jeune femme soupire :
- — En général, les hommes font moins de chichis !
- — Sans doute, mais je ne suis pas un mouton. Si tout le monde se jette au canal, il faudrait que je m’y jette, moi aussi ?
- — T’exagères, Alain !
Mains sur les hanches à présent, le pseudo-viking s’amuse :
- — Dois-je comprendre que tu espérais que je te saute dessus pour te sauter ?
- — Halala, tout de suite les extrêmes !
- — Au moins, on comprend tout de suite.
S’adossant latéralement contre le même chêne, sa voisine explique :
- — Disons que je m’attendais à un peu plus… d’empressement… sachant que je suis dans tes goûts. Ne le nie pas.
- — Je ne le nie pas, je t’ai déjà dit que tu étais attirante.
- — Mais ce n’est pas pour autant que tu veuilles franchir le pas.
- — Pour une aventure, franchir le pas est très facile. Mais toi, veux-tu d’une simple aventure ?
- — Ce… c’est… mieux que rien…
Alain se gratte la tête :
- — Comment dire… Quand je me mets avec une femme, ce n’est pas pour que ce soit une relation Kleenex. Au début, il faut faire très attention pour que la mayonnaise prenne vraiment. Et parfois, à cause d’un petit rien, tout s’effondre.
- — Ton divorce t’a marqué tant que ça ? Tu es pourtant resté un sacré paquet d’années avec Danielle, alors qu’elle n’était pas vraiment ta femme idéale au quotidien.
- — Je le reconnais, mais c’était bancal. Je ne tiens plus à faire la même connerie. Danielle agit sur moi comme une drogue, c’est bon sur le moment, mais c’est quand même très nocif.
Puis il change d’attitude en annonçant calmement :
- — Pour en revenir au sujet initial : dans l’absolu, pour commencer, toi et moi, on pourrait sortir, être amants, tu pourrais être ma sex-girl.
Ça, c’est un aveu qui va dans le bon sens, pense Sylviane. Se remettant bien droite, la jeune femme s’agite :
- — Justement, où est le problème ? Si on ne se jette pas à l’eau, on ne saura jamais si ça peut fonctionner ! Je ne demande pas la lune. Tu préfères vivre avec des regrets de n’avoir rien fait que des remords d’avoir essayé ? Celui qui n’essaye pas ne se trompe qu’une seule fois, comme on dit !
- — Véronique Sanson.
Interloquée, Sylviane regarde Alain avec de grands yeux tout ronds :
- — Qu’est-ce qu’elle vient faire là-dedans ?
- — C’est le titre d’une de ses chansons.
- — T’as vraiment le chic pour faire des digressions !
- — Je vais même en faire une nouvelle, ma chère Sylviane !
- — Ah oui, laquelle ?
Alain se plante posément devant la jeune femme :
- — Tu souhaites sortir avec moi, n’est-ce pas ?
- — C’est évident !
- — Même s’il y a un risque que ça ne dure pas trop longtemps…
- — Je ferai en sorte que ça dure. Je prendrai ce qu’il y a à prendre, je ne suis plus une ado naïve qui croit au Prince charmant. Oui, je veux faire en sorte que ça dure, mais c’est pas une raison pour que j’accepte n’importe quoi !
- — Je n’en doute pas une seule seconde, Sylviane…
Sentant que la phrase n’est pas finie et qu’il va y avoir un enchaînement, la jeune femme fronce légèrement des sourcils :
- — Alors c’est quoi la suite ?
- — Faisons l’amour ici, dans ce parc.
- — HEIN !?
- — À la viking ! Ah, bien sûr, à l’abri des regards.
- — T’es vraiment tout ou rien, toi !
Alain pose ses mains sur les épaules de Sylviane :
- — Avec mon ex, on faisait souvent des trucs un peu fous. Elle est comme ça, je suis aussi comme ça. Et je ne veux pas faire une croix sur ce genre de chose, sur ce piment, ce grain de folie si jouissif.
- — Parce que… elle et toi…
Sa dernière faiblesse avec son ex date de deux jours précisément, et même si Sylviane sait qu’il est encore accro à son ex, Alain préfère répondre en biaisant :
- — Je te parle de notre passé, à elle et à moi. Cette chère Danielle ne t’a pas tout raconté sur nous deux, sur nos folies et autres amusements…
- — Ah ça oui, elle a oublié des tas de petits détails, je suppose… Je me doute bien que votre relation était nettement plus proche du volcan en éruption que du lac placide !
« Belle image », songe le barbu qui s’amuse carrément :
- — Peut-être que ça t’aurait fait fuir !
- — Peut-être que oui, peut-être que non…
Redevenant plus sérieux, sentant confusément qu’il est arrivé à un carrefour sur le chemin de son existence déjà bien remplie, Alain se penche un peu, mettant presque son front sur le haut de celui de Sylviane :
- — Mettons les choses au clair : je ne cherche pas une autre Danielle, je sais que ça ne fonctionnera pas, même si nous avons quand même réussi à durer un bon bout de temps. Comme elle a dû te le dire, elle était plus ma maîtresse que ma femme.
- — Oui, elle m’en a parlé.
- — Moi, je cherche les deux en même temps : maîtresse et femme.
- — Et pas que femme ?
Il pose son front sur celui de la jeune femme :
- — Je préfère éviter de devoir me chercher une maîtresse en dehors de mon couple. Je n’ai qu’une seule vie, je compte en profiter. Ce qui ne signifie pas que je veuille me disperser. Une bonne tienne vaut mieux que trente-six tu auras.
- — J’avais compris l’idée…
Sylviane frissonne, cet homme correspond à ses attentes, même si elle craint que celui-ci ait trop de fantasmes saugrenus. Comme par fait exprès, Alain enchaîne :
- — Donc, tu comprends l’idée que je puisse avoir des idées farfelues.
- — Pas trop farfelues quand même. Si c’est pour courir tout nu dans la neige et se rouler dedans pour faire des galipettes à la viking, je décline !
- — Hahaha ! Jamais fait ce truc-là ! Mais merci pour l’idée !
Puis sans transition, il attire à lui la jeune femme pour l’embrasser. Assez surprise, mais ravie, celle-ci se laisse faire, répondant fiévreusement à son baiser. La température augmente, l’intensité du baiser aussi. Les deux corps sont plaqués, collés l’un contre l’autre. Très vite, Alain constate que le soutien-gorge de Sylviane n’est pas vide, et que la jeune femme sait se montrer torride. De son côté, elle constate plus bas que son partenaire a une évidente envie d’elle.
Tandis que les bouches se cherchent, se soudent, se mordillent, les mains s’égarent, capturent et caressent avidement, et ce, durant un long moment, sans répit.
Les deux en même temps
Puis les bouches s’éloignent. C’est la jeune femme qui rompt le silence en premier :
- — Pfou ! Tu ne fais pas semblant, toi !
- — Toi non plus !
Son ventre toujours collé contre la protubérance du barbu, Sylviane dit :
- — Danielle a oublié de me dire que tu es assez avantagé par la Nature…
- — Avantagé, je ne sais pas, mais disons que tout est proportionnel chez moi, et comme je suis assez grand…
Sans répondre, la jeune femme prend l’initiative en embrassant l’homme qui la retient captive dans ses bras. Celui-ci abonde dans le même sens. Un nouveau long baiser enchaîne les deux personnes, leurs corps presque incrustés l’un dans l’autre, leurs mains impudiques.
À nouveau, leurs lèvres se dessoudent ; maintenant, c’est Alain qui prend la parole :
- — Tu vas me faire regretter d’avoir perdu quelques journées…
- — J’espère bien ! Ça t’apprendra à tergiverser !
Alain devient ironique :
- — Maintenant, je suis embarrassé : je dois choisir entre toi, Danielle ou une autre. Mais voilà, tu n’es pas Danielle, j’éprouve autre chose, c’est différent…
- — Pas la même chose, dis-tu ? Pourtant, tu sembles… euh… fougueux envers moi.
- — Oui c’est vrai, mais… comment dire… j’ai envie de faire pire avec toi !
- — Houlà !
Frémissante, Sylviane s’inquiète un peu. Elle a l’impression d’avoir un loup-garou devant elle. Le quarantenaire presse la trentenaire un peu plus contre lui :
- — Fallait pas réveiller le Viking qui dort en moi ! Je suis d’humeur à vouloir tout un harem de Sylvianes ! Je ne me disperse pas, puisque c’est la même femme.
- — Outch ! Je ne sais pas si je vais être à la hauteur, moi ! Il faudrait que je sois deux ou trois femmes en même temps pour te contenter ! Je ne suis pas une marathonienne, moi !
- — Fallait pas venir me chercher, ma petite ! Assume !
Avec un petit sourire narquois, embarquée dans le petit jeu qui est en train de se dérouler entre eux, Sylviane explique :
- — Il y a bien une solution un peu spéciale…
- — Laquelle ?
- — Juste une hypothèse de travail : je deviens ta petite amie, et Danielle reste ta maîtresse.
Entendant cette solution, Alain s’étonne :
- — Tu accepterais ce genre d’arrangement ?
- — Pas de gaîté de cœur, je l’avoue… mais je tiens à ma santé !
- — Et Michel, le nouvel homme de mon ex ? Tu en fais quoi ?
- — Vaut mieux pas qu’il sache…
Enlaçant toujours sa proie, Alain se met à rire :
- — T’es pas croyable, Sylviane !
- — J’essaye de trouver une solution pour ne pas mourir trop tôt épuisée à cause d’un gros satyre libidineux !
- — Dans ce cas, pour boucler la boucle, Michel devient ton amant !
La jeune femme s’exclame spontanément :
- — Ça va pas, la tête !
- — Dans ce cas, simplifions les choses : deviens plein de femmes différentes en même temps. Ou bien laisse-toi aller…
Toujours captive dans les bras d’Alain, elle hésite faussement :
- — Je peux toujours essayer…
- — Dans ce cas, commençons tout de suite l’essai dans ce fourré. Tu m’as mis en appétit !
Sylviane tergiverse, elle oscille, à la fois tentée et embêtée, plongée dans une situation qu’elle n’avait pas vu venir. Alain joue franc jeu avec elle. Sans doute qu’il force le trait pour accélérer les choses, mais au moins, il ne la prend pas par traîtrise. Elle aurait nettement souhaité qu’il prenne l’initiative dès le départ, sans en arriver à la tension d’aujourd’hui !
Comprenant peut-être son dilemme, Alain la libère, puis lui prend la main pour l’entraîner vers le fourré. Bon joueur, il lui annonce :
- — Le seul mot que j’accepte si tu ne veux pas, c’est « stop ». Tous les autres ne comptent pas. Compris ?
- — Euh oui…
Un long frisson envahit Sylviane, un frisson non pas de peur, mais de plaisir. Si tout se passe comme prévu, elle gardera pour elle son Viking, à condition de jouer le jeu. C’est assez gênant de se mettre à nu de la sorte, au sens propre comme au figuré, mais le défi en vaut la chandelle !
Un nouveau couple
Depuis ce jour-là, la machine s’est emballée. L’épisode du fourré ayant été une franche réussite, les deux nouveaux amants ont enchaîné les rencontres, chez l’un comme chez l’autre, et pas forcément pour cent pour cent de galipettes, le dialogue, les balades, les restaurants et même les commissions dans les magasins ont leur place.
Au tout début, Sylviane avait un peu craint que leur relation soit décrite en trois mots : sexe, sexe et sexe. Elle est donc agréablement surprise. Surprise aussi par le côté câlin et tactile de son nouvel amant. Elle se dit qu’elle a bien fait d’insister.
Durant la pause du midi, bien qu’un peu gênée et sur l’insistance de sa collègue de travail, Sylviane fait le point avec Danielle :
- — Comment dire… Alain est vraiment attentionné avec moi, il me demande mon avis, on partage plein de choses…
- — Mais ?
- — Ben, dès que ça touche au sexe, il passe d’ange à démon !
Danielle n’est pas très étonnée, son ex-mari était plutôt son amant. Tout allait très bien sous la couette. C’était un peu moins vrai en dehors de la chambre conjugale. Tout en finissant son plat réchauffé au micro-ondes, Sylviane demande :
- — Il était pareil avec toi : double-face ?
- — Qu’est-ce que tu entends par double-face ? Et ça dépend aussi de ce que tu entends par « démon ».
Après avoir jeté un rapide coup d’œil circulaire, à voix basse, Sylviane énumère quelques points, son interlocutrice s’étonne :
- — Ah oui, quand même…
- — Ah bon ? Il ne faisait pas ça avec toi ?
- — Y a pas mal de trucs en commun, mais y en a en plus…
- — Pourquoi il fait ces trucs en plus avec moi ?
- — Il se défoule, il se laisse aller, je suppose… Avec moi, il avait peut-être un peu le syndrome « mère de ses enfants » …
Un peu surprise par ces révélations concernant son ex-mari qui est pourtant resté son amant, Danielle s’interrompt quelques secondes, puis elle reprend avant que sa voisine n’ouvre la bouche pour briser le silence :
- — Et toi, est-ce que ça te dérange vraiment ?
- — Euh… comment dire… pas tant que ça, mais… j’ai parfois l’impression d’être sa chose… Bon, il est vrai qu’il ne me néglige pas, il veille à ce que j’aie ma part… S’il était vraiment égoïste, je pourrais râler, mais comme ce n’est pas le cas et que j’en profite…
- — En clair, tu ne peux pas lui reprocher sa façon parfois cavalière et perverse de se comporter avec toi…
- — Ben voilà… De plus, je savais où je mettais les pieds, il m’avait avertie avant qu’on franchisse le pas. Mais je trouve que, parfois, c’est poussé, Alain y va franchement de bon cœur !
Danielle se demande si son ex ne profite pas de sa nouvelle proie pour aller dans certaines directions qui n’avaient pas été possibles avec la mère de ses enfants. Bien que… comme amant, Alain n’est pas mauvais du tout. Peut-être que la jeunesse de Sylviane a fait sauter un verrou que son ex s’était imposé quant à l’écart d’âge.
La divorcée affiche un petit sourire entendu :
- — En réalité, Alain est en train de dépasser les limites de ta morale, et finalement, tu ne détestes pas les outrepasser.
- — Tu causes bien quand tu veux. Mais le pire, c’est que tu as peut-être raison.
- — Pas « peut-être », mais « sûrement » !
Elles éclatent de rire toutes les deux.
Épouse et maîtresse
Le lendemain, Alain rend visite à son ex. Comme la plupart du temps, c’est au lit que ces deux-là continuent leur « conversation » de façon très intime. Bien qu’elle ait un autre homme dans sa vie, Danielle ne déteste pas se remémorer les meilleurs moments de sa vie d’antan. Chose d’autant plus facile que son ex-mari n’a rien oublié de comment la faire décoller vers d’autres cieux !
Après diverses galipettes proches d’un marathon, les deux corps sont repus et rompus. Ayant un peu récupéré, Danielle s’adresse à son ex :
- — Tu ne crois pas que t’abuses un peu avec Sylviane ?
- — Je n’abuse pas : c’est elle la demandeuse, et je l’ai prévenue dès le départ.
- — N’empêche que tu profites beaucoup de la situation, Alain !
D’une main, l’amant blond caresse fugacement sa barbe, tandis que l’autre s’occupe posément d’une poitrine fort avenante :
- — Profiter, je te l’accorde… Abuser, non. Si quelque chose ne lui convient pas, elle n’a qu’à dire qu’un seul mot, c’est aussi simple que ça.
- — Elle a trop peur de te perdre !
- — Elle et moi avons discuté plus d’une fois. Elle reconnaît qu’elle est parfois surprise, mais qu’au final, ça lui convient.
Se laissant toujours cajoler, Danielle pose « la » question :
- — Et tu vas continuer comme ça jusqu’à quand ?
- — Honnêtement, je ne sais pas.
Ses seins continuellement câlinés, elle pose l’autre question :
- — Et tu vas continuer avec moi jusqu’à quand ? Tu joues sur les deux tableaux, Alain… Sylviane devrait te suffire, non ?
- — Hmmm… je n’arrive pas à faire une croix sur toi, ça fait si longtemps, toi et moi. Et puis, c’est différent. Comment dire… Nous avons été mariés un bon paquet d’années, on se connaît par cœur, mais hélas, il nous est impossible de revivre côte à côte. En revanche, j’ai l’impression qu’avec Sylviane, je n’aurais pas de problème à la côtoyer jour et nuit durant des années et des années.
Les tétons bien durcis et dressés, Danielle résume à sa façon :
- — En clair, c’est elle qui aurait dû être ta femme, et moi, ta maîtresse.
- — Tu as peut-être raison…
- — Dans ce cas, tu l’épouses quand ?
Sans cesser de la caresser, Alain s’esclaffe :
- — Hahaha ! Tu vas vite en besogne ! Et toi, tu épouses quand, ton Michel, sachant que tu as déjà l’amant ?
- — Ça pourrait se faire plus vite que tu ne le crois…
- — Ah oui ? Tu m’inviteras ?
- — Seulement si tu es sage !
- — Hmmm… avec toi, c’est difficile d’être sage !
Puis, toujours pas rassasié, il se rue illico sur sa compagne de jeu, bien décidé à profiter de ce magnifique corps qu’il connaît par cœur dans les moindres recoins et dont il ne se lasse absolument pas malgré les années.
Un peu plus tard, tandis qu’il vient de s’en aller de chez Danielle, Alain se demande si, effectivement, il n’abuse pas de la situation :
- — C’est vrai que je fais avec Sylviane des choses que je n’ai pas faites et que je ne ferais pas avec Danielle. Et pourtant, on en a fait des vertes et des pas mûres !
Arrivant à l’orée d’une agglomération, il ralentit :
- — Mais bon, je crois que Sylviane et moi, on discute suffisamment, et elle sait dire « non », enfin « stop », puisque c’est notre mot convenu pour ce genre de truc. Mais c’est vrai que je me défoule avec elle, et elle aussi, à prime vue.
Au rond-point, il tourne à droite :
- — On va dire que c’est un échange de bons procédés, et qu’elle fait avec moi des trucs qu’elle n’oserait pas forcément me demander… Quoique… elle a répondu franco au petit questionnaire papier. Pour le prochain formulaire, il faudra que je sois plus… hmmm… hard…
Il sourit, pensant déjà à ce qu’il pourrait écrire sur ce futur questionnaire. Fugacement, Alain se traite de gros salopard de continuer à fréquenter deux femmes en même temps. Mais il y a une très grosse probabilité que ce soit Sylviane qui l’emporte à terme.
Oui, il reste accro à Danielle, mais à condition d’espacer les rencontres. En revanche, il n’éprouve pas ce besoin d’espacement avec sa nouvelle compagne. De plus, cerise sur le gâteau, il cohabite très bien avec elle. À terme, il y a fort à parier qu’ils finiront tous les deux à vivre sous le même toit.
En attendant, chacun garde son logement.
À ce propos, Alain se dirige actuellement vers l’appartement de Sylviane.
Salle de bain
En cette fin d’après-midi, Alain vient d’arriver chez sa nouvelle amante, dont il possède un double de la clé. Ni dans la cuisine, ni dans le salon, ni dans la chambre, il ne trouve pas sa compagne. Intrigué, il lance :
- — Chériiie, t’es où ?
- — Salle de bain !
Il déboule illico dans la salle d’eau où Sylviane lisse ses cheveux. Elle est vêtue d’une robe légère au décolleté non négligeable. Bien qu’Alain revienne d’avoir fait l’amour avec son ex, il éprouve aussitôt une bouffée de désir. La jeune femme se met à glousser :
- — Oh-oh, je connais cette lueur dans ton œil !!
- — Tu as bien vu, petite allumeuse !
Il la capture illico dans ses bras, elle proteste mollement :
- — Mais j’ai rien fait !
- — T’es trop excitante, ma jolie jeunette !
Puis les choses s’emballent rapidement…
Bouche amplement ouverte ainsi que ses yeux, une gambette droite reposant sur le sol, son autre jambe largement relevée dont le pied est plaqué sur le mur, une main en appui sur le lavabo, l’autre dans les cheveux de son amant, Sylviane subit un assaut non négligeable, le corps bien secoué.
- — Aaah ! Aaah ! Oooh, encore, encore !
Fermement introduit en elle, presque derrière sa maîtresse, profitant du large écart ouvert entre ses deux jambes, Alain la pistonne allégrement, tout en la masturbant de ses doigts agiles. Il en profite dans la foulée pour déguster un sein échappé du décolleté de la robe d’été.
- — Voilà ce qui arrive quand on est une petite allumeuse !
- — Mais j’ai rien fait, moi !
- — Oh que si ! T’es trop excitante, c’est entièrement de ta faute !
Se laissant complètement aller sur une pente très glissante, Alain s’emballe carrément. Il continue à pistonner furieusement sa compagne, plongeant au plus profond de son intimité, sans oublier de titiller comme il se doit un clitoris exacerbé. Durant ce temps, sa main en profite pour malaxer le jeune sein, jouant parfois avec le téton bien érigé.
Entreprise ardemment par son Viking, malgré la position assez acrobatique, la jeune femme se laisse faire avec délectation. Être un objet de désir a du bon, surtout quand on sait que la jouissance sera pour bientôt, et tant pis pour le féminisme… Quoique… c’est à se demander si le féminisme ne serait pas justement d’être vénérée de la sorte par son homme. Bien sûr, Alain a parfois d’étranges idées, mais elle a toujours eu le loisir de dire « stop », sachant qu’il respecterait ce mot.
Soudain une énorme vague l’envahit, elle se sent telle une simple brindille à l’approche des chutes du Niagara, une énorme déferlante qu’elle attend et accueille avec joie.
- — Oui… oui… ouiii… Oh ouiii !
À son tour, Alain se laisse aller, inondant bruyamment sa jeune maîtresse, se disant qu’ensuite, ce sera direction la chambre à coucher pour que ce soit plus confortable…
Choix
Alanguie sur le lit, Sylviane pose finalement la question :
- — Tu es très… euh… sexuel avec moi… beaucoup plus qu’avec ton ex…
- — Je suppose que vous en avez parlé ensemble ?
Alain se demande s’il serait judicieux d’avouer à Sylviane qu’il couche encore de temps à autre avec Danielle, plus par habitude, sans doute. Sans parler du fait que cette relation avec son ex est une impasse. Il y a peu de chances que son ex ait admis à sa collègue de travail qu’ils fricotaient parfois ensemble. Pour vivre heureux, il convient souvent de se taire. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
La tête bien calée sur l’oreiller, sa compagne lui répond :
- — Oui, tu t’en doutes… Cependant, ce n’est pas tous les jours qu’une ex et qu’une officielle cohabitent dans la même boîte sans se crêper le chignon.
- — Je reconnais que c’est peu usuel. Parfois, je me demande ce que vous pouvez bien raconter sur moi, mais je me dis que ce n’est peut-être pas judicieux de le savoir.
- — Tu penses qu’on raconte des horreurs sur ton compte ?
Alain sait très bien qu’il n’est pas rare que les femmes cassent joyeusement du sucre sur le dos de leurs compagnons, et elles sont en général plus cruelles que les hommes à ce petit jeu de massacre verbal. De plus, il s’agit de deux femmes qui se partagent le même homme, ou plutôt de l’ancienne et de la nouvelle, du moins officiellement.
Caressant la cuisse et le genou de sa compagne, il préfère rester neutre dans sa réponse :
- — Des horreurs, peut-être pas. Mais je parie que tu connais à présent mes moindres défauts !
- — Je connais aussi toutes tes qualités, Alounet !
- — Et ta conclusion, ma chère petite amoureuse ?
Elle fait mine de réfléchir :
- — Pour l’instant, les points positifs restent supérieurs aux points négatifs, mais c’est sur le fil, donc ne te gargarise pas !
- — OK, OK, OK… Reste à savoir jusqu’où je peux pousser le bouchon avec toi…
- — Justement, à ce propos, faut qu’on parle.
- — Je t’écoute.
Sylviane cherche ses mots. Elle sait qu’Alain est permissif, qu’il ne prendra pas tout au premier degré, mais il convient quand même de faire attention :
- — D’après ce que j’ai cru comprendre, on dirait que… tu rattrapes en quelque sorte le temps perdu…
- — Hmmm… tu n’as pas faux, ma petite Sisil…
- — Donc, tu confirmes que tu vas vraiment plus loin avec moi qu’avec Danielle ?
- — Je confirme.
- — Pourquoi ?
Roulant sur le côté, Alain la capture possessivement dans ses bras, plaquant son corps toujours dénudé contre le sien :
- — Parce que tu me fais de l’effet.
- — Ce n’est pas ce que tu disais au début ! Tu me prenais pour une gamine !
- — C’est vrai, mais depuis que j’ai découvert que tu étais une jeune femme plutôt… perverse, je me lâche. Sans parler du fait que ça fonctionne bien entre nous dans tous les aspects de la vie quotidienne.
Yeux grand ouverts, la jeune femme s’exclame :
- — Moi, perverse !?
- — Oui, à ta façon un peu passive…
- — Eh oh ! C’est toi qui me sautes dessus !!
- — Je ne t’ai jamais entendue me dire « stop ». Pourtant, je te rappelle souvent cette clause qui existe entre nous.
Sylviane affiche un petit sourire embêté :
- — C’est que… je… je n’ai pas eu à le dire…
- — C’est bien ce qu’il me semblait. Bon, parlons peu, mais parlons bien, ma chère petite chose à moi !
- — Houlà, je me méfie !!
Desserrant un peu son étreinte, Alain devient un peu plus sérieux, les idées et les mots s’enchaînent sans effort :
- — J’avoue qu’au début, tu me semblais un peu jeunette, surtout que tu fais moins que ton âge, comme ta mère, c’est vrai. J’ai été impressionné la première fois que je l’ai vue. Ça me donne une petite idée de l’avenir.
- — Tu comptes… euh… rester longtemps avec moi ?
- — Si tout va bien, j’espère aller au moins jusqu’au moment où tu auras l’âge de ta mère. Je m’arrangerai pour paraître plus jeune que ton père.
Toujours collée contre son amant, Sylviane est un peu émue :
- — Tu penses vraiment ce que tu dis ?
- — Tu commences à me connaître, je crois. Maintenant, la mauvaise nouvelle pour toi est que je vais continuer à profiter de ta petite personne, même quand tu auras l’âge de ta mère et plus.
Levant les yeux vers le plafond, elle s’exclame comiquement :
- — Houillouillouille !! Mais pourquoi t’es si obsédé !?
- — Que de toi, je te signale ! La réponse est évidente : parce que c’est toi, tout simplement. J’aime être avec toi, parler avec toi, vivre avec toi, faire l’amour avec toi, faire des cochonneries avec toi.
- — Oui, oui, oui ! Surtout les deux derniers points !
Le barbu fait remarquer :
- — Je te rappelle que j’ai dit que ça fonctionne bien entre nous dans tous les aspects de la vie quotidienne.
- — Ah oui, c’est vrai… t’es vraiment du genre à vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière !
Il se met à rire :
- — Eh, tant qu’à faire ! Et pour parfaire les choses, il serait bon que nous vivions tous les deux sous le même toit.
La jeune femme s’étonne :
- — Tu… tu es décidé à franchir le pas avec moi ?
- — Oui, je suis même décidé à vendre ma maison et que nous choisissions la nôtre à deux.
- — C’est… c’est très gentil, mais je n’ai pas beaucoup d’argent de côté.
- — La vente de mon bien aidera à couvrir les frais. Peut-être même qu’il restera un reliquat.
- — Euh, tu sais, tu peux conserver ta maison. Moi, ça me va.
Sans rien dire, Alain enlace tendrement sa compagne. Il est un peu étonné de ce qu’il vient de dire spontanément. Oui, Sylviane semble être la bonne personne avec qui vivre, même si elle est plutôt jeunette, mais il est en train de gommer de plus en plus cette règle qu’il s’était fixée depuis des années.
Mentalement, il fait rapidement le point :
- — Avec Danielle, ça matche toujours aussi bien au lit, mais uniquement au lit, et à condition de ne pas trop en abuser. De plus, son ex est en train de s’engager avec un autre homme, ce qui ne va pas faciliter les rencontres. À bien y réfléchir, c’est une impasse…
- — Avec Sylviane, ça matche aussi très bien au lit, et même un peu plus, car il peut s’offrir diverses fantaisies qu’il n’aurait pas trop osé auparavant. Quant à la vie quotidienne à deux, elle se déroule à chaque fois sans anicroche. Même aller faire les courses dans les magasins n’est plus une corvée.
Oui, Alain se dit qu’il doit miser sur sa nouvelle compagne, d’autant que c’est elle qui est venue le chercher, une preuve implicite qu’elle essayera de faire en sorte que ça perdure. Ayant peut-être mis le doigt sur une légère incertitude, le quarantenaire demande posément à sa proie consentante :
- — Ma petite chérie, tu es toujours d’accord pour vivre avec moi, même si parfois, ça risque de ne pas être toujours l’euphorie ?
- — Pourquoi veux-tu que ça se passe mal ? Tu ne veux déjà plus de moi ou quoi ?
- — Bien sûr que je veux de toi ! Non, je faisais allusion aux accidents de la vie. Remarque, c’est un accident, ou plutôt une panne, qui nous a permis de nous rencontrer.
Elle lui adresse un sourire lumineux :
- — Je te rassure : je pousserai ton fauteuil roulant s’il t’arrive malheur !
- — Tu es trop bonne…
Il la regarde intensément :
- — Oui, tu es décidément trop bonne…
Puis sans tarder, il lui démontre avidement et fiévreusement à quel point elle l’est…