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n° 23606Fiche technique19953 caractères19953
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Temps de lecture estimé : 15 mn
23/04/26
Résumé:  C’était lors du temps pascal. Les blancs nuages libèrent leurs œufs. Pour les préparer, rien de tel qu’un bon plan cul…inaire.
Critères:  #théâtre #humour #coupdefoudre fh amour pénétratio aliments
Auteur : Algo            Envoi mini-message
Histoire d’Œufs

Voici un dialogue entre une jeune femme (Elle) et un homme avenant (Lui). Cela se passe dans l’appartement de ce dernier après une première nuit d’amour.


Lui (dans le hall de nuit, un bâillement sonore) : Waaah…

Elle (dans le salon) : Tiens, qui voilà ? T’es réveillé ?

Lui : T’es où ma Lolote ?

Elle : Je lis au salon, allongée sur ton canap tout doux, tout moelleux.

Lui : Quelle heure il est ? dix heures ? J’y crois pas. J’ai dormi comme une souche depuis… depuis quelle heure au fait ?

Elle : Eh bien, depuis l’heure où tu t’es écroulé épuisé par notre première nuit d’amour. Bon d’accord, je comprends, je ne t’ai pas ménagé et t’as vachement assuré. Ça m’a fait un bien fou de me frotter à un beau mâle qui répond à toutes mes attentes.

Lui : Dois-je la jouer hyper-modeste, ou veux-tu que je te retourne le compliment ? Au fait, que lis-tu dans ce magazine très instructif ?

Elle : « Comment entamer la journée face à un mec en boxer et les cheveux en pétard ».

Lui : Ah ah ah, très drôle. Je devine que l’introduction est du style « Il faut garder sa nuisette coquine et lui proposer un petit-déj revigorant. »

Elle : Viens d’abord ici me faire un mamour. Et si tu veux que je t’énergise avec un comestible succulent, n’oublie pas qu’on est chez toi. Je ne sais malheureusement pas ce qu’il y a dans tes armoires puisque tu n’as pas pris le temps hier soir de me montrer autre chose que ce qu’il y avait sous ta couette. Déjà que j’ai dû t’emprunter une chemise au lever pour être un peu décente… enfin si peu, je l’ai laissée déboutonnée rien que pour toi…

Lui : Je te le fais comment ce mamour ? Avec toute la douceur d’un divin câlin qui fait du bien, ou préfères-tu le grand barouf de nos corps déjà en manque à dix heures du matin ? Je te signale tout de suite que la deuxième option nécessite que je me mette tout nu, et tu ne percevras alors qu’une grande détresse pleine de nostalgie.

Elle : Un câlin me va fort bien, du moment que tu t’allonges sur moi et me fasses des bisous électrisants. J’ai les pointes des seins qui répondent déjà.


(Laissons-les un moment s’électriser en silence.)


Elle : Que ch’est bon tout cha ! Je te savais expert en fureur débordante, et je découvre le virtuose en légèreté enivrante. Bon, et maintenant, si tu me disais comment on allait retrouver la forme… je parle pour toi, là.

Lui : J’ai des œufs au frigo, des œufs de poules élevées en plein air. Cela convient-il à mademoiselle Lolotte ?

Elle : Écoute, je ne m’appelle ni Anne-Charlotte ni Liselotte, et bien que je sois une sans-culotte pour l’instant, tu m’appelleras Yeyette, parce que, pour autant que tu t’en souviennes, je m’appelle Juliette qui adore ta mouillette.

À part cela, des œufs me conviennent parfaitement. Je te les fais durs mayo ?

Lui : D’accord pour des œufs mayo pour caler nos estomacs qui crient famine. Comment tu les prépares ?

Elle : Simple : je prends une casserole, je la remplis d’eau, je la chauffe sur la taque, et quand l’eau envoie des bulles à la surface, je plonge délicatement tes œufs bien frais. Après dix minutes, je les ressors, durs de chez durs, et les passe à l’eau froide pour faciliter l’écaillage.

Lui : Eeeh, tu rigoles ou quoi ? C’est plutôt des œufs béton que tu te fais. Je t’explique ma méthode qui a fait ses preuves. Pour obtenir des œufs durs moelleux et goûteux, je chauffe l’eau jusqu’à une température comprise entre soixante-quatorze et soixante-quinze degrés. J’y dépose précautionneusement les œufs et les y laisse entre dix-neuf et vingt minutes, tout en surveillant la température. Après je les sors et les laisse paisiblement refroidir SANS les passer à l’eau froide. La chaleur accumulée dans l’œuf continue à en transformer subtilement les éléments. Et de toute façon, je n’aurai pas à les écailler…

Elle : Dis-moi mon Loulou, tu ne serais pas un peu fignoleur, voire chieur sur les bords et à l’intérieur ?

Lui : Ah oui, je ne te l’ai pas encore dit, je m’appelle Arnaud, ou Nono pour les intimes. Dès lors, oublie le Loulou. On m’a déjà dit que je suis plutôt perfectionniste. Pour toi, je vais faire ici un effort pour chasser le tyran qui est en moi : nous dirons donc une température entre soixante-quatorze et soixante-seize degrés grand max, et un temps de cuisson aux environs de vingt minutes, c’est-à-dire au moins dix-neuf, et tout au plus vingt et une minutes.

Elle : Bon, j’ai compris. Je propose que Yeyette fasse à sa mode et Nono à la sienne. Tu peux me refiler deux œufs et une casserole ?

Lui : Mais bien sûr ma Yeyette, voici ce qu’il te faut. Et pour la taque, il suffit de tourner le bouton. Ça ira ? Ah oui, pour l’eau, c’est au robinet… Je te charrie, hein ! Voilà, moi je me mets à côté de toi avec mes instruments indispensables : minuteur et thermomètre de précision. Maintenant, chacun pour soi et rendez-vous en finale pour goûter nos productions.

Elle : Houlà, ça devient sérieux là. Je ne suis pas habituée à tant de pression, moi.

Lui : Pas grave, fais comme si je n’étais pas là.


(Mise en action des cuistots devant la plaque de cuisson.)


Lui : Attention ! Température désirée atteinte dans ma casserole, immersion du matériel biologique, lancement de la minuterie, ajustement de la chauffe pour contrecarrer l’effet des œufs froids.

Elle : T’en fais pas un peu trop là ?

Lui : Chut ! Silence et concentration.


(D’accord, nous nous taisons devant tant de professionnalisme.)


Lui : Je te signale que j’entends ton eau frémir !

Elle : Oh, moi aussi j’ai des yeux et des oreilles. Fous-moi la paix, sinon je t’attrape les coucougnettes et les ratatine pour être sûre qu’elles sont aussi dures que ce que seront mes œufs ! Allez, au bain, mes chouchoutes.

Lui : Tu parles de qui là ?

Elle : Ne crains rien, je ne compte pas ébouillanter tes roubignoles. Et hop et sploutche, c’est parti pour environ dix minutes. J’insiste sur le « environ ».

Lui : Et merci pour les éclaboussures d’eau bouillante sur mon bide, non mais.

Elle : Tu sais que j’t’aime toi. Tant de sensibilité m’émeut. Allez, vite un petit bisou sur ton bide pour me faire pardonner le bide fortuit d’une aspirante cheffe cuisinière.

Lui : Attention, je constate que la température monte… sous la ceinture. Gardons notre calme et le contrôle de la situation.


(Rien à signaler, gestion parfaite des manœuvres culinaires dans un calme alarmant.)


Elle : C’est fou comme j’apprécie ces grands silences où l’on entend la pensée de l’autre.

Lui : Ah, et à quoi je pense ?

Elle : Tu penses à tout ce que tu pourras me faire, alors que tu m’en as déjà beaucoup fait. Mais j’ai encore quelques suggestions à te proposer.

Lui : N’importe quoi. En fait, je pense au montage artistique que je vais créer à partir de nos œufs sublimement cuits. J’aurai besoin de la cressonnette qui se trouve au frigo. Tu peux me la passer ?

Elle : Tes désirs sont des ordres. Enfin, ça dépend du contexte du moment. Et voilà la cressonnette de Yeyette à ta disposition derrière toi.

Lui : Je vais voir ça dans un moment, mais sache déjà que j’adore ta cressonnette toute frisottante.

Elle : T’es un vrai pervers toi. Je prends aussi la mayo, et je ne désire pas de remarque de ta part à ce sujet.


(Pas de remarque de sa part, il ne faut point trop en faire.)


Elle : Bon, on va dire que les dix minutes sont passées. J’élimine l’eau bouillante et la remplace par une eau bien froide.

Lui : Merci pour tous ces détails culinaires.

Elle : Comme je vois que je t’embête, je vais écailler mes œufs au salon.


(Autrement dit, va te faire cuire un œuf.)


Lui : Tout va bien ?

Elle : Ça se passe bien. Je ne voulais pas te distraire, mais le premier œuf est tout beau, tout dur. Je dois encore lui ôter cette membrane qui en couvre le gros bout. Heureusement, j’ai une certaine expérience pour décalotter ce qui me tombe sous la main.

Lui : C’est pas possible. Et c’est elle qui me traite de pervers.


(Et tout à coup, un doux susurrement s’envole depuis le salon jusqu’à la cuisine.)


Lui : C’est quoi ces murmures qui ressemblent à des gémissements sensuels ?

Elle : Laisse-moi me faire du bien avec cet œuf élastique et lisse, qui somptueusement glisse sur ma peau complice.

Lui : Pfff… surtout ne te prive pas de ces petits plaisirs charnels. Chacun a ses méthodes. Holà, ne nous laissons pas distraire, mon minuteur m’indique dix-neuf minutes et vingt-cinq secondes. J’extrais mes œufs et les laisse reposer quelques minutes pendant que j’étale la cressonnette sur une assiette en un beau triangle pointant vers le bas.


(Au salon, les doux susurrements s’amplifient délicieusement.)


Lui : Ça va toujours ta séance de caresses en solitaire ?

Elle : Oh ouiiii… Je crois que je vais mettre une lichette de mayonnaise sur le bout de mon œuf joliment pansu. Oups, j’en ai mis sur ta chemise.

Lui : Hé, ne te gêne surtout pas, hein !

Elle : Une chemise, ça se lave mon Nono. Je la reprendrai avec moi et te la rapporterai toute propre.

Lui : Attends, tu utilises quoi comme poudre à lessiver ?

Elle : Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat. Maintenant, laisse-moi suçoter ce magnifique bout tout barbouillé de cette exquise mayo citronnée.

Lui : Fais seulement. Moi, de mon côté, j’attaque la présentation de mon œuf. D’abord, un coup avec les dents de ma fourchette pour percer la coquille à mi-hauteur de l’œuf. Ensuite, et c’est là la partie un peu délicate de la manœuvre, placer les ongles de mes deux pouces joints sur la partie percée, appuyer modérément jusqu’à ce que la coquille cède, un peu insister jusqu’à pénétrer doucement à l’intérieur de l’œuf, enfin élargir délicatement l’ouverture afin de laisser s’échapper un filet de fluide blanchâtre. Je dépose à la pointe du triangle de cressonnette cet œuf qui s’offre ainsi impudiquement, et je me laisse fantasmer devant tant de perfection de mon œuvre presque achevée.


(Et soudain, les sons d’une succion frénétique s’envolent depuis la cuisine jusqu’au salon.)


Elle : C’est quoi ces bruits incongrus ?

Lui : T’inquiète, je suis le nez dans la cressonnette en train de laper le nectar qui s’écoule encore par l’ouverture. C’est pur stupre, mais j’assume sans honte.

Elle : T’es en plein délire libidineux là.

Lui : Afin de parfaire mon œuvre, peux-tu m’apporter ton œuf sans mayonnaise ?

Elle : Non, je viens de le manger, lui aussi abondamment saucé. Voici l’autre, encore intact, qui m’a enchantée.

Lui : Bien, la mayo ne va pas dénaturer mon œuvre, que du contraire. Dépose ton œuf tendrement malmené en mettant son gros bout baveux contre l’ouverture accueillante du mien, et admire la composition.


(Laissons-les contempler en silence la composition.)


Lui : Voyons le réalisme de celle-ci. Assieds-toi sur le bord de la table, les jambes bien écartées, et pose tes pieds sur les tabourets que je t’apporte. Et maintenant, suuurpriiise, j’extirpe de mon boxer un phallus en excellente forme, que je place tout contre tes lèvres adorablement intimes. Ce serait bien si tu pouvais exercer tes compétences en décalottage. Merci d’avance !

Elle : Ma foi, ton œuvre est très réaliste, bien que le calibre du modèle vivant me convienne mieux. Cela dit, mon petit nid douillet ne peut se satisfaire de ce contact trop limité. Une pénétration un peu plus effective est souhaitée. Que ton œuvre ne puisse en rendre compte, on s’en fout royalement.

Lui : D’accord avec toi, moi-même je ressens comme une sérieuse envie d’aller plus loin. Alors, suis bien la manœuvre : je m’enfonce en toi avec détermination…

Elle : Waouh, j’aime ta détermination.

Lui : Je te prends par les hanches. Dans un même mouvement, tu enroules tes jambes autour de ma taille et tes bras autour de mes épaules.

Elle : Je crois deviner la suite, une balade en « Union Suspendue » jusqu’à ta couche accueillante. Cette posture fait partie des suggestions que j’évoquais tout à l’heure. J’en réserve encore l’une ou l’autre que je compte te faire découvrir.


(À entendre le ramdam qui émane maintenant de la chambre et pour lequel aucun bruitage ne peut être rendu par écrit, il semblerait qu’une joute énergique explose dans la joie et la bonne humeur. Comme cela risque de prendre un certain temps, c’est l’occasion d’aller se servir une boisson… Cela fait déjà un bon moment que ça s’active… Un moment très bon apparemment… On dirait que ça se calme… Ah, les voilà qui reviennent dans la cuisine.)


Lui : Pfiouuu, tu m’as convenablement vidé ! Je suis hors service pour le reste de la journée. Note que, contrairement à toi, je n’ai pas eu l’occasion de manger un de mes œufs avant notre vigoureuse escapade en chambre.

Elle : Tu es franchement désolant. J’attends un petit mot de reconnaissance suite à tout ce que je viens de t’enseigner, la lordose féline pour un accouplement bestial… la copulation aérienne au-dessus des nuages… et tu ne trouves rien de mieux à me dire que de parler bouffe. Ah, les mecs, j’te jure.

Lui : La reconnaissance viendra tout bientôt. D’ailleurs, toi non plus tu ne te laisses pas aller à féliciter ton élève qui t’a, me semble-t-il, satisfait au plus haut point, non ? Surtout quand on a exécuté avec virtuosité la posture du « Mobile du Moulin ». T’as pas aimé l’agilité de ma baguette magique ?

Elle : C’est bien ce que me disent mes copines : la pensée monomaniaque des mecs est dédiée à leur zizi. Alors, pour t’éviter une crise de doute et d’angoisse, je te le dis haut et fort, ton vit est long et bien proportionné. Et pour que tu n’attrapes pas la grosse tête en plus d’un gros vit, je ne prononcerai plus ce dernier mot. Oui, il est -goureux, souvent -olent et -cieux, toujours -ril, -f, bien -vant, -vace mais pas -rulent, et en finale -ctorieux, -olacé et -squeux. Et pour moi, c’est - -fiant, et même -tal. Ton pieux est -scéralement ton -olon d’Ingres.

Lui : Chère Yeyette, je peux t’assurer que tes deux mains -revoltantes le font -brer comme une fière -périne au gré du vent : -ve la -e !

Elle : OK, un point partout, balle au centre. Viens ici me serrer dans tes bras musclés et vigoureux de mâle ravi. Sens-tu comme moi-même je suis radieuse ? Tous les frissons courent encore depuis ma nuque jusqu’à… jusqu’à… ? Dis, caresse-moi les fesses, tu veux bien ?

Lui : J’adore leur velouté, leur douce fermeté.

Elle : Ooh que j’aime ça ! Tu sais que tu fais ça bien ?

Lui : Non, c’est la première fois que je me risque à faire ça. Tu me crois j’espère ?

Elle : M’en fous. Continue !


(Petit moment intime, qui nous permet de boire une gorgée de notre délicieuse boisson.)


Lui : Je peux me permettre d’interrompre la manip ? J’ai comme une grande faim, et j’ai nos œufs devant nos yeux.

Elle : D’accord, je te comprends. Je devine tes roustons tellement légers de les avoir vidés qu’ils te remontent dans le ventre pour se refaire une santé. À table !

Lui : Aaah merci mille fois ! Voici une petite cuillère pour déguster l’œuf que je t’ai préparé et dont tu dois séparer délicatement les deux moitiés avec les doigts. Bonne dégustation. Moi, je plonge sur ton sextoy improvisé. Et j’y ajoute une bonne louchette de ma succulente rémoulade.


(Encore une petite gorgée pendant leur dégustation.)


Elle : Je te fauche un peu de ma cressonnette maintenant que ma foufounette encoquillée a rendu l’âme. Je t’en laisse pour accompagner ce qui te reste de ta zigounette dégoulinante.

Lui : Et voilà, je suis repu. Il m’en faut peu, hein. On se sert un peu d’eau fraîche, vu qu’on a déjà vécu l’amour ?

Elle : Je dois avouer que ma minette était délicieuse, si je peux me permettre de qualifier ainsi ton œuvre culinaire.

Lui : Au fait, je pense à quelque chose.

Elle : Est-ce vraiment la peine de me dévoiler ta pensée ? Si c’est pour m’inviter le week-end prochain, ma réponse est oui !

Lui : Ça me convient évidemment, mais ma pensée est en fait en relation avec la tienne.

Elle : Je suis tout ouïe.

Lui : J’ai un copain de toujours qui, avec sa compagne, tient une brasserie branchée : le « Et moi sous toi, émoi sous toit, là où on mange avec les doigts ». J’ai dans l’idée de leur permettre d’élargir la carte.

Elle : Je te vois venir.

Lui : Que penses-tu du plat suivant : « Œufyeyette Mayonono ». Et comme descriptif : « Duo d’œufs dur-dur et mi-dur sur friselis de cressonnette et lichette de mayonnaise. »

Elle : Ah ouais, pas mal. J’approuve. Cela dit, il faudrait peut-être encore un peu étoffer notre contribution.

Lui : Houlà, quel enthousiasme. Tu as une idée en tête ?

Elle : Je réfléchis…


(Allez, on s’envoie une dernière gorgée.)


Elle : Que dirais-tu d’une composition de crêpes sucrées, à l’image de celle avec les œufs durs ?

Lui : Mais encore, comment vois-tu le tableau final ?

Elle : Eh bien, peut-être ainsi : on remplace la cressonnette par un triangle de vergeoise brune, la crêpe féminine sera repliée de jolie façon avec grandes et petites lèvres intimes bien marquées…

Lui : … surmontée d’une fraise Tagada enfouie, ne laissant apparaître que sa pointe toute rouge…

Elle : Ça devient de plus en plus suggestif, mais je te préviens, lorsqu’on fera l’essai, tu t’occupes du placement de la friandise. Et le paquet d’où tu la prendras, tu es prié de le refermer et de bien le cacher. Si je le vois, je serai incapable de faire quoi que soit d’autre que de l’engloutir entièrement. Y a de ces petites friandises auxquelles je ne peux résister.

Lui : C’est noté. Et pour la crêpe masculine, on fait comment ?

Elle : Je la roule en la fourrant dans la longueur de glace vanille. Et à partir de là, tout est dans le détail. À la base, deux solides boules de glace moka. Sur le dessus, la veine dorsale sera évoquée par une ligne de chocolat chaud. Les deux crêpes seront en contact très intime. Le client amateur attendra que la chaleur de la crêpe amollisse la glace vanille. Il exercera ensuite une légère pression pour la voir s’écouler là où il faut. Voili-voilou !

Lui : Quelle créativité ! Sur le menu, on pourrait indiquer « Crêpyeyette Mokanono » avec comme descriptif « Duo de crêpes fourrées à la glace vanille, accompagnées de deux boules glacées moka et liseré de chocolat chaud ». Je m’en vais au salon noter tout cela avant que je n’oublie.

Elle : Comme tu m’abandonnes ainsi à la cuisine, je pense que je vais aller me doucher.

Lui : Comment ? Tu vas encore te toucher ? Dis donc, quel tempérament.

Elle : J’ai dit que j’allais me doucher avec un « d » comme 1 plus 1 font 2.

Lui : Ah, tu voudrais qu’on prenne la douche à deux ?

Elle : (mais il est sourd ou il est con.) Oui, c’est ça, viens te doucher et me toucher (après tout, il est possible qu’il le fasse exprès).

Lui : J’arriive…

Elle : Ouaaai, elle est bien chaude…

Lui : Ben oui, tout comme ta mouille d’après ce que je constate.

Elle : Je ne parle pas de ta nouille, imbécile !

Lui : Dommage.


(Et après avoir vidé le ballon d’eau chaude…)


Elle : Je me sèche et me rhabille…

Lui : Pareil pour moi, tu me sèches et me rhabilles.

Elle : Et puis quoi encore ?

Lui : Oooh dis, si on ne peut plus plaisanter.

Elle : C’est pas tout ça, qu’est-ce qu’on décide pour la semaine prochaine ? Samedi pour un plan culinaire ?

Lui : Ça me dit aussi pour un plan cul binaire. Mais quand ?

Elle : J’ai dit samedi.

Lui : Tu m’as dit que ça te dit, j’avais bien compris.

Elle : T’es bête ou quoi, sa-me-di, la veille de dimanche !

Lui : Aaah, d’aaaccord. Samedi, pour un plan cul à deux !

Elle : Bon, on y est presque. Samedi pour un plan culinaire, pas binaire.

Lui : Ma maman avait bien raison, ça rend sourd.

Elle : Non, t’es pas sourd, te branler te rend surtout con. Bref, samedi, j’apporterai la pâte à crêpe, avec ta chemise propre.

Lui : Je m’attends au pire… pour la chemise, je veux dire.

Elle : Tu sais, vu que tu fais tout ça exprès et que je marche à donf, je me dis qu’on n’est pas près d’arrêter de créer des plats spéciaux pour ton pote et sa meuf. Je sens qu’on va encore s’octroyer quelques week-ends de plans cul-culinaires grandioses que j’ose même pas imaginer…


En conclusion : le titre de ce dialogue, « Histoire d’Œufs », évoque à tort ce plan culte qu’est la lecture du roman de Pauline Réage « Histoire d’O ». Ici, à défaut d’être culte, et comme annoncé dans le résumé, ce court récit n’est qu’un plan cul…inaire. Il aurait dû sans doute prendre pour titre « Histoire d’œufs d’eux deux ».