Une Histoire sur https://revebebe.pages-perso.free.fr/
n° 23607Fiche technique30311 caractères30311
5242
Temps de lecture estimé : 21 mn
24/04/26
Présentation:  Portrait d’une femme muette face à sa tromperie accidentelle.
Résumé:  Muette, Élise exprime au travers d’une lettre sa vérité. Pour vous laisser juger de qui a trompé qui en premier!
Critères:  #drame #confession #adultère #médical #fellation fh handicap piscine fête école douche humilié(e) fellation
Auteur : Élise Selby  (Apprentie entremetteuse de mots)

Collection : Empire des sens

Numéro 02
La lettre

Pour ceux et celles qui ne me connaissent pas, je m’appelle Élise Godard. Muette de naissance, prématurée et miraculée, ce monde rude m’a rendue plus forte. Je ne suis ni simple d’esprit ni sourde, contrairement aux apparences.


Je vis avec Thomas, votre cousin, depuis trois ans. Notre couple est solide malgré mes horaires impossibles à l’hôpital. Peu importe ce que vous avez entendu ce week-end : le coupable n’est pas toujours celui qu’on croit.


Infirmière en soins palliatifs depuis cinq ans, je perds des patients chaque semaine, mais hier le décès de Bernadette Robinot m’a brisée. Sourde et muette, elle n’avait que la langue des signes pour lien. Elle devait rentrer chez elle bientôt, malheureusement son état s’est effondré. Je n’ai pas pu la laisser seule. J’ai veillé jusqu’à 1 h 16, heure officielle de sa mort. Je préviens Thomas et précise que je le rejoins avec la Punto.


Pourtant, après une telle nuit, l’idée de retrouver ces fêtards inconnus me rebute. Je ne suis qu’une pièce rapportée, mais Thomas y tient, je lui ai promis. Je prends une douche, enfile une robe légère et roule de nuit, fenêtres ouvertes pour rester éveillée.


— 


À deux heures trente, j’arrive au château, je relis son message : aile Ouest, premier étage, deuxième porte à droite. La propriété est silencieuse, je m’oriente comme je peux dans les couloirs, monte l’escalier sans bruit. J’entre, la porte grince en vain. La pièce est plongée dans l’obscurité, les volets clos. Je distingue son corps nu, offert sans pudeur, allongé sur le côté. Son sexe dressé gesticule au rythme de sa respiration. J’espère qu’il rêve de moi, de ma bouche.


Après mes gardes, j’aime le surprendre ainsi : transformer son sommeil en moment de pur plaisir pour compenser mes absences. Ce soir, après une nuit si lourde, j’ai ce besoin de volupté. Je me déshabille à la hâte, rampe sur le lit à quatre pattes.


Ma main caresse sa cuisse brûlante, puis ses testicules collants de sueur. Je les roule doucement. Son sexe tressaute, je me penche. Mon souffle effleure sa peau. Il frémit. Ma langue trace une ligne humide sur toute la longueur, goûtant cette saveur brute. Je le prends entre mes lèvres, aspire son gland distendu. Il se raidit dans ma bouche. Je l’engloutis progressivement, sa monture soyeuse glisse sur mon palais. Ma main gauche roule ses testicules. Il gémit dans son sommeil, soulève son bassin. Je resserre l’étreinte, accélère le mouvement, la langue pressée sur le frein. Il aime ça, ses doigts cherchent dans le vide.


Je m’extirpe brusquement de lui. J’ai désormais envie de plus que ça. Je pivote, me blottis en cuillère, plaque mes fesses contre lui. Son sexe turgescent glisse le long de ma fente ruisselante de désir. Ses mains me saisissent avec une assurance inconnue, presque brutale. Son contact est vigoureux, avide, ses doigts longs et solides, ses gestes taquins. Il domine les ébats. Son gland bute, puis s’enfonce d’un coup jusqu’à la garde. Mon corps s’ouvre violemment, mes parois se contractent autour de cette intrusion massive.


Il murmure à mon oreille, d’une voix grave, rauque, méconnaissable :



Je me fige. Ce n’est pas Thomas.


Rien ne correspond : son souffle, cette odeur, la manière de bouger. Mon cerveau hurle, je tente de me dégager, mais ses mains me retiennent. Mon corps, lui, ne s’arrête pas. Il dégouline, réclame. Je prends mon pied, baise avec un inconnu. Je me réfrène, songe à Thomas. Cet homme délicat et dépendant, qui m’a séduite avec sa tendresse.


Les ébats fougueux et brutaux me manquent. Alors je profite du moment. La culpabilité et l’ivresse s’enchevêtrent. Mes pensées se volatilisent. De toute façon, le mal est fait.


Son archet fait vibrer en moi une corde sensible. La mélodie est parfaite, limpide. Personne avant lui n’avait su faire sonner mon corps ainsi. Il est le maestro. Moi, son Stradivarius fragile, entièrement à sa merci. Il lit en moi comme sur une partition ouverte, anticipe chaque réaction et l’amplifie jusqu’à ce que je ne sois plus qu’un instrument hurlant sous ses mains.


Je tremble, me crispe. Il accélère. Je jouis violemment par saccades, vacille, lui reprends sa rythmique. Il se raidit, ses grognements deviennent bestiaux. Une explosion chaude se répand en moi. Il s’effondre sur mon dos, m’embrasse dans le cou avec une tendresse incongrue, puis se rendort aussitôt, comme si rien d’inhabituel ne s’était produit.


Je reste immobile, le cœur battant. Je me dégage doucement. Il ne bouge pas. Je saute du lit, enfile ma robe à la hâte, enfouis mes sous-vêtements dans mon sac, attrape mes chaussures. Je me glisse hors de la pièce en retenant mon souffle, descends les escaliers pieds nus.


Dehors, l’air étouffant est presque salvateur. Je rejoins la voiture, le sperme continue de couler le long de mes jambes. Je m’engouffre à l’intérieur, fouille ma sacoche. Je remets ma culotte, mais pas de trace de mon soutien-gorge. Mes pensées tournent en boucle, sans trouver de réponse. Je m’effondre sur le siège passager, l’épuisement me rattrape.


— 


Je me réveille en sursaut, le cou raide, la joue collée au tissu brûlant. Une femme en maillot noir et paréo turquoise se penche à ma portière. Une jeune rousse aux cheveux mouillés, au décolleté hâlé. Je baisse la vitre. Elle me fixe, inquiète. Je lui fais signe que tout va bien.


Son regard change quand elle remarque que mon sein gauche se balade à sa guise en dehors du tissu. Je rajuste ma robe, honteuse, et joins les mains en remerciement. Elle s’exclame :



Elle rit, chaleureusement, parle vite comme si nous étions amies depuis toujours. Orlanne est une des cousines de Thomas. Elle ouvre ma portière, constate ma fatigue et m’invite à prendre un café. Thomas dort encore apparemment. Elle s’éloigne, pieds nus sur le gravier. Ses hanches ondulent gracieusement sous son paréo.


Je décide de la suivre, laisse mes chaussures dans la voiture et lui emboîte le pas. Orlanne est une vraie pipelette. Elle comble le silence, me raconte des fragments de sa vie, des anecdotes de famille. Elle connaît le château par cœur et y a organisé son mariage, ici même, cinq ans plus tôt. Pendant qu’elle parle, je tente de me repérer, mais tout me semble confus. Rien ne ressemble à la nuit dernière.


Nous nous arrêtons finalement devant une porte. Elle désigne la poignée avec un petit geste de la main, c’est notre chambre. Mais ce n’est pas du tout celle dans laquelle je me suis consumée cette nuit.


Elle toque, personne ne répond. Elle n’attend pas davantage et appuie sur la poignée. Elle hausse les sourcils et m’invite à entrer. La pièce est calme, les volets clos et le lit défait. Je scrute les alentours, cherchant un objet familier, une chemise de Thomas jetée sur le dossier d’une chaise, son téléphone sur la table de chevet.


La porte de la salle de bain s’ouvre. Thomas en sort, nu comme un ver, une serviette autour du cou. Il s’arrête net, surpris. Je le fixe, angoissée. Il s’approche, inquiet, me demande si « ça va ? ». Je souris, signe que oui. Je remarque un début d’érection poindre, timide, mais évident. Par réflexe, je vérifie la bonne tenue de ma robe d’un regard paniqué.


Mais ses yeux ne se posent plus sur moi, il est rivé dans le vide derrière mon épaule. Je me retourne. Orlanne est encore dans le couloir, visiblement amusée par la scène. Comprenant qu’elle est de trop, elle s’éclipse en riant.


Nous sommes seuls. Thomas me serre contre lui, son membre durcit contre mon ventre. Il sent le savon frais, l’innocence. Moi, je sens encore l’autre sur ma peau. Je ferme les yeux et le laisse m’embrasser, faisant semblant que tout va bien.


Avec des gestes simples, je lui raconte : la mort de Bernadette, mon départ tardif, l’arrivée de nuit, les couloirs sombres où je me suis perdue, le retour à la voiture pour dormir. Je voulais lui faire une surprise, qui s’est transformée en raté.


Il me croit. Il me serre plus fort. Je continue à mentir en silence. Malgré cela, son regard reste soucieux et interrogatif.



Je secoue la tête, réponds que je n’en ai pas apporté. Son étonnement grandit.



Il me montre son téléphone. Je découvre la série de SMS que je n’ai pas regardé. Mais pas le dernier, celui de l’aile ouest, le seul que j’ai finalement vu. Je vérifie sur le mien, il est bien là, envoyé deux heures après les autres. Je ne suis pas folle. Je reste figée, incapable de comprendre. Je renonce à poser la question.


L’épuisement me submerge. Nuit blanche, hôpital, confusion : tout se mélange. Mes yeux se remplissent de larmes. Je signe que j’ai besoin d’une douche brûlante, de silence, d’effacer cette nuit de ma peau.


Thomas hoche la tête sans insister. Il me prend la main et m’entraîne dans la salle de bain. Il règle l’eau comme j’aime, très chaude. La vapeur envahit tout. Dos à lui, je me déshabille, plie ma robe, contemple la trace coupable au fond de ma culotte que je roule et cache.


Il entre sous le jet avec moi. Ses doigts glissent sur mes épaules, mes bras, mes hanches. Il me savonne lentement, presque religieusement, comme s’il sentait que quelque chose cloche. La mousse coule entre mes seins, sur mon ventre, entre mes cuisses. Chaque passage efface un peu l’odeur de l’autre, mais pas les souvenirs.


Les yeux fermés, l’eau brûlante se mêle à mes larmes. Thomas ne voit rien, il croit à la fatigue. Son corps se presse contre le mien. Son sexe durcit contre mes fesses. Il m’embrasse dans le cou, là où je fonds. Je me cambre, le laisse entrer d’un mouvement lent et profond. Un gémissement étouffé m’échappe.


Il me prend doucement, tendrement, mains ancrées sur mes hanches, torse contre mon dos. Chaque coup de reins est une reconquête. Les sensations ne sont pas les mêmes. Je mords ma lèvre pour contenir mes émotions. Il tremble, reste enfoui un instant, front sur mon épaule, puis se retire, me retourne et m’embrasse longuement. Je lui souris, avec une aisance apparente. Mais au fond de moi, quelque chose se fissure un peu plus.


Nous sortons de la douche. Il me tend une grande serviette. Pendant que je m’essuie, il s’assoit sur le lit avec son téléphone. Je passe discrètement ma culotte sous l’eau tiède pour lui redonner un semblant de dignité et la remets encore humide. J’enfile ma robe courte, dos nu, décolleté noué autour du cou : elle fera office de tenue de piscine.


— 


Dehors, les rires et la musique montent déjà du parc. La vie continue comme si cette nuit n’avait jamais existé.


Thomas me montre un message d’Orlanne : « On a commencé sans vous, les amoureux ! Ramenez vos fesses, les serviettes sont prêtes et on a de la crème solaire ! »


Il me regarde, avec un air presque joueur malgré son anxiété habituelle.



Je secoue le front en riant, je lui fais comprendre que je vais rester comme ça. Il m’attire contre lui, me serre fort.



Je hoche la tête, mens avec tout mon corps et je signe notre phrase : « Je suis avec toi. C’est tout ce qui compte. »


Quelques minutes plus tard, nous descendons. Lui en short de bain, moi en robe légère. Autour de la piscine, une trentaine de personnes rient, des verres à la main. Plus nous nous approchons, plus les visages se tournent vers nous. Orlanne nous repère :



Thomas passe un bras autour de mes épaules. Je me colle à lui pour oublier. Il choisit deux transats à l’écart. À vingt et un ans, il est le benjamin fragile de cette famille bruyante. Même s’il joue les protecteurs, en société il se mure dans le silence, parle peu, observe beaucoup. Paradoxalement, c’est moi, à vingt-huit ans, qui dois souvent prendre le relais malgré mon mutisme.


Pourtant, ce matin, ma sérénité a disparu. Dès que Thomas pose son regard sur moi, les images de la nuit précédente reviennent sans cesse, ce sexe charnu, ce plaisir honteux, cet échange bestial. Infidèle. Le mot résonne en boucle dans ma tête.


Je scrute discrètement les hommes autour de la piscine, cherchant une silhouette, une posture, une voix. Rien. Personne ne ressemble à l’ombre de cette nuit. Thomas me tend un punch bien chargé. Je bois une longue gorgée. Le soleil tape déjà fort, mes yeux se troublent.


Orlanne apparaît avec un plateau de viennoiseries et un tube de crème solaire. Elle s’accroupit derrière moi pour étaler la lotion sur mes épaules.



La nuit a été courte, après un deuxième verre, la fatigue m’emporte. Je sombre dans un sommeil léger, entre rêves érotiques et angoissants. Un chatouillement me réveille. J’ouvre les yeux. Thomas a disparu. Orlanne déplace le parasol au-dessus de moi.



Elle s’approche et me glisse à l’oreille.



Je fais un petit geste rassurant de la main. Elle semble comprendre l’essentiel.



Mon estomac gargouille, mais une urgence plus pressante l’emporte. Je me redresse un peu et regarde mon écran, j’ai dormi presque trois heures. Je tape : « J’ai besoin d’aller aux toilettes. »


Orlanne sourit, avec son immense bouche pulpeuse.



Elle glisse sa main dans la mienne et m’entraîne vers une dépendance en pierre. Elle referme la porte derrière nous, me prend mon téléphone, pianote quelque chose et me le rend, les yeux pétillants.



L’envie devient urgente. Je lui montre du doigt la cabine, puis tape rapidement. « Attends dehors si tu veux. »



Je verrouille la porte et baisse ma culotte. Pendant que le jet résonne contre la faïence, sa voix douce traverse la cloison.



J’envoie : « Juste de la fatigue. »

Elle rit.



Je sors. Elle me tend une lingette. Dans le miroir, son regard est complice. Je tape : « Tu sais quelque chose ? »


Elle hausse une épaule.



Elle s’apprête à ressortir, mais s’arrête, penche la tête vers moi et glisse son regard sur mon décolleté.



Mes doigts hésitent une seconde sur l’écran. « 95C. Pourquoi ? »



Mon cœur se serre. Elle pose sa main sur mon épaule, son pouce caressant ma peau.



— 


De retour au jardin, je repère Thomas discutant avec un inconnu grand et élancé, en costume sombre parfaitement ajusté, le seul habillé au milieu des maillots. Orlanne ricane comme si de rien n’était. Un couple enthousiaste nous bouscule. Ma pochette tombe, je perds l’équilibre et entraîne Orlanne dans la piscine. Nous refaisons surface sous les applaudissements et les rires. Le tissu trempé colle à ma peau et est devenu complètement transparent. Ma robe ne dissimule plus rien. Je croise les bras, mortifiée. Plusieurs femmes cessent de rigoler. L’une retire son haut et lance.



Une autre l’imite. Orlanne, avec un sourire provocateur, baisse son bikini et se dresse sur le bord, son enveloppe glabre offerte sans pudeur.



L’audace se propage comme une traînée de poudre. Les maillots volent, les shorts glissent, les paréos tombent. En quelques minutes, la moitié des invités se désape. La cousinade se transforme en fête improvisée où les corps nus se mêlent dans les éclaboussures et les éclats de rire.


Thomas s’approche de la piscine, entre amusement et instinct protecteur. Il plonge, nage jusqu’à moi et défait discrètement le nœud de ma robe trempée. Le tissu coulisse le long de ma peau, il attrape une serviette et la pose sur mes épaules dans un geste tendre.


Autour de nous, la musique monte encore, l’alcool circule toujours plus. Les voix deviennent plus fortes. Très vite, je comprends, on parle du « fameux soutien-gorge ».



Des coups de coude complices circulent. Les allusions fusent, discrètes, mais insistantes. Personne ne me vise directement, mais je sens les regards sur mes seins à peine cachés, sur mes hanches, sur ma culotte noire visible sous l’eau. Je suis devenue le centre de l’attention malgré moi. Thomas s’assoit sur le rebord, les jambes immergées, et m’attire contre lui. Je garde le sourire, mais sous la surface mes cuisses se crispent. Honte, tension, désir confus. Il presse son torse chaud contre mon dos. Orlanne revient vers nous, toujours nue, splendide, un verre de rosé à la main.



Son regard passe de moi à Thomas. Derrière elle, l’homme en costume s’est rapproché.



Lucas. Le meilleur ami de Thomas, presque un grand frère, celui dont il m’a tant parlé. Celui que je n’avais jamais rencontré en trois ans, quelque chose dans leurs histoires communes, semblait s’être fissuré. Lucas me fixe. Puis, avec une lenteur calculée, il se déshabille. Chaque geste est maîtrisé, il retire d’abord sa veste et la pose soigneusement, déboutonne sa chemise, révélant un torse large, musclé, bronzé. Puis c’est au tour du pantalon, le tissu descend le long de ses jambes. Son boxer noir ajusté suit le mouvement. Son sexe, lourd et imposant, balance entre ses cuisses puissantes. Mon ventre se contracte violemment. Il remarque mon regard insistant. Ses yeux s’arrêtent sur ma bouche, sur la serviette, puis remontent avec une satisfaction arrogante.


Thomas le repère aussi, il se raidit derrière moi, les mains figées sur mes hanches. Lucas plonge sans rompre le contact visuel. Il nage sur le dos, l’eau glisse sur son torse et lèche son braquemart qui flotte sans subtilité. Il se stoppe à un mètre de nous. Son genou frôle ma cuisse, puis s’aventure plus haut, volontairement.



Accessoirement, Lucas est aussi son époux, celui avec qui elle s’est mariée ici même, cinq ans plus tôt.


Lucas ne répond pas tout de suite. Il me regarde longuement en silence. Son parfum – le même que cette nuit – flotte autour de moi. Son genou effleure à nouveau l’intérieur de ma cuisse. Mes tétons durcissent sous la serviette. Thomas sent mon trouble, son doigt tapote ma hanche. Notre code discret pour demander si tout va bien en toute circonstance. Son cœur tambourine contre mon épaule. Orlanne pose une main sur la jambe de Lucas.



Lucas se retire lentement et porte un toast sans me quitter des yeux. Thomas boit une longue gorgée et finit par s’exprimer.



Orlanne balaie la piscine d’un geste large.



Autour de nous, rires et éclaboussures. Mais je n’entends plus rien. Lucas est à quelques centimètres. Son odeur, sa présence magnétique. Les images de la nuit précédente reviennent par flashes : silhouette, voix basse, obscurité. Et je repense à cette relation étrange, intense, presque ambiguë qui unit Thomas et Lucas depuis toujours.


J’avais souvent tenté de faire parler Thomas sur son passé, son adolescence, ses premières fois. À chaque coup, même sourire vague, réponse évasive, puis silence. Une zone interdite. Aujourd’hui, en les voyant côte à côte dans la piscine, toutes mes questions sur Lucas prennent une nouvelle dimension. Leurs regards, leurs phrases à demi-mot, ce « pacte » dont ils devisent comme d’une évidence…


Et pourquoi Thomas ne m’a-t-il jamais parlé d’Orlanne ? Je pourrais la poser maintenant, cette question, mais après cette nuit, je ne suis pas en position d’exiger des vérités. Lucas rompt le silence.



Orlanne éclate de rire.



L’atmosphère se détend aussitôt. Thomas m’aide à émerger de l’eau, appose une deuxième serviette autour de ma taille.



Lucas sort à son tour, s’essuie les cheveux, puis s’approche.



Sa poignée de main est ferme, chaude, trop longue. Ses doigts caressent l’intérieur de mon poignet. Thomas répond à ma place, crispé.



Lucas sourit.



Orlanne surgit derrière lui, l’enlace par la taille, les doigts posés juste au-dessus de son sexe.



Elle lui claque les fesses et s’éloigne en riant. Nous marchons vers le jardin, Lucas et Thomas devant, l’un assuré, l’autre tendu. Je reste derrière, Orlanne, à côté de moi, dévore du regard leurs postérieurs.


Enfin seule, je tape discrètement sur mon téléphone.



Orlanne jette un coup d’œil à son portable, puis quelques secondes plus tard, une vibration se fait ressentir dans ma main.



Je réponds aussitôt : « Non. Jamais. »

Cette fois, elle ne réagit pas tout de suite. Ses yeux quittent l’écran pour se poser brièvement devant nous.



Cette phrase me pique au vif plus que je ne voudrais l’admettre. Puis, elle renvoie un autre message.



Un frisson me parcourt le dos. Au même moment, Lucas tourne la tête vers nous. Nos regards se croisent. Il boit une gorgée, puis dit quelque chose à Thomas. Celui-ci se retourne à son tour, je baisse instinctivement les yeux. L’odeur du barbecue flotte dans l’air. Les parents de Thomas me sourient comme si tout était banal. Je m’assois, dénoue ma serviette, et tente de respirer normalement tandis que le puzzle de leur passé continue de graviter dans ma cervelle.


Quelques minutes plus tard, Thomas et Lucas arrivent avec des plats garnis. Thomas pose une assiette vide devant moi.



La question me fait grimacer. Je pointe la viande. Lucas prend le siège en face, glisse son bras sous la table. Autour de nous, les conversations redémarrent et la rengaine revient aussi vite.



Les rires gras et les regards glissent sur mes seins nus. Je garde les yeux baissés. Orlanne étouffe un ricanement et m’envoie discrètement un texto.



Entre nous quatre, le silence est électrique. Je comprends qu’Orlanne en sait bien plus qu’elle ne l’a avoué. Les sourires en coin, les regards qu’elle échange avec Lucas et Thomas. Tout s’emboîte trop parfaitement, je commence à réaliser que je me suis trompée.


— 


Le passé resurgit brutalement, me ramène dix ans en arrière. J’étais alors la salope de l’établissement, la perverse qu’on enculait dans les toilettes communes, la pute qui avalait sans rien dire. Rien de tout cela n’était vrai. J’avais simplement effectué le mauvais choix, au mauvais moment. Un choix qui m’avait transformé en objet public.


Tout avait commencé avec Alex, le beau gosse charismatique que tout le monde admirait. Je craquais dessus et j’aurais fait n’importe quoi pour qu’il me remarque. Et quand il m’a abordée, un après-midi après les cours, j’ai tenu parole : j’ai fait n’importe quoi.


Il m’a proposé d’être sa copine. J’ai dit oui sans réfléchir. Il m’a entraîné derrière le bâtiment C, dans les bosquets, le refuge des couples. Ce n’était pas ma première fois avec un garçon, et avec ma langue, j’étais une experte et je n’ai pas honte de l’admettre. Il s’est adossé contre un tronc, je me suis mise à genoux.


J’ai pris sa bite dans ma bouche avec assurance et j’ai mis en pratique tout mon savoir-faire. Je tournais autour du gland avec vélocité, puis je ralentissais pour le gober entièrement, jusqu’au fond. Sans jamais perdre le contact de ses yeux, comme si je lui offrais tout mon corps rien qu’avec ce regard.


Il n’a pas tenu longtemps, quelques minutes à peine. Il a joui très vite, presque trop vite, en gémissant mon prénom comme si j’étais une reine, les doigts crispés dans mes cheveux. Sur le moment, j’ai cru que j’avais touché le jackpot.


Mais ses potes avaient tout filmé. Le lendemain, la vidéo circulait partout. En quelques heures, j’étais devenue « Élise gobe-dard », « la pute du bosquet », l’objet public de l’école. Filles et garçons me harcelaient sans relâche.


Les mains sous ma jupe au self, les pelotages dans les escaliers, leurs corps qui me coinçaient contre les casiers. Dans les toilettes communes, on baissait ma culotte, on me crachait dessus, on frottait des bites contre moi en me filmant. Je rentrais couverte de sperme, de stigmates, de mots tagués aux feutres indélébiles. Je ne mangeais plus, ne dormais plus.


Un soir de novembre, j’ai avalé tout ce que j’ai trouvé dans l’armoire à pharmacie. Ce n’était pas un appel à l’aide. C’était une sortie de secours.


Je me suis réveillée aux urgences, le goût amer du charbon dans la bouche, une perfusion dans le bras. Ma mère pleurait à côté du lit. Mon père n’osait pas me regarder. C’est là, dans le silence blanc, que j’ai réalisé qu’on ne me jugeait plus. Je m’étais échappée de cet enfer en revenant d’entre les morts. Devenir infirmière était ma pénitence et ma revanche. Ça avait été le déclic, je me suis vouée à guérir sans être guérie, à me dissocier d’Élise la pute pour toujours.


Ce soir, la marée remonte avec la même honte brûlante, la même envie de disparaître sous terre. Les rumeurs, l’intérêt oppressant sur ma paire de nibards, la main de Thomas crispée sur ma cuisse, la jambe de Lucas collée à la mienne avec insistance et les textos d’Orlanne qui deviennent de plus en plus directs.


Chaque vibration me transperce comme un coup de bite au fond de la gorge. Mon ventre se tord. Mon corps réagit avant même que je comprenne. Peur, excitation forcée, nausée. Je me vois nue, offerte, en train de sourire alors que je hurle à l’intérieur.


Les images de cette nuit avec Lucas, le pacte, l’hilarité d’Orlanne qui sait tout. C’est le début d’une nouvelle mise à mort publique. Je sens que si je reste une minute de plus, je vais perdre pied. Je cherche une sortie. Et elle se présente presque d’elle-même.


Un éclat de voix, un verre qui se renverse dans un fracas de cristal, plusieurs personnes qui se redressent en même temps. L’attention générale se détourne, le projecteur change de cible. C’est suffisant.

Je tape rapidement sur mon téléphone et le tends à Thomas.



Je me lève sans tumulte. Personne ne m’arrête. Personne ne pose de question. Lucas ne dit rien, mais son regard me suit comme une laisse invisible. Je contourne la table, traverse le chapiteau, et m’éloigne. Pieds nus sur l’herbe fraîche, je marche d’abord lentement, puis plus vite. Chaque pas me détache un peu plus du bruit.


Je ne me retourne pas, surtout pas.


Le château se dresse devant moi, calme, presque irréel après le tumulte du jardin. Je m’y engouffre comme si je cherchais un refuge. À l’intérieur, le silence est brutal, presque oppressant. Je déambule sans réfléchir, guidée par une singulière nécessité : respirer.


Une porte. Une pièce vide. J’entre dans un bureau, je m’y enferme. Je suis enfin seule.


Je m’éponge et je laisse tomber les serviettes en tas, à la manière d’un cadavre. Je retire ma culotte trempée, gorgée d’eau et je la pose sur le secrétaire, juste à côté de la machine à écrire, comme une offrande finale. Je m’assois. Mes doigts trouvent les touches, mes mains ne tremblent plus.


Le monde extérieur devient un écho lointain. Ici, il n’y a plus que moi, mes pensées, et ce poids que j’essaie de comprendre. Il faut que ça sorte d’une manière ou d’une autre.


Alors je frappe et je commence cette lettre.


Chaque mot est une tentative de mettre de l’ordre dans le chaos. Chaque phrase, une façon de reprendre possession de mon histoire et de ne plus la subir. Peut-être que personne ne lira jamais ces lignes, peut-être que si. Mais une chose est sûre : quand j’aurai terminé, quelque chose aura changé.


Dans quelques lettres, je disparaîtrai de votre vie pour de bon. Peu importe que nous nous soyons connus ou non. Ceci était mon premier et dernier cri dans ce monde.



Adieu